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ASIE : LE BANGLADESH EST SECOUE PAR UNE GREVE HISTORIQUE-LES MILLIONS DE TRAVAILLEURS DU TEXTILE QUI EN ONT ASSEZ DE L'EXPLOITATION CAPITALISTE REDRESSENT LA TETE

Publié le par Tourtaux

Le Bangladesh secoué par une grève historique- La colère de millions d’ouvriers exploités par les multinationales pour moins d’un euro par jour

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 


par Steve Davison*, pour le Morning Star (quotidien du PC de Grande-Bretagne)

Les ouvriers les moins bien payés du monde en ont finalement eu assez. Grèves, usines fermées, rues bloquées et émeutes ont secoué la mégapole bouillonnante de Dhaka, au centre du Bangladesh, après que le gouvernement n'a pas répondu aux revendications modestes des travailleurs du textile, pour un salaire minimum mensuel décent.

Près de 3,5 millions de Bangladais ont été brutalement exploités pendant des années par des patrons du textile assoiffés de profit, produisant pour des entreprises connues de tous telles que Wal-Mart, Asdaet Marks and Spencer.

Ces travailleurs ont survécu avec seulement 1 662 taka (15 livres) par mois pendant les cinq dernières années tandis que l'inflation pour les biens de première nécessité, en particulier le riz, le blé et le logement, ont augmenté sans cesse (de 43% dans la même période).

Leurs conditions de travail sont celles du 19ème siècle. Les travailleurs ne sont souvent pas payés à temps et les femmes, qui constituent 80% de la main d'œuvre de l'industrie textile, subissent régulièrement agressions physiques et harcèlements. Cela devait changer.

En dépit du fait que le taux de syndicalisation est très bas, avec près de 100 000 travailleurs syndiqués, les travailleurs non-syndiqués ont joint leurs forces à celles de leurs camarades dans une revendication d'un salaire minimum de 5 000 taka (45 livres) par mois.

Les syndicats majoritaires du secteur textile ont rencontré un soutien massif avec cette simple revendication, même confrontés à l'intimidation anti-syndicale du patronat et de leurs serviteurs, dans l'État et la police.

Le patronat a exigé que le gouvernement réponde aux manifestations des travailleurs par la plus forte des répressions. Des centaines de travailleurs ont été blessés, de nombreux arrêtés et deux dirigeants syndicaux emprisonnés, et tant d'autres sont dans la clandestinité.

Face à la pression croissante, le gouvernement a convoqué une réunion d'urgence avec des propriétaires d'usine et ont « invité » des dirigeants syndicaux au siège de l'Association des exportateurs de textile du Bangladesh où un nouvel accord salarial a été concocté, offrant un salaire minimum de 3 000 taka (27 livres)

Certains syndicats importants ont accepté cette augmentation, mais un certain nombre de syndicats plus progressistes et militants ont rejeté l'accord, disant que tout ce qui est en-dessous de 5 000 taka est juste insuffisant pour que ces travailleurs appauvris puissent vivre.

Le Bangladesh's Daily Star (le quotidien anglophone à la plus large diffusion dans le pays) a condamné la tournure prise par les négociations:

« Nous trouverons cela surprenant et tout à fait inacceptable que les délégués syndicaux des travailleurs du textile à la négociation sur les salaires aient été choisis par le gouvernement », a-t-il été dit.

« Le cours naturel, évident aurait du être le choix par les travailleurs de leurs propres représentants, qui auraient alors été justement au point sur la question et auraient aidé à trouver un meilleur accord pour leurs compatriotes. L'issue aurait alors été plus réaliste et, donc, acceptable pour tout le monde ».

Treize fédérations syndicales progressistes ont condamné la réunion et ont exigé la ré-ouverture de négociations salariales.

Dans une tentative d'acheter la paix, le gouvernement Bangladais a annoncé des plans pour garantir des aides alimentaires (riz) aux travailleurs qui cousent des vêtements pour Wal-Mart, Tesco et d'autres multi-nationales, tout en sollicitant aussi des prêts de la Banque mondiale pour construire des dortoirs pour les travailleurs – en fait une subvention directe à quelques-unes des entreprises les plus riches du monde.

Le même gouvernement, sur ordre des patrons du textile, est encore en train de poursuivre, avec des inculpations criminelles, 12 dirigeants syndicaux. Si il parvenait à gagner ces procès, cela permettrait au gouvernement d'économiser des millions. Voilà toute la folie de la mondialisation, et de sa course vers le fond.

Le gouvernement essaie aussi d'isoler les travailleurs en créant un écran de fumée d' « agitateurs extérieurs » dans un climat de peur du terrorisme islamiste et d'enquêtes en cours sur des « crimes de guerre » dans la guerre Pakistan-Bangladesh de 1971. Et il a désormais interdit de délivrer des visas aux ressortissants étrangers.

« De nombreux ressortissants étrangers, avec des visas de touristes, sont impliqués dans des activités syndicales et sont à l'origine de troubles dans le secteur, dans les intérêts de leurs nations respectives », a déclaré un ministre au Daily Star sous couvert d'anonymat.

« Nous veillerons strictement à partir de maintenant à ce qu'aucun ressortissant étranger ne puisse venir au Bangladesh avec un visa de touriste pour être impliqué dans des activités syndicales.

Si ils veulent venir ici à cette fin, ils doivent recevoir des visas d'un type spécial de la part du gouvernement Bangladais. »

Le Daily Star a ajouté que« le gouvernement a une liste des ressortissants étrangers qui sont venus au Bangladesh avec des visas de touriste et qui sont impliqués dans des activités syndicales, avec l'aide de nombreuses ONG ».

Cependant, le gouvernement n'est pas entièrement insensible à la cause des travailleurs, et se trouve dans une position difficile.

Le premier ministre Sheikh Hasina a déclaré aux médias: « Les travailleurs sont payés avec un salaire, je dirais, pas seulement insuffisant mais inhumain. Les travailleurs ne peuvent même pas rester à Dhaka avec les salaires en monnaie de singe qu'ils ont ».

Dans la délégation d'Unite au Bangladesh, j'ai rencontré le ministre du Travail Khondker Mosharraf Hossain.

« Quel gouvernement au monde ne voudrait pas que ses travailleurs soient payés un salaire décent? », a-t-il interrogé.

« Nous aimerions soutenir la revendication des travailleurs du textile, pour un salaire mensuel de 5 000 taka. Dans un monde juste, les travailleurs devraient même être payés plus.

« Le problème que le Bangladesh rencontre est que les multi-nationales de la grande distribution ne paieront pas cette augmentation de salaire. Chaque année, les multi-nationales cassent les prix qu'ils sont disposés à payer par pièce, ce qui pousse les salaires vers le bas. Vous devez contrôler vos multi-nationales, si vous voulez aider les travailleurs du textile. »

Le sentiment d'impuissance de Hossain est tout à fait réel. La vérité, c'est que dans le monde d'aujourd'hui, super-mondialisé, le pouvoir des multi-nationales est plus important que celui des gouvernements, en particulier dans le Tiers-monde.

Et avec l'augmentation des salaires en Chine et au Viet-nam, les travailleurs du Bangladesh sont au bas de la pile.

Bien qu'il n'y ait nul endroit qui soit moins cher au monde, l'organisation patronale YET et l'Association des exportateurs de l'industrie textile du Bangladesh ont menacé de fermer les usines de textile après que les travailleurs ont lancé leur action.

Les travailleurs n'ont pas été intimidés par de telles agissements. Ils continuent à participer aux sit-ins d'usines et aux négociations salariales sur le terrain pour s'assurer des hausses de salaires avant de retourner au travail. Des manifestations de masse et des barrages routiers ont lieu tout le temps.

Les travailleurs, virtuellement sans organisation ni direction nationale, ont essaimé des actions dans tout le pays, où des actions ont lieu par imitation.

Mais la lutte des travailleurs est rendue plus difficile à cause de la confusion régnant dans le mouvement syndical. Bangladesh a plus de 6 000 syndicats, qui sont en lutte constante pour leur survie et en concurrence les uns avec les autres. Des dizaines de syndicats du textile ont un nombre d'adhérents très faible et la plupart sont liés à des partis politiques et à des hommes politiques en particulier.

Peu de cotisations syndicales. Ils luttent plutôt les uns contre les autres pour recevoir des fonds d'Europe et des Etats-Unis. Il n'y a aucune unité mais plutôt une lutte constante pour l'argent.

L'issue de cette lutte historique est encore à écrire. Mais les choses ne seront plus jamais les mêmes. Une fois que les travailleurs les plus opprimés de la terre se lèvent et combattent, ils deviennent un phare pour des millions d'autres travailleurs.

Les travailleurs Bangladais apprendront encore plus dans les jours à venir que les commentateurs politiques en apprendront toute une vie durant. La lutte au Bangladesh pose un nouveau type de syndicalisme – celui qui est fait pour défier et dompter les multi-nationales globalisées.

* dirigeant syndical du syndicat britannique Unite revient tout juste du Bangladesh où il a rencontré des syndicalistes du textile dans le cadre d'une délégation comprenant non seulement des syndicalistes britanniques (Unite) mais aussi des syndicalistes métallurgistes états-uniens (United Steel Workers)

 

Source : http://pcfsaintquentin.unblog.fr/

Publié dans Lutte des classes

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SURVEILLER VOS FACTURES D'EDF QUI GONFLE EXAGEREMENT LES FACTURES D'UNE CLIENTE MAIS NE VEUT PAS ENTENDRE SES DOLEANCES JUSTIFIEES. CE CAS DRAMATIQUE POUR L'INTERRESSEE N'EST PAS LE PREMIER

Publié le par Tourtaux

Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /2010 20:20
EDF s’embrouille dans ses factures mais ne veut rien entendre

Depuis fin mars, Valérie Rudler a reçu plusieurs factures de gaz d’EDF d’un montant supérieur à 33 000 €. Et si l’entreprise a reconnu certaines erreurs, elle exige toujours plus de 3 300 € d’arriérés supposés pour son appartement de 70 m² à Cernay.

C’est une histoire à dormir debout. Sauf que depuis fin mars, l’affaire tourne au cauchemar et hante, nuit et jour, la vie de Valérie Rudler.

Pour cette Cernéenne domiciliée dans un appartement de 70 m², le film d’horreur commence le 23 mars. Ce jour-là, elle reçoit d’EDF Bleu Ciel une facture de gaz de 36 647,70 €. L’hiver a certes été particulièrement rigoureux, mais la note est trop salée pour être vraie. Et la bonne nouvelle, ou presque, arrive le lendemain sous forme d’une nouvelle facture, rectificative, déduisant 33 952,85 € de la précédente. Soit encore 2 694,85€ à régler.

« C’est de la folie »

Toujours le 24 mars, une autre facture arrive au domicile de Valérie Rudler, cette fois d’un montant de 38,77 €. Le tout précédant l’échéancier de paiement annuel, lequel bondit de 129,93 € par mois en 2009 à 204,96 € en 2010. « Pour moi qui, depuis mon installation en 2007, n’ai jamais eu d’incident dans les prélèvements, recevoir de telles factures a de quoi choquer », raconte Valérie Rudler ( L’Alsace du 4 avril).

À l’époque, les services d’EDF Bleu Ciel reconnaissent des erreurs et l’assurent que tout va être régularisé. Et une semaine plus tard, un nouveau courrier informe Valérie Rudler qu’elle est, au final, redevable de 2 733,62 €, à EDF, une facture dont elle ignore tout. « C’est de la folie. J’ai l’impression qu’on me prend pour un pion », regrette la Cernéenne, qui n’a jamais pu entrer en contact avec des responsables du service clients d’EDF. « À chaque fois, les interlocuteurs m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire, que je devais payer. Sur certaines factures, il n’y a aucun prix unitaire et pas d’indication de coffret gaz. Ils me réclament de l’argent qui n’est pas justifié. Ils ont même contacté les services sociaux de la ville de Cernay et demandé la constitution d’un dossier du Fonds de solidarité pour le logement (FSL) pour rembourser des dettes qui ne sont pas dues. C’est aberrant. »

Le 8 juillet, EDF Bleu Ciel prend des mesures et baisse l’ampérage du logement de Valérie Rudler. Ce qui revient à lui couper l’alimentation électrique puisque micro-ondes et cuisinière, entre autres, ne fonctionnent plus. Jusqu’au 20 juillet, où EDF remet les compteurs à l’heure, du moins pour ce qui est de la puissance d’alimentation. Pourquoi ? Nul doute que la mise en demeure de l’entreprise par l’avocate, M e Véronique Schott, du barreau de Mulhouse, que Valérie Rudler a été contrainte de s’adjoindre pour sortir de cette situation de blocage, n’y est pas étrangère.

Deux factures le même jour

Pour le reste, rien n’est réglé. Après 625,22€ correspondant, le 20 juillet, à la consommation depuis le début de l’année, les prélèvements ayant été interrompus par EDF, les factures délirantes reviennent. Le festival a lieu le 22 juillet avec deux factures : l’une de 33 952,85 €, une deuxième de -35 112€, suivie d’une autre, de 386,69 € le 28 du même mois.

« Je n’en peux plus. Ce serait mentir que de dire que je n’y pense pas du matin, en me levant, au soir, quand je me couche. Vais-je les avoir sur mon dos toute ma vie ? C’est intenable. Tout ça parce qu’ils ne veulent pas reconnaître leur erreur », s’indigne Valérie Rudler, visiblement fatiguée, mais déterminée à faire valoir son bon droit.

Laurent Bodin Source lalsace.fr

Par Cyril LAZARO

http://cyril-lazaro.over-blog.com/

Publié dans Politique

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ARDENNES : FERMER LES BLOGS OPERATOIRES ET LES MATERNITES POUR MIEUX DEVELOPPER LE SECTEUR PRIVE

Publié le par Tourtaux

Fermer des blocs opératoires et des maternités pour mieux développer le secteur privé

L'alibi des normes pour diminuer l'offre de soins publics : tel est le titre du communiqué de la Fédération CGT de la santé et de l'Action Sociale que vous pouvez lire en cliquant ici.

Ce communiqué décrit très bien la situation que l'on peut d'ailleurs détailler sur l'exemple de Rethel actuellement sur la sellette : un groupement de coopération sanitaire a été créé depuis déjà plusieurs années entre le Groupement Hospitalier Sud Ardennes (Rethel et Vouziers) et des cliniques privées de la Marne ; des chirurgiens viennent consulter à Rethel et Vouziers, mais n'y opèrent pas et font déjà hospitaliser leurs patients dans le secteur privé. Les voilà donc avec un pied dans la maison pour capter les malades encore opérés à Rethel et organiser le recrutement vers le privé marnais plutôt que le CHU de Reims ou l'hôpital de Charleville Mézières. Sans parler évidemment des bonnes relations soigneusement entretenues avec les médecins généralistes !

Sur le blog du collectif de défense de l'hôpital de Charleville Mézières, vous pouvez lire le communiqué de l'Union des usagers du Vouzinois pour la promotion et la défense de leur centre hospitalier en cliquant ici.

 

Source : http://michele.leflon.over-blog.com/

Publié dans Lutte des classes

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PARIS : A BARBES, LES MILLE ET UN VISAGES DU RAMADAN

Publié le par Tourtaux

Société - le 11 Août 2010

A Barbès, les mille et un visages du Ramadan

Le ramadan 2010, temps fort de l'islam, a commencé mercredi matin en France, marquant le début d'un mois de jeûne du lever de l'aube au coucher du soleil pour plus de cinq millions de musulmans.

Reportage de Barbès à Saint-Ouen, à la rencontre de tous ceux qui vont dès aujourd'hui entrer dans la période du mois sacré. Dans une rue adjacente du boulevard Rochechouart (18ème), une bande de jeunes prennent le soleil à la terrasse du leader mondial des fast-food, lunettes solaires, casquette et nonchalance en bandoulière. Mais ils abandonnent bien vite cette douce torpeur aussitôt le sujet du Ramadan évoqué. Paradoxalement, c’est chez ceux qui, comme Mohamed, 25 ans,  ne feront pas nécessairement le jeûne que la défense d’un Ramadan fait dans les règles de l’art est la plus forte. « Le Ramadan, c’est d’abord quelque chose de religieux, explique-t-il. Le jeûne sans la prière, ça n’est pas valide. ». Pourtant, Mohamed ne compte pas faire le Ramadan ; il l’a fait, plus jeune, mais au moment de la post-adolescence, « on se disperse », comme il le confesse. Il y reviendra, sans aucun doute, plus tard. Comme Sam ou Sada, la vingtaine, qui travaillent respectivement dans la restauration et dans l’immobilier. Avec la maturité, la spiritualité grandit ; si donc le Ramadan s’inscrit d’abord dans une pratique familiale et culturelle, celle-ci se transforme chez certains en véritable profession de foi, au cours d’un cheminement personnel.

A Mohamed qui s’interroge sur le rôle de la pression sociale dans la pratique du carême, Sam rétorque vivement : « Le Ramadan, tu ne le fais pas pour les autres, tu le fais pour toi ». « Tu le fais pour Dieu », se corrige-t-il. Tous trois ont à cœur de revenir à la définition fondamentale du musulman : « Etre musulman, c’est respecter les cinq piliers de l’Islam ; ça ne sert à rien de faire un Ramadan à la carte, en choisissant la facilité, et en dissociant le jeûne et la prière. Si tu ne le fais pas correctement, tu ne seras pas absout de tes péchés ». Pour Mohamed, il y a de l’opportunisme de la part des média  à s’intéresser à l’Islam une fois par an, au moment du carême, ou quand les voitures brûlent dans les quartiers chauds. Chez une partie des musulmans aussi, d’ailleurs, qui ne font vivre leur identité qu’au moment du Ramadan. « Le Ramadan, c’est un rappel de la conduite à tenir tout au long de l’année pour être en accord avec soi-même et avec Dieu », rappelle-t-il.

« Faire le jeûne, les prières, c’est être dans le vrai », Sada

Cette défense farouche d’un Ramadan authentique , portée par des jeunes dont la foi est encore vacillante ou confortée au fil des ans, tranche avec la souplesse pratiquée par certains musulmans adultes envers l’exercice des prières, notamment.                                

C’est le cas d’Abdul, 53 ans, originaire du Mali, croisé sur un banc en compagnie de Bechir, 57 ans, maître cuisinier. Abdul est arrivé en France en 1976, après avoir suivi des études de philosophie à l’université d’Etat de Moscou (МГY) ; il est aujourd’hui infirmier-ambulancier. Il ne revendique pas le titre de musulman pur et dur mais enracine son identité dans l’histoire culturelle de son pays d’origine : « Je suis accidentellement né dans un pays musulman, mais cette identité musulmane est le fruit de colonisations successives. A la base, le Mali est un pays animiste. Etre musulman est un héritage familial. ». Pour autant, Abdul a la foi, « en dépit de mes études de philosophie ! ». Sa pratique du Ramadan sera adaptée aux horaires de son métier. Il compte donc choisir quelques jours pour pratiquer le jeûne, « un peu au hasard, le premier, le troisième, le septième, le dernier, etc ». Il est nécessaire d’observer le jeûne pendant tout le mois saint afin d’être absout de ses péchés. Et tant pis pour Abdul si aucun des ces jours ne correspond au jour sacré choisi par Dieu, mais inconnu des hommes, grâce auquel le musulman connaît cette rédemption. « Alors, tout aura été vain », philosophe-t-il. Pour ne pas manquer ce jour, il est nécessaire d’observer le jeûne pendant la totalité du mois. Abdul insiste alors sur l’importance du chemin parcouru pendant le Ramadan, qui vaut peut-être plus que le résultat obtenu, et résume la démarche du croyant: « On avance à tâtons ».                                                                        

Aux Délices de Micha, boulevard de la Chapelle, Nina, 18 ans, témoigne dans une atmosphère sucrée et enivrante de pâtisseries orientales : « Je suis pratiquante, je prie toute l’année, je vais donc jeûner et prier pendant un mois, tout en continuant à travailler d’arrache-pied ». En effet, la pâtisserie ne désemplit pas pendant la période du Ramadan, et Nina ne compte pas ses heures. Mais elle a la foi et ne cèdera pas aux tentations : « Je fais le jeûne depuis l’âge de neuf ans, de mon plein gré, alors même que les filles ne sont censées observer le carême qu’à partir du moment où elles sont réglées. Le Ramadan est un moment très important de spiritualité mais aussi de réflexion, pour savoir où l’on va dans la vie ».

Pour Lotfi, 32 ans, cuisinier, croisé dans un cybercafé du boulevard de la Chapelle, c’est avec le Ramadan qu’a débuté, il y a cinq ans, sa foi ; une foi qui, d’après ses mots, l’a sauvé et sauve « les gens perdus » comme lui. Désormais, le Ramadan est une pratique qui s’inscrit naturellement dans le cours de son année : il compte donc jeûner et rattraper le soir les prières qu’il n’aura pas pu faire la journée.

« J’ai même donné à une Roumaine une fois », Samir

Bien sûr, le lien social est moins vif dans la capitale qu’au bled, où tous les proches se retrouvent le soir pour rompre le jeûne (iftar). Hichem, 52 ans, qui tient une friperie à la sortie du métro Barbès Rochechouart, insiste sur cette dimension de convivialité propre au Ramadan. « Musulman laïc », il ne fera pas les prières mais se contentera du jeûne, suivant en cela des pratiques culturelles transmises par sa famille. Il met, d’ailleurs, en avant les bienfaits du carême pour la santé : « Pas de tabac, pas de café, pas d’alcool, c’est une purification du corps et de l’esprit ». « Le Ramadan, insiste-t-il, c’est surtout un moment où, privé d’eau et de nourritures, l’on s’ouvre à la pauvreté. » La pratique de l’aumône est donc très répandue pendant le carême, que l’on soit musulman « laïc » ou pratiquant.

Elle est d’ailleurs destinée à tous ceux qui se trouvent dans le besoin,  et n’est pas restreinte à la communauté musulmane : « Lors de la fête d’Aid el Fitr, qui met un terme au Ramadan, il n’est pas rare voir des chrétiens, des athées qui viennent partager un repas à la mosquée », explique Lotfi. Ainsi, chaque année, Samir, 29 ans, qui travaille dans un grand bazar de l’avenue de Saint-Ouen pour payer son master en gestion des entreprises, donne un budget de vingt euros environ aux pauvres croisés dans la rue. Il est frappé du changement de comportement des gens pendant le mois béni : « plus de gentillesse, plus de serviabilité, une vraie métamorphose ».  Abdul, lui, fait des dons à des organisations caritatives ; Sada apporte de la nourriture à ceux qui n’en ont pas, ou aux musulmans qui préfèrent rompre le jeûne avec une brick et quelques dattes plutôt qu’avec un hamburger.

« Au bled, le Ramadan, ça n’a rien à voir », Sam

Retour à la terrasse de Rochechouart. Il faut entendre Sam, Sada et Mohamed parler de l’ambiance incroyable qui règne au bled pendant la période du Ramadan, avec force détails et dans une ferveur non feinte : « Là-bas, c’est magique ; la journée tout est fermé, les gens prient de façon synchronisée, tout le monde se retrouve le soir ». C’est qu’au bled tout le monde suit scrupuleusement le Ramadan, dans un mouvement d’entraînement collectif qui n’est peut-être pas totalement exempt d’une forme de contrôle social. Mais Barbès n’est pas en reste : « Venez dans le quartier tous les soirs, deux heures avant la rupture du jeûne, les gens descendent dans la rue, tout s’anime, on va acheter la nourriture du soir, décrit Sam avec gourmandise, on mange avec les yeux ».                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Elodie Vergelati

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L'ETE DE TOUTES LES ABJECTIONS...

Publié le par Tourtaux

3 11 /08 /2010 11:43

                                        L’ETE DE TOUTES LES ABJECTIONS

                                                                   LA RAFLE 1                                                            la rafle (1942)

   Les déclarations de Nicolas Sarkozy à Grenoble, renforcées par celles de Brice Hortefeux sur la gestion « sécuritaire » de la nationalité posent d’évidents problèmes de constitutionalité. Mais elles nous imposent de réfléchir vite. Sur au moins deux points : d’abord reprendre le fil historique qui fait que la situation actuelle pue les années trente finissantes, juste avant l’abjection totale ; puis comprendre ce qui rend possible cette dérive, et notamment chercher dans les pratiques des oppositions les attitudes qui laissent ouvertes les portes d’une telle situation. La « nationalité » est un accord conventionnel. Elle n’existe pas « naturellement ». Un état colonisateur   comme la France le sait bien, qui a découpé le monde par des frontières « nationales » en dehors de toute histoire commune ou de projet collectif. La France est un État lui-même construit par la mise sous tutelle des peuples de l’intérieur de ses frontières (bretons, basques, corses, occitans,...) au nom d’un projet « national » et « républicain ». Être français est une convention qui a changé dans le temps, et qui changera encore (nous nous dirons peut-être européens dans un siècle ?). Cette convention assujettit les individus à la nation dont ils sont membres. Longtemps, la conscription militaire en a été le symbole. Une fois accordée, par la naissance (droit du sol), par la filiation (droit du sang) ou par la naturalisation, les droits et les devoirs sont les mêmes pour tou(te)s. Admettre la « double peine », d’une condamnation pénale suivie d’une déchéance de nationalité revient à dénigrer le fonctionnement global de la justice : les peines prononcées ne suffiraient-elles pas, ne seraient-elles pas « justes et équilibrées », que l’autorité administrative puisse ajouter une forme d’arbitraire ? Mais pire encore, il y aurait donc une antériorité à la situation conventionnelle de la nationalité ! Combien de temps, de génération sera-t-on considéré comme susceptible de se voir retirer la nationalité et placé en camp « de transit » ? Ceux qui n’entendent pas les horreurs des années trente ont les oreilles bien bouchées : l’expression « quart de juif » ne leur dit donc rien ? Les effets des discours de la clique au pouvoir ne peuvent se juger dans le court terme. Quand Marine Le Pen exprime sa satisfaction et y voit confirmation de ses thèses, il faut entendre le glissement collectif qui s’opère. Les racistes du pouvoir, même après condamnation judiciaire comme pour Brice Hortefeux, préparent un avenir qui n’a rien de républicain, mais tout de l’organisation clanique du monde. Le soupçon va s’installer, et au lieu de penser la nation comme un projet collectif, on va la définir comme une zone protégée, à l’image de ces condominiums pour riches hérissés de barbelés et protégés par des gardes armés qui créent des taches de léopard sur toute la planète. Bien évidemment, la démarche n’est pas spécifique à la France, malheureusement. De nombreux pays veulent décider arbitrairement de la nationalité. C’est « l’ivoirité » dans la Côte d’Ivoire, c’est le statut différent des juifs et des « arabes israéliens », c’est le débat sur les chicanos aux États-Unis, c’est la question lombarde en Italie,.... Le monde globalisé va remplacer les affrontements géopolitiques par des formes « internalisées » d’ethnicisation et de hiérarchisation. On aurait pu croire cette logique abandonnée depuis le Siècle des Lumières. L’exemple de l’Allemagne des années trente, pourtant un des pays les plus riches en philosophes, poètes, musiciens, penseurs,... aurait pu nous éclairer sur le danger permanent de voir revenir la barbarie. Mais je n’arrive pas à me résoudre à voir la France « des Droits de l’Homme », celle qui fait figure à la fois de paradis (notamment grâce à sa protection sociale) et de référence dans les capacités de révolte et de refus de l’arbitraire (la prise de la Bastille), sombrer à son tour dans la folie raciste. Avec toutes les conséquences sur la fin de « l’état de droit », annonçant la montée des nouvelles guerres « asymétriques » contre les population les plus démunies. Les signes sont pourtant clairs, depuis l’adoption de l’ « Etat d’urgence » en novembre 2005, les rafles des gamins de sans-papiers à la sortie des écoles, l’affaire de la « jungle » de Calais, et les rodomontades des ministres sur l’équipe de foot... Qu’est-ce qui rend une telle abjection possible, alors que nous savons pertinemment que chaque petite phrase ne fait que préparer la suivante, dans une spirale régressive sans fin ? Voici la seconde question, plus importante encore pour l’avenir. Et surtout, voici la question qui se pose à toute personne éprise de justice, d’égalité et de fraternité. Qu’avons-nous laissé faire ? Que laissons-nous faire encore ? Les discours du pouvoir nous montrent nos faiblesses. En visant « Mai 68 » comme source de la délinquance, des problèmes de l’école, de la relation entre parents et enfants, en accusant les citoyens épris de liberté, de débat démocratique, de générosité, ils nous disent en creux que nous avons laissé dilapider le potentiel libertaire issu de la dernière grande révolte française. En se situant sur cette crête idéologique et culturelle, ces discours évitent de poser la question des rapports de force proprement économiques qui conduisent plus de 10% de la population au chômage, qui réduisent les prestations sociales et de santé, qui marginalisent les quartiers pauvres par manque de budget de reconstruction et d’aménagement, petain françaispar manque de personnes pour assurer le « service au public »... Car notre focalisation sur les changements « moraux », sur les questions « sociétales » a permis que s’installe un modèle économique de domination qui nous conduit à la situation actuelle. Délinquance, insécurité d’une part, autoritarisme et racisme de l’autre sont les deux mamelles de la société néolibérale. L’acceptation par le PS de la globalisation néolibérale, jusqu’à voir deux de ses éminents dirigeants placés à la tête l’un du FMI et l’autre de l’OMC, les deux organismes les plus significatifs du nouvel ordre économique mondial, est certainement un virage fondamental dans cette courte trajectoire historique. Mais notre abandon de la construction d’une véritable force sociale, culturelle et politique au nom du « c’est toujours mieux que rien » est tout autant coupable. Quand nous sommes conscients de l’évolution terrible du monde, et que nous voyons notre propre univers politique écartelé, incapable de se réunir sur les fondamentaux ; quand nous voyons les dirigeants des particules dont le seul espoir bureaucratique est de franchir la barre des 5% parader accrochés à leurs « vérités » comme des berniques sur leur rocher pour résister à la marée ; quand nous assistons à la débandade des organisation du mouvement social incapables de comprendre l’enjeu de la lutte contre le chômage, l’organisation des quartiers, la révolte des jeunes sans espoir, ; … ne sommes nous pas nous-mêmes complices « par abstention » de la dérive en cours ? Il n’est jamais trop tard. Mais il vaudrait mieux que nous décidions le plus tôt possible de revenir sur la scène politique, à partir des expériences des mouvements sociaux, à partir des réflexions polyphoniques des divers courants de la gauche critique et des associations sociales. Laisser encore à d’autres qui ont déjà montré l’étendue de leur incapacité à former un front suffisamment fort contre la domination autoritaire qui accompagne le néolibéralisme serait à nouveau plier devant le bulldozer raciste. La conception d’une société de loups en guerre permanente tous contre tous est le modèle majoritaire, autant des films hollywoodiens que des dirigeants de notre droite revancharde et animée par la haine. Ne la laissons pas s’installer. Reprenons la bataille culturelle et idéologique par le versant politique. Au fond, l’avenir appartient aux tenants de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, mais il vaudrait mieux que cela ne vienne pas après une crise humaine et morale majeure. Redresser la barre se construit dès aujourd’hui. Par vous qui avez eu le courage de lire jusqu’ici. Que chacun(e) trouve son chemin, mais surtout revienne à la discussion, à l’échange, à l’investissement sur la scène publique. Trouvons de nouvelles formes d’organisation en réseau, de consensus et de coordination, mais surtout ne restons pas tétanisés par l’arrogance des gouvernants.

                                                               Hervé Le Crosnier

Par BANDERA ROSSA
http://pcfcorse.over-blog.com/article-l-ete-de-toutes-les-abjections-55237863.html

Publié dans Guerre1939-45

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