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LA FOUDRE EST TOMBEE : EN COURCIRCUITANT ZYED ET BOUNA LA JUSTICE DE CLASSE DE LA COUR D'APPEL DE PARIS ELECTROCUTE LA JEUNESSE DES BANLIEUES

Publié le par Tourtaux

http://www.lepost.fr/article/2011/04/27/2478141_mort-de-zyed-et-bouna-non-lieu-pour-les-policiers-c-est-une-justice-de-la-peur-qui-a-ete-rendue.html
Non-lieu pour les policiers dans la mort de Zyed et Bouna : "Honte et tristesse"

   

Les familles iront en cassation. Leur avocat critique "un parquet politique, qui n'est pas indépendant".

Zyed et Bouna.
Zyed et Bouna. | Max PPP

Le 27 octobre 2005, trois adolescents poursuivis par des policiers s'étaient réfugiés dans un transformateur EDF. Deux d'entre eux étaient morts électrocutés. Cet événement avait déclenché une vague de violences sans précédent dans les banlieues françaises.

Une policière stagiaire qui était ce soir-là au standard téléphonique et un policier qui était sur place, se sont vu reprocher de n'avoir pas tenté de porter assistance aux adolescents en sachant qu'ils étaient entrés au péril de leur vie dans le transformateur. Ces policiers ont toujours nié toute responsabilité.

La cour d'appel de Paris a rendu mercredi un non-lieu au profit des deux policiers, conformément à l'avis du parquet.

L'avocat des familles : "Honte et tristesse"

"J'ai un double sentiment de honte et de tristesse", a réagi l'avocat des familles de Zyed et Bouna sur France Inter, avant d'annoncer que les
familles iraient "jusqu'au bout", c'est-à-dire la cassation.

"C'est une justice de la peur qui a été rendue", a dénoncé Me Jean-Pierre Mignard. "Nous avons en France un parquet politique, qui n'est pas indépendant", a regretté l'avocat qui loue le travail des juges d'instruction et des enquêteurs.

L'avocat des policiers : "Tintamarre des leurres médiatiques"

Le pourvoi en cassation ne pourra porter que sur les formes de droit de la décision et non sur le fond, où la police est donc blanchie. L'avocat des policiers, Daniel Merchat, a exprimé sa satisfaction. "Le dossier a toujours été vide, il l'est aujourd'hui encore. La petite voix de la vérité judiciaire a fini par couvrir le tintamarre des leurres médiatiques", a-t-il dit aux journalistes présents au tribunal.

Le maire de Clichy-sous-Bois : "Tout ça pour ça"

"Dès le premier jour, j'ai réclamé une enquête indépendante puis un débat contradictoire", a rappelé Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois. "Il n'aura pas lieu et je le regrette, même pour les policiers", a-t-il poursuivi. "Leur non-responsabilité aurait peut-être été plus clairement mise en évidence après ce débat", a-t-il estimé.

"J'ai envie de dire: tout ça pour ça. C'est long 5 ans et demi et si c'est pour en arriver là, on aurait pu le faire plus tôt", a-t-il poursuivi. "Avec cette décision, ça va être dur de faire son deuil pour les familles", a souligné l'élu, avant d'ajouter: "On les connaît, elles ne sont pas dans un esprit vengeur mais elles auraient aimé que les responsabilités des uns et des autres soient clairement établies".


Collectif d'associations AC-Le Feu : "Morts pour rien"

"On travaille pour que la jeunesse croit en la justice, mais après une décision comme celle-là, c'est dur pour nous", a dit Mohamed Mechmache, président du collectif d'associations AC-Le Feu, à Clichy-sous-Bois. "La justice existe pour une catégorie de personnes: les jeunes qui ont exprimé leur colère en 2005 (lors des émeutes) sont passés en comparution immédiate et ont fait de la prison eux et les policiers ne sont même pas jugés", a-t-il déploré. "Aujourd'hui, on a l'impression que Zyed et Bouna sont morts pour rien", a ajouté Mohamed Mechmache.

 

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Sources : Le Monde.fr, Europe1.fr, Le Point.fr, Le Figaro.fr

Publié dans Lutte des classes

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DECES DU POETE CHILIEN GONZALO ROJAS, PRIX CERVANTES 2003, ANCIEN DIPLOMATE DU PRESIDENT ALLENDE, OPPOSANT A PINOCHET ET AMI DE LA REVOLUTION CUBAINE

Publié le par Tourtaux

 

Gonzalo Rojas Décès du poète chilien Gonzalo Rojas, prix Cervantes 2003, ancien diplomate du président Allende, opposant à Pinochet et ami de la révolution cubaine

Traduction AC (depuis le communiqué du PC Péruvien) pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'illustre poète chilien, Gonzalo Rojas, prix Cervantes 2003, est mort ce lundi 25 avril, à 93 ans à Santiago du Chili, incapable de se rétablir après un infarctus cérébral contracté en février. S'est éteint celui qui, avec Nicanor Parra, était considéré comme un des derniers grands poètes vivants Chiliens



Gonzalo Rojas est sorti de la pauvreté provinciale du sud du Chili pour devenir un des poètes les plus respectés d'un pays connu pour avoir eu de grands maîtres de ce genre littéraire. De son œuvre imposante se démarquent, surtout, les écrits au fin contenu érotique, tout comme ceux où il exprimait la douleur de l'exil durant les longues années de la dictature militaire d'Augusto Pinochet.



Rojas, né le 20 décembre 1917 dans le port minier de Lebu, en plus du Prix Cervantes 2003, la plus importante récompense littéraire de langue espagnole, reçut le Prix national de littérature du Chili et le Prix de poésie de la Reine Sophie, en Espagne.



En 1938, il rejoignit le groupe d'écrivains surréalistes chiliens La Mandrágora, mais l'union fut brève, car très vite il se sentit bridé par le style du groupe et ne parvint pas à se conformer à une école particulière d'écriture.



Fils de mineur, il connut la pauvreté dès l'enfance. Dans la décennie des années 1940, il apprit à lire et à écrire aux enfants de mineurs du nord du Chili, dans le désert aride d'Atacama.



En 1948, il publia son premier recueil de poèmes, « La misère de l'homme », et près de deux décennies plus tard son second livre, « Contre la mort ». Il ne fut véritablement reconnu dans sa partie qu'à partir de 1977, et la publication d' « Obscurité ».



Il fut diplomate à Cuba, durant le gouvernement d'Unité populaire de Salvador Allende et collaborateur de la Maison des Amériques.



Il aimait Cuba et fut un défenseur de sa Révolution. Sa dernière visite à la nation caribéenne fut en janvier 2008 pour inaugurer la 49ème édition du Prix littéraire Maison des Amériques. Dans son discours prononcé à cette occasion, il souligna:



« Je me trouvais à Rome cette fois, lisant le journal ce matin de janvier 1959, du siècle dernier, quand je demanda à Rodrigo, mon fils ainé de 15 ans qui m'accompagnait dans le monde entier:



'Allons, mon petit, des deux nouvelles laquelle tu choisis? Celle de l'entrée de Fidel à la Havane ou l'autre de cette fusée sur la Lune?'



'Celle de Fidel, me dit-il, car elle ne s'éteindra jamais.'



Il visait juste. Elle ne s'éteindrait jamais. Elle marquait quelque chose de « nouveau » comme le dirait Apollinaire en parlant de ce qui est nouveau, quelque chose de nouveau, une nouveauté héroïque.



J'ai désormais 90 ans, je viens de les fêter tout récemment, et je continue d'être « fidéliste », comme je continue d'être « allendiste ». Mondain car homme du siècle, avec tous les risques que cela comporte. Je suis né carbonifère, noir de charbon mais mondain tout de même. Maritime et fluvial, mais mondain, homme de cette terre, de ce port de la pointe sud où le personnage principal reste la bourrasque ».



Voici un poème de Gonzalo Rojas choisi et traduit par nos soins :



Contre la mort





Je m'arrache la vue et m'arrache les yeux chaque jour qui passe.

Je ne veux pas voir, je ne peux pas! voir mourir les hommes chaque jour.

Je préfère être de pierre, être mélancolique,

qu'à supporter ce dégoût me rongeant de l'intérieur et sourire

à droite et à gauche pourvu que fonctionne mon manège.



Je n'ai rien d'autre à faire que de rester ici à dire la vérité,

au milieu de la rue et à tous les vents:

la vérité d'être vivant, rien d'autre que vivant,

les pieds sur terre et le squelette libre en ce monde.



Que gagnons-nous à bondir vers le soleil avec nos machines,

à la vitesse de la pensée, que diable: que gagnons-nous

à voler au-delà de l'infini

si nous continuons à mourir sans espérance aucune de

sortir des temps obscurs?



Dieu ne m'aide pas. Personne ne m'aide à rien.

Mais je respire, et comment, et je m'assoupis

en pensant qu'il ne me reste plus que dix ou vingt ans pour aller

m'allonger, comme tout le monde, dormir entre deux mètres de ciment là-dessous.



Je ne pleure pas, je ne me pleure pas. Tout doit être comme il doit être,

mais je ne peux voir les cercueils et les cercueils

passer, passer, passer, passer chaque minute,

couvrant quelqu'un, recouvrant quelqu'un, je ne peux pas voir

le sang encore chaud dans les cercueils.



Je touche cette rose, j'embrasse ses pétales, j'adore

la vie, je ne lasse pas d'aimer les femmes; je me nourris

en ouvrant leur monde. Mais tout est inutile,

puisque je suis moi-même une tête inutile

prête à être coupée, mais qui ne comprend pas que c'est cela

que d'espérer un autre monde de ce monde-ci.



Qu'ils me parlent de Dieu ou qu'ils me parlent de l'Histoire. Je ris

d'aller chercher si loin l'explication de la faim

qui me dévore, la faim de vivre comme le soleil

dans la grâce du ciel, éternellement.

 

gonzalo rojas

 

Publié dans Les Amériques

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CONCLUSIONS DU 6ème CONGRES DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE CUBAINE RAUL CASTRO

Publié le par Tourtaux

20110416MVH 18Conclusions du VIème Congrès du Parti communiste cubain (PCC) par le président de la république cubaine Raul Castro

 

 

Transmis aimablement par AG du site http://camarade.over-blog.org/ repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Cher Fidel,


Compañeras et compañeros,

 

Nous approchons de la fin du Congrès, après des journées intenses au cours desquelles, nous, les communistes cubains, avons discuté et adopté les Directives de la Politique Économique et Sociale du Parti et la Révolution, le Rapport Central et différentes résolutions sur les principaux sujets analysés.


Je considère que la manière la plus digne et à la fois la plus productive de commémorer le 50ème anniversaire de la Victoire sur l’invasion mercenaire à Playa Girón, un jour comme aujourd’hui, le 19 avril 1961, est précisément avoir tenu un Congrès du Parti magnifique, une réunion qui prend fin un peu plus de cinq mois après le commencement des discussions sur les Directives, processus profond, à caractère démocratique et transparent, dont le rôle principal indiscutable a été assumé par le peuple sous la direction du Parti.


Au nom des près de 800 mille militants communistes, des mille délégués au Congrès, de la nouvelle direction de notre organisation et en particulier, du compañero Fidel Castro Ruz, je tiens à féliciter toutes les Cubaines et tous les Cubains pour leur participation décisive au débat et à l’indubitable démonstration d’appui à la Révolution, ce qui constitue pour nous un motif de satisfaction et, ce qui est plus importante, une responsabilité et un engagement supérieurs pour aboutir, grâce au concours de tous, à l’actualisation du modèle économique visant à assurer le caractère irréversible du Socialisme à Cuba.


Nous avons déjà exprimé dans le Rapport Central que nous ne nous faisions pas d’illusions sur le fait que les Directives et les mesures afférentes étaient à elles seules la solution à tous les problèmes existants. Pour atteindre le succès dans cette question stratégique et dans les autres, il est nécessaire de nous concentrer immédiatement à faire accomplir les accords de ce Congrès, sous un dénominateur commun dans notre conduite : l’ORDRE, la DISCIPLINE et l’EXIGENCE.


La mise à jour du modèle économique n’est pas un miracle qui pourrait être réalisé du jour au lendemain comme certains le pensent ; nous parviendrons à son total déploiement graduellement au cours du quinquennat, car le travail de détail est considérable, la planification et la coordination, tant sur le plan juridique que dans la préparation minutieuse de tous ceux devant intervenir dans sa mise en œuvre pratique.

Il sera nécessaire aussi de développer un travail de divulgation intense à la population à propos de chaque mesure que nous adopterons et en même temps, de maintenir les pieds et les oreilles très attentifs et collés à la terre afin de surmonter les obstacles que nous rencontrerons et de rectifier rapidement les erreurs que nous commettrons dans leur application.


Nous sommes convaincus que l’ennemie principal auquel nous sommes confrontés et auquel nous ferons face seront nos propres déficiences, par conséquent, c’est une tâche immense pour le futur de la nation qui ne saurait admettre d’improvisations ni précipitations. Nous ne renoncerons pas à faire les changements qu’il faudra, tel que Fidel nous l’a indiqué dans sa Réflexion d’hier, nous allons les faire au rythme que demandent les circonstances objectives et toujours avec le soutien et la compréhension des citoyens, sans jamais mettre en péril notre arme la plus puissante : l’unité de la nation autour de la Révolution et ses programmes.


Sans la moindre intention de chauvinisme, je considère que Cuba se trouve parmi le nombre réduit de pays du monde ayant les conditions pour transformer son modèle économique et sortir de la crise sans traumatismes sociaux car, en premier lieu nous avons un peuple patriotique, qui se sait puissant vu la force que représente son unité monolithique, la pertinence de sa cause et sa préparation militaire, avec une instruction élevée, et fier de son histoire et de ses racines révolutionnaires.


Nous allons avancer malgré le blocus états-unien et les adverses conditions dominantes sur le marche international qui s’expriment, entre autres, dans les restrictions à l’accès de Cuba aux sources de financement et la spirale des prix du pétrole qui entraîne le reste des matières premières et les aliments ; en peu de mots, tout ce que nous acquerrons à l’étranger se renchérit.


Peu de mois après le début de 2011 et selon des informations très récentes, le coût additionnel des importations de l’année se chiffrent à plus de 800 millions de dollars, rien que pour l’augmentation des prix, pour acquérir les mêmes quantités planifiées, ce qui nous obligera dès la fin du Congrès à réaliser des ajustements au plan approuvé en décembre dernier.


En ces moments l’épargne de ressources de tout type reste l’une des principales sources de recettes du pays car il existe encore des dépenses irrationnelles et d’immenses réserves d’efficience que nous devons exploiter avec un grand sens commun et une vaste sensibilité politique.


Malgré l’acceptable comportement obtenu jusqu’à cette date dans la livraison de terres oisives en usufruit, en conformité avec le Décret-loi 259 de 2008, il persiste encore des milliers et des milliers d’hectares de surface cultivable attendant les bras disposés à en extraire les fruits tant demandés par la population et l’économie nationale et que nous pouvons récolter dans nos champs en vue de remplacer les importations de plus en plus coûteuses de bien des produits qui aujourd’hui bénéficient les fournisseurs étrangers et non nos paysans.


La première chose que nous devons faire est accomplir ce que nous venons d’approuver dans cet événement, donc ce n’est pas une décision fortuite que le Comité Central analyse dans ses plénums, au moins deux fois par an, comment s’accomplissent les accords du Congrès en particulier, la marche de l’actualisation du modèle économique et la mise en œuvre du plan de l’économie.


À cet égard, je dois souligner l’importance de la tâche assignée à la Commission Permanente du Gouvernement pour la mise en œuvre et le développement, qui conduira harmonieusement les efforts et les actions des organismes et des entités nationales impliqués dans la mise à jour du modèle économique, avec le soutien en particulier du Ministère de l’Économie et la Planification, qui constitue l’État Majeur du Gouvernement pour cette activité du travail national.


Par ailleurs, nos députés ont un travail plus grand devant eux puisque les Directives approuvées par le Congrès seront soumises à l’analyse de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, en vue de leur ratification législative dans les successives sessions, au fur et à mesure que nous compléterons l’élaboration des normatives légales correspondantes.


Comme vous avez entendu, le Congrès a accordé la convocation pour le 28 janvier de l’année prochaine, date dans laquelle nous arriverons au 159ème anniversaire de la naissance de José Martí, à la Conférence Nationale qui, dans la pratique sera une continuation du VIème Congrès, consacrée à évaluer avec réalisme et esprit critique le travail du Parti, ainsi qu’à préciser les transformations requises pour exercer le rôle de force dirigeante supérieure de la société et de l’État qui lui correspond en vertu de l’Article cinq de la Constitution de la République. De même, nous accordons l’octroi à cette Conférence des facultés en vue de la mise à jour des méthodes et du style de travail, des structures et de la politique de cadres y compris l’élargissement et la rénovation du Comité Central.


Comme il est exprimé dans sa convocation, la Conférence Nationale sera présidée par la détermination de « changer tout ce qui doit être changé » contenue dans la brillante définition du concept Révolution du compañero Fidel.


Pour atteindre le succès, nous sommes obligés tout d’abord à modifier dans la vie du Parti la mentalité qui, comme barrière psychologique ayant été attachée de longues années durant aux mêmes dogmes et critères obsolètes, à mon avis, est ce qui nous coûtera plus d’effort surmonter. Il sera indispensable également de rectifier des erreurs et de conformer, sur la base de la rationalité et la fermeté de principes, une vision intégrale du futur en vue de la préservation et le développement du Socialisme dans les circonstances actuelles.


En matière de politique de cadres, avec l’élection du nouveau Comité Central, son Secrétariat et le Bureau Politique, présentés ce matin, nous avons donné un premier pas pour accomplir ce que nous avons accordé au Congrès, très particulièrement quant au commencement d’un processus graduel de rénovation et de rajeunissement de la chaîne de charges politiques et étatiques, en même temps que la composition raciale et de genre s’est substantiellement améliorée.


Le Comité Central est intégré par 115 membres dont 48 femmes, c’est-à-dire 41,7 %, ce qui dépasse le triple de la proportion atteinte au congrès précédent, qui a été de 13,3 %. Les Noirs et les Métis sont 36 %, leur représentation s’accroissant de 10 %, se chiffrant maintenant à 31,3 %.


Ce résultat, je répète, est un premier pas, ce n’est pas le fruit de l’improvisation. Le Parti, depuis plusieurs mois, travaillait avec profondeur dans cette direction dans le but de conformer une candidature qui tienne compte de la nécessité d’avoir des proportions justes de genre et de race dans les membres du Comité Central.


Ont été sélectionnés de la gigantesque carrière de diplômés universitaires et spécialistes qualifiés que la Révolution n’a pas perdu de temps à former. Ce sont des enfants de la classe ouvrière, surgis des entrailles les plus humbles du peuple, avec une vie politique active dans les organisations étudiantes, l’UJC et le Parti, des jeunes qui pour la plupart ont plus de 10, 15 ou 20 ans d’expérience à la base, sans cesser de travailler dans les professions qu’ils ont étudiées, et presque tous ont été proposés par les cellules où ils militent, comme partie du procès de préparation du Congrès.


Nous devons désormais leur donner un suivi et continuer leur formation afin de les préparer dans l’intérêt qu’ils puissent, progressivement, occuper des responsabilités supérieures.


Dans l’intégration des organes supérieurs du Parti, malgré le départ du Comité Central de 59 compañeros, la moitié de ses membres effectifs, la plupart d’eux ayant des états de service à la Révolution positifs; nous avons gardé plusieurs vétérans de la génération historique et c’est logique qu’il en soit ainsi, comme l’une des conséquences des déficiences commises dans ce domaine, critiquées dans le Rapport Central, qui nous ont empêché d’avoir aujourd’hui la réserve de remplaçants murs et suffisamment expérimentés pour assumer le relais dans les principales charges du pays.


Par conséquent, nous continuerons à adopter des mesures similaires dans cette décisive direction pendant la prochaine Conférence Nationale du Parti et dans la vie quotidienne de notre travail de Parti, gouvernemental et d’État.


Le compañero Fidel Castro Ruz, fondateur et Commandant en Chef de la Révolution Cubaine, nous a donné le premier exemple d’attitude conséquente dans cette matière, en demandant expressément de ne pas être inclus dans la candidature du Comité Central.


Fidel est Fidel et il n’a pas besoin de quelque charge que ce soit pour occuper, pour toujours, une place au sommet de l’histoire, au présent et au futur de la nation cubaine. Tant qu’il aura de la force pour le faire, et heureusement il se trouve dans la plénitude de sa pensée politique, et depuis sa modeste qualité de militant du Parti et de soldat des idées, il continuera à apporter à la lutte révolutionnaire et aux propos les plus nobles de l’Humanité.


En ce qui me concerne, j’assume ma dernière tâche, avec la ferme conviction et l’engagement d’honneur que le Premier Secrétaire du Comité Central du Parti Communiste de Cuba a pour mission principale et sens de sa vie : défendre, préserver et poursuivre le perfectionnement du Socialisme et ne permettre jamais le retour au régime capitaliste.


Au Bureau Politique, il peut être observé, se reflète une proportion adéquate de chefs principaux des Forces Armées Révolutionnaires. C’est naturel qu’il en soit ainsi, ce que je fonde sur les propos du compañero Fidel dans le Rapport Central au Premier Congrès du Parti, et je cite :


« L’Armée Rebelle a été l’âme de la Révolution. Des ses âmes victorieuses a émergé libre, belle, puissante et invincible la Patrie nouvelle… Lorsque le Parti à été fondé… notre armée, héritière à son tour de l’héroïsme et la pureté patriotique de l’Armée Libératrice et continuatrice victorieuse de ses luttes, a déposé dans ses mains les drapeaux de la Révolution et à partir de cet instant-là et pour toujours il est son continuateur le plus fidèle, discipliné, humble et immuable ». Fin de citation.


J’ai suffisamment de raisons pour proclamer que les Forces Armées Révolutionnaires dont je suis fier d’avoir été ministre presque 49 ans, ne renonceront jamais à accomplir ce rôle au service de la défense du peuple, du Parti, de la Révolution et le Socialisme.


La qualité de membre du Comité Central, si elle a en partie jusqu’aujourd’hui une reconnaissance dans le parcours de lutte des élus, ce qui a été juste, à partir de maintenant le concept qui devra prédominer est en essence, que cette qualité représente une responsabilité énorme vis-à-vis du Parti et du peuple, car entre un congrès et un autre congrès, le Comité Central est l’organisme supérieur de direction du Parti et il lui reviennent, d’après les statuts, de larges facultés dans le contrôle de l’application de la politique tracée et les programmes de développement économique et social du pays, ainsi que dans la politique de cadres et le travail idéologique, entre autres.


En conformité avec ça, il est nécessaire d’élever la préparation et le perfectionnement constant de ses membres, étant donné que nous nous proposons d’utiliser activement le Comité Central dans la matérialisation des accords du Congrès, comme forum pour analyser de manière collégiale, sans le moindre trait de formalisme, les principaux thèmes de la vie du Parti et la nation.


Nous ferons autant dans le Bureau Politique, comme il lui appartient, étant l’organisme supérieur de direction entre les plénums du Comité Central.


Le Bureau Politique, composé de 15 membres, s’est réduit par rapport à l’antérieur de 24 membres, quantité qui dans la pratique s’est avérée excessive ; trois nouveaux compañeros y sont entrés : Mercedes López Acea, première secrétaire du Comité Central du Parti à La Havane ; Marino Murillo Jorge, vice-président du Conseil de Ministres et Chef de la Commission Permanente du Gouvernement pour la Mise en Œuvre et le Développement, et Adel Yzquierdo Rodríguez, qui fut récemment nommé ministre de l’Économie et la Planification.


Ces promotions ne sont pas fortuites, dans le premier cas, cela obéit à la priorité que le Parti concède à son travail dans la capitale, de plus de deux millions d’habitants et, dans les cas des autres compañeros, ça répond à la signification stratégique et la mise à jour du modèle économique et le développement de l’économie nationale.


Nous maintiendrons la pratique utile de réunir hebdomadairement la Commission du Bureau Politique avec le Comité Exécutif du Conseil de Ministres afin d’évaluer les questions fondamentales de la vie nationale, parallèlement nous continuerons à favoriser la participation aux sessions mensuelles du Conseil de Ministres, selon les thèmes à débattre et en qualité d’invités, les membres du Bureau Politique et du Secrétariat du Comité Central, le Conseil d’État et la présidence de l’Assemblée Nationale ; les cadres dirigeants de la Centrale de Travailleurs de Cuba (CTC), d’autres organisations de masses et l’UJC, ainsi que les premiers secrétaires des comités provinciaux du Parti et les présidents des conseils de l’administration provinciale.

Cette méthode a prouvé son efficacité pour transmettre, sans intermédiaires, aux principaux dirigeants de tout le pays, des informations indispensables et de orientations pour l’accomplissement de leurs responsabilités.


Finalement, aucun de nous n’ignore l’importance historique qu’a signifiée pour le destin de la Révolution l’écrasante défaite de l’invasion mercenaire de Playa Girón, comme résultat de l’action ferme, incessante et décidée de nos combattants qui, sous le commandement direct du Commandant en Chef Fidel Castro, qui s’est maintenu tout le temps dans le théâtre d’opérations où se livraient les actions combattives, ont détruit, en moins de 72 heures, la tentative du gouvernement des États-Unis d’installer une tête de pont dans un coin éloigné de la Patrie auquel il prétendaient transférer ensuite depuis une base militaire en Floride, un gouvernement fantoche qui solliciterait à l’Organisation des États Américains la tristement célèbre OEA, l’intervention militaire de forces états-uniennes, situées dans des eaux très proches, accompagnant le contingent mercenaire depuis son départ des côtes centraméricaines, tel qu’ils l’avaient déjà fait au Guatemala, en 1954, sept ans auparavant, quand ils ont renversé le gouvernement progressiste de Jacobo Arbenz.


Que cette occasion serve pour répéter les mots de Fidel lors du 15ème anniversaire de la Victoire, le 19 avril 1976, lorsqu’il a dit : « À partir de Giron, tous les peuples d’Amérique ont été un peu plus libres », fin de citation.


À Girón, pour la première fois, a été employé dans la défense du socialisme à Cuba l’armement fourni par l’Union Soviétique quelques mois auparavant, sans avoir pu a peine l’assimiler complètement. C’est juste, un jour comme aujourd’hui, de reconnaître que sans l’aide des peuples qui composaient cet immense pays, notamment le peuple russe, la Révolution n’aurait pu survivre dans les premières années, face aux croissantes et continuelles agressions de l’impérialisme, c’est pourquoi nous en serons éternellement reconnaissants.

Notre gratitude, un jour comme aujourd’hui, aux actuels pays socialistes pour leur invariable coopération et soutien pendant toutes ces années de dures batailles et sacrifices.


Les peuples frères du Tiers monde, en particulier ceux d’Amérique latine et des Caraïbes qui s’efforcent pour transformer l’héritage de siècles de domination coloniale et savent qu’ils auront notre solidarité et notre soutien.


Une chaleureuse salutation fraternelle aux partis communistes et autres forces progressistes de toute la planète qui luttent sans cesse, en partant de la ferme conviction qu’un monde meilleur est possible.

Je tiens à exprimer aussi la reconnaissance du peuple cubain à tous les gouvernements qui, année après année, ont réclamé avec leur suffrage et leurs voix, aux Nations Unies, la cessation du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba.


Finalement, que notre reconnaissance parvienne à toutes et à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont participé à l’organisation réussie et à la bonne gestion de ce Congrès.


Je crois qu’il n’existe pas un meilleur moyen de célébrer le 50ème anniversaire de la Journée de la Victoire à Playa Girón, que de clore cet historique Congrès du Parti avec la présence de Fidel et le symbolisme qu’implique l’Élégie des Chaussures Blanches », de Indio Naborí, déclamée par l’acteur Jorge Ryan et les émouvantes paroles de Nemesia, la fille charbonnière qui a vu mourir sans défense sa mère et les blessures faites à sa grand-mère et ses deux frères par l’action assassine d’avions peints avec les insignes cubaines et dont les chaussures blanches, perforées par la mitraille ennemie, sont exhibées au musée de Playa Girón, comme preuve matérielle que la Révolution se maintient victorieuse 50 ans après, en rendant hommage à tous ses morts.


Je vous remercie.

Publié dans Les Amériques

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ENTRETIEN AVEC HAMMA HAMMAMI, RESPONSABLE DU PARTI COMMUNISTE DES OUVRIERS DE TUNISIE

Publié le par Tourtaux

Entretien conduit par Azza Turki

L’extrême gauche a un visage, un personnage qui s’est construit une réputation depuis des années. Avec lui, nous avons abordé tous les sujets, sans restrictions,  ni tabous. Son regard sur l’actualité, son programme économique ou l’identité de son parti… Entretien avec le leader du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), Hamma Hammami.

 

Le  décret loi adopté a retenu le mode de scrutin qui prévoit également le système des plus forts restes. Qu’en pensez-vous ?

Notre parti a toujours été pour la proportionnelle. Nous considérons que le système de liste est le plus propice à l’étape actuelle. Mais nous aurions aimé ajouter un  système de panachage. Il arrive que l’électeur ne connaisse pas telle ou telle figure et qu’il désire choisir  le nom d’un candidat d’une autre liste. Mais certains experts pensent que ce système est difficile à mettre en œuvre sur le plan technique.

 

Qu’en est-il de la parité ?

Le PCOT a toujours milité en faveur d’une égalité effective et réelle entre les deux sexes, pas seulement au niveau de la loi mais également dans la réalité. Le fait d’imposer la parité aux partis politiques, est une chose positive et progressiste qui contribuera sûrement à changer les mentalités et à instaurer une  parité réelle au niveau des instances représentatives. Cela est positif même si nous n’ignorons pas que cela ne va pas  nécessairement se traduire par la parité au niveau de la  Constituante.

 

Aurait-il fallu aller plus loin ?

Au niveau du principe, le POCT est pour une parité effective au niveau des instances. Les femmes  tunisiennes ont de réelles capacités pour exercer leurs droits politiques et représenter le peuple tunisien. En plus, elles ont été de toutes les luttes nationales. Nous défendons la parité même si nous sommes conscients que cela risque de créer des difficultés dans certaines régions.

 

Votre parti a-t-il les moyens de présenter des listes paritaires ?

Oui, nous avons les moyens. Cela sera difficile. Mais nous allons nous y adapter. La société tunisienne s’adaptera progressivement. Il s’agit d’une révolution. Il faut donc prendre des mesures révolutionnaires. Cette mesure répond à un degré de développement important de la société tunisienne, et de mentalité de la population.

 

La mise en place de la parité exclura de fait certains partis…

Un parti représentatif doit avoir des femmes en son sein. Je reste persuadé que dans l’avenir, la parité sera normalement intégrée dans la culture politique des Tunisiens et des Tunisiennes. Mais je pense que cette mesure ne doit pas être seulement  formelle. La parité politique doit être appuyée par une révolutionnarisation réelle des femmes dans tous les domaines et à tous les niveaux.

 

Quel est votre avis quant à l’inéligibilité des ex-militants du RCD ?

Dès le début de cette révolution, et même bien avant, nous avons appelé à la dissolution du RCD car nous le considérons comme le pilier fondamental de la dictature en Tunisie. Il endosse la responsabilité de plusieurs crimes politiques et économiques. Le RCD, et le PSD avant lui, sont responsables de la privation de ce peuple de ces droits. La dissolution de ce parti, suite à cette révolution, est normale. La mesure d’inéligibilité des anciens Rcdistes s’inscrit également dans la révolution. Mais nous pensons qu’elle doit être claire et précise. Il ne s’agit pas de priver les deux millions d’adhérents du RCD de leurs droits politiques. Il y avait des personnes qui étaient contraints d’avoir la carte du parti pour telle ou telle raison. Seuls ceux qui assument la responsabilité de crimes économiques ou politiques ou ceux qui sont directement impliqués dans la répression doivent être privés de leurs droits politiques. Le PCOT est contre toute éradication. Je tiens à préciser que je ne suis pas partie prenante de cette instance. Notre parti est contre son instauration tant sur le fond que sur la forme. Nous sommes pour une instance qui a un droit de regard sur l’activité de ce pouvoir transitoire.

 

Une telle instance devra avoir une légitimité. Où va-t-elle la puiser ?

Le gouvernement actuel a-t-il une légitimité ? Le Président a-t-il une légitimité ? Nouscroyons que nous sommes dans une période de révolution. Mieux nous gérerons cette période  de transition, plus grande sera la chance d’élaborer une  constitution reflétant les aspirations de notre société. Les  anciens appareils et instances ont perdu toute légitimité. Pour garantir une transition normale, le consensus est nécessaire afin de se mettre d’accord pour la mise en place d’un plan d’action. Or nous constatons que le gouvernement prend seul des décisions contestées par le peuple tunisien.

 

Etes-vous toujours  réservé au sujet de la date des élections prévues le 24 juillet?

Oui, d’abord car la période est très courte. D’ici là, les élèves, comme les étudiants ou les enseignants seront concentrés sur leurs examens. Le mois de juillet sera le mois des vacances, des mariages et des déplacements entre les régions. La période n’est pas propice pour mener cette discussion sur des questions essentielles. En plus, il doit y avoir un climat de liberté pour que ces élections aient lieu dans de bonnes conditions. Ce qui n’est pas le cas. Les médias, la justice, l’administration ou encore la présence de la police politique…Dans ces domaines, aucun changement n’a eu lieu. Les gens actuellement ne peuvent pas choisir entre les partis politiques car des amalgames existent. A ceci s’ajoute la question du financement. Le PCOT est pour un financement public.

 

Qu’entendez-vous par financement public ?

L’Etat prend en charge non seulement les partis mais également les candidats. Différentes formules peuvent être imaginées. Par exemple, l’Etat pourrait couvrir la campagne électorale de chaque candidat  à partir d’un seuil de suffrage recueilli bien précis. Ce sujet doit être tranché car l’argent des partis pourrait venir de forces occultes en Tunisie ou de l’étranger. Pour cette raison, nous avons proposé de reculer la date au mois d’octobre.

 

Le financement des partis ne serait-il pas coûteux ?

Il faudra mettre en place un système adéquat. Mais je ne crois pas que la cinquantaine de  partis aura la possibilité de présenter des listes dans toutes les circonscriptions.

 

Qu’en est-il du financement du PCOT ?

Notre parti  a toujours été financé par ses militants.

 

Combien sont-ils ?

Sous Ben Ali, nous étions quelques centaines. C’était un choix. Nous avons  gardé les cadres et  les militants aguerris pour assurer  la continuité du parti. Depuis  le 14 janvier, il y a eu de nombreuses de demandes d’adhésion. Nous prélevons à nos membres 10 à 30% du salaire. Nous avons toujours été soucieux d’avoir un financement autonome car on  ne peut pas défendre l’indépendance de son pays tout en ayant de l’argent de l’extérieur.Le PCOT au pouvoir. Quelles seraient les premières mesures prises en matière économique ?

Nous agirons sur trois volets. Grosso modo, notre objectif direct immédiat n’est pas le socialisme. C’est plutôt une économie nationale populaire.

 

C’est-à-dire…

Une économie au service des travailleurs et d’autres forces sociales comme les paysans, les artisans. Notre parti se concentre sur le capital national. Sa stratégie actuelle est de nationaliser les richesses essentielles.

 

Nationaliser…c’est-à-dire exproprier ou racheter ?

Cela dépend des cas. Par exemple, nous exproprierons les pilleurs étrangers ou tunisiens qui ont mis la main sur telle ou telle  société. Nous considérons également qu’il existe des richesses que nous ne pouvons privatiser comme l’eau, l’électricité, le phosphate ou le ciment. 

 

L’eau, l’électricité…N’est-ce pas déjà des entreprises relevant déjà du secteur public ?

Non, car y a déjà des mesures de privatisation prises. Par exemple, Sakher Materi est entré dans une production d’eau à Djerba. Notre objectif est de nationaliser les richesses essentielles. Elles doivent être propriété de l’Etat mais gérée démocratiquement par les travailleurs et non par un système bureaucratique.

 

Qu’entendez-vous par un système bureaucratique ?

Dans le système actuel, le P-DG gère tout sans consulter personne. Nous proposons une gestion collective. Les travailleurs discuteront ensemble de la production ou des financements des projets.

 

Quelle serait votre deuxième mesure?

Nous sommes pour une véritable réforme agraire en Tunisie car il n’y en a jamais eu. Pourtant, nous en avons besoin. Dans toutes les régions, se posent de nombreux problèmes, comme les titres fonciers, les crédits ou encore l’écoulement des marchandises. La question se pose d’une manièrebrûlante. Il existe déjà des domaines collectifs mais il faut donner de la terre à ceux qui en ont besoin et les soutenir techniquement et financièrement.

 

Cela passera-t-il par l’expropriation?

Non, je parle des terres domaniales entre les mains de l’Etat. Avec Bourguiba puis sous Ben Ali, ces terres, au lieu d’être distribuées aux paysans ont été privatisées. Le problème est qu’elles ne sont pas bien exploitées. Depuis, le chômage a augmenté et les productions ont baissé.

 

Quelle sera votre troisième volet ?  

Nous sommes pour un encouragement de l’industrie nationale des PME, donc du capital national. Certains petits commerçants sont lésés par cette ouverture anarchique à l’étranger. Ces enseignes qui ont pignon sur rue se sont installées sous la pression de l’OMC. Nous devons protéger la production nationale.

 

Ces enseignes n’ont-elles pas été créatrices d’emplois ?

Le  but d’une économie nationale n’est pas de créer des emplois. Elle doit d’abord développer la richesse, la technologie et la recherche, puis créer des emplois et garantir les droits des ouvriers. Prenons exemple des industries créées sur la base de la loi de 1972, le degré d’intégration ne dépasse pas les 5%. Nous présentons simplement une main d’œuvre bon marché à ces sociétés sans devenir maître de la production. Cela ne veut pas dire que nous sommes pour le repli sur soi. Nous sommes obligés d’avoir des relations avec le monde extérieur. Mais nous écartons les relations de dépendance. Actuellement, nos plans économiques répondent aux institutions internationales et non aux intérêts de la population. Nos relations avec l’extérieur dépendront de nos besoins et de notre plan national.

 

Avec les règles telles que vous voulez les définir et au regard du contexte mondialisé, n’y a-t-il pas un risque de voir les investissements réduits ?

Oui, ils peuvent être réduits. Mais il ne faut pas vivre avec cette dépendance ancrée en soi. Nous avons beaucoup d’énergie en Tunisie. Nous avons des compétences en Tunisie comme à l’étranger. Ceci doit être notre point de départ. Il faut s’appuyer sur ses propres forces sans s’enfermer, mais sans pour autant rester à la solde de l’Etat ou d’institutions financières étrangères. D’ailleurs nous sommes pour l’annulation dela dette. Certaines dettes contractées sous Ben Ali  n’ont jamais servi à la Tunisie.

 

N’y a-t-il pas un risque que ces mêmes organismes financiers ne prêtent plus à la Tunisie ?

Il faut étudier cela  au cas par cas. Certaines dettes seront annulées, d’autres renégociées. Il en est de même pour les accords internationaux. Sur le plan immédiat, le PCOT a proposé un moratoire sur la dette tunisienne dans lequel nous nous mettrions d’accord avec les créanciers pour ne pas payer  la dette pendant une certaine période comme l’Argentine. La priorité actuelle est l’instauration dune justice sociale. Or, on ne peut faire de justice sociale sans construire une économie nationale qui réponde à l’intérêt de notre pays et au besoin de notre peuple.

 

Le secteur public tel que vous l’avez décrit requiert  un budget élevé. Comment faire ? Comptez-vous augmenter les impôts ?

Nous sommes pour les impôts graduels sur la richesse. A l’heure actuelle, ce sont les salariés qui payent la majorité des impôts. Alors que leur part du PIB ne dépasse pas actuellement les 29%. Cette situation doit être révisée. Nous allons aussi créer  de  nouvelles richesses grâce à notre politique de redistribution. D’autre part nous allons gagner de l’argent pillé dans le passé et qui allait dans les poches de la minorité. Notre projet économique comportera un contrôle démocratique sur la gestion de l’économie. Regardons également la Tunisie sur le plan économique dans son rapport avec ses voisins. Si la révolution aboutit chez eux, cela constituera une nouvelle étape car nous pourrions imaginer la mise en place d’une communauté économique, à l’instar de celle qui existe en Amérique Latine.

 

Avez-vous prévu un plan pour les entrepreneurs privés ?

Nous sommes simplement contre les pilleurs. Nous concevons l’entreprise nationale de la manière suivante. Elle devra créer des richesses, développer le pays sur le plan technologique, créer des emplois tout en respectant les droits des travailleurs. Elle sera gérée démocratiquement.

 

Qu’entendez-vous par «gérée démocratiquement» ?

Les travailleurs auront leur mot à dire. La prise de décision ne sera pas monopolisée par le chef d’entreprise. La gestion sera transparente. Nous voulons que ces principes figurent dans la prochaine constitution tout comme les  droits sociaux.

 

Vous avez dit au début, «notre objectif immédiat n’est pas le socialisme». Est-ce votre objectif sur le long terme?

Au niveau du PCOT, nous considérons que c’est une étape démocratique et populaire et que dans une certaine mesure, le secteur public pourrait devenir un secteur socialiste. Nous sommes pour le socialisme mais une démarche démocratique vers le socialisme. C’est le peuple tunisien qui décidera de leur sort.

 

Lorsque l’on inscrit dans la Constitution que l’économie est nationale, les autres partis idéologiquement différents ne seront-ils pas écartés de fait ?

Par exemple, nous allons inscrire dans la Constitution que les richesses essentielles doivent être nationalisées. Les Tunisiens auront à choisir leur régime économique et social.

 

Cependant la Constitution est figée dans le temps…qu’en est-il des générations futures ?

Ces choses se résoudront de manière démocratique. Ce sera une lutte de programme politique. Mais je  ne crois pas qu’un libéralisme sauvage passera en Tunisie. Les gens qui ont fait cette révolution ont souffert du capitalisme libéral, du chômage et de la cherté de la vie. Ils ne choisiront pas un régime  qui reproduira les mêmes maux qu’avant.

 

Le PCOT s’inscrit dans le marxisme léninisme…Aujourd’hui encore ?

Oui. Nous sommes des adeptes du socialisme scientifique. C’est pour nous une méthode pour comprendre la réalité telle qu’elle est dans ses contradictions et son évolution. Mais être marxiste léniniste ne veut pas dire reprendre des recettes et l’imposer à la société.

 

Avez-vous un modèle, un pays ?

Non, simplement une méthode. Dans notre analyse actuelle, nous considérons que le capitalisme est une étape transitoire et non la fin de l’histoire. Les contradictions propres au capitalisme plaident en faveur d’un changement. En ce qui concerne les expériences passées, je dirais que la bourgeoisie est restée des siècles avant d’asseoir son pouvoir. Les  travailleurs ont également  lutté. Depuis la commune de Paris, il y a eu de nombreux acquis. Mais ces expériences ont échoué, que ce soit dans l’Union Soviétique ou en Chine, ou dans d’autres pays. On  ne peut pas copier des expériences quin’ont pas abouti. Nous partons de certains acquis de la classe ouvrière et des travailleurs pour instaurer un système socialiste qui mette fin à l’exploitation de l’homme par l’homme mais aussi à l’oppression politique et idéologique. Le PCOT  a toujours été à l’avant-garde de la lutte pour la liberté. Et nous l’avons payé cher. C’est une question de principe pour nous. En 1991, nous avions été les seuls à dire non à la torture des islamistes alors qu’ils étaient nos adversaires idéologiques et politiques.

 

Vous avez parlé de votre lutte pour la liberté. Qu’en est-il de votre admiration pour Staline ?

Il ne s’agit ni d’admiration, ni de glorification. Nous sommes contre la schématisation de l’expérience soviétique sous Staline. Elle a été conçue dans les capitales occidentales pour dire que Staline est Hitler et que l’Union Soviétique est l’Allemagne Nazie.

 

Mais les goulags ont bien existé…

Oui, mais il faut relativiser cela. Alors que les goulags ont existé, n’y-a-t-il pas des nations entières qui étaient dans des goulags sous la France, sous l’Angleterre? Et pourtant on n’en parle pas. Les dossiers noirs de la colonisation française. Pourquoi on ne parle pas de ces crimes de la bourgeoisie ?

 

Le fait que l’on ne parle pas  ne veut pas dire que les autres n’ont pas existé…

Non, mais cela doit être analysé dans un cadre historique bien précis. Cette Union Soviétique diabolisée est la même qui a fait face au nazisme. Ce pays qui  était en 1917 encore au stade de la charrue, a entamé  en 1950 son programme spatial. Il  n’y avait pas de chômeurs et la santé était gratuite. Certainement il y avait de la bureaucratie. Mais je me demande franchement comment le peuple soviétique a fait face  au nazisme s’il n’avait pas des droits et une représentation populaire. Je ne veux  pas me justifier mais je crois qu’il doit y avoir une analyse critique mais une analyse objective de l’histoire. Le PCOT a fait le bilan de l’expérience soviétique et en a tiré les leçons, tant sur la conception de la démocratie que sur le rapport de la direction avec la base au sein du parti. Nous avons fait  une analyse mais nous sommes contre  la diabolisation de cette expérience qui a beaucoup donné au peuple soviétique et aux mouvements de libérations nationales.

 

En quoi vous vous distinguez avec les autres partis d’extrême gauche ? Est-ce une distinction idéologique ou une querelle de personne ?

Il existe des problèmes de fond. En ce qui concerne le Parti Socialiste de Gauche (PSG), faut-il rappeler qu’il était l’allié de Ben Ali ? Mohamed Kilani a publié des articles dans lesquels  il a maudit Mohamed Bouazizi. Il a glorifié les décisions de Ben Ali pour «remettre de l’ordre». Le PSG était parmi les initiateurs de la pétition des 108  contre la direction de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Avec la famille des patriotes démocrates, nous sommes proches sur le plan politique mais il y avait des différends ailleurs, un certain dogmatisme que nous critiquons. Nous ne pouvons pas prendre tel modèle, à savoir la société chinoise des années 30, et l’imposer à la société tunisienne. De même, dans les années 80, les Watad (Chokri Belaïd) nous considéraient comme des réformistes car nous revendiquions les libertés, ce qui était considéré par eux comme un faux problème. Il y avait également des querelles par rapport aux tactiques syndicales. Nous étions contre la bureaucratie syndicale alors que des fractions de patriotes démocrates s’étaient alliées avec eux. Il existe des dissensions sur la lutte… Doit-elle être menée en Tunisie ou dans le Monde arabe ? Le PCOT est pour une unité  de peuple arabe mais considère que le peuple tunisien a sa propre autonomie.

 

Vous projetez de faire alliance ?

Nous sommes pour un front. Tout dépendra de la détermination du programme.

 

Avez-vous commencé les négociations ?

Nous travaillons avec les partis qui appartenaient au front du 14 janvier.

 

Au regard de la stratégie islamiste actuelle, assumez-vous le front du 18 octobre ?

C’était un moment tactique de l’histoire. Il y a eu le 18 octobre car en 2005 tout était réprimé. La question des libertés  était posée avec beaucoup d’acuité. Tout le monde a été sollicité. Certains ont accepté, d’autres non. Mais non pas parce que Ennahdha était au sein de cette alliance, mais parce qu’ils ne voulaient pas affronter Ben Ali. D’ailleurs, ce n’était pas une alliance mais une unité d’action. D’autres partis y étaient également. C’était une coalition autour de mots d’ordre bien précis : la liberté d’expression, d’organisation et d’amnistie générale. Après le 14 janvier, cette unité n’a plus de lieu d’être.

 

Pour être clair, il n’y a pas d’alliances ou de listes communes ?

Non et le sujet ne devrait même pas être posé. Pourquoi parle-t-on des cette alliance ? Tout d’abord, je crois qu’il existe des forces occultes qui veulent déchirer la société tunisienne en provoquant les luttes entre le PCOT et Ennahdha.

 

Mais de nombreux évènements ont eu lieu récemment et  nous n’avons pas entendu le POCT réagir à cela…

Nous avons réagi mais nous faisons très attention. Certaines personnes veulent faire un amalgame et crier au loup. Il faut discerner et analyser. Personne ne peut nous donner des leçons par rapport à la lutte contre Ennahdha. Nous les avons combattus sur le plan idéologique, des fois même dans des luttes corps à corps dans les lycées ou les facultés. En ce qui me concerne, j’accuse certains militants d’Ettajdid, du PDP ainsi que les organisateurs de la Kobba de vouloir faire peur à une frange de la jeunesse qui risque d’être attirée par nous en leur disant que nous sommes des  alliés d’Ennahdha.

 

Certains partis, dont Ettajdid, ont appelé à la création d’un front. Vous ne comptez pas en faire partie ?

Nous ne sommes pas contre un front mais il faut discuter de la plateforme politique. Il ne faut pas se tromper d’ennemi. La dictature en  tant qu’appareil et institution est là et réprime. Il y a un nouveau paysage politique. Le PCOT a des alliés au niveau du front du 14 janvier. Nous n’avons pas d’alliance avec Ennahdha mais nous ne voulons pas en faire un épouvantail. Et dans l’hypothèse où le parti islamiste remporterait démocratiquement les élections, nous n’allons pas appeler à  un coup d’Etat militaire comme en Algérie. Nous continuerons la lutte.

 

En un mot, pour ou contre l’article 1 de la Constitution ?

Cet article n’a jamais posé de problème avant. Il ne faut pas mener la bataille autour de ce premier article mais autour de la question de l’égalité. La véritable question est que faut-il mettre derrière le Tunisien est arabe et musulman ?

 

Qu’en est-il du rapport de la religion à l’Etat ?

Nous le revendiquons mais  nous allons plus loin. Nous demandons la  séparation du politique et du religieux. Ce n’est pas une position de gauche mais une position démocratique. C’est le garant de la liberté religieuse. Nous sommes contre tout usage des mosquées pour la propagande politique. Sur ce plan, nous critiquons Ennahdha. L’instrumentalisation des mosquées à des fins de propagande politique risque de reproduire le système Ben Ali.

 

En un  mot, régime  parlementaire ou présidentielle ?

Sans hésitation, pour le régime  parlementaire.

 

Source:

 

Réalités

 

http://revolutionarabe.over-blog.com/

 

Publié dans L'Afrique en lutte

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APRES LE SCANDALE DES " CINQ ", LA FARCE POSADA CARRILES

Publié le par Tourtaux

 

 

États-Unis – Cuba


Après le scandale des « Cinq », la farce Posada Carriles



par Maurice Lemoine


publié : le 27 avril 2011


De nationalité cubano-vénézuélienne, Luis Posada Carriles n’est pas citoyen américain. Il a bien été résident permanent aux Etats-Unis en 1962, mais il a perdu ce statut pour avoir passé plus d’une année hors du pays. Il ne peut donc y rentrer légalement. C’est pourtant avec l’objectif de passer ses vieux jours au « pays de la liberté » que, en mars 2005, il laisse derrière lui le Guatemala, traverse le Belize et se dirige vers Cancún, dans l’Etat mexicain de Quintana Roo. Jusqu’à son arrivée dans cette ville balnéaire, il a été aidé et assisté par des trafiquants de drogue appartenant au cartel centraméricain que dirige le mafieux Otto Herrera García. A Cancún, Juan Carlos Riverol, alias « le prof », prend le relais. Lié à un groupe de « narcos » d’origine cubano-américaine – Les Marielitos – Riverol s’enrichit sur le dos de Cubains sans visas désireux de gagner les Etats-Unis en évitant les 145 kilomètres du détroit de Floride, infesté de requins... et de garde-côtes américains.

De Cancún, Posada Carriles repart pour l’île Mujeres, à l’extrémité nord-est de la péninsule du Yucatán. Le matin du 15 mars, un yacht de 27 mètres, la Santrina,y accoste. Il appartient au millionnaire Santiago Álvarez, présent à bord en compagnie de cinq comparses de la communauté cubano-américaine de Miami. Le même jour, à 14 heures, le bateau repart et met le cap sur la Floride – avec, à bord, un « clandestin ».

Le 11 avril, Fidel Castro dénonce la présence de Posada Carriles à Miami. Le 12, durant la conférence de presse quotidienne du Département d’Etat, cette « insinuation » scandalise le porte-parole Richard Boucher : « C’est un sujet que nous avons abordé de nombreuses fois dans le passé. Je ne suis pas sûr qu’il y ait quelque chose de nouveau. » Il aurait mieux fait de se taire. Le lendemain, provoquant quelques hoquets, Posada Carriles demande l’asile politique car, plaide son avocat, il a « favorisé les intérêts des Etats-Unis pendant environ quatre décennies » :une telle requête ne peut être présentée que lorsqu’un individu est déjà sur le territoire national ! De La Havane et Caracas, Castro et Hugo Chávez exigent des autorités américaines qu’elles arrêtent l’individu pour activités terroristes et réclament son extradition.

Terrorisme international

Né à Cienfuegos (Cuba), le 15 février 1928, Posada Carriles a collaboré avec la police du dictateur Fulgencio Batista à partir de 1955. En 1959, le triomphe de la révolution lui donnant la nausée, il rejoint les contre-révolutionnaires. Membre de la Brigade 2006, il participe à la tentative d’invasion de la Baie des Cochons qui débute le 17 avril 1961. Il n’y fait rien de vraiment héroïque, ne réussissant même pas à débarquer ! Ulcéré par cet échec individuel et collectif, il est l’un des deux cents Cubains qui incorporent l’armée américaine pour y être formés au grade d’officier. Lui est, de plus, recruté par la Central Intelligence Agency (CIA). En octobre 1967, la « Compagnie » l’envoie à Caracas pour restructurer les services de renseignement vénézuéliens. Il demande et obtient la nationalité de ce pays pour pouvoir intégrer la Direction générale de police (Digepol) qui deviendra ultérieurement la Division générale de sécurité de la direction des services de renseignement et prévention (Disip). Sous le pseudonyme de « commissaire Basilio », il s’y livre jusqu’en 1974 à la répression féroce des mouvements de gauche vénézuéliens.

Quittant ses fonctions à la suite d’un changement de gouvernement, Posada Carriles demeure à Caracas et y ouvre une agence de détective – Investigaciones comerciales e industriales C.A. Toujours lié à la CIA et collaborant avec les services secrets argentin, chilien, guatémaltèque et salvadorien, il dirige, avec un autre Cubain, Orlando Bosch, le Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Tous deux préparent et commanditent la pose de deux bombes dans le vol CU 455 de la Cubana de Aviación qui, décollant de La Barbade, le 6 octobre 1976, explosera en vol, causant la mort de soixante-treize passagers.

Emprisonné à Caracas avec Bosch et les deux Vénézuéliens qui ont matériellement perpétré le crime, Posada Carriles, non encore définitivement jugé, s’évade en 1985 avec l’aide de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) – créée en 1981 par Ronald Reagan, basée à Miami – et de la CIA. Cette dernière a besoin de ses compétences. On retrouve effectivement Posada Carriles sur la base militaire d’Ilopango, au Salvador, où, sous la direction du lieutenant-colonel américain Oliver North, et en tant que chef de la logistique, il approvisionne en armes et en matériels les contre-révolutionnaires nicaraguayens – la contra. Violant une interdiction explicite du Congrès des Etats-Unis, l’opération est de plus financée grâce aux tonnes de cocaïne que fournit le cartel de Medellín, en Colombie.

Lorsque éclate le scandale de l’Iran-Contragate [1], Posada Carriles se fait oublier quelque temps avant de réapparaître en tant que « conseiller » de la police salvadorienne, puis de gagner en 1988 le Guatemala où, en plein conflit armé – deux cent mille morts –, il travaille pour le gouvernement comme fonctionnaire du renseignement [2].

Indépendamment de ses activités au service de l’Empire, des dictatures continentales et des luttes contre-insurrectionnelles, la priorité de Posada Carriles est toujours demeurée Cuba. Les groupes anticastristes de Miami et en particulier la FNCA le financent sous le manteau tout en faisant tourner des affaires ayant pignon sur rue. Toujours en Amérique centrale, il recrute, forme – il est expert en explosifs – et équipe les guatémaltèques et salvadoriens qu’il charge d’exécuter une série d’attentats dans l’île. Du 12 avril au 4 septembre 1997, leurs bombes frappent des hôtels de La Havane et de Varadero – Meliá Cohiba, Capri, Nacional, Sol, Palmeras, Tritón, Château-Miramar et Copacabana ; dans ce dernier, meurt un jeune touriste italien, Fabio Di Celmo.

Le 17 novembre 2000, Luis Posada Carriles est arrêté au Panamá alors qu’il préparait un attentat à la bombe contre Fidel Castro en visite dans ce pays à l’occasion d’un Sommet ibéro-américain. L’engin devait exploser durant une conférence du président cubain à l’Université, au risque de blesser, mutiler ou tuer un nombre considérable d’étudiants panaméens. Condamné le 20 avril 2004 à huit années d’incarcération « pour avoir compromis la sécurité publique », Posada Carriles est amnistié le 26 août, pour « raisons humanitaires », par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, qui doit terminer son mandat... le lendemain. Certes, le président de la Cour suprême s’était opposé à cette mesure, le procès étant en cours d’appel et la loi panaméenne stipulant qu’il n’est possible de gracier un prisonnier que si la procédure judiciaire est arrivée à son terme. Mais, dans les semaines précédentes, Moscoso avait reçu la visite du secrétaire d’Etat Colin Powell et d’Otto Reich, cubano-américain chargé des affaires de l’hémisphère occidental (l’Amérique latine) au Conseil national de sécurité du gouvernement de George W. Bush. Après le séjour de Reich au Panamá, une rumeur avait largement circulé à Miami : « Il a tout arrangé. »

Ce 26 août 2000, les complices cubano-américains de Posada Carriles – Guillermo Novo Sampol, Pedro Remón et Gaspar Jiménez –, eux aussi amnistiés, atterrissent donc triomphalement à Miami. Pour les raisons précédemment évoquées – il n’est pas citoyen américain –, leur chef ne peut les accompagner. Un deuxième avion, à bord duquel se trouve Santiago Álvarez, le transporte à San Pedro Sula, au Honduras. C’est depuis l’Amérique centrale où l’accueillent et le protègent hauts fonctionnaires de police, collaborateurs de la CIA, marchands d’armes et narcotrafiquants qu’il entreprendra le périple qui, en mars 2005, lui permet d’entrer clandestinement aux Etats-Unis.

Selon que vous serez « les Cinq » ou Posada

Caracas et La Havane ont fait trop de bruit. Washington ne peut plus feindre ignorer le lieu de séjour du « terroriste international » – selon la définition du Federal Bureau of Investigation (FBI) –, d’autant qu’il passe son temps à accorder des interviews. Le 17 mai, on se résigne à l’arrêter. Le 19, il est incarcéré à El Paso (Texas), dans une cellule « cinq étoiles », et inculpé pour… « violation de la législation sur l’immigration ». Le 27 septembre, la justice américaine détermine qu’il ne sera pas extradé au Venezuela ou à Cuba pour y être jugé de ses crimes [3] car… « il pourrait être torturé dans ces pays ». Mû par un sentiment de rancune primitive, il pourrait surtout y dévoiler les dessous de la « guerre sale » menée par Washington en Amérique latine et à Cuba depuis les années 1960, les turpitudes de la CIA et même, pourquoi pas, le rôle de celui qui en était directeur en 1976, au moment de l’explosion du DC-8 de la Cubana de Aviación : George Bush (père). Le risque de voir étalé au grand jour l’American Way of Death est pratiquement le même s’il est réellement jugé aux Etats-Unis. Bref, il a dans la tête des secrets que beaucoup ne souhaitent pas voir étaler au grand jour.

Dès lors, deux scandales judiciaires étroitement liés l’un à l’autre se téléscopent publiquement. En effet, le 24 mai 2005, quelques jours après l’arrestation de Posada Carriles, le Groupe de travail des Nations unies sur les détentions arbitraires a dénoncé l’emprisonnement, aux Etats-Unis, de cinq Cubains – Gerardo Hernández, Ramón Labañino, René González, Fernando González et Antonio Guerrero –, soulignant qu’il viole les normes internationales et exigeant un nouveau procès. Cette même année 2005, dix prix Nobel lanceront un appel pour la libération des cinq Cubains en question [4].

Ayant infiltré sans violence, pour le compte du gouvernement cubain, les groupes terroristes de la mouvance Posada Carriles afin d’en neutraliser les effets dans l’île, les « Cinq » ont été arrêtés à Miami en septembre 1998, jugés dans cette ville et dans des conditions ahurissantes pour « conspiration d’espionnage » mettant en cause la sécurité nationale des Etats-Unis, puis condamnés en décembre 2001 à des peines qui dépassent l’entendement [5].

Tout autre va être le sort de celui dont les agissements ont imposé leur présence à Miami, au nom de la légitime défense de leur pays, Cuba. Après avoir décidé que Posada Carriles ne pouvait être extradé ni à La Havane ni à Caracas, le juge William Lee Abott a donné quatre-vingt-dix jours au gouvernement pour qu’il trouve un pays tiers où l’expulser. Washington cherche donc un endroit où il pourrait vivre tranquillement. Lui est prêt à préparer sa valise – c’est une de ses grandes spécialités. Mais, le Canada, le Mexique, le Honduras, le Costa Rica, le Guatemala et le Salvador refusant de l’accepter sur leur territoire, Washington reste avec cet ami encombrant sur les bras.

Bien qu’un Grand Jury ait été convoqué à Newark (New Jersey) en janvier 2006 pour écouter les dépositions sur son implication dans les attentats de La Havane en 1997, la justice américaine accorde la liberté conditionnelle à Posada Carriles, contre une caution de 350 000 dollars, le 19 avril 2007. Il jouit dès lors d’une « retraite » tranquille, dans l’urbanisation Lago del Rey, au sud-ouest de Miami. Quatre années passeront en manœuvres dilatoires, intrigues et manigances, avant que ne s’ouvre enfin son procès, le 10 janvier 2011, à El Paso. Pourquoi dans cette ville du Texas ? Parce que Posada Carriles a de l’imagination ! Interrogé par les autorités migratoires, il a prétendu que, venant du Mexique, il a traversé en automobile la frontière de cet Etat, à Brownsville, et a ensuite voyagé en autobus Greyhound jusqu’à Miami. Il a encore menti aux Départements de la Justice et de la Sécurité lorsque, ayant sollicité l’asile politique et sa naturalisation américaine, il a nié, sous serment, être lié d’une manière ou d’une autre aux attentats menés en 1997 à Cuba.

Crimes sans châtiment

Sous la présidence de la juge fédérale Kathleen Cardone, nommée en 2003 à cette fonction par… George W. Bush, le show peut commencer. Prêtant à sourire, onze charges pèsent sur Posada Carriles, qui comparaît en prévenu libre : parjure, fraude, obstruction à la justice, infractions aux lois américaines sur l’immigration, etc… Avec, toutefois, un risque pour lui, signale d’emblée José Pertierra, l’avocat qui représente Caracas dans sa demande d’extradition : « Si le tribunal le juge coupable d’avoir menti sur sa relation avec les auteurs des attentats à la Havane, la justice américaine sera obligée de le poursuivre en tant qu’auteur intellectuel de ces crimes. » La défense ne s’y trompe pas qui, dès la première audience, entreprend de transformer l’affaire Posada Carriles en un procès contre… Cuba. L’avocat Arturo V. Hernández est d’autant plus inquiet que la juge a autorisé le Ministère public à présenter 6500 documents en provenance de La Havane. Elle lui a également permis d’utiliser comme preuve des éléments fournis par le gouvernement guatémaltèque, dont le faux passeport au nom de Manuel Enrique Castillo López avec lequel Posada Carriles est entré au Mexique (voir ci-dessous).

Le 19 janvier, la fonctionnaire de l’immigration Susana Bolanos s’avance à la barre. Elle a eu à examiner le formulaire N400 par lequel Posada Carriles demandait sa naturalisation. A la question « avez-vous milité, à un moment ou à un autre, pour le renversement d’un gouvernement », il a répondu « oui ». A celle concernant les antécédents pénaux, il a mentionné une condamnation qui lui a valu quatre années en prison au Panamá. « Ces choses, définitivement, m’ont préoccupée », conclut Bolanos. L’avocat Hernández a une réponse toute prête : l’accusé n’a pas une connaissance de l’anglais suffisamment fluide pour avoir compris, à l’époque, les questions posées.

Cubano-américain, mais aussi informateur (en échange de sa naturalisation) rémunéré du FBI, Gilberto Abascal témoigne pendant six jours à partir du 24 janvier. Recruté par Santiago Álvarez comme mécanicien, il faisait partie de l’équipage qui, à bord du yacht Santrina, est venu récupérer Posada Carriles dans le Yucatán et l’a transporté clandestinement à Miami. Il confirme donc la voie d’entrée réelle de l’accusé. Sortant de sa manche des rapports médicaux de l’Agence de sécurité sociale, la défense tente de le discréditer : on lui a diagnostiqué de sérieux symptômes de schizophrénie, entre 2002 et 2004, après qu’il ait fait une chute, en 2000, depuis un immeuble en construction. « Problèmes mentaux » conclut l’avocat. Ce qui ne devrait pas faire oublier qu’Abascal a prouvé ses dires en montrant une photographie de Posada Carriles en train de se faire couper les cheveux par un coiffeur de l’île Mujeres, avant l’embarquement sur la Santrina.

Abascal va payer très cher sa prestation. Le 27 janvier, la juge Cardone lui ordonne de s’asseoir sur le banc des témoins et lui demande, avant l’arrivée des jurés : « M. Abascal, vous me semblez être perturbé. Voulez-vous m’expliquer ce qui se passe ? » Il y a dans la voix du témoin une nuance d’amertume quand il répond : «  [l’avocat] Arturo Hernández fait des histoires à ma femme et elle m’a appelé pour me dire qu’en raison de ce harcèlement, elle ne veut plus rien avoir à faire avec moi [6]. » C’est qu’Abascal provoque la haine, et depuis longtemps. Il a aussi été un témoin « clé » de l’accusation lors de la comparution de Santiago Álvarez, le propriétaire de la Santrina, en 2006, à Miami. Arrêté par le FBI en 2004 pour possession d’un arsenal – AK-47 et AR-15 aux numéros d’identification limés, silencieux, grenades, etc. –, dans son bureau de Hialeah, à Miami, Álvarez a été condamné à quatre années de prison pour ce motif, mais également parce qu’il refusait de témoigner pour expliquer comment Posada Carriles est arrivé aux Etats-Unis. En août 2006, à Miami, Abascal a échappé de peu à une tentative d’assassinat par arme à feu. Une fois de plus, à El Paso, il a l’air d’un lapin pris dans les phares d’un camion. Fort sévèrement, alors que débute l’audience et après avoir demandé aux procureurs de s’approcher, la juge appelle l’avocat qu’elle admoneste pour ce délit fédéral – intimidation de témoin –, passible de prison. Toutefois, afin que les jurés ne puissent entendre la conversation, elle a préalablement coupé son micro. Lorsque la séance reprend son cours, l’avocat met Abascal sur le gril pendant un temps interminable, l’intimide, l’insulte, le traite de voleur, de menteur, d’espion de Cuba, de mercenaire et de fou !

Pour mémoire, on notera que pendant les sept mois du procès des Cinq, à Miami, en 2000 et 2001, c’est le procureur qui a permis toutes sortes de pressions et de menaces contre les jurés – pris en chasse dans le Palais de justice, interpellés par la foule des anticastristes, harcelés par les journalistes ayant pris fait et cause pour l’extrême droite cubano-américaine – à tel point que, à plusieurs reprises, ils exprimèrent leurs craintes pour leur sécurité.

Le 7 février, on apprend de la bouche de Steven Ussher, enquêteur du Service d’immigration et de contrôle des douanes, que les autorités américaines n’ont jamais donné l’ordre de perquisitionner ou d’examiner la Santrina pour y chercher des preuves de la présence de Posada Carriles. Le 8, l’avocat de ce dernier livre une bataille désespérée pour convaincre la juge d’empêcher ou de retarder le témoignage du lieutenant-colonel de la Sécurité cubaine Roberto Hernández Caballero. Une fois de plus, deux affaires se percutent – et curieusement : le 29 mars 2001, à la requête de la défense des Cinq, Hernández Caballero a déjà témoigné devant la Cour fédérale de Miami. Son adversaire d’hier, le gouvernement des Etats-Unis, lui demande aujourd’hui de présenter les mêmes éléments d’enquête contre Posada Carriles alors qu’il les a violemment combattus lorsqu’ils auraient dû, en bonne logique, permettre d’absoudre les Cinq. Il est vrai que, cette fois, l’enjeu est mineur : on ne juge pas les crimes de l’anticastriste contre Cuba, ni ceux qui ont tenté de les empêcher, mais quelques « petits mensonges entre amis ».

Le 9 février, c’est interrompu en permanence par les objections de la défense que le colonel Hernández Caballero livre finalement sa déposition sur les événements de 1997, les blessés qu’ils ont provoqué et la mort du touriste Di Celmo. La juge Cardone estime dès lors qu’elle en a fait assez. Elle décide que le témoin suivant – Ileana Vizcaíno Dime, spécialiste cubaine de médecine légale qui a autopsié le corps de Di Celmo – sera interrogé par l’accusation et la défense, mais… hors de la présence des jurés. De la même manière, elle ne permet pas que soit soumis à ceux-ci un fax particulièrement éclairant envoyé par Posada Carriles à des complices, depuis le Guatemala, en 1997.

Intercepté par Antonio « Tony » Álvarez, homme d’affaires cubain exilé qui, à Ciudad Guatemala, partageait un bureau avec le terroriste (sans se douter initialement de ses activités), le fax en question, signé Solo – l’un des pseudonymes favoris de Posada [7] – exigeait de ses interlocuteurs des informations précises sur le résultat de leurs attentats dans l’île, alors attribués à l’opposition interne par les médias internationaux : « Comme je vous l’ai expliqué, s’il n’y a pas de publicité, le travail est inutile. Les journaux américains ne publient rien si l’information n’est pas confirmée. (…) S’il n’y a pas de publicité, il n’y aura pas de paiement. J’attends des nouvelles demain (…)  ». Alarmé, Alvarez avait avisé des agents du bureau du FBI à Miami – qui n’avaient strictement rien fait.
A El Paso, avant de voir sa déposition interrompue, « Tony » Álvarez aura juste le temps d’expliquer qu’il a pu constater, à l’époque, la présence, dans le bureau de Posada Carriles, d’un tube portant la mention « Industrie militaire mexicaine - C-4 - Explosifs dangereux » – précision apportée en « petit comité », la juge Cardone ayant eu la délicate attention de faire, une nouvelle fois, sortir les jurés.

Dans une interview accordée aux journalistes Ann Louise Bardach et Larry Rother, le 18 juin 1998, dans l’île néerlandaise d’Aruba, Posada Carriles a reconnu qu’il avait organisé la campagne contre des objectifs touristiques cubains en 1997, qu’il était financé par la FNCA et son président Jorge Mas Canosa, et qu’il avait payé le salvadorien Raúl Cruz León pour poser les bombes – dont celle qui a tué Di Celmo [8]. Posada Carriles s’était même permis quelques facéties : « Le FBI et la CIA ne me gênent pas. Je suis neutre avec eux. Chaque fois que je le peux, je les aide. » Cet entretien fût publié dans le New York Times les 12 et 13 juillet 1998.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’on attendait la présence de Bardach au procès d’El Paso. Toutefois, dès le départ, les dés ont été pipés, la défense s’étant mis d’accord avec les procureurs Timothy J. Reardon et Jerome Teresinski pour caviarder l’enregistrement réalisé par la journaliste à Aruba. D’une durée de six heures et trente minutes à l’origine, celui-ci fut réduit à deux heures et quarante minutes dans la version soumise à l’écoute des jurés. On leur évita ainsi de s’encombrer l’esprit avec : le rôle de Posada Carriles dans l’Iran-contragate, dans les années 1980 ; ses relations clandestines avec les organisations paramilitaires du Salvador et du Guatemala, durant la même décennie ; sa relation de plus de trente ans avec la CIA.

Pendant quatre jours, Bardach a dû défendre vigoureusement son travail et répondre aux attaques insidieuses ou directes de l’avocat Arturo Hernández. Ainsi : « Ne croyez-vous pas que vous avez violé le code d’éthique journalistique en écrivant dans le New York Times que Cruz León travaillait pour M. Posada ? » Bardach répond d’une voix tranchante : « Si, M. Hernández, il travaillait pour Posada. Celui-ci me l’a dit – “Je suis le chef, l’auteur intellectuel, le responsable de l’opération”. » Hernández insiste. Il lit la transcription dans laquelle Posada Carriles affirme qu’ « un autre type » a employé León. « Un autre type ! N’importe qui peut l’avoir employé ! » Bardach sort de ses gonds : « Je sais qui est le type, vous savez qui est le type, eux [les procureurs] savent qui est le type ! Nous savons tous qui est le type, mais nous ne pouvons pas le dire ! Vous ne voulez pas qu’on dise qui est le type ! Disons qu’il s’appelle Monsieur X. Ce type n’aurait jamais recruté Cruz León si Posada n’avait pas voulu qu’il recrute Cruz León… »

Décryptage (sauf pour les jurés, à qui l’on interdit l’accès à cette information) : « le type » s’appelle Francisco Chávez Abarca. Salvadorien, il fût l’un des poseurs de bombe. L’une d’entre elles explosa le 12 avril 1997, dans la discothèque de l’hôtel Meliá Cohíba, provoquant d’importants dégâts ; une autre, dissimulée au quinzième étage du même établissement, put être désamorcée à temps. Sur instruction de Posada Carriles, il a recruté et entraîné – entre autres –, pour le même type de « travail », deux autres Salvadoriens, Otto Rodríguez Llerena (arrêté lors de sa seconde mission à La Havane, le 10 juin 1998) et Cruz León. Le 1er juillet 2010, porteur d’un faux passeport guatémaltèque, Chávez Abarca a été arrêté à l’aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía (Caracas). Après sa détention, il a avoué être entré au Venezuela pour évaluer la possibilité d’y créer, en lien avec des membres radicaux de l’opposition, des troubles et des attentats de nature à déstabiliser le pays, à la veille des élections législatives du mois de septembre suivant. Extradé le 7 juillet à Cuba, il a, au cours de son jugement, les 20 et 21 décembre, reconnu sa culpabilité et décrit les opérations dont Posada Carriles l’a chargé [9].

Quand, à la demande de la défense, se présente Otto Reich, la juge Cardone le présente comme un « expert en affaires cubaines ». Il est surtout un ex-collaborateur direct des présidents Ronald Reagan, George Bush Ier et George Bush II. Impliqué dans l’Iran-contra et dans tous les « coups pourris » de Washington en Amérique latine, il a également joué un rôle dans le tentative de renversement du président Chávez, en avril 2002, au Venezuela. Les jurés n’ont pas besoin de le savoir, inutile de leur encombrer l’esprit. C’est néanmoins fort de cette riche expérience que Reich leur assène un long réquisitoire contre la « dictature cubaine »« cinquante mille militaires sont emprisonnés (sic !)  », avant de s’en prendre à Bardach – « capable de trafiquer les réponses de n’importe quel interviewé » – et même au New York Times, quasiment qualifié de quotidien crypto-cubain.

Le 8 avril, au terme d’une comédie qui s’est éternisée durant treize longues semaines, et après trois petites heures de délibérations, le tribunal, à l’unanimité, a déclaré Posada Carriles innocent des onze charges pesant sur lui. Sud des Etats-Unis oblige, la majorité des douze jurés étaient d’origine hispano. Or, El Paso, situé sur la frontière mexicaine, est l’une des portes d’entrée de l’immigration illégale sur le territoire américain – pratique qui, pour tout individu arrivé lui-même dans ces conditions, où descendant de parents ayant eu recours à cette pratique, non seulement ne constitue pas un crime, mais est même vu avec une certaine sympathie. Dès lors, considère l’avocat de Caracas Pertierra, « juger un “sans papier” pour avoir menti à l’Immigration est absurde pour un paseño. Ces cas-là, normalement, ne requièrent que le temps nécessaire pour danser un merengué à la porte d’un collège ! » D’autant que jamais le jury n’a su que, si Posada Carriles a menti, c’est surtout pour protéger ceux qui, avec Santiago Álvarez, à bord de la Santrina, lui ont permis de débarquer illégalement à Miami (l’aide à un « terroriste » est sévèrement sanctionnée par la loi). Jamais ils n’ont su que la juge Cardone avait rejeté le cas Posada Carriles en 2007. Elle prétendit alors que le gouvernement avait trompé ce dernier afin qu’il fasse de fausses déclarations – ce qui permettrait, ensuite, de le poursuivre pour parjure. Il fallut qu’une Cour d’appel invalide cette décision et oblige la magistrate à ouvrir le procès.

Dans ces conditions, nul ne s’étonnera que celui-ci se soit transformé en une mise en accusation de Cuba ; que Cardone ait constamment suspendu les audiences, pendant plusieurs jours et sous différents motifs – laissant ainsi le show s’éterniser durant plus de trois mois et abrutissant les jurés ; qu’elle ait permis à la défense de s’acharner pendant des heures sur les témoins ; qu’elle ait mis de côté un certain nombre de preuves ; qu’elle ait régulièrement fait sortir les jurés de la salle lors de témoignages importants ; qu’à de nombreuses reprises, elle ait intimé à ces mêmes jurés de ne pas tenir compte de ce qu’ils venaient d’entendre ; que…

En revanche, elle n’a pu ni prévoir ni prévenir la petite bombe qui a explosé le 18 janvier. Ce jour-là, s’exprimait Gina Garrett-Jackson, avocate du Département de sécurité nationale (Homeland Security). Celle-ci raconta comment, en contact avec des procureurs fédéraux et des agents du FBI, la Police des douanes et de l’immigration, ainsi qu’avec la Drug Enforcement Administration (DEA) [10], elle a travaillé en 2005 sur le cas Posada Carriles. N’ignorant pas que, en raison de ses activités passées, il ne remplissait pas les conditions pour obtenir l’asile politique, expliqua-t-elle à El Paso, « je l’ai néanmoins interrogé en détail car mon devoir était de tester sa crédibilité. Et je ne l’ai pas cru. » Ce qui l’amena, en août de cette année-là, à contacter par courrier électronique une procureure fédérale de Miami, Caroline Heck Miller, pour lui demander s’il ne lui paraissait pas opportun de poursuivre Posada Carriles « pour ses activités criminelles ». Et Garrett-Jackson de conclure : « La procureure n’a pas paru intéressée. »

Heck Miller n’est pas une inconnue. C’est elle qui fût chargée de l’accusation contre les Cinq, lors de leur procès inique, à Miami. C’est elle qui, aux ordres du procureur général du sud de la Floride Guy Lewis, dont la connivence avec l’extrême droite cubano-américaine était à peine dissimulée, a requis contre les Cinq des châtiments plus lourds que ceux prévus dans le « guide des peines » des Etats-Unis. En août 2005, précisément, lorsqu’elle ignora l’invitation de Garrett-Jackson à s’intéresser sérieusement au cas Posada Carriles, trois juges de la Cour d’appel d’Atlanta venaient de frapper le procès des Cinq de nullité. Dans leur argumentation, ils se référaient largement à la longue liste des crimes de Posada Carriles et d’autres terroristes que les Cinq étaient chargés de surveiller et, grâce aux informations qu’ils recueillaient, de contribuer à neutraliser [11].

Ainsi donc, on le sait désormais, celle-là même – Heck Miller – qui déploya une énergie phénoménale afin de faire condamner Gerardo Hernández, Ramón Labañino, René González, Fernando González et Antonio Guerrero à des peines iniques pour des crimes qu’ils n’ont pas commis a refusé de poursuivre Posada Carriles pour des crimes parfaitement avérés.

Comme pour rendre l’histoire encore plus immorale, le 18 janvier, alors que Garrett-Jackson témoignait à El Paso, Heck Miller est réapparue à Miami : elle y a une nouvelle fois sollicité la prorogation de la demande d’habeas corpus déposée par l’un des Cinq, Gerardo Hernández – l’homme qu’elle a jeté dans les geôles américaines pour deux perpétuités plus quinze ans.

Sur les Cinq et la trajectoire de Posada Carriles, lire Cinq Cubains à Miami ,Edition Don Quichotte, Paris, 2010 (avec le soutien de Mémoire des Luttes).

 

 

 

 

 

 


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Documents joints

Notes

[1] Violant l’embargo international, l’administration de Ronald Reagan vend du matériel militaire à l’Iran et utilise cet argent pour financer la contra.

[2] C’est à cette époque, le 28 février 1990, que Posada Carriles est victime d’un attentat, dans la capitale Ciudad Guatemala. Deux tirs l’atteignent : l’un lui fracasse la mâchoire et lui traverse la langue, l’autre se fiche à côté du cœur.

[3] La Havane réclame Posada Carriles pour la mort des soixante-treize passagers et membres d’équipage du DC-8 de la Cubana de Aviacion, à la Barbade ; pour celle du touriste italien Fabio di Celmo en 1997 ; pour plusieurs complots en vue d’assassiner Fidel Castro. Caracas a lancé un mandat d’arrêt international car c’est dans cette ville que le crime de La Barbade a été organisé et parce que Posada Carriles s’est évadé d’une prison vénézuélienne en 1985.

[4] José Ramos-Horta, Wole Soyinka, Adolfo Pérez Esquivel, Nadine Gordimer, Rigoberta Menchú, José Saramago, Zhores Alferov, Darío Fo, Günter Grass, Mairead Corrigan Maguirre.

[5] Quinze ans d’emprisonnement pour René González ; dix-neuf ans pour Fernando González ; perpétuité plus dix-huit ans pour Ramón Labañino ; perpétuité plus dix ans pour Antonio Guerrero ; deux perpétuités plus quinze ans pour Gerardo Hernández. Au terme d’une très longue bataille judiciaire, Antonio Guerrero a vu son châtiment ramené à vingt et un ans plus dix mois, le 13 octobre 2009 ; Ramon Labañino à trente ans d’incarcération et Fernando Gonzalez à dix-sept ans plus neuf mois, le 8 décembre 2009.

[6] Episode raconté par José Pertierra, dans un courrier collectif, le 28 janvier.

[7] Inspiré par une série télévisée fameuse dans les années 1960, MAN from U.N.C.L.E., dont le héros s’appelait Napoléon Solo.

[8] Arrêté le 4 septembre 1997 à La Havane, condamné à mort en 1999, Cruz León a vu en appel sa peine réduite à trente ans de prison par la justice cubaine, le 3 décembre 2010.

[9] Il a été condamné à trente ans de prison.

[10] Organisme anti-drogue dépendant du ministère de la justice.

[11] Le procureur général des Etats-Unis, Alberto González, fit appel de la décision des trois juges et, le 9 août 2006, la Cour plénière les désavoua, ratifiant le procès de Miami.

 

Source : KAKINE

Publié dans Les Amériques

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