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NORD : LE COLLECTIF MANOUCHIAN ORGANISE LA SEMAINE POUR L'EGALITE ET CONTRE LE RACISME DU LUNDI 25 NOVEMBRE AU SAMEDI 30 NOVEMBRE 2013

Publié le par Tourtaux


Les Figures de la domination
Revue pour la conscientisation des rapports de domination : sexe, race et classe

Annonce :
Reprenons la marche enclenchée en 83
Semaine pour l'Égalité et contre le racisme

du lundi 25 novembre au samedi 30 novembre 2013

Quelles leçons tirer des expériences des luttes passées ?

 

en présence de Mogniss Abdallah, Saïd Bouamama, Alima Boumediene, Kaissa Tifous, Salikha Amara, le "Collectif Quelques Unes d'Entre Nous"
organisée par le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires, collectif du Nord Pas-de-Calais,
au CINEMA L'UNIVERS, Lille 25-26 novembre, à la MAISON DE QUARTIER VAUBAN, Lille 27-28 novembre, la CONDITION PUBLIQUE, Roubaix 29-30 novembre.
  
MERCI DE RELAYER LARGEMENT CETTE INFORMATION, DANS VOS RÉSEAUX, DANS TOUTE LA FRANCE....
 
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
par Collectif Manouchian
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
  
Pour plus d'information, lire l'annonce de la semaine sur le site des Figures de la Domination [annonce] ou le tract de l'événement [tract].
   


Le Collectif Manouchian anime
la revue Les figures de la domination
http://lesfiguresdeladomination.org/
et participe aux luttes
des quartiers populaires et des immigrations.

Publié dans Racisme

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A LILLE, LA MAIRIE PS ET L'ETAT EGALEMENT "SOCIALISTE" JOUENT AU PING PONG AVEC LES ROMS

Publié le par Tourtaux

À Lille, la mairie et l'État jouent au ping pong avec les Roms

Au début de cette histoire, c'est une simple et – malheureusement – banale évacuation d’un camp de Roms. Lundi matin, 250 personnes sont expulsées d’un parking avoisinant l’université scientifique à Villeneuve d’Ascq. Un collectif de soutien, présent depuis le début, a cherché des solutions, et via les réseaux syndicaux, 90 Roms atterrissent à la flambant neuve bourse du travail à Fives. Une délégation syndicale, appuyée par un rassemblement de soutien, était reçue ce mercredi à la mairie de Lille, la bonne occasion d’en savoir plus. Alors j’ai mis ma capuche, enfourché mon vélo, et m’y suis rendu dare-dare.


 • Quand j’arrive à l’heure du rendez-vous, soit 14 heures, il y a déjà beaucoup de monde à côté du beffroi. Une petite centaine de militants, plus quelques drapeaux, sont déjà présents. Mais peu de Roms. Plusieurs flics font le service d’accueil et je décide d’entrer, un officier me dévisage mais me laisse passer. Une fois à l'intérieur, je peux mieux observer la scène. Derrière la grille, côté mairie, une quinzaine de policiers, mélange d’officiers, de la BAC, entourés par Philippe Deschoot, de la BIVP (Brigades d'information de la voie publique) et de Bernard Eeckman, directeur de la police municipale et de leurs sbires, main à l’oreillette comme s’ils recevaient des infos en direct de je ne sais quel général d’armée en reconnaissance.

Je décide de sortir après m’être servi un fair trade de la machine à café du hall d’entrée. Le rassemblement a quelque peu grossi, les gens attendent le regard un peu vide, sans trop savoir ce qu’il se passe. Les journalistes font des allers-retours entre les syndicalistes, certains se racontent leur soirée du lundi.

Le calme est rompu par l’écho d’une petite colonne blanche qui se dirige vers nous. Ce sont pour la plupart des enfants, tous habillés de blancs et encadrés par quelques adultes français. Les gosses crient et répètent, comme les sans-papiers chaque mercredi sur la Place de la République à Lille : « So-so-so ! Solidarité ! So-so-so ! Solidarité ! » « J’y suis ! J’y reste ! Je ne partirai pas ! » Après avoir reçu de francs applaudissements, le groupe s’arrête, rigole, chahute. Un jeune rom étale une couverture par terre, s’allonge dessus et crie  : « Ce soir je dors chez Madame Aubry ! » Les photographes se précipitent et prennent leurs clichés en mode rafale. Des enfants s’agglutinent autour de lui et chantent à tue-tête : « Je suis ! J’y reste ! ». Un jeune homme les reprend gentiment : « Non c’est J’Y suis. J’Y suis ! »

Les Roms sont environ quarante et portent tous des k-ways d’un blanc immaculé. Sur leurs bras, dans leur dos, apparaît l’inscription « Lille 2004, capitale européenne de la culture. » J’apprendrai plus tard de la bouche d’un délégué CGT qu' « un camion Emmaüs est arrivé et nous a laissé trois mois de vivres et des paquets d’imperméables Lille 2004 ». Belle ironie, si l’on peut dire, quand on se souvient que des Roms avaient déjà été délogés à la veille de l’inauguration de Lille 3000 (la suite de Lille 2004) en 2009. Le thème de la manifestation culturelle ? « L’Europe XXL »…

Le mégaphone commence à vrombir. Un syndicaliste annonce la raison du rassemblement : «  Si nous interpellons le conseil général, c’est pour qu’il prenne ses responsabilités en tant que chef de file de la protection de l’enfance. Aujourd'hui, nous allons rencontrer Pierre de Saintignon, donc la mairie lilloise pour qu’elle prenne ses responsabilités en terme de relogement. » Le programme est annoncé et le micro peut passer chez les Roms. Le jeune homme de tout à l’heure s’avance.

« On n’a pas de couvertures pour les enfants. Les solutions n’arrivent pas rapidement. Nous sommes ici pour demander des solutions à Martine Aubry.  La police est raciste comme en Roumanie. On n’a rien du tout en Roumanie. On est ici pour discuter. Je sais qu’il y a des Français qui n’aiment pas les Roumains.  Vous, vous avez des enfants et des maisons, alors qu’il y a des maisons vides. On est fâchés. Comment faire ici ? On n’a plus rien, on a des enfants ! La Roumanie, c’est pareil, on n’a pas de travail. Nous on dort dehors. Les policiers ont pris nos caravanes, mis nos affaires par terre, nous ont empêchés de faire nos bagages et nous ont dit : " Dégage '". On nfest pas des chiens, on est des hommes comme vous ! Nos caravanes, cfest nos maisons. Comment faire maintenant ? En Roumanie, jfai rien, pas de maison pas de travail. Si on va en Roumanie, si on va en France, cfest pareil. Comment peut-on dire " dégage " aux enfants ? Nous ce nfest pas grave, on est grands mais il y a des enfants, il y a des femmes enceintes ! Faites quelque chose pour nous ! Nous on quitte pas la France ! On reste ici ! En Roumanie, ils ont brûlé nos villages, ils nous ont tout pris ! »

Le public apprécie et applaudit le courage du garçon qui fait l’effort de s’exprimer dans une langue qu’il ne maîtrise pas, et devant une centaine de personnes. Dans la foulée, je vois quatre personnes entrer dans la mairie.Ce sont quatre syndicalistes, accompagnés par des attachés de presse ou des adjoints de l’adjoint. Peu importe du reste. Je remarque surtout qu’ils ne sont pas accompagnés de Roms, et je trouve ça… gênant. Un syndicaliste de Solidaires me dira plus tard que « c’est intéressant de montrer que l’intersyndicale est unie sur ce sujet », tout en regrettant que ça soit le seul point d’accord trouvé par l’intersyndicale depuis des lustres. 

Commence alors une longue, très longue attente. Les minutes passent et la meute que nous formions se vide pas à pas. Les journalistes ne sont plus là, peut-être déjà en train de rédiger leur article, peut-être attendant au chaud dans la mairie. Dommage, ils n’entendront pas ce qui va suivre, vu que je n’en trouve pas trace dans la presse matinale du lendemain. C'est comme si les journalistes oubliaient de recueillir la parole des premiers intéressés, d'écouter ce qu'ils ont à dire.

Car le silence amorphe de l’attente est rompu, comme un éclair dans la nuit, par Caroline, 19 ans dont trois passés ici, en France. Des yeux aussi sombres que sa détermination est claire. Elle chope le micro et harangue la foule. « J’ai été à l’école depuis 2010. J’ai essayé, j’ai fait tout ça, et je n’ai pas de travail. » Sa voix devient rauque, légèrement cassée. « Les policiers ont pris nos caravanes. On a fui la Roumanie pour le racisme, on a brûlé des maisons dans nos villages. » Puis viennent les larmes. Sa colère les contient dans ses yeux, mais sa voix se charge de leur donner chair. « Il y aussi des personnes qui ont des problèmes de santé graves. Ils dorment par terre à la Bourse du travail. Dans tous les cas, on ne peut plus bouger sans nos caravanes. Nous sommes des personnes, pas des chiens. On a essayé de parler à la police, à la mairie, mais rien. On n’a pas de possibilité ! »

Un militant communiste essaye de dire pourquoi ils sont là, parle de droits et de combats, mais une jeune Rom lui prend le micro, tout en quiproquo : « Mais nous on n’a pas les droits ! Pourquoi on n’a pas le droit de travailler ? Comment doit-on faire ? Pourquoi les policiers ont-ils pris nos caravanes ? On a besoin d’un logement. Si on reste en France, c’est pas bien ! Si on travaille, c’est pas bien ! Comment on fait ? »

Ce que viennent de dire ces gens appartient désormais au vent. C’est un peu comme si leurs paroles n’existaient pas. Inaudibles, ils sont représentés, pris en charge. Personne ne semble se demander qui ils sont et ce qu'ils veulent. Saintignon, premier adjoint de Martine Aubry, dans sa sortie médiatique post-réunion, ira jusqu’à dire qu’ils sont « manipulés ». Trop facile. J’ai surtout l’impression qu’on est dans l’urgence humanitaire. C’est ce que me confirme un syndicaliste de Solidaires sur le parvis : « À la bourse du travail, c’est 95 personnes dont 50 enfants, logées dans une salle polyvalente, et qui mangent grâce aux syndicalistes bénévoles qui font les trois huit pour assurer une permanence. Suite à l’expulsion du camp, où il y a eu deux interpellations, les camarades sont arrivés à la bourse du travail en urgence, car on ne pouvait les laisser dehors avec les conditions climatiques [NDLR : tempête]. À SUD, on a eu une position d’urgence solidaire. Très rapidement, une unité syndicale s’est faite, une solidarité naturelle s’est mise en place, avec des gens qui ont amené des vivres, et Emmaüs et le Secours populaire ont amené des palettes. On se réunit tous les jours et on est plutôt bien couvert dans la presse. Le dernier interlocuteur, c’est les pouvoirs publics, car il faut trouver une solution : à la bourse il n’y a que deux sanitaires, pas de douches, ce n’est pas adapté à l’accueil. »

À bien regarder les yeux fatigués des différents soutiens et des Roms, je n’ai pas besoin de confirmation. Ces gens-là sont dans l’urgence depuis trois jours, entre évacuation policière et recherche d’hébergement. Lundi, ils ont bien tenté d’investir l’ancienne bourse du travail de Lille, un énorme bâtiment désormais abandonné. Quelques-uns y sont entrés, avant d’être délogés par la police, appelée par… le propriétaire.

« La mairie a coupé l’électricité, et annoncé qu’elle porterait plainte »me glisse le syndicaliste.

– C’est étonnant non ? Les sans-papiers ont occupé plusieurs fois ce lieu ces dernières années, notamment pendant les grèves de la faim ? »

 –  Peut-être qu’avant la mairie a été plus conciliante parce que le PS était dans l’opposition… A Solidaires, on est tous convaincus de l’importance des Roms, qu’ils soient accueillis ici. Les Roms ne sont pas des sous-humains, et il faudra que les pouvoirs publics se mettent à l’unisson car la politique que Valls mène actuellement est tout sauf socialiste. La question aujourd’hui, c’est la question sanitaire et celle du relogement. Il n’y a pas les conditions humaines. » 

Nous sommes interrompus par le retour de l’intersyndicale, accompagnée d’un ou deux journalistes disparus. Le porte-parole prend le micro et s’adresse à la foule. La barrière nous sépare. Derrière lui, des policiers et des journalistes. Derrière lui l’ordre.

« La discussion avec Monsieur de Saintignon a été longue et elle n’est pas terminée. On demandait une table ronde de l’ensemble des parties concernées : la préfecture, le conseil général pour la protection des enfants, la mairie de Lille parce que la Bourse du travail est à Lille et le procureur de la République parce qu’il y a nécessité de protéger les enfants. Pierre de Saintignon a exprimé un grand désaccord avec la politique de Manuel Valls au plan national. Il dit que c’est la responsabilité de l'État qui doit assumer. Il doit appeler le préfet du Nord maintenant et doit donner une réponse au secrétaire général de la CGT. » Les gens applaudissent, mais je ne sais pas trop pourquoi.

Le micro passe aux autres délégués : « Il y a la solidarité des organisations syndicales qui sont là et qui ne vous lâcheront pas. La France doit assumer sa part de responsabilité, notre région a la capacité de vous accueillir, de donner du logement et du travail. Aujourd’hui, l'État ne respecte pas ses propres lois. Manuel Valls ne respecte pas ces lois. Le Conseil général a des responsabilités sur les enfants, des solutions existent… Les organisations syndicales essaient de rester unies  même si c’est difficile et c’est par la solidarité qu’on y arrivera. »

En effet, « c’est difficile ». En me glissant dans les discussions ici ou là, j’entends dire que l’appel commun des syndicats et la fameuse union autour de l’urgente question qui nous intéresse ici n’a pas été facile. Un syndicaliste balance que « ça a été un exploit de sortir le communiqué ». Apparemment, ça grince des dents chez certains syndicats. L’UNSA n’était semble-t-il pas présente dans la délégation. Quand j'en parle à un pote, ce dernier m'envoie directement cette photo prise il y a quelques jours devant la mairie.

 

Que dire ? Pas question de faire des généralités, tant les syndicats présents organisent la mobilisation. Portant, j’entends une jeune militante balancer à son pote : « Y a un vieux de la CGT qui dit que les syndicats ont été pris en otage par les jeunes écologistes ! » Ça pouffe, ça en rigole. Pourtant, le mot sera repris, et pas qu’un peu par Saintignon à la télé : « Je n’acceptais pas l’instrumentalisation politique par les Verts, pour le dire clairement, et la façon dont les choses se sont faites. » Sur fond d’enjeu électoral et de campagne municipale (Aubry et Richir viennent d’officialiser le renouvellement de leur alliance, autrement dit Modem-PS), alors que les Verts se demandent chaque jour un peu plus ce qu’ils font dans le gouvernement Hollande, ça sent le règlement de compte. Pour le coup, comment ne pas imaginer que les propos de Saintignon ne soient pas téléguidés par Aubry : « Je n’accepte pas davantage la façon dont Manuel Valls a fait évacuer le camp de Villeneuve d’Ascq, sans solution de relogement. C’est comme cela que nous arrivons à des solutions extrêmement problématiques. Le premier ministre a réitéré l’absolue nécessité d'appliquer cette circulaire, manifestement, elle ne l’a pas été dans de bonnes conditions. Donc il y a un peu de colère. »

Une fois les discours terminés, tout le monde rentre chez soi. Ou à la bourse du travail, c’est selon. C’est à ce moment que je reçois un coup de fil de mon collègue Simon de Bavoir. Notre révolutionnaire en short est dans la métropole, à l’affût. Nous décidons d'aller vérifier la situation sur place, autrement dit à la bourse du travail. Direction le quartier de Fives, sur l’ancien site industriel de « Fives-Cail », où a été rénovée l’actuelle bourse.

« Waouh, c’est imposant ! balance de Bavoir qui n’a pas l’habitude des grands bâtiments dans sa campagne reculée. Et puis ils ont bien fait les choses, on a l’impression d’un vieux bâtiment. »

Une fois les vélos garés, nous aidons à décharger une voiture pleine de fringues. Les cartons et les sacs sont mis directement au sous-sol. Un Rom demande à se servir mais un syndicaliste lui dit : « Non ! La distribution c’est plus tard ! » Drôle d’ambiance, entre accueil et organisation rigide. Nous montons au premier étage, celui de Solidaires. C’est là que squattent les Roms. Deux pièces où ils sont collés-serrés. Je demande où ils dorment. Un syndicaliste me répond.

« Ils dorment dans la salle polyvalente. Ils n’y accèdent que la nuit et le matin on range tout, histoire de pas créer plus de tensions avec les autres syndicats… »

Dans le couloir, ça court, ça parle ça s’organise. Les Roms sont soit dehors, soit devant un écran posté dans une salle. L’urgence semble continue. On voit bien ici que c’est le syndicat Solidaires qui gère l’accueil ; mais il est clair que ça ne pourra pas tenir longtemps avec leur trois WC et deux lavabos. On décide alors de se rentrer. Je détache mon vélo et un vieil homme Rom me regarde. Il me dit « Bon courage ! » Je sais pas trop quoi répondre à ce miroir, si ce n’est le saluer. •

Publié dans Racisme

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NORD : L'EVACUATION DU CAMP DE ROMS DE VILLENEUVE D'ASCQ AUX 4 CANTONS

Publié le par Tourtaux

A écouter avant toute chose 
4 Cantons : Evacuation d'un camp de Roms à Villeneuve-d'Ascq
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Ce n'est pas la même chose d'en parler que de voir, ou d'entendre. . .

Qu'est ce qui s'est passé ici ?
Le problème du visage.
Si on ne voit pas le visage de l'autre, il n'existe pas.
Si on ne voit pas comment est traité le visage de l'autre, il ne s'est rien passé.
S'il ne s'est rien passé, on peut raconter n'importe quoi.
Si on peut raconter n'importe quoi, tout va bien !


Photo : © Thomas Millot Un important dispositif était chargé de faire évacuer le camp.
 
Invités : Des Roms expulsés ou en cours d'expulsion ce 28 Octobre 2013, de leur campement situé sur le parking P4 de l'université de Lille 1.

Benjamin, Christophe, Mathias, Simon, les recevaient.
Leurs noms Lazare, Caroline . . .
Pour une fois ils avaient la parole, et c'etait sur Radio Campus Lille.
L'Emission, Les poings sur les i, point barre !!! par le collectif D.A.V.I.D.S. .

Quand le sort des plus pauvres des pauvres sera réglé, et que ce sera accepté par toute la population, on passera à une autre couche sociale, ceux du RSA, les chômeurs, les vieux, . . .

Illustrations, et extraits d'article France 3 Nord Pas de Calais, de CQFD.

Quand on allait de Lille à Paris, sur l'A1, un panneau annonçait Nord Pas de Calais : Terre d'accueil et de travail ! C'était dans les années 72. La vérité aujourd'hui, c'est terre d'expulsion et de chômage.
Pourtant, nous "possédons" les plus grandes fortunes de ce pays, et le PIB de la France a doublé en 17 ans. Chercher l'horreur !

Cliquez sur Lire la suite, pour le faire, ou écouter.

 

Les poings sur les i, point barre !!!, c'est tous les Lundis, de 12 à 13h.

Pour écouter l'émission :  
Pour télécharger l'émission, le lien.

Article France 3, extrait : http://nord-pas-de-calais.france3.fr/2013/10/28/4-cantons-evacuation-d-un-camp-de-roms-villeneuve-d-ascq-346911.html

Le campement de Roms situé sur le parking P4 de l'université de Lille 1 à Villeneuve d'Ascq a été évacué lundi 28 Octobre matin par les forces de l'ordre, a-t-on appris de sources concordantes.

L'opération d'évacuation de ce campement, qui comptait quelque 200 occupants selon les autorités, a débuté vers 07H00 du matin, a indiqué à l'AFP Ambroise Lesage, militant associatif et membre des Jeunes écologistes de Lille.

Le camp comptait entre 35 et 40 caravanes, selon la préfecture du Nord. Les forces de l'ordre étaient vraiment nombreuses, selon Ambroise Lesage, qui a indiqué que la majorité des caravanes ont été emmenées en fourrière, le camp ne comptant qu'une dizaine de véhicules susceptibles de tracter les caravanes.

Une partie des enfants du camp était scolarisée, selon Ambroise Lesage. Une caravane-école avait été installée sur le parking pour "pré-scolariser" les enfants et ainsi partir sur de bonnes bases d'intégration.

Environ 3.200 Roms vivent dans la métropole lilloise.

CQFD VITE : ÉDITO : L'intégration, c'est du racisme !

Paru dans CQFD n°115 (octobre 2013), rubrique Édito, par l'équipe de CQFD, illustré par Lasserpe mis en ligne le 15/10/2013. http://cqfd-journal.org/L-integration-c-est-du-racisme 

L'Arabe est susceptible et voile sa femme, ses filles et ses sœurs. Derrière son flegme apparent, l'Angliche est faux-cul. Quelle fourberie cache le masque de discrétion du Chinois ? On sait aussi l'Antillais langoureux et l'Africain polygame. L'Allemand est bosseur et discipliné. Le Grec est une feignasse et le Turc une brute. Et les Norvégiens boivent dans des crânes... Dommage que Manuel Valls ait finalement été recadré après ses déclarations sur les Roms qui « ne veulent pas s'intégrer », car il aurait pu bien continuer à se lâcher sur les stéréotypes « ethniques »... et fournir matière à réflexion à tous les cafés du commerce du pays. D'ailleurs, les maîtres sondeurs sont formels : 65 à 77 % des Français se rangeraient derrière les éructations de Valls le Catalan. Désintégrer les quelque 20 000 Roms présents sur notre sol pour réussir l'intégration du PS dans un cloaque politique alimenté par les prurits de Valeurs Actuelles et les surenchères de Gilbert Collard, Alain Soral, Christian Estrosi, Samia Ghali ou Anne Hidalgo, le pari n'était pas plus risqué que ça.
Pauvres parmi les pauvres, les Roms sont des cibles sans risque dans cette époque où courage et impertinence – « il faut dire la vérité » est l'antienne préalable à vomir quelques immondices – sont synonymes de dégueulasseries contre plus vulnérable que soi. Au fait, il n'y a personne pour protester contre les conditions terrifiantes dans lesquels les Roms sont contraints de vivre et dont les élus locaux sont évidemment complices ?
Si le réservoir à Roms venait à s'assécher, on pourra toujours cogner sur ces trois millions de chômeurs – ces assistés dans leurs canapés ! – auxquels une guerre sociale aussi vieille que le capitalisme est sans cesse déclarée. Plus d'un an après la mort du quinquennat sarkozyste, les épigones socialos s'entendent à merveille pour recycler la principale ambition de leur ennemi d'hier : la fabrication par la peur la plus crasse d'une ethnie de beaufs aigris. Une entreprise qui ne serait pas totalement viable si on ne tenait compte du leurre le plus communément agité par les morfales de l'hystérie médiatico-sécuritaire : l'incompatibilité des musulmans avec la République.
Dans ce climat de régression xénophobe généralisée, il est donc plus que bienvenu de se remémorer la Marche pour l'égalité et contre le racisme, hâtivement et fallacieusement intitulée « Marche des beurs ». Et de se demander, trente après, ce qu'il reste aujourd'hui de cette massive mobilisation censée réconcilier un peuple avec ses marges promises à des flambées d'opprobre et de violence récurrentes ? En mars 2002, Jacques Chirac en visite dans le quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie avait reçu de la part d'un jeune cette remarque frappée au coin de la plus haute évidence : «  Ils ne nous parlent que d'intégration ! En vérité, c'est à eux de s'intégrer : ils ne nous connaissent pas, ils n'arrêtent pas de nous insulter ! »

Publié dans Racisme

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GRECE : LA MAJORITE DES ELEVES VONT EN CLASSE LE VENTRE VIDE, CONSEQUENCE TRAGIQUE DES POLITIQUES IMPOSEES PAR LA DICTATURE DE L'UNION EUROPEENNE

Publié le par Tourtaux

La majorité des élèves grecs vont en classe la faim au ventre : conséquence tragique des politiques imposées par l'Union européenne

child_hunger.jpgLa majorité des élèves grecs vont en classe la faim au ventre : conséquence tragique des politiques imposées par l'Union européenne

 

Article AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ et http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ce mardi 16 octobre, était célébré la triste « Journée mondiale de l'alimentation » à l'heure où 850 millions d'êtres humains souffrent de la faim. Au cœur de l'Union européenne, en Grèce, ce fléau émerge de nouveau comme un phénomène de masse, touchant les plus jeunes.

 

L'étude publiée par « Prolepsis » (l'Institut de médecine préventive, et de santé environnementale et au travail) et menée dans 152 écoles, auprès de 16 000 élèves de toute la Grèce, a de quoi donner le vertige. Elle révèle l'ampleur de la politique inhumaine menée en Grèce par la « Troika ».

 

Selon « Prolepsis », aujourd'hui seuls 36 % des élèves du primaire et du secondaire en Grèce vont à l'école sans être confrontés à la menace de la faim.

 

Dans le même temps, 37% des élèves sont en situation d' « insécurité alimentaire », sous la menace de la faim sans la subir directement, tandis que 27%, plus d'un élève sur quatre connaît la faim à l'école, qu'elle soit modérée ou sérieuse.

 

En tout, cela fait donc près de deux élèves sur trois (64%) qui vont à l'école la faim au ventre.

 

Les reportages édifiants ne manquent pas sur la situation dans les quartiers populaires d'Athènes ou Salonique, des enfants affamés incapables de participer aux cours d'EPS, des enseignants donnant à leurs enfants un casse-croûte pour tenir la journée.

 

Comme le notent les auteurs de l'étude, la Grèce tombe dans des chiffres comparables à ceux de pays d'Afrique sub-saharienne, réussissant la performance de se situer en-dessous du Zimbabwe, du Mozambique et du Malawi où une courte majorité d'élèves ne souffrent pas de la faim.

 

Cette réalité ne peut que soulever notre indignation. Elle est surtout éclairante politiquement sur la nature de l'attaque barbare subie par les travailleurs, sur la responsabilité du choix de l'intégration européenne dans l'offensive menée par la classe dominante grecque et européenne.

 

Car, premièrement, ce désastre humanitaire est la conséquence directe de la « politique d'austérité » menée depuis 2008 : baisse des salaires de 20, 30, 40 %, des coupes par milliards dans l'éducation et la santé, le retrait de l’État de ses fonctions sociales.

 

Se soigner ou manger, c'est désormais l'alternative pour les familles grecques.

 

Deuxièmement, ce désastre alimentaire, c'est aussi la conséquence de la politique d'intégration européenne, avant tout de la « Politique agricole commune » (PAC).

 

Contrairement au discours ambiant, reflété dans nos manuels scolaires, les aides de la PAC, largement canalisées par les gros agriculteurs et les réseaux politiques clientélistes, ont servi à financer la restructuration de l'agriculture grecque, conduisant à la ruine des petites exploitations.

 

En outre, elle a conduit la Grèce à s'éloigner de la souveraineté alimentaire. Elle est désormais un importateur net, y compris dans ses produits traditionnels : produits laitiers, viande, fruits et légumes … dont les olives !

 

Troisièmement, enfin, l'Etat s'accomode de l'action des associations humanitaires, charités religieuses ou fondations privées, qui occupent l'espace vacant laissé par les pouvoirs publics.

 

Ainsi, en Grèce, la « Fondation Stavros Niarchos » a financé à hauteur de 10 millions d'euros un plan d'aide alimentaire touchant 50 000 étudiants, dans 300 écoles des quartiers défavorisés pour leur offrir – en collaboration avec Prolepsis – des repas équilibrés chaque midi.

 

Si l'initiative devient une nécessité impérieuse pour des dizaines de milliers d'étudiants, elle reste scandaleuse. Elle permet à l’État de se défausser de ses responsabilités sociales, sous prétexte de faillite budgétaire, de laisser aux acteurs privés un espace pour acquérir une influence sociale.

 

Scandale d'autant plus manifeste quand on sait que la « fondation Stavros Niarchos » a été fondé par un richissime armateur grec, qui a construit sa fortune sur les largesses accordées par l'Etat grec, et par des régimes qui furent teintés d'autoritarisme, de corruption et de régression sociale.

 

Au-delà de l'indignation, cette nouvelle doit nous pousser à agir ici en France contre les politiques de casse sociale, de privatisation de l'éducation, de pillage des ménages populaires, contre la politique de l'Union européenne au service d'une minorité de profiteurs. 

 

Vendredi 1 novembre 2013  

 

 

Publié dans GRECE

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VENEZUELA : C'EST ENCORE LOIN LA COMMUNE ?

Publié le par Tourtaux

C’est encore loin la Commune ?

comuna10

 

Il y a José, qui a conduit 17 heures jusqu’à Guasdualito; Milangela, qui a pris les photos; Ángel, le “filmeur”; Miguel Ángel, l’assistant de production; et Christian, le script : ce sont quelques uns des membres de l’équipe qui filme la chronique de la naissance des communes au Venezuela depuis que le sociologue Iturizza a été nommé ministre par Nicolas Maduro. C’est encore loin, la Commune ? Quand nous lirons “C.C. El Valle” et nous ne penserons plus à un Centre Commercial mais à un Conseil Comunal, nous aurons déjà pas mal avancé…

A 10 h. 55 du matin le vendredi 4 octobre nous étions proches d’une station d’essence à Guasdualito. Nous étions arrivés à l’aube. Nous sommes passés par San Fernando.

Jesús Aragoza est de Guasdualito et il a 22 ans. Il est “chargé par le ministère des Communes de coordonner les politiques avec le pouvoir citoyen”. “Combien gagnes-tu ?”. “Le salaire minimum” (rires). Á côté de nous un homme vend du café et du jus de canne. “Nous allons à la Commune Ezequiel Zamora, sur le grand domaine Los Blancos, une des premières créées dans la municipalité Páez”. Je lui demande: “Pourquoi une file aussi longue pour l’essence ?”. Réponse sans détours: “Contrebande. La contrebande est totale ici. C’est un commerce très puissat, acheter l’essence la moins chère du monde au Venezuela pour la revendre en Colombie… et non seulement l’essence, n’importe quoi. Un rouleau de papier toilette, vaut mieux le revendre dans l’Arauca (département colombien, NdT) qu’ici à Guasdualito”.

Ainsi, les ressemblances entre Apure et Caracas vont au-delà des deux mairies. Les spéculateurs du dollar sont aussi des contrebandiers. La maxime du capitalisme – tirer le plus grand bénéfice possible du moindre effort – resurgit à chaque pas.

Ici on parle du chip pour contrôler combien de fois on remplit le réservoir. Je m’approche et j’en vois un, collé sur un pare-brise, une étiquette avec un code-barre. C’est le chip.

Une heure plus tard nous sommes au domaine Los Blancos, un système de production mixte de 5.731 hectares selon l’unique document. Il y a un réservoir peint en jaune avec les visages, peints aussi, de Chávez, Bolívar, Simón Rodríguez, Fidel et le Che. Il a cessé de pleuvoir. Un temps et nous sommes envahis par la tranquilité des grandes plaines. Les gens nous reçoivent cordialement. Un garçon se sert d’un ballon de foot comme tambour. Une douzaine de types se réunissent. Les gars du ministère leur racontent pourquoi ils sont venus et ils écoutent attentivement. La plupart usent de bottes de vachers ou de caoutchouc. Un seul porte des sandales. L’idée est d’enregistrer une vidéo pour expliquer ce qu’est une commune de l’État d’Apure. Ils commencent par le commencement: “D’abord nous avons pris la terre…”.

 

comuna 2

 

Une jeune fille observe depuis la maisonnette voisine. Elle s’appelle Eglis, elle est de l’État de Guarico, de Tucupido. Elle est venue pour sa mère. Voix douce, légère. Elle porte un enfant de trois mois, qu’elle a eu avec Franklin, qui est, lui, de l’État d’Apure. Le garçon qui joue au foot, et qui est ausi le percussioniste du ballon, a cinq ans. Il s’appelle Kelvin. “Qui connais-tu pour jouer au foot ?” “Et ton joueur favori ?”, je lui demande. “Mon cousin”. “Quel âge a-t-il ?”. “Il m’arrive ici” me répond-il en alignant sa main au-dessus de sa tête. Un enfant heureux, qui s’assied pour écouter les adultes raconter leur histoire avant de se lever pour jouer au ballon. Il y a plusieurs tracteurs, et, tout près, un porcelet attaché qui tente de s’échapper quand je m’approche.

Essai pour le son. Quand on tend le micro à Esteban Martínez, parlementaire de la commune, Franklin dit : “C’est du courant que vous allez lui mettre, mon Dieu !”. Esteban n’a pas peur et compte d’abord de un à dix, arrive à huit, c’est bon pour le son; ensuite il se lance dans le récit de la prise de terres, sans regarder la caméra : “Nous sommes dans la municipalité Páez, secteur Guasdualito, Commune Ezequiel Zamora, Conseil Comunal Jorge Eliécer Nieves. Baptisée ainsi à la mémoire d’un compagnon décédé das les premiers jours de la lutte. On l’a assassiné”.

« Beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison. »

Tant de sang versé pour obtenir ce que nous avons et il y a encore des vénézuéliens qui se moquent avec leur “oui mais” lorsqu’on leur parle d’avoir enfin une Patrie. Exser Araujo s’est approché de nous. Il est responsable de Fundacomunal, municipalité Páez et il est membre de la Commune Bolivarienne Socialiste Periquera. Sept Conseils Communaux la composent, pour 9.020 habitants. Il m’explique que dans le temps Guasdualito s’appelait Periquera (la “perrucherie” NdT), pour des raisons évidentes, et fut rebaptisée à cause d’un arbre qui s’appelle la guasda, une sorte de bambou. Il me dit qu’ils sont révolutionnaires, qu’ils n’ont pas peur de faire des aller-retours pour participer aux manifs. Je lui dis que certains affirment qu’ils sont payés pour aller manifester. “Non, vous voyez, cela me gêne de le dire, mais parfois on n’a rien à se mettre sous la dent là-bas, c’est dur. Nous devons faire le travail qui nous incombe : quand on voit un vieillard qui a donné toute sa vie pour construire ce pays, parfois avec une pelle, parfois une machette, travaillant pour le capitaliste et parfois sans salaire; et qu’aujourd’hui le gouvernement le prend en compte, pour nous c’est une satisfaction. Parce que tout ce que ces capitalistes leur ont pris, en les exploitant, jusqu’à les jeter quand ils étaient trop vieux, cette immense dette sociale qui leur est due, le gouvernemet la paie aujourd’hui. C’est comme la Mission “Mères de Quartier” (Madres del Barrio), beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison. Mais c’est le travail le plus digne qu’on puisse avoir dans la vie”. Exser a 47 ans.

 

comuna 1

 

Toutes les histoires parlent de l’appel à travailler dur à partir de la prise des terres. Des personnes qui ont envie de s’organiser, fatiguées des injustices, des mauvais traitements. Jesús Contreras va nus pieds. Il s’en fiche. Il foule l’urine de vache, monte à cheval, fait tous les travaux de la terre ainsi. Il a 58 ans, taiseux. Les gars du ministère ont eu du mal à lui tirer des mots. Il a étudié jusqu’en deuxième primaire. “Hé Jesús, tu es chaviste ?”.Ça oui, je suis révolutionaire, très. Parce que je suis né avec la révolution dans le ventre, et c’est bon ce qui se passe. Beaucoup ont leur terre aujourd’hui et travaillent pour eux-mêmes. Ils ne sont plus les esclaves d’autrui”.

On a fait du café, on a continué à converser. Est arrivée l’heure du déjeuner.

comuna 8AMPARO

Je suis seule. Je n‘ai pas de mari et à Caracas beaucoup me connaissent”. “Pourquoi ?” je lui demande. “Peut-être parce que je suis une bonne personne ! Je ne perds pas une manif”. Elle est venue de Colombie il y a 36 ans, quand elle en avait 30. Madame Amparo nous a cuisiné de la viande, du manioc, des bananes vertes, du riz. Assiettes d’étain, pour verres de pots de mayonaise. “Pourquoi êtes-vous venue ?”. Un bref silence. “Problèmes dans la vie” me répond-elle. Tout fut délicieux, abondant. Nous sommes dans sa parcelle cultivée. Elle parle de “palos”. Ceux d’Amparo portent des avocats (une cinquantaine), des goyaves, des citrons (une vingtaine). Nos “palos” à nous désignent des quantités d’argent (“Combien coûte ce portable ?” et on te répond: “Trois palos, quatre palos, trois mille, quatre mille”). Quelle différence. Esteban, dès qu’il a fini de manger, se met à courtiser Amparo. Ouvertement. Nous avons mangé tous les quinze et le ventre plein, nous nous amusons des tentatives d’Esteban. Par chance, je n’ai pas dû faire la vaisselle.

Esssayons de décrire l’espace : toit de paille, sol de terre. Foyer. Papayes, noix de coco, bananes, citrons, avocats, mangues. Les piliers de la maison sont des troncs où courent les fourmis. Un transistor à piles pend d’une clôture. Une palette ! Cela faisait longtemps que je n’en voyais pas. Elle sert à tamiser. Des poules, des chiens, des chats, du bétail. Ciel, vert, terre, tranquilité. Grande plaine ouverte. Silence. Ils n’ont pas encore l’énergie électrique.

Luis Molina est de Barinas. Venu ici à cause des “circonstances de la vie. Je suis tombé amoureux”. Lors d’un match de foot on lui a parlé de la prise de terres. Il y a trois ans qu’il vit au sein de “cette belle famille que j’ai autour de moi. Vous dire que tout fut merveille serait mentir. Nous avons eu nos embûches, mais nous les avons surmontées. Chaque jour on apprend à se tolérer un peu plus. Une commune c’est une grande famille”. Luis mâche sa chique de tabac, une très grosse chique et continue l’histoire de l’alimentation pour les cachamas (poissons d’élevage, NdT), on n’en trouve pas: “On ne trouve pas d’aliments. Quand ils arrivent, on le donne aux gros producteurs, que les petits se fassent foutre. Alors il faut s’associer à un capitaliste pour pouvoir en acheter. Puis le bénéfice, c’est ce qu’on distribue. Supposons qu’on arrive à vendre 2.000 kilos à 50 bolívares. Le capitaliste vient avec ses factures de frais: carburant, alimentation… ça fait 60.000. Donne-moi ma part. Et de ce qui reste, fifty-fifty. Donc en six, sept mois de travail tu gagnes 20.000 bolívars. Le capitaliste ne s’intéresse qu’aux billets. Souvent toute la production part pour la Colombie. Bien sûr, là-bas c’est plus cher, on leur en donne un meilleur prix. Eux ne s’intéressent pas à la nourriture des gens d’ici, seuls les bénéfices les intéressent. En Colombie on t’offre jusqu’à 100 bolívars le kilo, ici il n’atteint pas 50. Les problèmes ? Les poissons guabinas, les caïmans, oxygéner l’eau. Il faut courir chercher des gens pour entrer dans l’étang et remuer l’eau”. Reprise de chique de tabac.

Le quotidien est exotique: regarder comment on alimente les cachamas. Dans l’étang d’Amparo il y en a  2.000. Il faut faire attention au caïman. Je l’ai vu. Avec tous ces caraquègnes faisant du tapage, les cachamas n’osaient pas venir manger, jusqu’à ce que nous nous taisions et elles ont mangé. Auparavant, la photographe s’est baignée dans l’étang. Le caïman ne lui a rien fait et elle ne lui a rien fait non plus.

 

comuna 6

SAMEDI ET DIMANCHE

Le samedi les communards ont joué au football. Avant d’aller les regarder, sur la place Bolívar de Guasdualito j’ai bu la meilleure chicha du Venezuela : “Chicha La Caraquègne”. Yohender est de San Cristóbal, il se trouve à Guasdualito et a appris à faire la chicha à Caracas.

Le dimanche nous sommes allés à Barinas. Dans la rivière La Acequia, nous nous sommes offerts une baignade. Á Barinas, j’appelle “le chien” José Roberto Duque. Il débarque et nous offre une seule tournée de bières. Je lui raconte : “Je viens de voir une commune dans l’état d’Apure. Hier ça a fait sept mois qu’est mort le Commandant abattu et aimé. Comment terminer cette chronique ?” pendant que je bois un verre. Et “le chien” qui n’a encore rien bu, de me répondre: “Non, bon, ce qu’il faut c’est la commencer. Si tu cherches des conmunes par ici, tu verras que tout est en germe. Et les gens ont l’intuition suffisante pour savoir par où commencer. En outre il y a beaucoup de communautés qui font des communes depuis longtemps sans le savoir. Le Venezuela est plein de communautés de ce type. En Apure, d’oú tu viens, il y en a une qui s’appelle El Zancudo, c’est celle dont je suis tombé amoureux. C’est une commune en formation et ils se sont rendus compte que ça s’appelle comme ça. Il y a des gens qui se sont d’abord informés par des lectures, par le discours de Chávez, sur ce qu’est une commune et ensuite ils ont commencé à la faire. Il y a des gens qui ont commencé à l’envers. Ils ont fait les choses avec leur corps et ensuite se sont rendus compte qu’ils faisaient la révolution, sans le savoir”.

 

Texte original (espagnol): Gustavo Mérida

 

http://www.ciudadccs.info/?p=493031
 

Photographies Milángela Galea

 

Traduction: Thierry Deronne

Piritu Becerra, une commune qui crée la vie et l’organisation.

Par Marco Teruggi

 

Le soleil frappe la pleine, la terre devient rouge, l’horizon dépose son immensité bleue sur la verdure. Sous un chêne vert , Pedro Pantoja, à sa gauche un déjeuner tardif, à sa droite un élevage de tortues et de « cachamas ». « La communauté doit s’approprier l’héritage du Commandant Hugo Chavez », dit-il. Nous sommes dans la commune de Piritu Becera, près de la ville de Calabozo, dans l’état de Guarico.

 

comuna 3

 

Cette histoire a ses racines dans la lutte pour les terres, lorsque « ce qui était à un dictateur passait aux mains d’un autre dictateur » et pour les gens, misère et exploitation. Le sol que nous foulons a été récupéré par le peuple, plus de 300 000 ha, obtenus après dénonciation à l’Institut National des Terres et occupation.

Pour le dire en chiffres, Piritu Becera possédait 2 540 familles organisées en 36 conseils communaux, un parlement communal auquel participaient 40 porte-paroles hommes et femmes, un conseil exécutif, un conseil de planification, un conseil d’économie, celui des finances sociales et une banque communale. A l’Assemblée constitutive de la commune, tenue en octobre 2012, ont participé 2 000 personnes dont 1 200 votants mettant en place ce que nous voyons aujourd’hui.

Mais laissons les chiffres de côté, qu’est-ce que la commune ? La première chose que Pedro nous dit, c’est qu’il s’agit d’un espace dans lequel ils ont réussi à obtenir une réponse à quelques-unes des demandes collectives. Par exemple, l’acquisition et la mise en route de 2 entreprises appartenant à la commune, une de transport et l’autre d’exploitation de gravier et la remise à la commune de 1 100 ha distribués à 66 producteurs. « Nous nous unissons parce que les besoins sont communs », explique à son tour Maria Nuñez. Elle porte une casquette de la Milice Bolivarienne Paysanne et on l’appelle « Maruja ».

 

comuna 4

Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision.

C’est l’endroit où au moyen de l’organisation populaire continuent à chercher une réponse à d’autres revendications, comme par exemple la viabilité, les crédits pour les machines, une école, une usine de traitement des aliments. Pourquoi ? Par nécessité et dans une perspective que l’habitant de la commune José Soto, explique, lui qui a écrit un livre sur les succès de la Révolution Bolivarienne : « L’idée, c’est que nous produisions et soyons auto-suffisants, que nous fassions monter la production jusqu’à l’auto-suffisance ». Sur ce, Maruja ajoute : « L’idée, c’est que dans environs 3 ans ou peut-être un peu plus, nous ne dépendions plus de l’Etat providence parce que nous n’allons pas tout le temps solliciter l’Etat ». Dans ces paroles, il y a une idée : l’autogestion et dans ce but, ils fonctionnent avec une commune urbaine.

Il y a un autre objectif : le « bien-vivre » comme le dit Pedro, sous les branches où se posent les grives. Mais aussi et surtout, cette commune suit la route qu’a tracé le Commandant Hugo Chavez, présent dans ces paroles : « La commune est un gouvernement autonome, un projet politique pour avancer vers une société dont l’objectif est l’homme ». Qu’est-ce que le gouvernement autonome : l’autogestion et le développement du pouvoir populaire, comme l’explique Maruja : « Le pouvoir du peuple, avoir nous, la possibilité de décider ce que nous voulons, comme nous voulons, dans le but que nous voulons et de la façon que nous voulons. Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision. »

L’auto-gouvernement, qui a une de ses instances centrales dans la commune, dans le parlement communal, qui se réunit en ce qui concerne Piritu Becera chaque deuxième samedi du mois car le premier samedi ont lieu les assemblées du Conseil Communal : « Le Parlement serait comme l’Assemblée (Nationale ) là où l’on discute, débat,où l’on aboutit à des accords auxquels on doit aboutir ».

Quelles sont les difficultés pour y arriver ? Nombreuses. Certaines propres à la commune, comme l’explique Irama Maldonado en montrant des affiches où sont indiqués les succès de la commune : « Nous cherchons à travailler horizontalement, chacun avec une participation identique mais ce n’est pas facile. Souvent, il arrive que quelques-uns pensent d’abord à leur conseil communal, à leur secteur ». Elle est claire : « Les gens ont toujours le même état d’esprit, ils en sont toujours à la quatrième république, à la démocratie représentative, clientéliste. »

Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.

Face à cette difficulté, Maruja insiste sur la nécessité de travailler de manière collective et permanente : « Il y a une grande équipe qui est en lutte jour après jour , du dimanche au dimanche, les 365 jours de l’année ». elle souligne aussi que la commune doit répondre aux intérêts collectifs, non à ceux d’un producteur particulier, encourager toujours la perspective de l’ensemble : « L’organisation des communes n’est pas là pour défendre l’individualisme, si tu ne veux pas travailler avec l’ensemble de la commune ou du groupe, tu dois partir et te défendre comme tu peux. »

Autre difficulté ? Quelquefois, les relations avec les institutions d’Etat. Maruja explique qu’elles se sont améliorées : « Auparavant, la bureaucratie nous tuait, ici. On fermait les portes aux paysans. Maintenant, elles sont ouvertes pour nous. Cela n’a pas été facile mais nous l’avons obtenu. » Cependant, les critiques existent, c’est ce qu’explique Pedro : « Il y a des résistances de la part des institutions qui ne veulent pas céder de l’espace à la nouvelle société ». Et il ajoute : « De nombreux habitants de la commune partagent notre réalité. Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.” La commune est une réalité de l’organisation populaire qui se construit jour après jour, par le bas, avec effort et comme un horizon immense où se trouvent les rêves individuels et collectifs dans lesquels les uns rendent les autres possibles. Face à ces problèmes qui surgissent et parfois découragent apparaît ce que le compagnon de Maruja, Carlos Muñoz, définit comme « l’invention » : l’initiative et la créativité populaires, celles qui permettent de construire en économisant, de s’armer avec les moyens disponibles, sous la pluie, le soleil et dans la nuit.

 

comuna 5

 

La commune rurale possède, en outre, une force unique : elle produit des aliments, la vie. Et Piritu Becera le fait sur des milliers d’hectares qui, auparavant, étaient improductifs parce qu’ils étaient aux mains de grands propriétaires et parce que, dans la logique du grand capital, il n’était pas rentable de les exploiter. Ces étendues étaient alors des terres oisives qui n’avaient d’autre place dans le modèle rentiste pétrolier que celle d’être louées pour l’élevage ou pour que le paysan soit exploité pendant le jour pour ensuite voir les étoiles, affamé, depuis sa maison sans toit.

Pastèque, papaye , tomate, laitue, coriandre, riz, concombre, manioc, piment, haricots, citrouille, banane, ail, pour ne nommer que quelques-uns des légumes et des fruits que donnent à présent ces terres grâce aux efforts quotidiens des hommes et des femmes, malgré, comme l’affirme Yelitza Araujo, la chaleur accablante du midi vêtu de libellules : « La campagne est forte, tu viens aujourd’hui samedi, nous travaillons, tu viens demain dimanche et nous travaillons aussi. »

Piritu Becera produit, crée, montre la force de l’organisation populaire. Elle enseigne l’héritage de Chavez, l’aube de la campagne quand les arbres font de l’ombre sous le ciel qui devient magenta, bleu, la terre reprend son vert lointain et l’habitant de la commune Elvis Hidalgo affirme : « Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de faire partie de cette histoire ». Sous le regard tel un fleuve de José qui répète : « Oui, nous pouvons, oui, nous pouvons ».

 

Texte original (espagnol) : Marco Ferrugi

 

http://comunaadentro.blogspot.com/2013/10/piritu-becerra-una-comuna-que-produce.html

 

Traduction : Gaston Lopez, http://cubasifranceprovence.over-blog.com/

 

URL de cet article : http://bit.ly/16QtEhB 

Publié dans Venezuela

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