MAI 68 : TEMOIGNAGE

Publié le par Tourtaux

                                                                 VIVE  LE 40ème ANNIVERSAIRE DE MAI 68


                                                              TEMOIGNAGE D'UN CHEMINOT CGT EN MAI 68


J'ai toujours en mémoire la grande lutte des travailleurs et notre grève victorieuse. 11 millions de grévistes, m'a récemment rappelé l'ancien secrétaire du syndicat des cheminots CGT de Reims en MAI 68, Maurice Lhomme.
 Les cheminots ont fait trois semaines de grève qui furent intégralement payées. Nous avions créé un rapport de forces favorable.

J'étais homme d'équipe et je travaillais au Poste 5, à Reims. Je me souviens de l'instant mémorable où j'ai mis le Drapeau Rouge sur le toit du poste d'aiguillage. Tout un symbole!  Ce drapeau était celui avec lequel j'effectuais les manoeuvres.  

Le syndicat CGT des cheminots de Reims n'avait pas encore appelé à la grève. J'ai aussitôt quitté spontanément et illégalement mon poste pour aller à la Bourse du Travail, appelée aujourd'hui Maison des syndicats.

Lorsque je suis arrivé à 11 heures, trois camarades du syndicat des cheminots CGT de Reims étaient occupés à tirer un tract d'une demie page A4 que nous avons immédiatement distribué dans les différents chantiers SNCF de Reims.

Ce tract de la CGT s'adressant aux cheminots était l'ordre de grève illimitée, à partir de 12 heures (midi). Il a été rédigé par les trois camarades : Maurice Elias, agent de train, secrétaire général du secteur des cheminots CGT de Reims, Maurice Lhomme, agent de train également, secrétaire du syndicat des cheminots de Reims et Roland Clavier, conducteur de locomotives au dépôt de Reims, secrétaire général adjoint du secteur des cheminots de Reims, ce qui à l'époque était une sérieuse référence. Le secteur des cheminots CGT de Reims rayonnant sur toute la Champagne-Ardenne.

Après distribution du tract, la direction du syndicat des cheminots CGT de Reims a pris la décision d'associer les autres organisations syndicales de cheminots alors que celles-ci avaient "pris le train en marche".

Maurice Lhomme m'a confirmé avoir proposé aux camarades de la direction du syndicat des cheminots de Reims qui l'a acceptée, l'occupation des locaux par les cheminots grévistes. Nous avons donc pris possession de notre outil de travail : la gare de Reims, le triage de Bétheny et le siège régional du 4ème Arrondissement SNCF (4ème AREX) qui chapeautait toute la région ferroviaire de Champagne-Ardenne. Des villes comme Verdun et Lérouville faisaient partie de notre région SNCF. Le 4ème AREX était géographiquement très étendu. Les "caïds" est les "lèche-cul" ont été virés de leurs postes de travail et ceci pendant toute la durée de la grève. Certains de ces personnages ont bien tenté de s'introduire dans "leurs" locaux mais les cheminots veillaient au grain.

A l'époque, le directeur du 4ème AREX présidait localement la fédération de parents d'élèves CORNEC qui n'était pas en odeur de sainteté chez les gens de droite. Pendant toute la durée de la grève, tout s'est passé sans incident majeur. Le directeur du 4ème AREX y a sans aucun doute contribué. A la disparition du 4ème AREX, auquel a succedé la région Champagne-Ardenne, le "pacifisme" du directeur lui a coûté cher puisque celui-ci n'a été nommé que directeur adjoint de la région.

A chaque point "névralgique" des structures de la SNCF, nous tenions des piquets de grève. Chaque jour, sous les drapeaux rouges accrochés à la grille  d'entrée du 4ème AREX, nous faisions des assemblées générales, place de la gare, à Reims. L'agent de train Georges Iste, dit Jojo, ancien musicien  à l'harmonie, jouait allègrement du clairon.
 Un as , le Jojo!
 
Les cheminots participaient à toutes les manifestations locales avec les travailleurs des autres corporations, les chômeurs, les étudiants, les retraités et toutes les personnes qui soutenaient les luttes en cours. Au cours de l'une de ces "manifs", nous avons "croisé" une contre manifestation emmenée par les gaullistes de l'UNR (Union pour la Nouvelle République) et des "majorettes du Vatican". Un comble! Des "bonnes soeurs" en tenue religieuse portant des pancartes réclamant la liberté du travail!

La droite maniait la provocation. Des heurts ont eu lieu. Je me souviens d'une imposante "manif" où plusieurs milliers de personnes arrivaient de la place de la République et défilaient tranquillement. Les cheminots CGT étaient en tête du cortège. Nous arrivions à hauteur de la gare lorsque, subitement, une voiture accupée par un jeune homme a soudainement foncé sur nous. La capote de la voiture était ouverte. Un agent de manoeuvre tenait une grosse pancarte portant l'inscription "syndicat des cheminots CGT de Reims". Le camarade a asséné un maître coup de pancarte au conducteur. Bien que visiblement sonné, le chauffard a pu obliquer et bifurquer sur sa droite et s'enfuir en direction des "beaux quartiers". A l'époque, ce type de voiture était rare. Seul un fils à papa pouvait avoir ce privilège. 

Lors d'une autre imposante manifestation, la tête du cortège arrivait place de la République quand soudain un individu, un tantinet provocateur est arrivé par le pont de Laon, juché sur un tracteur. A coups de klaxons, il voulait absolument forcer le passage. A l'avant du tracteur était accroché un grand écriteau : "Je suis avec toi Charles". D'autres panneaux aussi voyants garnissaient toutes les parties visibles du tracteur. Cette bruyante et isolée manifestation de soutien à Charles de Gaulle, l'antisocial président de la République de l'époque a valu au conducteur du tracteur d'être descendu de son siège en quatrième vitesse et de recevoir une raclée. Des manifestants avaient vu rouge!

Au cours d'une autre "manif" et alors qu'une foule importante de contre manifestants de droite battait la semelle devant l'Hôtel de ville de Reims, un jeune anarchiste s'est glissé parmi eux et a courageusement brandi sous leur nez un drapeau noir. La gent réactionnaire a très mal pris ce geste audacieux. Les "honnêtes" gens n'en croyaient pas leurs yeux. Avaient-ils l'oeil noir au point de voir rouge?

Lors de la présentation sur ce blog de mon troisième ouvrage : " Les apparatchiks", j'ai relaté la mémorable expulsion du tyran de Bétheny et comment l'ancien militaire de carrière d'Indochine avait capitulé face à un homme d'équipe, avant de s'enfuir comme un voleur. 

Je salue les étudiants qui ont toujours été solidaires de notre combat de classe et qui ont souvent été à nos côtés lors des piquets de grève de nuit où nous assurions la sécurité des installations ferroviaires et du matériel. Lorsque l'on connaît l'immensité des territoires SNCF, le renfort des étudiants était toujours le bienvenu. 

Avec une CGT sérieuse et responsable, nous avons pu mener à son terme notre combat victorieux. 

VIVE LA LUTTE DES CLASSES. VIVE MAI 68.
Jacques Tourtaux




























 





























  































  

Publié dans Lutte des classes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article