UKRAINE : DES TRAVAILLEURS OCCUPENT LEUR USINE !

Publié le par Tourtaux

mardi 17 février 2009
Ukraine : L’usine Kherson occupée par les travailleurs

 

Les travailleurs exigent de prendre le destin de leur usine en main!

Les actions entreprises pas les travailleurs de l'usine d'engineering Kherson, en Ukraine, se poursuivent depuis le 2 février de cette année, date à laquelle ils ont occupé le bâtiment réservé à la direction du site. Pendant plus d'une semaine, cette initiative a fait les gros titres, attirant même l'attention internationale.

Par Vika A. et Aleksei A., correspondants du CIO en Crimée

Les travailleurs, en agissant de manière décisive et responsable malgré le faible niveau de mobilisation de leur classe dans ce pays, ont fourni un exemple aux millions d'ukrainiens qui souffrent quotidiennement d'injustice aux mains de leurs employeurs. Cette action dénote non seulement de leur volonté de survivre mais aussi de leur préoccupation quand au devenir de leur usine.

Celle-ci est âgée de 120 ans et est la plus grande (et peut-être la seule) productrice de machines agricoles d'Ukraine. Comme beaucoup d'autres, cette usine a beaucoup souffert dans les années ‘90 des privatisations qui ont résulté de l'effondrement de l'économie planifiée stalinienne en Ukraine. Avec ses équipements vétustes, elle s'est vue incapable de rivaliser efficacement avec les produits importés et est passée d'un propriétaire à un autre. A chaque rachat, les travailleurs de Kherson ont vu leurs conditions de travail empirer. Les arriérés de salaire étaient courants et ont parfois eu des conséquences dramatiques. En 2006, un travailleur ne pouvant plus supporter cette situation s'est pendu au beau milieu de l'usine. Cela a bien sur provoqué la colère des autres travailleurs et la direction est finalement parvenue à réunir assez de liquidités pour payer les salaires en craignant des conséquences catastrophiques pour elle si elle ne le faisait pas.

Durant les derniers mois de 2007, un nouveau propriétaire a fait son entrée en scène : Alexander Oleinik, un dirigeant du Parti des régions, le parti pro-russe de Viktor Yanukovich. Il a entamé une ‘restructuration’ du site qui n'était en fait rien d'autre qu'une tentative a peine voilée de piller l'usine de ses avoirs.

Pour ce nouveau propriétaire, il n’était pas de son ressort de régler les arriérés de salaire accumulés pas ses prédécesseurs, même s'il avait pourtant hérité de stocks conséquents de leur part.

En mars 2008, les arriérés de salaire ont pris plus d’ampleur et en septembre les travailleurs n’ont tout simplement plus été payés. Au mois d'octobre, le rythme de l'usine est passé à trois jours de travail par semaine et des réductions de personnel ont été planifiées en novembre. Des pressions ont par ailleurs été exercées sur des travailleurs afin de les convaincre de signer des accords de départ volontaire et beaucoup de travailleurs plus jeunes ont accepté, ne voyant aucun avenir au sein de l'usine. Il n’est donc presque plus resté que des travailleurs plus âgés, ceux qui avaient passé la majeure partie de leur vie dans cette usine.

Ce 20 Janvier 2009, en arrivant au travail, les travailleurs ont découvert une notice annonçant que la comptabilité et les guichets de payement avaient été déplacés dans une autre ville, ce qui était révélateur de la fermeture prochaine de l’usine. Une foule s’est aussitôt rassemblée et a occupé le bâtiment de la direction. Les travailleurs ont ainsi commencé à militer contre la fermeture de leur usine.

Ce 2 février, ils ont établi un conseil des travailleurs dans le bâtiment occupé. Ce nouvel organe d'auto-management, dirigé par le soudeur Lionid Nemchonok, exige que les arriérés de salaire soient payés par le nouveau propriétaire ainsi que par le gouvernement, la nationalisation du site, la saisie du compte bancaire d'Olienik ainsi que la garantie, par l'Etat de la survie de l'usine.

Le 3 février enfin, les travailleurs ont renommé l'usine Usine d'Etat Kherson.

Le jour suivant, les autorités de la ville sont intervenues en venant parler aux travailleurs dans le hall de conférence de l'usine. Le maire a commencé en exprimant sa ‘solidarité’ vis-à-vis des travailleurs et a prétendu avoir un plan, sans toutefois donner aucun détail. Sous la pression, il a offert de mettre de côté deux millions de Grivna du budget social de la ville pour les salaires de l'usine, ce qui a été repoussé par les travailleurs. Premièrement, cette somme n'aurait couvert que la moitié des arriérés de salaire et, comme les travailleurs l’ont fait remarquer, le budget social de la ville est prévu pour aider d'autres travailleurs : ils ne voulaient pas que leurs problèmes soient résolus aux dépends des autres.

Samedi dernier, une grande marche de solidarité a eu lieu. Plus d'un millier de personnes y ont pris part dont de nombreux jeunes, résidents et représentants syndicaux d'autres villes. A l'avant de cette marche se trouvaient les dirigeant du conseil des travailleurs, des activistes de gauche (dont des membres du Comité pour une Internationale Ouvrière) ainsi que des étudiants de l'université Simferopol.

Les travailleurs portaient des affiches ou l'on pouvait lire: «Faites payer la crise aux oligarques», «Donnez aux travailleurs leurs salaires et le contrôle de l'usine», «Nous n'attendons plus de miracles, nous reprendrons l'usine nous même» et «Aujourd'hui Kherson, demain l'Ukraine entière». En réponse aux politiciens de partis tels que le Parti Communiste, qui offre seulement des platitudes, le slogan de la marche était: «Ne pas se satisfaire de miettes, poursuivre la grève».

Parmi les orateurs se trouvaient des syndicalistes d'autres villes. L'un d'entre eux a proposé l'élection d'une nouvelle direction pour l'usine ainsi que le recrutement de personnel technique afin de préparer l'usine à la production. Comme il l'a fait remarquer, si les travailleurs demandent la nationalisation, il doit y avoir un débat sur la manière dont ceux-ci vont administrer l'usine.

mardi 17 février 2009

Source : http://www.socialisme.be/psl/archives/2009/02/17/ukraine.html

Publié dans Lutte des classes

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