ACCORD HISTORIQUE EN MARTINIQUE

Publié le par Tourtaux

Luttes sociales et politiques en Outre-Mer (DOM-TOM)
Mardi 03 Mars 2009
Au 26e jour de la grève générale, accord prévoyant une augmentation de 200 euros sur les plus bas salaires a été trouvé entre le patronat, l’Etat, les collectivités locales et le « Collectif du 5 février »

 
C'est un premier pas, mais pas la fin de la grève. Un accord cadre sur les salaires a été signé ce mardi matin en Martinique. Il annonce la mise en place d'«une commission de travail sur les salaires», a annoncé à la presse le président de «Collectif du 5 février» Michel Monrose, lors de la lecture d'une déclaration commune aux 13 syndicats.

Selon le patronat et le collectif, une augmentation de 200 euros nets mensuels à compter du 1er mars 2009 pour les salaires jusqu'à 1,4 smic est envisagée. Cependant, le mouvement intersyndical «reste mobilisé jusqu'à l'aboutissement des négociations» et «lance un appel à la population pour qu'elle reste mobilisée», entraînant de facto la poursuite de la grève générale.

Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM, estime que les salaires au-dessus de 1 840 euros brut doivent aussi être revalorisés.

Quelle est votre appréciation sur l’accord-cadre conclu en Martinique pour une hausse de 200 euros des bas salaires ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. Cet accord montre que les organisations patronales n’ont rien perdu de leur arrogance. Il était prévu, au départ, d’acter une augmentation immédiate de 200 euros, financée par le patronat, les collectivités et l’État, puis de négocier 50 euros supplémentaires à l’automne prochain. Or les organisations patronales ont refusé d’inclure dans le protocole d’accord toute future négociation. Mais cet accord est fixé. Il s’agit maintenant d’entrer en négociation sur son application. Pour les salaires inférieurs ou égaux à 1 840 euros brut, mais aussi pour les salaires supérieurs à cette somme. Nous demandons, pour ceux-là, que soit arrêté le principe d’une augmentation minimale.

Pourquoi, malgré ces avancées, ne pas appeler à la levée de la grève ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. De nombreux points restent encore à discuter. La grève a pris corps à partir de revendications sur la baisse des prix, l’augmentation des salaires, des pensions et des minima sociaux, l’emploi, la reconnaissance du fait syndical martiniquais, etc. Concernant la baisse des prix des produits de première nécessité, des produits pétroliers et des services, différentes commissions travaillent. Certaines baisses ont été actées, mais il nous manque beaucoup de résultats. La commission qui travaille sur une baisse de 20 % des produits de première nécessité n’a pas encore rendu son rapport. Pour différents services (banques, télécommunications, assurances, eau, logement), nous n’avons pas encore abouti. Peut-être cela tombera-t-il cette semaine. Cette importante revendication de baisse des prix concerne toute la population, pas simplement les salariés. Reste aussi à obtenir des avancées sur la revalorisation des pensions de retraite et des minima sociaux.

La majeure partie de l’augmentation des bas salaires que vous avez gagnée est financée par des deniers publics. Cela ne vous pose-t-il pas problème ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. De nombreux travailleurs ont parfaitement conscience que l’argent public est leur argent. Ce sont les gros capitalistes békés qui devraient payer. Mais habituellement, l’État consacre l’argent public à des cadeaux au patronat qui ne finissent jamais dans la poche des salariés. Donc les salariés ne peuvent pas refuser cette contribution de l’État. Pour les collectivités, la même problématique est posée. Cette contribution publique est temporaire. Dans trois ans, il faudra s’assurer que le patronat prend effectivement le relais.

Le MEDEF agite la menace d’une forte augmentation du chômage après cette grève. François Fillon prédit des « conséquences catastrophiques » sur l’économie des Antilles. Cela vous inquiète-t-il ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. Sans grève, le chômage est ici trois fois plus important qu’en France. Sans grève, des centaines de petites entreprises déposent le bilan. Le patronat cherchera bien sûr à utiliser la grève pour justifier certains de ces choix. On ne peut pas reconnaître l’ampleur des problèmes économiques et sociaux en Martinique et en Guadeloupe, et reprocher aux travailleurs de se mettre debout pour tenter de les résoudre. Si le conflit a été si long, la responsabilité en revient entièrement au patronat, à ses manœuvres dilatoires lors des négociations. L’administration, par son soutien manifeste au patronat, porte elle aussi une lourde responsabilité.

Que pensez-vous de la proposition gouvernementale d’états généraux de l’outre-mer ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. Des états généraux, des réunions, cela se fait tous les jours en ce moment. Nous avons dressé ces dernières semaines un panorama complet de la situation économique et sociale de la Martinique. On verra. L’immédiat, aujourd’hui, est de rendre la vie moins chère pour les populations.

Le président de la République a annoncé sa venue en Guadeloupe et en Martinique dans quelques semaines. Les grévistes se sont montrés très sévères envers sa politique. Comment expliquer cette dimension politique du mouvement ?

Ghislaine Joachim-Arnaud. Un mouvement social qui perdure pendant près d’un mois finit forcément par revêtir une dimension politique. Si les gens sont restés mobilisés si longtemps, c’est que les Antilles souffrent profondément. L’organisation économique qui prévaut ici, avec la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques-unes, est au cœur des problèmes. C’est une question hautement politique. Il faut y répondre. De ce point de vue, ce mouvement a permis une prise de conscience importante de la population sur les causes fondamentales des problèmes auxquels elle est confrontée.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

Publié dans Lutte des classes

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T
Les luttes ne se passent pas partout de la même façon et même si la Martinique a dans sa plate-forme revendicative souvent des motivations proches de la Guadeloupe, les peuples de ces deux pays colonisés par la France mènent leur combat à leur façon et selon les possibilités du moment. <br /> <br /> Les forces syndicales, politiques et associatives des deux îles voisines ne sont pas forcément simultanément à l'unisson en même temps.<br /> <br /> Regarde en Amérique, (j'allais oublier que la Guadeloupe et la Martinique sont antillaises, donc font partie du continent américain), Cuba, le Nicaragua, la Bolivie, l'Equateur, le Vénézuela, bientôt rejoints par le Salvador et d'autres encore, chacune de ses nations construit le socialisme en fonction de la situation politique et économique de son pays.<br /> <br /> Pour le combat syndical, il faut sur le terrain créer un rapport de forces conséquent et pour cela il faut se doter d'un puissant outil syndical en qui les travailleurs ont confiance. C'est ce qu'ont réalisé nos amis guadeloupéens qui viennent de reprendre le travail après une lutte remarquable de 44 jours qui n'est pas terminée et va continuer sous d'autres formes et ne l'oublions pas, la grève n'est que suspendue. Elle peut reprendre à tout instant en cas de non recpect des accords signés mais aussi pour, si le besoin s'en fait sentir, faire aboutir les revendications non encore obtenues et qui doivent encore être négociées et dans des conditions très différentes des luttes menées en métropole puisque dans les Dom, le combat est mené contre le colonialisme français dont les tenants et profiteurs sont les descendants d'esclavagistes.<br /> <br /> Concernant la Martinique, certes le combat est victorieux mais comme rien n'est encore signé entre les parties, la grève continue.<br /> <br /> Je ne suis pas du tout d'accord pour opposer la Guadeloupe à la Martinique. Ne sommes-nous pas tous des antillais ? <br /> Je dis :<br /> TRAVAILLEURS DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS CONTRE VOS ENNEMIS DE CLASSE !<br /> <br /> Jacques Tourtaux
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C
Pourquoi accorder aux martiniquais cette légitime augmentation et non aux guadeloupéens qui mènent un combat depuis plus longtemps ?<br /> <br /> Encore une stratégie pourrie du gouvernement pour mettre le feu aux poudres et faire passer le LKP pour des terroristes....mais nous ne nous y trompons pas, pas si fous les français et c'est le srako qui va trinquer !!
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