AMERIQUE LATINE : US GO HOME !

Publié le par Tourtaux

AMÉRIQUE LATINE : LA FIN DE LA SOUMISSION LATINO-AMÉRICAINE

 

EVA GOLINGER. L’avocate analyse les rapports entre Etats-Unis et Amérique du Sud et estime que l’hostilité de la Maison Blanche ne s’atténuera pas avec l’arrivée de Barack Obama.

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« La participation du peuple est pour moi le plus important » Eva Golinger

À l’occasion de la quinzaine de l’Amérique latine à Montpellier, la vénézuélienne Eva Golinger a tenu une conférence sur les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique du Sud. D’après cette avocate spécialiste du droit international, l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche ne sera pas à l’origine d’une amélioration des rapports entre le Nord et le Sud du continent.

Quel est l’état des relations entre USA et Amérique latine ?

La stratégie de Washington envers l’Amérique latine a évolué ces cinq dernières années. Avant, les Etats-Unis ne s’occupaient pas de l’Amérique latine. Ils étaient focalisés sur l’Irak ou l’Afghanistan. C’est seulement en 2005 qu’ils ont pris conscience que des changements étaient en train de se produire en Amérique latine. Hugo Chávez au Vénézuela, puis en 2006 l’arrivée d’Evo Morales, et ensuite Raphael Correa  en Equateur, l’arrivée de la gauche au Nicaragua, etc.

Ils se sentent également menacés par la montée en puissance de la gauche ?

Ce qui effraie les Etats-Unis, c’est ce que le linguistique Chomsky appelle « la menace du bon exemple », le modèle que nous sommes en train de construire au Venezuela. Un modèle socialiste mais dans une démocratie. Dans laquelle on cherche la prospérité économique et sociale. Et ça, ça va à l’encontre du modèle étatsunien. Le modèle vénézuélien est train de se propager dans d’autres pays tels que la Bolivie. Même si ce n’est pas exactement la même formule, cela s’accentue encore avec la crise. Les peuples sont en train de se rendre compte que le capitalisme ne fonctionne pas.

Comment se modèle se propage-t-il ?

Grâce à la stratégie de politique internationale du Venezuela : l’intégration, la coopération au niveau régional et international avec la Russie, la Chine, l’Iran, l’Europe, l’Asie et d’autres pays. À ce niveau, le Venezuela a dépassé les Etats-Unis. Il a diversifié sa relation et attiré d’autres pays vers l’Amérique latine et cela a mis fin à la soumission de l’Amérique latine. C’est une menace au pouvoir impérial des Etats-Unis.

Face à cette menace quelle attitude ont-ils adopté ?

Une stratégie très agressive. Principalement envers le Venezuela et la Bolivie et plus récemment envers l’Equateur. Une stratégie de division pour séparer les Amériques en deux. Une formée autour de Lula entre le Brésil, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay : la gauche « light ». Et une autre représentée par Chávez, Morales, Correa, Cuba, le Nicaragua : la gauche dure.

Comment mènent-ils cette stratégie ?

L’administration mène une diplomatie hostile, agressive, dans laquelle ils disent de Chávez qu’il est un dictateur, qu’il viole les droits de l’homme, qu’il encourage le trafic de drogue et le terrorisme. Ils mènent une guerre médiatique à l’échelle internationale. Ensuite, il y a ce que j’appelle la subversion, à travers l’alimentation financière de l’opposition à l’État. C’est allé en augmentant lors des cinq dernières années, jusqu’à 50 millions de dollars investis dans les partis politiques et les ONG de l’opposition. Et pour terminer ils utilisent l’intimidation militaire.

L’arrivée au pouvoir d’Obama n’est-elle pas un espoir de pacification des relations ?

Jusqu’à présent il n’y a pas eu de changement notable. Précisément parce qu’il ne s’agit pas de savoir qui occupe la Maison Blanche. La confrontation n’était pas uniquement entre Bush et Chávez. La réunion de la semaine dernière avec Lula est une démonstration que la stratégie de division entre les gauches continue, notamment avec le Mexique et le Brésil.

Selon vous les relations ne tendent donc pas à s’améliorer ?

L’espoir est en avril, lors du Sommet des Amériques* avec Obama, Chávez, Morales, et tous les présidents sud-américains, à l’exception de celui de Cuba. Ce sera leur première rencontre. Ce qui pourrait changer, c’est le discours si agressif. Mais cela va être difficile parce que les Etats-Unis ne peuvent pas accepter que les peuples latino-américains se soient libérés de leur emprise.

La nouvelle indépendance des peuples latino-américains pose problème aux USA ?

Le rassemblement des pays latino-américains a causé l’expulsion des Etats-Unis de la région. Maintenant ils ne sont plus le pays dominant. Ils ne l’acceptent pas. Obama a répété à plusieurs reprises sa volonté de récupérer le « leadership » des Etats-Unis dans le monde. C’est une position impérialiste, à l’image de la doctrine Monroe. Les peuples n’ont pas sollicité qu’Obama soit leur « leader ».

Parce qu’ils ont trouvé une alternative au modèle étatsunien ?

Le modèle étatsunien imposé dans les pays sud-américains n’a pas fonctionné. Il a causé une misère et une pauvreté extrêmes. Aujourd’hui, nous essayons de sortir de cela, mais pas de manière violente, en le transformant. C’est plus difficile et plus long, mais c’est plus intéressant. Et c’est ce qui me paraît le plus extraordinaire : nous sommes en train de construire.

Le peuple prend-il part à cette transformation ?

C’est le peuple qui met tout en mouvement. Aujourd’hui, il n’y a pas un vénézuélien qui ne participe pas, de quelque forme que se soit, qu’il soit chaviste ou dans l’opposition. Les gens pensent, critiquent, sont actifs. Ce qui me désole le plus, lorsque je sors du Venezuela, et que je vais en France, aux Etats-Unis ou d’autres pays, c’est le niveau d’apathie. Alors qu’au Venezuela, tout le monde essaye d’améliorer la situation de son pays parce que le peuple a vu la concrétisation des ses activités. C’est un éveil énorme ! Pour moi, c’est la réussite principale de cette révolution. Il y a bien entendu des réussites matérielles et sociales : dans le domaine de l’éducation, de la santé, du travail, de la construction… Mais l’obtention de la participation est pour moi le plus important, Un peuple conscient.

EVA GOLINGER SERA À MARSEILLE LE 3 AVRIL

* Les 17, 18, 19 avril à Trinité et Tobago.


Propos recueillis par Marine Desseigne et Axelle Chevalier-Perier.
Publié le lundi 30 mars 2009, dans le quotidien La Marseillaise p.39

Publié dans Les Amériques

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