32 JEUNES HAITIENS SANS PAPIERS VENUS REJOINDRE LEUR FAMILLE ARRETES ET RETENUS EN RETENTION

Publié le par Tourtaux

Source / auteur :

Mille babords

32 jeunes Haïtiens sans papiers venus rejoindre leur famille arrêtés et retenus en rétention

mis en ligne jeudi 30 décembre 2010 par jesusparis


Le 12 janvier prochain sera commémoré le premier anniversaire du séisme qui a fait 250000 victimes..

 

Les trente-deux Haïtiens arrivés le même jour de Port-au-Prince, munis de simples visas de transit, ont tous été libérés par la justice. La cour d’appel de Paris a confirmé mercredi 29 décembre les remises en liberté en mettant en avant les garanties de représentation de ces personnes qui ont toutes de la famille dans l’Hexagone.

 

D’après un mail du RESF :

 

32 Haïtiens de 25 à 35 ans ont atterri le 23 décembre à Orly. Ils étaient porteurs d’un visa pour le Bénin et d’un visa de transit (en principe de 8 jours) en France qui leur interdit de s’installer durablement mais aurait dû leur permettre de visiter leur famille. La PAF en a décidé autrement. Soupçonnant une volonté de demeurer en France où tous ont de la famille, souvent très proche, la police les a immédiatement placés en zone d’attente, 16 à Orly et, faute de place, les 16 autres à Roissy. Le réveillon et le jour de Noël en prison pour étrangers, merci Papa Noël Hortefeux !

 

La quasi-totalité d’entre eux a formulé une demande d’asile qui doit être examinée par l’OFPRA. Le juge des libertés et de la détention devait décider aujourd’hui, cinquième jour de leur placement en zone d’attente, s’ils doivent attendre la décision de l’OFPRA en ZAPI ou être libérés et attendre dans leur famille.

 

15 des 16 retenus à Roissy étaient présentés à Bobigny. On n’a pas d’information sur l’audience qui aurait pris beaucoup de retard, les mêmes avocats plaidant d’abord à Créteil puis à Bobigny.

 

A Créteil : 15 des 16 retenus à Orly (le dernier étant semble-t-il à l’hôpital) ont été jugés à partir de 10 heures par le JLD de Créteil. Leurs familles et proches sont présents, des avocats les assistent. Arrivée impressionnante : les 15 jeunes, beaucoup de jeunes femmes, encadrés d’une vingtaine de policiers et autour, de part et d’autre du cordon de police, les familles, le père d’un côté, et la fille de l’autre, le frère et la sœur, l’oncle et la nièce. Emotion et dignité.

 

Au total, sur les 15 situations présentées, la présidente du JLD prend la décision de libérer 14 personnes en se fondant sur le fait que toutes donnent des garanties de représentation : elles ont de la famille proche en France, française ou en situation régulière, ayant un logement et des ressources, s’engageant à les héberger et à subvenir à leurs besoins. Les familles sont présentes à l’audience, depuis 10 heures du matin jusqu’à 17 ou 18 heures. La magistrate estime que, compte-tenu de ces garanties, le principe de liberté doit être respecté, d’autant que « les graves troubles politiques en Haïti et la situation sanitaire du pays » doivent être pris en compte, même si cela n’entre pas immédiatement dans les compétences du tribunal.

 

La presse commence à suivre l’affaire de près. France Inter et France Info font des sujets. C’est sans doute ce qui va conduite le parquet, la police et l’avocate de la PAF à un curieux petit jeu de poker-menteur. Le procureur fait savoir dès 15h30 aux journalistes qui l’interrogent qu’il fera appel mais, ajoute-t-il, une cour d’appel réunie en urgence statuera dans la soirée sur le caractère suspensif de son appel (autrement dit, le fait que le procureur fasse appel suspend-il ou non la décision de libération du JLD). Normalement, une telle instance d’appel doit se tenir à Paris (Créteil n’étant pas cour d’appel). Nous sommes un peu surpris du caractère exceptionnel de la mesure. Vers 16h30, les familles voient les 8 premières personnes jugées et devant être libérées transférées. « C’est juste pour signer des papiers » assurent les policiers de l’escorte. Une heure et demi plus tard, les mêmes reviennent, toujours escortés de policiers qui interdisent qu’on leur parle. « On les conduit à Orly » répondent-ils aux familles. « Et la cour d’appel à Paris ? » « On n’est pas au courant, on nous a dit Orly ».

 

Entretemps les autres personnes sont passées devant le JLD. Libérées, elles aussi. A la fin de l’audience, nous interrogeons une responsable de la PAF en présence de l’avocate du ministère. Elles répondent goguenardes et contentes d’elles-mêmes que l’appel a eu lieu, au deuxième étage du TGI de Créteil. C’est évidemment une mauvaise plaisanterie qui témoigne d’abord d’une certaine inconscience : c’est de la vie, de l’avenir d’une quinzaine de jeunes adultes qu’il est question. On ne peut que déplorer qu’il soit l’objet de mauvaises blagues nulles. La réalité est que le procureur de Créteil a fait appel sur la totalité des libérations décidées par le JLD de son TGI. Ennuyé sans doute de cette décision et redoutant les retombées médiatiques, il a fait délivrer des messages approximatifs par ses services à propos d’une cour d’appel improvisée, délocalisée ou pas, informations maladroitement relayées par une avocate et une policière.

 

Bref, le procureur de Créteil (fonctionnaire dont la dépendance à l’égard de l’exécutif est dénoncée par la commission européenne) a estimé que 14 jeunes Haïtiens que le JLD de son tribunal avait libérés doivent être maintenus enfermés deux jours de plus.

 

250 000 victimes du tremblement de terre, de 10 à 15% de la population du pays sous la tente pendant les tempêtes tropicales, quelques 2000 victimes du choléra, un pays menacé par la guerre civile. Et le procureur du tribunal de grande instance de Créteil qui estime qu’une quinzaine de personnes ayant échappé à cet enfer doivent être privées de liberté avant d’y être réexpédiées. On est fiers de lui.

 

Au parquet de Créteil, on reconnaissait que la situation à Haïti était « terrible » tout en justifiant : « ils n’ont pas de papiers en bonne et due forme, ils ne peuvent donc pas s’établir en France ». Le 12 janvier prochain sera commémoré le premier anniversaire du séisme. Après ce drame, les autorités françaises s’étaient engagées à faciliter l’accueil des victimes en allégeant les conditions du regroupement familial et de délivrance des visas.

Publié dans Les Amériques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article