AIX EN PROVENCE : UNE PLACE MAURICE AUDIN, LES JEUNES N'ONT PAS LA MEMOIRE COURTE

Publié le par Tourtaux

Ils étaient une cinquantaine ce matin du 25 septembre, dont de très nombreux jeunes, à répondre à l'appel de la section locale du PCF, de la fédération des Jeunesses Communistes, de l'Association des Pieds-Noirs Progressistes et de l'Amicale des Vétérans pour rebaptiser le rond-point Bigeard fraichement inauguré en juin dernier par la mairie d'Aix en Provence
Une place Maurice Audin à Aix : Les jeunes n'ont pas la mémoire courte
Ils avaient entouré leur action de discrétion de peur d'être pris à partie par des groupes d'extrême-droite, afin d'apposer une plaque au nom de Maurice Audin et de rendre hommage au jeune mathématicien de vingt-cinq ans, combattant pour l'Algérie indépendante, disparu dans des conditions mystérieuses en1957.

Il n'étaient guère nombreux, mais bien déterminés à effacer le nom du colonel Bigeard, tristement célèbre pour ses méthodes brutales dans les opérations de « maintien de l'ordre » menées en Algérie.
Maurice Audin, membre du parti communiste algérien, militant de la cause anticoloniale avait organisé en 1956 l'exfiltration clandestine à l'étranger de Larbi Bouhali, premier secrétaire du PCA.

En pleine bataille d 'Alger, il est arrêté à son domicile et emmené par les parachutistes qui vont le torturer pendant plusieurs jours. Son appartement, transformé en souricière va permettre l'arrestation d'Henri Alleg, journaliste et directeur d'Alger Républicain, le lendemain. Celui-ci sera le dernier à voir Maurice Audin vivant, ainsi qu'il le raconte dans son livre La Question, publié aux Editions de Minuit. Le jeune homme est vraisemblablement mort au cours d'une séance de torture. Les militaires font disparaître le corps et prétendent qu'il s'est évadé.

Depuis, sa veuve ainsi que ses amis remuent ciel et terre pour que la vérité éclate mais, du fait de la loi d'amnistie, les tortionnaires ne peuvent être inquiétés. Malgré plusieurs actions en justice, la disparition de Maurice Audin reste un mystère, verrouillé par un non-lieu.

En juin 2007, Josette Audin écrit une lettre au président Sarkozy nouvellement élu pour lui demander de faire la lumière sur la mort de son mari. Sa lettre reste sans réponse.

Le 1er janvier 2009, sa fille Michèle Audin, brillante mathématicienne, refuse le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur en rappelant au président qu'il n'a pas donné suite à la demande de sa mère.
Ils n 'étaient guère nombreux, ce matin-là, mais ils voulaient, pour quelques instants, honorer la mémoire d'un homme assassiné et dire, que jamais ils ne se résoudraient à l'oubli et à l'amnésie d'Etat.
Nicolas Maury

Publié dans guerre d'Algérie

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