CHATEAULIN (FINISTERE) : AU LYCEE HORTICOLE, VICTIME DE HARCELEMENT MORAL, UN ENSEIGNANT FAIT GREVE

Publié le par Tourtaux

Chateaulin (29). Harcèlement moral au lycée horticole

Que se passe-t-il au lycée horticole de Châteaulin? Depuis lundi, un enseignant fait grève. Il se dit victime de harcèlement moral. L'affaire, qui est entre les mains d'un juge d'instruction, pourrait perturber la fin de l'année scolaire.

«Je suis au bout du rouleau, usé psychologiquement». Le regard angoissé, des trémolos dans la voix, Bertrand Le Bris débite sa souffrance dans un flot compulsif. Voilà cinq ans que cet enseignant en agro-équipement, en poste au lycée horticole de l'Aulne depuis 1999, affirme vivre l'enfer au travail. Sur la table, un dossier de 20 cm d'épaisseur. Courriers de ses médecins, notations de sa hiérarchie, pétition de soutien de ses élèves, il a tout consigné. En mars2008, après une première main courante non suivie d'effet, il s'est résolu à porter plainte pour harcèlement moral, avec constitution de parties civiles. La plainte vise le proviseur de cet établissement placé sous l'autorité du ministère de l'Agriculture, mais aussi un agent d'entretien du lycée que le professeur désigne comme «l'homme de main» du chef d'établissement. Depuis un an et demi, Sophie Sourzac, magistrate au barreau de Quimper, dirige l'instruction de l'enquête, sur commission rogatoire. Collègues de travail, parents d'élèves, encadrement du lycée, à ce jour, une douzaine de personnes auraient été auditionnées.

La menace d'une grève de la faim

Mais aujourd'hui, Bertrand Le Bris perd patience. Lassé de voir que les choses n'avancent pas assez vite, il a décidé de porter l'affaire sur la place publique. C'est ainsi que jeudi dernier, il a adressé un courrier de quatre pages aux 167 familles des élèves qu'il a en cours, pour leur exposer sa version des faits, avec force détails. Autre décision radicale: celle de ne plus venir en classe, une grève reconductible chaque semaine. Un temps que le fonctionnaire compte mettre à profit pour alerter les médias, rencontrer les élus locaux et diffuser des tracts sur le marché de Châteaulin. «J'irai jusqu'au bout», assure-t-il. «Y compris jusqu'à une grève de la faim», qu'il a programmée pour la fin de la semaine prochaine.

Des craintes pour l'examen

Dans l'oeil du cyclone, le proviseur se refuse à tout commentaire. «Il y a une instruction, je réserve mes déclarations au juge», répond-t-il calmement. En attendant, cette affaire rejaillit désormais sur la vie scolaire des élèves. «L'enseignant, qui est le seul dans sa matière, est en grève. Or, un contrôle continu de formation doit obligatoirement se tenir d'ici le 17mai. À défaut, les élèves de deuxième année dans les filières Travaux paysagers ou Production horticole ne pourront pas se présenter à l'examen», s'inquiète Jean-Luc Massas, trésorier de l'association des parents d'élèves.

Une manifestation de soutien en 2007

À noter que ce n'est pas la première fois que ce conflit secoue la communauté éducative. En février2007, des élèves avaient signé une pétition défendant leur professeur. Quelques mois plus tard, ils avaient décidé de manifester dans l'enceinte de l'établissement. À l'époque, le malaise n'avait pas filtré en dehors du lycée. Une omerta aujourd'hui brisée par la seule volonté de Bertrand Le Bris.

  • Jean-Luc Padellec

Un dossier entre les mains du ministre

Louis Biannic, le recteur de l'enseignement agricole pour la Bretagne, dont dépend le lycée de l'Aulne, refuse lui aussi tout commentaire sur le fond de l'affaire, «compte tenu de la procédure en cours au pénal». En revanche, il considère que le courrier adressé par l'enseignant aux parents d'élèves «met gravement en cause sa hiérarchie». En conséquence, il informe avoir transmis «le dossier au ministre de l'Agriculture qui a seul pouvoir d'apprécier dans quelles mesures cet acte constitue une entorse à l'obligation de réserve qui sied à tout fonctionnaire». Pour le reste, M.Biannic assure que la réflexion est en cours pour s'assurer de la continuité du service de l'enseignement et du bon déroulement de l'examen. «Le ministre est aussi saisi sur cette question. C'est un sujet prioritaire. Mon but est que les élèves ne pâtissent pas de ce conflit». Reste des points de droit à régler, car convoquer un remplaçant pour pallier l'absence d'un collègue gréviste ne va pas de soi.

  • J-.L.P

L'ancienne garde des Sceaux présidente du CA

Ironie du sort, c'est Marylise Lebranchu, conseillère régionale et ancienne garde des Sceaux, qui est devenue, voilà une semaine, présidente du nouveau conseil d'administration constitué après la fusion du lycée de l'Aulne de Châteaulin, du lycée agricole de Suscinio à Morlaix et du centre de formation de Kerliver, à Hanvec. Interrogée sur l'affaire qui agite l'établissement châteaulinois, elle dit tomber des nues. «Je n'étais pas au courant, mais je n'ai pas à l'être. Ces choses-là sont du ressort de l'autorité de tutelle».

Source : Le Télégramme

Publié dans Lutte des classes

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