CONTRIBUTION DU PARTI ALGERIEN POUR LA DEMOCRATIE ET LE SOCIALISME (PADS) A LA RENCONTRE COMMUNISTE INTERNATIONALE DU 26 FEVRIER 2011

Publié le par Tourtaux

logopads.gifContribution du Parti Algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) à la rencontre communiste internationale du 26 février 2011

 

par William Sportisse, dirigeant du PADS

 

 

Chers camarades,

 

Au nom de la direction du PADS nous vous remercions de votre invitation et vous souhaitons beaucoup de succès dans vos actions pour unir les communistes Français dans un parti de classe fidèle aux principes du marxisme-léninisme et à l’internationalisme. Notre contribution à vos travaux a pour objectif de vous informer sur les analyses et les positions de notre Parti concernant la situation en Algérie.

 

Il est évident que cette situation dans notre pays est liée aux grandes batailles de résistance qui se déroulent dans le monde contre les tentatives des dirigeants des pays impérialistes de réduire les effets de la crise systémique du capitalisme afin d’assurer au patronat un taux de profit maximum dans le processus d’exploitation des classes ouvrières et des autres couches laborieuses. Il deviendra de plus en plus évident aux classes ouvrières et aux peuples que les luttes sur le sol national dans chaque pays sont liées entre elles et qu’elles ont donc un caractère international, parce qu’elles sont dirigées contre des bourgeoisies capitalistes unies entre elles dans le cadre du système impérialiste.

 

Les victoires remportées en Tunisie et en Egypte sur les dictatures de Ben Ali et Moubarak qui ont été chassés du pouvoir constituent, malgré les limites des résultats acquis et des pressions impérialistes pour empêcher tout autre progrès en avant de ces peuples, un stimulant pour les luttes futures et pour d’autres défaites de l’impérialisme et des bourgeoisies locales à son service.

 

Au lendemain de la chute des clans de la bourgeoisie de Ben Ali et Moubarak, l’espoir d’arracher la liberté d’expression et d’organisation a été donné aux Algériens.

 

En Algérie, la première caractéristique de la situation s’exprime dans les actions pour des revendications sociales dont le nombre enregistré en 2010 s’élève à 10.000. Elles se sont exprimées sous la forme de grèves suivies par des travailleurs du secteur public industriel (SNVI) et privatisé (Complexe sidérurgique d’El Hadjar) dans les services publics ( travailleurs du rail , de la santé et de l’éducation nationale) ou sous la forme de barrages dressées sur les routes pour exiger une meilleure et régulière distribution de l’eau ou pour la maintenance des routes , ou sous la forme de révoltes contre les attributions arbitraires de logements sociaux à des personnes qui ne les méritent pas qui se terminent souvent par des empoignades violentes avec les policiers envoyés pour les réprimer , ou sous la forme de manifestations et de sit-in des étudiants devant les locaux du ministère de l’enseignement, ou sous la forme de manifestations de chômeurs pour l’obtention d’emplois. Toutes ces actions sont l’expression du mécontentement croissant des travailleurs et du peuple Algérien.

 

La deuxième caractéristique est que ce mécontentement résulte du fossé qui se creuse entre l’immense majorité des couches populaires et une petite minorité de riches trafiquants qui se sont immensément enrichis à la faveur du grand tournant vers l’ultralibéralisme capitaliste au début des années 1980 suivi ensuite par l’acceptation en 1994 par les partis et dirigeants bourgeois, y compris islamistes des exigences du FMI , sous prétexte que c’était un «  moindre mal » face aux difficultés de remboursement de la dette algérienne en raison de la baisse du prix du pétrole. Les pressions de l’impérialisme mondial s’exerçaient à ce moment là avec de plus force à la faveur des ravages causés au peuple par les organisations terroristes islamistes. Le relèvement du prix du pétrole depuis 1999 qui a suivi l’abrogation du monopole de l’état sur le commerce extérieur en 1994 a permis à quelques milliers de familles de partager l’essentiel des revenus pétroliers. Une poignée d’heureux élus du régime profite des crédits du secteur bancaire public qui souvent ne sont pas remboursés. Les trafiquants à la faveur de la privatisation du commerce extérieur et avec la complicité des fournisseurs étrangers accroissent leurs revenus par la surfacturation de leurs achats ce qui leur permet d’une part d’engranger dans leurs comptes ouverts dans des banques étrangères des devises volées au pays et d’autre part de vendre en Algérie les produits achetés à des prix supérieurs au prix de revient réel. Parallèlement de nombreuses entreprises du secteur public ont été fermées ou réduites à l’inactivité mettant au chômage des centaines de milliers de travailleurs. Les sociétés privées qui se sont constituées sont peu nombreuses dans l’industrie mais pullulent dans le commerce extérieur. Ces sociétés privées, en raison de l’extension du chômage dont est le plus victime la jeune génération, emploie des jeunes qui sont sous-payés et qui ne sont pas déclarées ni à la sécurité sociale ni à la fiscalité. A la campagne les terres agricoles nationalisées en 1973 ont été restituées à leurs anciens propriétaires qui en avaient été expropriées soit en raison de la limitation de la propriété foncière ou en raison de leur comportement hostile à la lutte libératrice contre le colonialisme. Des parcelles appartenant au domaine de l’état (terres abandonnées par la grosse colonisation terrienne au lendemain de l’indépendance et nationalisées) ont été vendues à des privés à des prix qui ne correspondent pas à leur valeur réelle. L’abandon de leurs terres par de nombreux paysans victimes du terrorisme islamiste a également permis des dépossessions dont on ignore l’ampleur réelle. La situation sociale de la petite paysannerie s’est aggravée.

 

La déclaration du 10 janvier 2011 de notre parti souligne à juste raison que : «  20 ans d’application d’une politique capitaliste et 30 ans de sabotage du secteur public économique n’ont apporté au peuple et au pays que misère plus grande, inégalités et injustices croissantes, arriération économique sans fin, destruction du tissu industriel que l’Algérie avait commencé à créer dans les années 1970 pour garantir l’avenir des nouvelles générations ».

 

L’Algérie a été engagé dans une impasse par les capitalistes algériens et les puissances impérialistes. Le PADS depuis sa naissance en 1994 a dénoncé ces orientations des représentants de cette bourgeoisie capitaliste qui a engagé notre pays dans cette impasse.

 

La troisième caractéristique de la situation est la crainte de cette bourgeoisie capitaliste et des puissances impérialistes face aux réactions des masses populaires devant cette impasse qui est un aspect de la crise du système capitaliste. Ces réactions se sont manifestées et se manifestent encore sous la forme de luttes qui se déroulent encore à l’échelle d’une localité, d’un quartier ou d’une entreprise dans diverses régions du pays, sans être coordonnées à l’échelle nationale. La crainte que ces réactions prennent une autre dimension suscite des tensions entre les divers clans de la bourgeoisie capitaliste algérienne. Une fraction du pouvoir actuel effrayée par des perspectives qui peuvent s’assombrir avec l’aggravation de la crise mondiale du système capitaliste et d’une chute du prix du pétrole tente de freiner l’hémorragie des devises sous couvert « d’un patriotisme économique » en resserrant le contrôle sur les relations financières de l’Algérie. Mais il serait faux de croire que cette frange du pouvoir a fini par comprendre qu’il faut revenir à une politique favorable aux masses populaires. Elle peut certes lâcher du lest pour étouffer toute réaction populaire, mais elle est également prête à user de la répression pour mâter tout mouvement populaire qui la dérangerait (exemple avec les étudiants). Ses velléités de relancer en partie le secteur public industriel en le réhabilitant peuvent être utiles aux masses populaires, mais ses intentions demeurent de renforcer ses intérêts capitalistes ce qui constitue un frein sérieux à un authentique développement économique global.

 

Une autre fraction dans le pouvoir et en dehors représentante des intérêts capitalistes qui refusent tout projet d’investissement pour toute réhabilitation du secteur industriel public. Ce sont les partisans de l’ultralibéralisme à outrance qui rejettent toute diminution des importations et de leur part dans le partage des devises produites par la vente du pétrole. Ils se dressent contre toute mesure tendant à réduire l’hémorragie des devises provoquée par la hausse vertigineuse des importations et des profits rapatriés par les sociétés étrangères. Ces fractions du pouvoir ont leurs relais dans la société civile à travers des partis politiques et les syndicats qu’ils ont domestiqué ou qu’ils manipulent pour la défense de leurs intérêts. Des partis ou personnalités politiques qui ne sont plus représentées dans le pouvoir ou qui l’ont quitté (c’est le cas notamment du RCD ou de l’ancien premier ministre Benbitour) qui se présentent comme une opposition qui ne cherche pas à remettre en cause les orientations capitalistes du pouvoir mais qui trouve qu’elles sont insuffisantes et souhaitent aller plus loin dans les accords passés par les dirigeants actuels et les puissances impérialistes ( accord avec l’Union européenne, adhésion à l’OMC et participation plus active aux organisations militaires de l’OTAN). Les autres «  opposants «  comme Aït Ahmed et son Parti FFS ou encore des personnalités membres du FLN comme Mehri qui ont été des artisans de la rencontre et d’un accord à San Egidio avec les islamistes ils multiplient leurs efforts en direction du pouvoir afin de trouver un compromis pour empêcher toute tentative d’engager un processus révolutionnaire mettant en difficulté le capitalisme algérien et ses soutiens impérialistes. Enfin, les islamistes qui ne combattent ni le capitalisme et ni l’impérialisme, ont vu leur influence décroître en raison des crimes commis par son aile radicale, de l’enrichissement de certains de ses responsables au cours de la décennie 1990, et de la participation au pouvoir de son aile dite « modérée » qui a été salie par plusieurs scandales financiers et dont de nombreux membres sont devenus des gros importateurs.

 

La quatrième caractéristique est l’intérêt accordé par les puissances impérialistes, notamment les USA, à l’Algérie en raison de ses réserves pétrolières et gazières et d’autres richesses minières qu’elles convoitent et désirent en avoir la mainmise. Prises de court par les grandes manifestations populaires de Tunisie et d’Egypte où les dictateurs qu’ils soutenaient ont été emportés par les soulèvements des masses populaires, les puissances impérialistes et en premier lieu les Etats Unis abandonnent leurs marionnettes et préparent la mise en place d’équipes de rechange qui resteront à leur dévotion en feignant de prôner l’instauration de la démocratie dans ces pays et dans d’autres qui pourraient être gagnés par le vent de la révolte. Comme on le sait ces puissances sont bien mal placées pour parler de démocratie, quand on se réfère aux crimes qu’elles ont commis en Irak, en Afghanistan et à leur comportement solidaire avec les crimes des colonialistes israéliens qui occupent la Palestine et s’opposent à la mise en place d’un état Palestinien conformément aux résolutions de l’ONU. En vérité ces puissances impérialistes veulent éviter que les peuples de ces régions soient maîtres de leurs richesses pétrolières ou autres. Les puissances impérialistes et notamment les Etats Unis veulent exploiter le mécontentement des peuples à leur profit. Elles encouragent leurs alliés internes et en même temps accentuent leurs pressions sur les gouvernants en place en vue d’obtenir d’eux plus de concessions en leur faveur. Comme le déclare la déclaration du PADS du 22 janvier : «  le but de leurs pressions ouvertes ou cachées est de porter à la tête de l’Etat des valets à leurs bottes pour piller à plus grande échelle les richesses du pays. » Cette déclaration ajoute encore à propos des impérialistes : «  Ils espèrent transformer l’Algérie en néo colonie et renforcer par son intermédiaire leur mainmise sur toute l’Afrique ».

 

Enfin une dernière caractéristique de la situation en Algérie c’est la méfiance des masses populaires exprimée envers les partis et personnalités politiques officiels qui sont au pouvoir ou hors du pouvoir. Ce qui explique en partie le refus de nombreux jeunes comme des masses populaires de rejoindre les dernières marches à Alger des 12 et 19 février à l’appel d’une coordination de partis et d’associations dont le RCD et le PLD qui ont réuni quelques centaines de personnes devant 30 000 policiers mobilisés par le pouvoir qui les ont empêché de défiler. Cette méfiance rejoint nos appréciations sur les orientations de ces marches qui font abstraction de la prise en charge des problèmes sociaux et économiques du pays et de l’alternative dont a besoin notre pays. C’est ce que rappelle la réponse en date du 12 février 2011 du PADS à la question d’un lecteur à propos de sa position sur ces marches. Dans cette réponse le PADS note : «  Nous ne sommes plus en 1988 quand toutes les classes sociales, ouvriers, bourgeois, féodaux, couches moyennes, ne voulaient plus du Parti unique devenu une entrave à l’expression de leurs intérêts sociaux opposés et un obstacle à leurs luttes pour le contrôle absolu de la machine d’Etat.

 

« Durant ces 20 dernières années, les classes dirigeantes ont réussi à imposer une démocratie de façade…«  Vingt ans après, les travailleurs n’acceptent pas de se ranger derrière n’importe quel appel « à la liberté et à la démocratie ». Leurs aspirations démocratiques sont chargées de revendications tel que le besoin d’avoir un travail que seule une société débarrassée des inégalités sociales peut garantir. Libertés démocratiques, travail, pain, logement, santé, éducation sont étroitement liés. La dignité ne peut être assurée que dans une société qui garantit le plein emploi, bannit l’exploitation, la domination des capitalistes et la dictature des possesseurs des sacs d’argent, la fameuse «  chkara »

 

Or ces revendications comme les aspirations démocratiques ne sont possibles que si l’Algérie tourne le dos à l’ultra libéralisme, au développement capitaliste et aux alliances avec l’impérialisme et ses institutions. Il faut chasser de l’Etat les barons de l’import, les spéculateurs et les exploiteurs et se battre pour un programme minimum alternatif que notre Parti propose dans sa déclaration du 22 janvier 2011 qui comprend notamment:

 

  • l’abrogation de la loi sur les partis, et des règlements scélérats qui empêchent la formation de vrais syndicats de classe indépendants, la liberté de réunion, d’expression , d’organisation de manifestation pacifique, l’accès à la radio et à la télévision publiques etc.

 

  • la reconstitution des entreprises publiques chargées de produire des biens et services de base comme le lait, le sucre, l’huile, la semoule et la farine, les médicaments etc.. afin de briser tout monopole privé dans quelque secteur que ce soit

 

  • La relance industrielle seule capable de créer de vrais emplois durables à travers la réhabilitation du secteur public comme moteur et colonne vertébrale du développement

 

  • La renationalisation des secteurs stratégiques privatisés

 

  • Une planification démocratique et scientifique

 

  • Une politique de logement social décent et d’aide au loyer pour les locataires à faibles revenus

 

  • L’application de la loi obligeant les employeurs à déclarer leurs salariés à la sécurité sociale, la lutte contre la précarisation des salariés

 

Cet alternatif sera le fruit des luttes dans la durée des masses laborieuses de notre pays. Ces luttes doivent être associées à la construction des instruments de mobilisation pour réaliser les aspirations : un parti communiste fort et enraciné au sein des travailleurs , des syndicats de classe de travailleurs indépendants, des organisations de jeunes, étudiants , paysans , de femmes et un Front démocratique et populaire de progrès.

Publié dans Lutte des classes

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