ETATS-UNIS : EFFONDREMENT EN VUE

Publié le par Tourtaux

États-Unis

Effondrement en vue

 

par Paul Craig ROBERTS

 

Le 5 juin 2012, «Information Clearing House» – Depuis le début de la crise financière et l’assouplissement quantitatif * la question se posait déjà à nous: Comment la Réserve fédérale (Fed) peut-elle maintenir des taux d’intérêt à zéro pour les banques et des taux négatifs pour les épargnants et les détenteurs d’obligations, alors que le gouvernement des États-Unis ajoute tous les ans $1.500 milliards à la dette publique par le biais des déficits budgétaires? Il n’y a pas si longtemps la Fed avait annoncé qu’elle poursuivrait cette politique pour encore deux ou trois ans. En effet la Fed est coincée dans cette politique. Sans les taux d’intérêt artificiellement bas, le service de la dette publique aurait été si important que des questions se soulèveraient à propos de la notation du Trésor (étasunien) et de la viabilité du dollar, ce qui aurait un effet désastreux pour les swaps de taux d’intérêt (IRSwaps)** qui s’élèvent à des milliers de milliards de dollars, ainsi que d’autres produits dérivés.

 

Autrement dit, la dérégulation financière qui a conduit Wall Street aux jeux du hasard, la décision du gouvernement des États-Unis de renflouer les banques pour qu’elles ne sombrent pas, et la politique hasardeuse de taux d’intérêt zéro de la Réserve fédérale ont mis dans une position intenable et dangereuse l’avenir des États-Unis et sa monnaie. Il ne sera pas possible de continuer à inonder les marchés avec des émissions de $1.500 milliards tous les ans, alors que le taux d’intérêt des obligations est inférieur à celui de l’inflation. Tous ceux qui achètent des obligations du Trésor étasunien achètent un actif en dépréciation. De plus, le risque sur le capital quand on investi dans des obligations du Trésor est très grand. Le faible taux d’intérêt signifie que le prix payé pour l’achat d’obligations est trop élevé. Une augmentation des taux d’intérêt, qui adviendra obligatoirement tôt ou tard, causera l’effondrement du prix des obligations et infligera des pertes de capitaux aux détenteurs d’obligations, tant aux États-Unis qu’à l’étranger.

La question est: Cela arrivera-t-il, plus tôt ou plus tard? Le but de cet article est d’examiner cette question.

Nous allons commencer par répondre à la question: Comment se fait-il qu’une position si intenable puisse durer si longtemps?

Un certain nombre de facteurs contribuent à la stabilité du dollar et du marché des obligations. Un facteur très important est la situation en Europe. Là aussi il y a des problèmes réels, et la presse financière tient à nous focaliser sur la Grèce, l’Europe et l’euro. Est-ce que la Grèce sera exclue de l’Europe? Le problème de la dette souveraine s’étendra-t-il à l’Espagne, l’Italie et essentiellement partout sauf à l’Allemagne et aux Pays Bas? Est-ce la fin de l’Union européenne et de l’euro? Ce sont ces questions très dramatiques qui retiennent l’attention pour ainsi voiler la situation des États-Unis qui est probablement, pire.

 

Le marché des obligations du Trésor étatsunien est aussi aidé par la peur des investisseurs individuels du marché des titres transformé en casino de jeux par les opérations de haute fréquence.

 

Les opérations de haute fréquence sont une forme d’opération électronique dont les décisions sont prises par des modèles mathématiques. Les sociétés d’investissement se font concurrence sur la base de la vitesse, capturant des bénéfices sur une fraction de centime et gardant des positions pour seulement quelques secondes. Ce ne sont pas des investisseurs à long terme. Satisfait de leurs gains journaliers, ils couvrent toutes leurs positions à la fin de la journée.

 

Les opérations de haute fréquence comptent pour 70-80% de toutes les opérations sur titres. La conséquence est désolante pour les investisseurs traditionnels qui quittent le marché des titres. Ils finissent par se rabattre sur les obligations du Trésor parce qu’ils sont incertains de la solvabilité des banques qui paient quasiment rien pour leurs dépôts alors que les obligations du Trésor sur dix ans rapportent 2% de leur valeur nominale, ce qui veut dire, sur la base du taux officiel des prix à la consommation, qu’ils perdent 1% de leur capital chaque année. Toutefois, en utilisant la formule correcte de l’inflation de John Williams (shadowstats.com), ils perdent beaucoup plus. Cela étant dit c’est 2 points de moins que s’ils laissaient leurs capitaux en banque, mais contrairement à celle-ci la Réserve fédérale peut faire imprimer de la monnaie pour payer leurs obligations. Par conséquent, investir en obligations rapporte au moins leur valeur nominale même si leur valeur réelle est bien inférieure. [Pour l’explication des opérations à haute fréquence voir: en.wikipedia.org/wiki/High_fre quency_trading].

 

Les médias «pressetitués» financiers nous disent que les fonds provenant du désengagement de la dette souveraine européenne, de l’euro condamné et du persistant désastre immobilier, s’investissent dans des obligations du Trésor étasunien, financent le déficit annuel de $1.500 milliards de Washington. Des investisseurs sous influence de la presse financière pourraient bien réagir ainsi. Une autre explication pour la stabilité de cette politique intenable de la Fed est la collusion entre la Fed, Washington et Wall Street. Examinons cela au fur et à mesure que nous progressons.

Contrairement au Japon, dont la dette publique est la plus importante de tous, mais qui appartient à ses citoyens, les étasuniens ne possèdent pas la leur. Une grande partie de la dette étasunienne appartient à l’étranger, particulièrement à la Chine, au  Japon et aux pays de l’OPEP. Cela met l’économie des États-Unis entre des mains étrangères. Si par exemple la Chine se voyait indûment provoquée par Washington, elle pourrait déverser jusqu’à $2.000 milliards en actifs sur les marchés mondiaux. Toutes sortes de prix s’effondreraient, et la Fed aurait l’urgent besoin de créer des dollars pour racheter les instruments financiers largués par la Chine.

 

Les dollars imprimés pour l’achat de ces actifs en dollars augmenteraient leur offre sur le marché de devises et en feraient chuter la parité du dollar. La Fed, en manque de devises étrangères pour racheter ces dollars devra faire appel à des swaps avec l’Europe (déjà perturbée par ses dettes souveraines) pour des euros; avec la Russie (assiégée par le système de missiles étasunien) pour des roubles; avec le Japon (pays submergé dans ses engagements envers les États-Unis) pour des yens, de manière à acheter des dollars avec des euros, des roubles et des yens.

 

Ces swaps de devises resteraient sur les registres de comptabilité de manière permanente et vouloir répéter ces opérations deviendrait problématique. En d’autres termes, même si le gouvernement étasunien met la pression sur ses alliés et ses pantins pour swapper leurs devises plus fortes contre des dollars étasuniens en dépréciation, ce n’est pas un processus à répétition. Les pays composant l’Empire étasunien, pas plus que les pays de la BRICS, ne veulent garder des dollars.

 

Cependant, pour la Chine par exemple, larguer tout d’un coup ses actifs en dollars lui serait couteux compte tenu qu’ils se déprécieraient au fur et à mesure que l’offre s’accentuerait. À moins que la Chine ne subisse une attaque militaire étasunienne et qu’elle ait besoin d’affaiblir son adversaire, tel un acteur économique rationnel elle préférera sortir du dollar graduellement. Ni le Japon, ni l’Europe, ni l’OPEP ne souhaitent détruire leurs propres avoirs en dollars - résultat de déficits accumulés de leurs échanges avec les États-Unis - en les larguant. Mais les indications vont dans le sens qu’ils veulent tous s’en débarrasser.

 

Contrairement à la presse financière étasunienne, les étrangers détenteurs d’actifs en dollars examinent le budget annuel des États-Unis, ainsi que son déficit du commerce extérieur, regardent l’économie étasunienne en train de sombrer, constatent les dettes de jeu impayées de Wall Street, voient les plans de guerre de «l’hégémon»* délirant et concluent: «Je dois très délicatement sortir de ce merdier».

 

Les banques étasuniennes ont un fort intérêt à préserver le statu quo. Elles sont détentrices d’obligations du Trésor étasunien et potentiellement d’avantage. Elles empruntent auprès de la Réserve fédérale à taux d’intérêt zéro et achètent des obligations du Trésor à échéance de dix ans au taux de 2%, acquérant ainsi un profit nominal de 2% pour couvrir les pertes sur leurs produits dérivés. Les banques peuvent emprunter des dollars à la Fed gratuitement et les utiliser, par le système multiplicateur de levier, pour l’achat des produits dérivés. Comme le dit Nomi Prins, les banques étasuniennes ne veulent pas opérer contre elles-mêmes et leur fourniture gratuite de financement en vendant leurs actifs en obligations. De plus, dans l’éventualité d’une fuite du dollar, la Fed augmentera la demande étrangère de dollars en demandant aux banques étrangères qui veulent opérer aux États-Unis d’augmenter leurs fonds propres, qui sont basés sur le dollar.

 

Je pourrais continuer, mais je crois que cela est suffisant pour montrer que même les acteurs dans ce processus, qui seraient en mesure de l’arrêter, ont un grand intérêt à ne pas faire de vagues et préfèrent tranquillement et subrepticement se dessaisir de leurs dollars avant que la crise ne les rattrape. Il n’est pas possible de continuer indéfiniment ainsi. Le dessaisissement graduel du dollar cause des petits mais continuels déclins des valeurs en dollars ce qui finira par une bousculade à la sortie. Les étasuniens ne sont pas les seuls gens à entretenir des illusions.

 

Le processus-même de quitter le dollar peut causer l’effondrement de la maison de l’oncle Sam. Le BRICS: le Brésil (la plus grande économie d’Amérique du sud), la Russie nucléaire (avec une économie indépendante énergétique de laquelle l’Europe occidentale — les pantins otaniens de Washington — dépend pour ses besoins énergétiques), l’Inde nucléaire (un des deux géants économiques émergents d’Asie), la Chine nucléaire (le plus important créancier des États-Unis, hormis la Fed, fournisseur de produits manufacturés et de technologie avancée, et nouvel épouvantail pour la prochaine profitable guerre-froide du complexe militaro-sécuritaire) et l’Afrique du Sud (la plus importante économie d’Afrique) sont dans le processus de former une nouvelle banque. Cette nouvelle banque permettra aux cinq puissantes économies de commercer sans utiliser le dollar étasunien.

 

De surcroît, le Japon, un régime fantoche des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, est sur le point de s’accorder avec la Chine, afin que le yen japonais et le yuan chinois soient directement échangeables. Le commerce entre les deux pays asiatiques s’effectuera dans leurs propres devises sans passer par le dollar. N’ayant pas à payer les commissions de change pour transformer des yens ou des yuans en dollars et inversement, diminuera le coût des transactions entre les deux pays.

 

L’explication officielle pour les nouvelles relations directes évitant le dollar étasunien n’est que de la parlotte diplomatique. Les Japonais espèrent, comme les Chinois, sortir de la spirale d’accumulation de dollars et d’avoir à conserver leurs excédents commerciaux en obligations du Trésor étasunien. Le gouvernement fantoche japonais espère que «l’hégémon» de Washington ne leur demandera pas de mettre fin à cet accord avec la Chine.

 

Maintenant nous sommes arrivés aux choses sérieuses. Le petit pourcentage d’étasuniens informés, sont déconcertés par la manière dont les «banksters» ont évité d’être poursuivis pour leurs crimes. La réponse pourrait être que les banques «trop grosses pour sombrer» sont des adjointes de Washington et de la Réserve fédérale dans le maintien de la stabilité du dollar et du marché des obligations du Trésor, par rapport à l’intenable politique de la Fed.

 

Voyons tout d’abord comment les grandes banques peuvent maintenir les taux d’intérêt des obligations plus bas que le taux de l’inflation, malgré l’augmentation constante de la dette étasunienne en termes de PNB – préservant ainsi la capacité du Trésor à les servir.

 

Les banques en péril, trop grosses pour couler, ont un immense intérêt à maintenir les taux bas et d’assurer le succès de la politique de la Fed. JPMorgan Chase et d’autres banques géantes peuvent faire baisser les taux d’intérêts du Trésor et de ce fait faire monter les prix des obligations, produisant un ralliement en vendant des swaps de taux d’intérêt.

 

Une société financière qui vend des IRSwaps vend un accord de payer un intérêt à taux variable contre un taux fixe.

 

L’acheteur achète un accord qui lui demande de payer un taux d’intérêt fixe contre un taux variable.

 

La raison pour que le vendeur adopte la position courte du IRSwap, c'est-à-dire de payer un taux variable contre un taux fixe, est qu’il pense que les taux d’intérêt baisseront. Les ventes à découvert peuvent faire baisser les taux, ce qui a pour conséquence de faire monter le prix des obligations du Trésor. Quand cela arrive […] il y a un ralliement du marché des obligations du Trésor que les médias financiers «pressetitués» attribuent à la «fuite vers le havre de sûreté du dollar et des obligations du Trésor étasunien». En fait des preuves circonstanciées montrent que des swaps sont vendus par Wall Street chaque fois que la Réserve fédérale a besoin de prévenir la hausse des taux d’intérêt pour protéger sa politique autrement intenable. Les ventes de swaps créent l’impression d’une fuite vers le dollar sans que celle-ci ait lieu. Comme les IRSwaps ne requièrent pas d’échange ni d’un principal ni d’un avoir réel et ne sont que des paris sur les mouvements des taux d’intérêt, il n’y a pas de limite à leur volume.

 

Cette collusion apparente suggère à certains observateurs que la raison pour laquelle les «banksters» de Wall Street n’ont pas été poursuivis pour leur crimes est qu’ils sont une partie essentielle de la politique de la Réserve fédérale de préserver le dollar étasunien comme devise mondiale. Il est possible que la collusion entre la Réserve fédérale et les banques soit organisée, mais ce n’est pas obligé. Les banques sont bénéficiaires des taux d’intérêt zéro de la Fed.

C’est dans leur intérêt de la soutenir. La collusion organisée n’est pas requise.

 

Tournons-nous maintenant vers le marché de l’or et de l’argent. Se basant sur une analyse experte, Gerard Celente et d’autres voyants doués prédirent que le prix de l’or allait atteindre, à la fin de l’année dernière, $2.000 l’once. Les cours de l’or et de l’argent en 2011 ont poursuivi leur ascension décennale sans que l’or ne dépasse les $1.900. En 2012 l’once d’or a perdu $350 par rapport à son plus haut niveau 2011.

 

Par rapport à l’analyse que j’ai présentée, quelle est l’explication pour cette chute des prix des métaux précieux? La réponse est la «vente à découvert». Il y a des connaisseurs dans le secteur financier qui croient que la Réserve fédérale (et peut-être aussi la Banque centrale européenne) fait des ventes à découvert d’or et d’argent par le biais des banques d’investissement, garantissant toute perte par un simple clic d’ordinateur. Les banques centrales peuvent créer de l’argent ex-nihilo.

 

Des initiés m’informent que ce n’est qu’un infime pourcentage des acheteurs de ventes à découvert qui réclame la livraison des métaux se contentant d’un arrangement financier. Il n’y a pas de limite au volume des ventes à découvert d’or et d’argent.

 

Certains qui ont pendant des années suivi le processus pensent que la vente à découvert dirigée par le gouvernement existe depuis longtemps. Même sans la participation du gouvernement, les banques peuvent contrôler le volume des transactions «papier» de l’or et profiter des variations qu’elles provoquent. Récemment les ventes à découvert ont été si agressives qu’elles ont, non seulement ralenti la hausse des prix de l’or et de l’argent, mais qu’elles les ont fait baisser. Cette agressivité est-elle un signe que ce système truqué est sur le point de se désagréger? En d’autres termes «notre gouvernement», sensé nous représenter plutôt que les puissants intérêts privés, dont  les contributions à coups de millions de dollars aux campagnes électorales sont maintenant légitimés par la Cour suprême républicaine, fait de son mieux pour nous priver, nous, les simples citoyens, esclaves, serfs contractuels et «extrémistes indigènes» de notre capacité à nous protéger nous-mêmes ainsi que notre patrimoine restant, de la politique de débauche monétaire de la Réserve fédérale. La vente à découvert-nu empêche le prix de l’or et de l’argent physiques d’augmenter face à la hausse de la demande.

 

Jeff Nielson explique d’une autre manière la façon dont les banques peuvent vendre, sans en avoir, des métaux précieux [voir www.gold-eagle.com/editorials_08/nielson 1024 11 .html]. Nielson dit que JP Morgan est le dépositaire du plus important fonds d’argent à long terme tout en étant le plus important vendeur d’argent à court terme. À chaque fois que le fonds d’argent à long terme augmente, JP Morgan vend à découvert un montant équivalent. La vente à découvert freine la hausse du prix causé par la hausse de la demande pour l’argent physique. Nilson informe aussi que les prix des métaux précieux peuvent être réprimés par la hausse de la marge de dépôt exigé de ceux qui les achètent avec l’effet de levier. Il faut en conclure que les prix des métaux précieux peuvent être manipulés autant que les obligations du Trésor et les taux d’intérêt.

 

Combien de temps les manipulations pourraient-elles continuer? Combien de temps avant que la merde heurte le ventilateur?

 

Si nous en connaissions la date précise nous deviendrions des méga-millionnaires.

 

Voici quelques uns des catalyseurs qui attendent pour mettre le feu à la conflagration qui incendiera le marché des obligations du Trésor et le dollar étasunien:

 

Une guerre, exigée par le gouvernement israélien, commençant par la Syrie qui romprait le flux du pétrole et la stabilité des économies occidentales, entrainerait les États-Unis et ses faibles pantins de l’OTAN dans un conflit armé avec la Russie et la Chine. La hausse du prix du pétrole dégraderait davantage les économies des États-Unis et de l’Union européenne, mais Wall Street ferait de l’argent sur les échanges.

 

Une statistique économique défavorable qui éveille les investisseurs sur la vraie situation de l’économie étasunienne, une statistique que les media «pressetitués» ne peuvent conjurer.

 

Une vexation à la Chine, dont le gouvernement déciderait que rabaisser le statut des États-Unis à celui du Tiers-Monde vaudrait bien $1.000 milliards de dollars.

 

Davantage d’erreurs sur les produits dérivés, tel que récemment celles de JPMorgan Chase, ébranlerait à nouveau le système financier étatsunien et nous rappellerait que rien n’a changé.

 

La liste est longue. Il y a une limite sur le nombre d’erreurs stupides et des politiques financières corrompues que le reste du monde est prêt à accepter des US. Quand cette limite sera atteinte, ce sera fini pour «la seule superpuissance du monde» ainsi que pour les détenteurs de produits libellés en dollars.

 

La dérégulation financière a transformé le système financier - qui servait dans le passé aux sociétés et aux consommateurs - en casino de jeux où les mises sont à découvert. Ces paris sans mises, conjointement avec la politique d’intérêt zéro de la Fed, ont exposé le niveau de vie et le patrimoine des étasuniens à un grave déclin. Des retraités vivant de leur épargne, de leurs investissements, de leurs retraites individuelles (IRAs) ainsi que de leurs plans d’épargne (401{k}s), ne peuvent rien gagner sur leur capital et sont forcés de le consommer, privant ainsi leurs ayants droit de leur héritage. Le capital accumulé est consommé.

 

En raison de la délocalisation, les États-Unis sont devenus un pays dépendant des importations de produits manufacturés: vêtements et chaussures, fabriqués à l’étranger... Quand la parité du dollar baisse, les prix à la consommation aux États-Unis montent et la consommation réelle dans le pays en prend un coup. Les étatsuniens consommeront moins et leur niveau de vie baissera de manière dramatique.

 

Les conséquences sérieuses des énormes erreurs faites à Washington, Wall Street et dans les bureaux des multinationales, sont compensées par la politique intenable de faible taux d’intérêt et d’une presse corrompue, alors que la dette ne cesse de monter rapidement. La Fed avait déjà traversée la même expérience lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle avait alors maintenu les taux d’intérêt bas de manière à aider le financement de la guerre par le Trésor en minimisant la charge des intérêts. La Fed a maintenu bas les taux d’intérêts en achetant des dettes.

 

L’inflation d’après guerre a eu pour conséquence l’Accord de 1951 entre la Réserve fédérale et le Trésor, stipulant que la Réserve fédérale arrêterait de monétiser la dette et permettrait aux taux d’intérêt de monter.

 

Le président de la Réserve fédérale Bernanke parlant d’une «stratégie de sortie» avait dit que quand l’inflation menace il pouvait l’éviter en retirant de l’argent du système bancaire. Cependant, il ne peut le faire que par la vente d’obligations du Trésor, ce qui implique l’augmentation des taux d’intérêts. Une hausse des taux d’intérêt menacerait la structure des produits dérivés, provoquant des pertes pour les obligations, et augmenterait le coût du service des dettes tant privées que publiques. En d’autres termes, pour éviter l’inflation par la monétisation de la dette on introduirait des problèmes plus immédiats que celle-ci. Plutôt que de laisser s’effondrer le système, n’est-il pas plus probable que la Fed fasse absorber la dette massive par l’inflation?

 

Éventuellement l’inflation éroderait le pouvoir d’achat du dollar ainsi que son usage comme devise de réserve, alors conséquemment la solvabilité du dollar s’effriterait. Toutefois, la Fed, les politiciens, et les gangsters financiers préféraient une crise plus tard que plus tôt. Faire passer le bateau en perdition au quart suivant, serait préférable que de sombrer avec lui. Tant que des swaps de taux d’intérêt peuvent être utilisés pour remonter les prix des obligations du Trésor et que l’achat à découvert-nu peut être utilisé pour prévenir la montée du prix de l’argent et de l’or, la fausse image de havre qu’ont les États-Unis auprès des investisseurs pourra continuer à être perpétrée.

 

Toutefois les $230.000 milliards (187.200€ milliards) en paris sur des produits dérivés des banques étasuniennes pourraient produire leurs propres surprises. JPMorgan Chase a été obligé d’admettre que les pertes sur ses produits dérivés, dépassaient les $2 milliards. De combien au juste reste à savoir. Selon le Contrôleur de la Monnaie [www.occ.treas.gov/top ics/capital-markets/financial-markets/trading/derivatives/dq411.pdf], les cinq plus grandes banques détiennent 95.7% de tous les produits dérivés. Ces cinq banques qui détiennent $226.000 en paris dérivés font un usage intensif du système de levier. Par exemple, JPMorgan Chase en possède en fonds propres $1.800 milliards mais détient des paris de produits dérives de $70.000 milliards, c'est-à-dire $39 dollars de paris de produits dérivés pour chaque dollar en avoirs. Une telle banque n’a pas besoin de perdre beaucoup de paris avant qu’elle se ruine.

 

Les avoirs ne sont pas basés sur le capital à risque. Selon le rapport du Contrôleur de la Monnaie, du 31 décembre 2011, JPMorgan Chase détenait $70.200 milliards en produits dérivés et seulement $136 milliards de capital à risque. En d’autres termes les paris sur des produits dérivés de la banque sont 516 fois plus importants que le capital qui les couvre. Il est difficile d’imaginer qu’une Banque se mette dans une position plus hasardeuse et instable, mais Goldman Sachs c’est le bouquet. Les paris sur des produits dérivés de cette banque, $44.000 milliards, sont couverts par seulement $19 milliards de capital à risque, ce qui donne des paris 2.295 fois plus importants que le capital qui les couvre.

 

Les paris sur les taux d’intérêt représentent 81% des produits dérivés. Ce sont les produits dérivés qui soutiennent le cours des obligations du Trésor étasuniens, malgré les augmentations massives de la dette étasunienne et de sa monétisation.

 

Les produits dérivés étasuniens de $230.000 milliards, concentrés dans cinq banques, sont 15,3 fois plus grands que le PIB des États-Unis. Un système politique failli qui permet à des banques dérégulées de placer des paris sans couverture 15 fois plus grands que son économie, est un système qui va droit dans le mur. Au fur et à mesure qu’on se passe le mot sur ce fantastique manque de jugement dans les systèmes politique et financier étasunien, la catastrophe guette le moment pour devenir une réalité.

 

Tout le monde veut une solution, par conséquent j’en fournirai une aussi. Le gouvernement US devrait tout simplement annuler les $230.000 milliards de paris dérivés les déclarant nuls et non avenus. Comme il ne s’agit pas de vrais avoirs, mais simplement de paris sur des valeurs notionnelles, le seul effet de fermeture ou d’annulation de tous ces swaps (essentiellement des contrats de gré à gré) serait d’enlever $230.000 milliards de risque – dus au système de levier – du système financier. Les gangsters financiers qui tiennent à continuer de jouir des gains de jeu tout en bénéficiant de la garantie du public contre leurs pertes, hurleront et s’enflammeront à propos de la sacro-sainteté des contrats. Mais pour un gouvernement qui peut assassiner ses propres citoyens et les jeter dans des cachots sans plus s’en préoccuper, il peut abolir tous les contrats qu’il veut au nom de la sécurité nationale. Et très certainement, contrairement à la guerre contre le terrorisme, en purgeant le système financier des paris des produits dérivés, il améliorera grandement la sécurité nationale.

 

Paul Craig Roberts était Sous-secrétaire au Trésor pour la politique économique, rédacteur associé du Wall Street Journal, contributeur à Business Week, Scripps Howard News Service et Creators Syndicate. Il a beaucoup de postes universitaires. Ses colonnes sur internet ont une renommée mondiale.

 

www.paulcraigroberts. 

 

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS

correction Marie José MOUMBARIS]

 

 

* Assouplissement quantitatif, en anglais «quantitative easing»), est une opération de la Réserve fédérale qui consiste, par exemple en l’achat d’obligations, de reprise ou de garantie d’actifs douteux de banque.
** IRS, Interest Rate Swap: Si par exemple vous possédez des obligations à échéance 5 ans avec un coupon annuel (fixe par définition), et si en outre vous anticipez une hausse des taux d'intérêts d'ici l'échéance, vous pouvez passer un swap permettant d'échanger votre structure de flux à taux fixe contre une structure de flux à taux variable. À chaque tombée de coupon, pendant cinq ans, vous reversez votre taux fixe et recevez le taux variable qui équivaut à la période (calculé sur le même nominal, celui de l'obligation), et vous bénéficiez de la hausse des taux si vos anticipations sont exactes.

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[Source » Lexique AOF]

* Hégémon: Du grec: Chef politique et militaire d’un état

Publié dans USA

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T
Merci lien, je vais aller voir votre site dès que possible
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L
Si le coursde l'or est maintenu aussi bas, c'est grace a la manipulation des marchés.
De plus une partie de l'or detenue par les Banques centrales n'existent que de manière comtable.
Et sans compter les faux lingots d'or fourré au tungstène.
Unjour ou l'autre on arrivera a un cours de l'or a 5.000 USD
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