FAUSTO GIUDICE : DE LA THEOLOGIE A LA LIBERATION - HISTOIRE DU JIHAD ISLAMIQUE PALESTINIEN

Publié le par Tourtaux

[Note de lecture] De la théologie à la libération – Histoire du Jihad islamique palestinien

 

 

Histoire du Jihad islamique palestinien

 

Encore que même cette pensée binaire soit constamment remise en cause par Netanyahou et ses acolytes, qui tentent de convaincre leurs alliés US et européens que tout ça (l’ensemble des partis et mouvements palestiniens) n’est qu’une seule et même bande d’exterminateurs de juifs.

Si l’on fait une recherche sur le moteur de recherche le plus en vogue, les occurrences de quatre mots que l’on obtient sont les suivantes.

 

 

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Comme on le voit, il n’y a pas photo : l’organisation du Jihad islamique palestinien est pratiquement un fantôme médiatique. On ne peut donc que se réjouir du travail de recherche mené par trois auteurs appartenant, pour d’eux d’entre eux, à la nouvelle génération des islamologues/orientalistes français, et pour le troisième, à la diaspora palestinienne. Ils réunissent donc les trois conditions minimales requises pour une approche rationnelle et scientifique d’un mouvement politique arabe : la connaissance de la langue arabe, la connaissance personnelle des protagonistes, et une culture générale suffisamment vaste pour être en mesure de replacer les actes et les discours des acteurs étudiés dans un contexte historique, politique, culturel, social, militaire et religieux.

Pour tous ceux et toutes celles qui ne peuvent se satisfaire de ranger les mouvements de résistance islamistesdans le grand fourre-tout des barbus-fous (à lier) de Dieu, bons pour la géhenne, le livre de Wissam Alhaj, Nicolas Dot-Pouillard et Eugénie Rébillard, De la théologie à la libération – Histoire du Jihad islamique palestinien[1], permettra une plongée dans un monde et une histoire inconnus de 99 % des Occidentaux, po-Palestiniens compris, avec un dosage équilibré d’empathie et de distance critique. On ne peut donc qu’en recommander la lecture, notamment aux militants français de gauche, partisans inconditionnels du Fatah et que la simple existence du Hamas et du Hezbollah gêne aux entournures, quand elle ne leur donne pas des boutons : ils verront que les choses ne sont pas si simples, et que le Fatah est et a été beaucoup plus islamiquequ’ils veulent bien le croire. Comme cela fut le cas du FLN algérien, et avant, lui, de l’Étoile africaine/MTLD de Messali Hadj, qui réalisa la prouesse d’être à la fois un dirigeant proche de l’Internationale communiste et de se voir proposer d’être désigné Calife par un congrès islamique au Caire dans les années 1930. Comme cela fut le cas du Néo-Destour de Bourguiba, présenté généralement comme un parangon de laïcité, mais dont on ignore généralement que, dans les mêmes années 1930, il faisait passer ses consignes de lutte par les mosquées, où les imams prêchaient aux fidèles que la participation à telle grève ou manifestation décidée par le parti était le devoir de tout Musulman.

Pour en revenir aux Palestiniens, un premier constat s’impose : tous, quelle que soit l’idéologie dont ils se réclament, sont Palestiniens avant d’être islamistes, gauchistes, nationalistes arabes ou autres, et tous, chrétiens compris, baignent dans une culture ambiante musulmane. Ce patriotisme étroit, commun désormais à tous les peuples arabes, qui ont intériorisé les frontières nationales héritées des colonialismes et des protectorats, est évidemment particulièrement exacerbé chez ceux dont la terre est occupée depuis presque un siècle par des colons juifs, ou se disant tels.

Corollaire de ce patriotisme, l’anti-impérialisme, qui est passé par plusieurs phases, au fil des événements du monde et de la région.

Analysant à juste titre le projet sioniste et sa mise en œuvre comme une émanation des puissances coloniales (Grande-Bretagne et France), qui passèrent ensuite le bâton aux USA, les Palestiniens se tournent doncnaturellement vers ceux qui, dans le monde, semblent combattre ces puissances : l’URSS, la Chine, le Vietnam et Cuba. L’enthousiasme pour l’Union soviétique ayant déjà été quelque peu échaudé par son vote à l’ONU en faveur du plan de partage de la Palestine du 29 novembre 1947, les sympathies et les affinités idéologiques se déplacent progressivement vers Pékin, Hanoi et La Havane.

Mais deux événements viennent tout changer : la révolution iranienne de janvier 1979 et l’entrée de l’Armée rouge en Afghanistan le 25 décembre 1979, qui vient régler à la kalachnikov le conflit entre les communistes afghans au pouvoir. Cette même année 1979 a vu une guerre éclater entre la Chine, désormais dirigée par lepragmatique héritier de Mao, Deng Xiao Ping, l’homme auquel peu importait la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris, et le Vietnam, occupé dans une guerre visant à éliminer les Khmers rouges maoïstes du Cambodge. Téhéran devient donc soudain la nouvelle Mecque des révolutionnaires palestiniens, Yasser Arafat compris [2].

L’impact de la révolution iranienne sur le monde arabo-musulman est énorme, notamment sur les groupes et mouvements politico-militaires palestiniens et libanais et, plus largement sur la jeunesse, en particulière étudiante. Un groupe d’étudiants palestiniens, en partie originaires de Gaza, boursiers en Égypte, constitue alors le premier noyau de ce qui deviendra le Mouvement du Jihad islamique palestinien. Le Mouvement est né officiellement en octobre 1987, par la première action militaire de ce groupe contre un cantonnement israélien, dans le quartier du Shujaayia à Gaza, prélude à la première Intifada, qui éclatera le 9 décembre 1987. Le même quartier où, en juillet 2014, les soldats israéliens connaîtront leur première grande défaite tactique de l’Opération Bordure protectrice.

Entre la divine surprise de 1979 et 1987, il aura fallu deux événements décisifs pour recentrer le combat palestinien sur le territoire de la patrie occupée : l’assassinat du président Sadate en 1981, qui déclenche une chasse aux islamistes n’épargnant pas les Palestiniens, même s’ils sont étrangers à cet assassinat, et l’occupation israélienne du Liban en 1982, qui conduit à l’évacuation des combattants et des bureaucrates palestiniens vers la Tunisie, l’Algérie, l’Irak ou le Yémen.

Les militants du Jihad islamique se replient sur Gaza et poursuivent leur travail discret de construction d’une avant-garde révolutionnaire, tenant d’amalgamer leur bagage théorique hétéroclite et regroupant progressivement des militants venus de la gauche marxisante et/ou nationaliste arabe, tout en maintenant des relations complexes à la fois avec les Frères musulmans, qu’ils ont fréquentés en Égypte, et les fractions islamiques du Fatah. Les Frères musulmans de Gaza ne se décideront à passer à la lutte politique (et donc militaire) qu’au moment de la première Intifada, où ils créeront officiellement le Hamas, bénéficiant du réseau patiemment tissé dans les mosquées et dans le travail caritatif.

27 ans plus tard, le Jihad islamique est le troisième mouvement politico-militaire palestinien par ordre d’importance. Il a joué un rôle important dans la résistance à la dernière offensive israélienne contre Gaza et reste un étrange soldat dans le paysage palestinien, avec une armée de l’ombre estimée à 5 000 combattants, dirigée par des hommes qui ont tout lu et discuté, d’Antonio Gramsci et Ibn Khaldoun à Mao et Che Guevara, en passant par Khomeiny et Ali Shariati, le traducteur en persan de Franz Fanon. Maintenant des rapports complexes de fraternité conflictuelle avec le Fatah et avec le Hamas, ce mouvement, qu’on peut qualifier d’islamo-nationaliste révolutionnaire, jouit d’un grand prestige auprès des Palestiniens de tout bord, en premier lieu parce qu’il a longtemps joué les médiateurs et les conciliateurs entre les deux grands frères ennemis.

Pour en savoir plus, il ne vous reste plus qu’à lire cet ouvrage, dont Olivier Roy écrit dans sa préface qu’il « apporte une contribution extrêmement originale : l’analyse des trajectoires militantes des fondateurs et des cadres du mouvement. Un maoïste athée peut devenir un islamiste au nom de la fusion avec les masses, un islamiste partisan de l’oumma [3] peut inscrire sa lutte dans le cadre d’un nationalisme palestinien pour finir par rejeter l’internationalisme islamiste, parce qu’il y voit un prétexte pour ignorer les luttes nationales et se réfugier dans un univers panislamiste. Les chemins se croisent, les militants évoluent. On a sans doute jeté un peu vite le bébé Marx avec l’eau du bain soviétique. L’influence profonde du marxisme chez beaucoup de fondateurs du Mouvement du Jihad islamique palestinien (et du Hezbollah) explique à la fois leur originalité et leur efficacité dans l’action ». (Op. cit. p.9).


Fausto Giudice | 24-11-2014


Notes


[1] De la théologie à la libération – Histoire du Jihad islamique palestinien, éditions La Découverte, octobre 2014, 214 p., 18 € (amazon.fr, français)

[2] « Khomeyni est notre Imam, notre chef, le dirigeant de tous les moudjahidines, nous serons deux peuples en un seul, deux révolutions en une seule et chaque fedaï, chaque moujahid, chaque révolutionnaire iranien sera l’ambassadeur de la Palestine en Iran. Nous avons libéré l’Iran, nous libérerons la Palestine. Nous continuerons nos efforts jusqu’au moment où nous aurons vaincu l’impérialisme et le sionisme ; le combat mené contre le Shah par les Iraniens est identique à celui des Palestiniens contre Israël.», Yasser Arafat, quotidien Libération, 20 février 1979, cité par Zahra BANISADR, « L’Iran et la question palestinienne », in Revue d’études palestiniennes, numéro 24, Éditions de Minuit, 1987, p 5, et repris par Nicolas Dot-Pouillard, « De Pékin à Téhéran, en regardant vers Jérusalem : la singulière conversion à l’islamisme des « Maos du Fatah », Religioscope, 2008

[3] L’oumma est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent. Le terme est synonyme de ummat islamiyya, la Nation Islamique. (Wikipédia, français)


Source : vineyardsaker.fr


 

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Publié dans Palestine

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