FIEVRE EBOLA : LA CGT AIR FRANCE SE BAT POUR OBTENIR LE DROIT DE NE PAS EMBARQUER VERS LES PAYS CONTAMINES PAR LE EBOLA. AIR FRANCE REFUSE LE DROIT DE RETRAIT INDIVIDUEL A SON PERSONNEL

Publié le par Tourtaux

CGT AIR France : « Avoir le droit de ne pas embarquer vers les pays contaminés par le Ebola »
Sarah Sudre
Samedi, 30 Août, 2014
Photo: FRED DUFOUR/AFP
FRED DUFOUR/AFP
Contre la suspension des vols d’Air France vers les pays contaminés par le Ebola, le personnel d’Air France lutte, néanmoins, pour obtenir un droit de retrait individuel sur certains vols. La compagnie aérienne interdit les gestes préventifs à bord et ferme les yeux sur les conditions de travail difficiles et dangereuses de son personnel. « Cela ne peut plus durer », pour Caroline Rolland, déléguée CGT Air France.

Après de nombreux échanges entre le gouvernement guinéen et le gouvernement français, Air France a été appelé à suspendre provisoirement son escale à Freetown, en Sierra Leone, dans le vol Paris – Guinée Conakry. « La guinée Conakry veut fermer ses frontières et ne plus recevoir de passagers en provenance de la Sierra Leone, où le virus sévit depuis mars », explique Caroline Rolland, hôtesse de l’air (Personnel Navigant Commercial), déléguée CGT du personnel Air France et représentante syndicale au Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de travail (CHSCT).

Pour le personnel de bord d’Air France, cette suspension « ne règle pas tout ». Les conditions sanitaires et médicales à bord ne sont « pas à la hauteur du danger Ebola », dénonce la CGT Air France.  
« Le personnel à bord n’a pas grand-chose pour se protéger du virus. On a un kit avec des gants et des masques, soit très peu de chose », décrit Caroline Rolland. Si et seulement si, un passager présente des symptômes du virus Ebola à bord, alors, le personnel d’Air France peut porter gants et masque. Si aucun symptôme n’est visible, « nous n’avons pas le droit d’en mettre, ne serait-ce qu’en acte préventif », déplore la déléguée CGT. Parce que ce n’est « pas commercial » diront les dirigeants d’Air France.  Pour les salariés d’Air France, qui courent le risque d’être contaminés par le Ebola, « ce manque de prévention est inacceptable ».

Aujourd’hui, dans les aéroports des pays touchés par le virus, des contrôles sanitaires, tels que la prise de température et l’évaluation médicale via des formulaires de santé, sont effectués sur chaque passager avant de monter à bord. Si l’un d’entres eux est fiévreux, il n’est pas autorisé à embarquer. Mais « ce n’est pas suffisant, le danger d’être contaminé reste présent », explique la délégué CGT Air France avant de détailler : « La période d’incubation peut aller jusqu’à 21 jours. Un passager peut passer le filtrage au sol mais être tout de même malade, ave le risque de contaminer les gens à bord ».

Air France refuse le droit de retrait individuel de son personnel

En absence de prévention et de protections sanitaires et médicales adéquates, contre ce virus qui a infecté, jusqu’au rapport du 26 août de l’Organisation mondiale de la Santé, 3.069 personnes, dont 1.552 en sont mortes, dans quatre pays d'Afrique de l'Ouest et tué plus de 120 membres du personnel de Santé, une grande majorité du personnel d’Air France demande le droit de retrait, « un droit instauré dans le code du travail, qui permet à tout salarié de se retirer temporairement d’une situation dangereuse, sans être pénalisé sur le plan financier et professionnel »,  précise Caroline Rolland. Problème : Air France refuse le droit de retrait et fait pression sur les salariés qui voudraient se retirer. « Une hôtesse de l’air a eu une journée déduite de son salaire car elle n’a pas souhaité faire le vol pour Tel-Aviv, au moment où les roquettes et missiles éclataient dans le ciel. D’autres PNC (hôtesses de l’air) ont été contraintes de faire le vol à destination de la Guinée, sous peine de voir leur planning complètement modifié. Quand vous avez des enfants, c’est compliqué de tout réorganiser donc vous acceptez car vous n’avez pas le choix», déplore la déléguée CGT.
Pourtant la loi est claire, « face à un risque sanitaire et/ou géopolitique prévisible, le salarié peut demander un droit de retrait individuel », traduit Caroline Rolland. De fait, la CGT Air France s’est saisie de l’inspection du travail pour faire face à la direction de la compagnie aérienne. Une réponse doit être donnée, aux salariés, le 2 septembre. « Si elle est négative, nous lancerons un préavis de grève et nous les amènerons devant la justice », prévient-elle.  Un bras de fer engagé depuis le début de l’été pour une revendication, ô combien non capricieuse et anodine.

« Le personnel de bord ne doit pas monter dans un avion avec la peur au ventre »

« Un commandant de bord est mort du paludisme, un équipage était resté coincé après Fukushima, 13 de mes collègues sont morts dans le crash Paris-Rio », rappelle Caroline Rolland pour justifier aujourd’hui son combat pour le droit au retrait quand un danger est prévisible. « Certes, nous ne sommes jamais à l’abri de catastrophes naturelles, de crashs d’avion, ni même d’attentats. Mais aujourd’hui, le virus Ebola est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous estimons qu’il faut prendre des précautions face à ce virus, qui a un taux de mortalité extrêmement élevé, tout comme nous demandons des précautions face aux conflits géopolitiques». Alors pour « protéger » son personnel en escale dans les pays africains contaminés, Air France a interdit à l’équipage de sortir de l’hôtel. « La compagnie est donc consciente du risque puisqu’elle nous enferme dans un hôtel mais elle n’est pas prête à nous laisser porter des masques en prévention. C’est absurde et contraire au code du travail », argue Caroline Rolland.  En attendant le 2 septembre, il faudra attacher sa ceinture de sécurité ou rester sur le tarmac, au risque d’être sanctionné. 

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