GUERRE D'ALGERIE : 50ème ANNIVERSAIRE DE L'ECHEC DU PUTSCH DES GENERAUX FACTIEUX, EN AVRIL 1961

Publié le par Tourtaux

GUERRE D'ALGERIE : 50ème ANNIVERSAIRE DE L'ECHEC DU PUTSCH DES GENERAUX FACTIEUX EN AVRIL 1961

 

22 AU 26 AVRIL 1961 PUTSCH ET ECHEC DES GENERAUX FACTIEUX EN ALGERIE

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961 à Alger, des éléments militaires de l'armée française sont entrés en dissidence et ont pris le pouvoir. Cette rébellion était dirigée par un quarteron de généraux à la retraite soutenus par les colonels activistes. Ces factieux tournèrent leurs armes contre la République qu'ils avaient pour mission de défendre. Ces mercenaires comptaient dans leurs rangs une majorité d'anciens SS et immigrés fascistes hongrois.  Et ce n'est pas dans les états-majors militaires que la République trouva ses plus ardents défenseurs, mais chez les bidasses qui, dans leur majorité refusèrent spontanément de suivre les comploteurs étoilés et galonnés. Les appelés, arrivant dans un monde inconnu et isolé dans des villages perdus ont découvert le caractère horrible de la guerre.

Aux premières loges du drame qui se jouait dans les djebels, les fils de ceux et celles qui manifestaient et pétitionnaient pour la paix en Algérie ne pouvaient avoir de réactions bien différentes de leurs parents qui en métropole scandaient " le fascisme ne passera pas". Les putschistes découvrirent que les appelés refusaient de les suivre, qu'ils étaient prêts à utiliser leurs armes pour les combattre. Ils furent épaulés par certains cadres  de l'armée, ils se mirent en grève, malgré l'instauration de la loi martiale et opposèrent une force d'inertie totale, aux ordres reçus, (refus d'aller en opérations, sabotages des messages). Enfin, malgré les interdictions, les surveillances et les censures, des jeunes plus conscients et plus politisés que d'autres firent avancer leurs idées et réfléchir autour d'eux. Ce fut la tâche de jeunes militants communistes, syndicalistes ou chrétiens progressistes. Leur lutte ardue et dangereuse est presque systématiquement passée sous silence par la plupart des auteurs. Après leur cuisante défaite, certains généraux insurgés s'enfuirent et devinrent les chefs de l'OAS, organisation terroriste qui n'hésita pas à tuer des jeunes du contingent.  Ces tueurs bénéficiaient des hautes protections civiles et militaires. 

Je n'avais pas 20 ans lorsque j'ai été incorporé direct en Algérie où j'ai effectué mes classes à Oued-Smar, annexe de la BA 149, à Maison-Blanche, près d'Alger.

Les classes se terminaient lorsque nous avons eu droit aux réjouissances. Le grand cirque avec clowns travaillant sans filet. De tous petits, petits, petits généraux hypers galonnés ont voulu faire la "révolution". A l'aide de leur fer de lance, le 1er REP (Régiment Etranger de Parachutistes de la Légion étrangère), nos chefs "bien aimés" ont ourdi un complot contre la République, en vue de garder l'Algérie française.

Les "grands stratèges" de l'armée française ont décidé de se retourner contre leur copain de Gaulle qu'ils ont pourtant porté au pouvoir en 1958. Nos grandissimes généraux sont à l'initiative, à la besogne. Ils omettent juste un "détail" : les gus du contingent. Patatras! Voilà que les petits soldats de l'an II, issus de l'armée de conscription, refusent d'obéir aux ordres de généraux renégats.

Les "monsieur Loyal" que furent les généraux Salan, Jouhaud, Challe et Zeller ont trahi la République qu'ils avaient pour mission de défendre. Seul le Peuple de gueux dont je suis peut prétendre revendiquer l'honneur de faire la Révolution. Ce mot sonne mal dans la gueule de ces généraux félons, officiers supérieurs et grands serviteurs des basses oeuvres d'un colonialisme agonisant.

  Ayant fait l'objet de viles attaques émanant de nostalgiques des guerres coloniales, je tiens à rappeler ce qui s'est passé l'après-midi du 26 avril 1961 et que je relate aussi dans mes ouvrages sur le Mouvement Ouvrier.  

Lorsqu'en compagnie d'une petite quinzaine d'appelés, je suis muté dans la Mitidja et alors que nous sommes acheminés en camion GMC vers notre destination, nous stoppons pour laisser passer une importante colonne de véhicules militaires. Celle-ci est précédée d'une voiture civile noire transportant des officiers dont le commandant Helie Denoix de Saint Marc qui est à la tête des mercenaires du 1er REP, l'unité qui a servi de fer de lance aux généraux putschistes. Ces troupes d'élites sont en fuite! Les "bérêts verts" chantent : " non rien de rien, non, je ne regrette rien..." Edith Piaf s'en retourne dans sa tombe! 

Au passage de leur dernier véhicule, les mercenaires du 1er REP tirent sur nous des rafales de pistolets-mitrailleurs MAT49. Les trois ou quatre pieds-noirs de notre détachement qui ont soutenu les félons, n'en reviennent pas. Se faire allumer par les "copains", c'est-y pas un comble!

Lors d'un salon du livre, un jeune homme m'a acheté mon livre anticolonialiste que j'ai écrit sur la Guerre d'Algérie, à titre posthume pour mon oncle, m'a-t-il dit. En effet, le 26 avril 1961, l'oncle était dans le secteur de Blida et l'unité à laquelle il appartenait a été agressée par les mercenaires du 1er REP qui étaient en fuite et ont délibérément tiré à l'arme automatique sur les bidasses. J'ai tout de suite pensé que ce soldat était dans notre camion. En fait, il était affecté dans une unité d'infanterie, il n'était donc pas dans notre GMC. 

J'avais déjà eu un témoignage d'un appelé, semblable au nôtre qui s'était également fait "rafaler"dans le même secteur. Il est donc clair que les parachutistes du 1er REP n'ont pas hésité à ouvrir le feu sur toute unité de soldats du contingent se trouvant malencontreusement sur leur chemin. L'oncle du jeune homme a été très affecté par cette lâche agression de militaires de l'armée française contre d'autres soldats français. 


  Je condamne l'attitude irréparable du président socialiste François Mitterrand qui a réhabilité et réparé financièrement ces généraux qui se sont dressés contre la République. Alors que des militants progressistes, communistes et autres, qui ont été au premier rang des luttes contre le colonialisme et pour la défense de la France, ne sont toujours pas reconnus.

Aujourd'hui, 50 ans après la lutte exemplaire de tous ceux qui ont agi pour barrer la route au fascisme, qu'ils soient civils ou militaires, la France est engagée militairement sur divers territoires africains, en Libye et en Côte d'Ivoire, mais aussi dans le bourbier  qu'est l'Afghanistan. 

L'exemple de l'Algérie montre bien tout l'intérêt pour les peuples de tout faire pour préserver la paix. Les 30.000 soldats dont une écrasante majorité d'appelés du contingent et les centaines de milliers d'Algériens tués sont là pour nous le rappeler.
 
53% d'électeurs ont placé
Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Depuis ce jour maléfique, notre peuple ne cesse de souffrir, de s'enfoncer dans la misère. Depuis ce coup de tonnerre, tout ce que compte notre pays de réactionnaire, de fascisant relève crânement la tête. Les nostalgiques des guerres coloniales, les anciens tueurs de l'OAS, encouragés par les propos et le soutien inconditionnel que leur apporte Nicolas Sarkozy ont  même été jusqu'à parader sous l'Arc de Triomphe, à Paris, en toute impunité. 

En faisant allégeance à la désastreuse et ruineuse politique guerrière, de croisade néo coloniale de Barack Obama,  l'obéissant toutou Nicolas Sarkozy, fera intervenir l'armée française partout dans le monde où l'intérêt des Etats-Unis l'exigera. Il est donc plus que temps, dans l'intérêt de tous les peuples, notamment du peuple de  France, de rompre avec cette politique, héritage de la honteuse époque coloniale.

Jacques Tourtaux

Militant Anticolonialiste

   

 

" GUERRE D’ALGERIE SOUVENIRS D’UN APPELE ANTICOLONIALISTE", préfacé par Henri Alleg, auteur de La Question


 

C‘est en février 1961 que Jacques Tourtaux, comme des dizaines de milliers de jeunes Français avant lui , avec les mêmes réticences à participer à cette guerre « imbécile et sans issue », arrive en Algérie. Mais, entre lui et la majorité de ces bidasses mobilisés à qui pourtant il ressemble, une différence qui a son importance : il est communiste et il sait parfaitement pourquoi il refuse cette guerre et où sont la vérité et le droit. Non pas, comme le prétend la propagande officielle, du côté des gros colons exploiteurs, des gouvernants et de l’armée coloniale qui les servent et continuent de prétendre que l’ « Algérie c’est la France » mais du côté des Algériens qui luttent pour l’indépendance de leur pays et des Français qui les soutiennent.
Pas un moment donc, Jacques Tourtaux ne cédera, malgré tous les tentatives de « bourrage de crâne », malgré les pressions et chantages de toutes sortes, malgré les mises à l’écart, les brimades ouvertes ou camouflées des gradés, souvent « anciens d’Indochine », avides de prendre leur revanche sur un adversaire – pour eux, le même qu’au Vietnam - qui les avait victorieusement affrontés « là-bas », . Bien plus, dans ces dures conditions où il est noté comme une « forte tête » et en dépit du danger, il s’efforcera avec les pauvres moyens à sa disposition (parfois à l’aide de« papillons » fabriqués artisanalement) de faire entendre la voix des partisans de la paix, de la liberté, de l’ententefraternelle avec le peuple algérien.

Mais il y a aussi d’autres souffrances durement ressenties, celles particulièrement odieuses qu’impose la guerre coloniale aux hommes et aux femmes révoltés contre l’exploitation, l’injustice et le mépris dont Jacques Tourtaux est le témoin et qu’il ne pourra jamais oublier. Les ratissages sanglants de douars, les gourbis incendiés, les exécutions sommaires de combattants et de civils, les tortures et les viols. Tout cela est encore présent dans sa mémoire et toujours aussi durement ressenti. Il le dit avec force et émotion :

« Depuis mon retour d’Algérie, j’ai toujours souffert, sans savoir que je souffrais de là-bas. Plus de 40 ans après, je me réveille régulièrement en sursaut . Difficile de remonter la pente : sautes d’humeur, phobies, rendent souvent la vie difficilement supportable à mon entourage ; Depuis de nombreuses années, mon sommeil est agité, troublé par des insomnies, cauchemars et anxiétés. Les troubles graves endurés encore aujourd’hui sont la conséquence directe des mauvais traitements subis et qui m’ont été infligés volontairement du fait de l’institution militaire lors de la guerre d’Algérie. Les vives et graves souffrances que j’ai subies à l’époque ont laissé des traces indélébiles et des blessures qui m’ont affecté toute ma vie et, encore aujourd’hui, je subis un très important sentiment de culpabilité du fait d’avoir vu des horreurs que je réprouvais…. ».

Avec beaucoup de modestie, Jacques Tourtaux présente son livre comme un témoignage. Mais, c’est beaucoup plus que cela. Dans sa volontaire simplicité et sa totale vérité, c’est aussi un vibrant hommage à ces soldats anticolonialistes qui, après avoir milité clandestinement dans leur unité contre la guerre et pour faire prendre conscience à ceux qui les entouraient de son contenu pervers et criminel, n’ont pas hésité, le moment venu, à se dresser, souvent au péril de leur vie, pour barrer la route aux généraux factieux prêts à donner l’assaut à la République. Avec juste raison, il pose cette question que les dirigeants en place ont le plus souvent volontairement oubliée : Que serait-il advenu si, en avril 1961, le contingent mobilisé en Algérie, avait suivi les officiers félons et leurs chefs ?

Une question qui mérite toujours réflexion, ne serait-ce que pour aider les générations d’aujourd’hui à tirer les leçons de l’histoire et à rester vigilantes car les forces mauvaises du passé n’ont pas renoncé.

 

Henri ALLEG


C'était il y a 50 ans, un 1/2 siècle déjà ... 


En ce 50ème anniversaire du cuisant échec subi par les généraux et colonels félons lors de leur folle aventure, en d'avril 1961, en Algérie et alors que les témoins de cette guerre coloniale disparaissent, il faut rappeler et expliquer à notre jeunesse la tragédie que fut la Guerre d’Algérie.

Par classes entières, près de 3 millions de jeunes gens du contingent furent mobilisés en Afrique du Nord de 1952 à 1962. Trente mille d’entre nous n’eurent pas la chance de revenir. Près de 300.000 furent blessés ou malades auxquels se sont ajoutés plus de 800.000 cas sociaux et pensionnés. La population civile fut également très éprouvée. Plusieurs centaines de milliers d’Algériens furent tués. Cette Guerre a laissé bien des cicatrices. Elle a profondément marqué toute une génération.

Avoir eu 20 et 21 ans en Guerre d’Algérie, avoir gâché les deux plus belles années de ma jeunesse ont fait de l’anticolonialiste que j’étais avant mon envoi forcé en Algérie, un antimilitariste.

Je dénonce le vote de la honte que sans vergogne les députés ont voté le 23 février 2005. Cette loi scélérate dont l’article 4 exige que " les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord (…)".

Plusieurs dizaines d’années après la fin de l’empire colonial, des députés ont osé voter une loi glorifiant le colonialisme et les infamies commises au nom et dans l’intérêt de la bourgeoisie française.

Lorsque les soulèvements des peuples colonisés firent sonner le glas de l’empire colonial, l’impérialisme français se cramponna à sa domination jusqu’aux limites du possible, faisant payer un lourd tribut de sang aux peuples opprimés mais, aussi, aux jeunes soldats, appelés du contingent envoyés en Algérie ou ailleurs pour mener de sales guerres coloniales.


C’est au prix d’atrocités, de massacres, de multiples destructions, que le colonialisme a pu établir sa loi en Algérie.

Cette loi inique a soulevé à juste titre l’opposition d’historiens, d’enseignants, mais aussi de tous ceux que révolte le silence fait sur les massacres qui ont jalonné l’histoire de la conquête et de la domination coloniales.

Par ce vote scandaleux, les députés, élus du peuple ont réhabilité les assassins de l’OAS et encouragé tous les nostalgiques des guerres coloniales. L’élection de Sarkozy n’a pas été une bonne affaire pour l’anticolonialisme et le maintien de la Paix dans le monde.

Voilà que ce sinistre individu agresse militairement la Libye et la Côte d'Ivoire, sous couvert de l’ONU qui laisse faire, en prétextant vouloir apporter une aide humanitaire, ce qui est faux et mensonger.

Ce qui a poussé Sarkozy à guerroyer en Libye et en Côte d'Ivoire, c’est l’or noir et toutes les richesses que recèlent ces deux pays et dont le capitalisme veut s’accaparer pour son plus grand profit. Peut importe au capital et à ses laquais dont Sarkozy est un des "fleurons". Il faut se débarrasser à tous prix de toute velléité populaire.

Actuellement, les peuples arabes secouent le joug capitaliste et veulent se libérer de leurs chaînes en s’insurgeant contre les despotes qui sont aux affaires de leur pays respectif.

Les peuples de Tunisie et d’Egypte ont mis en fuite leurs tyrans.

Sarkozy qui, pour la France, est à l’initiative de ces croisades guerrières, en notre nom, a d’autres buts qu’une action humanitaire dont il se moque totalement.

Ces attaques ont lieu sous couvert de l’ONU, aux ordres des USA, dont les visées impérialistes sont de recoloniser toute l’Afrique et le Moyen-Orient afin de faire main basse sur les ressources de ces pays mais aussi d’occuper une place idéale sur le plan stratégique de la géopolitique mondiale.

En ce 50ème anniversaire de la déroute des généraux factieux, en Algérie, j’insiste pour rappeler que les traumatisés de cette guerre sont des milliers qui se débattent en plein dénuement avec leurs souffrances morales et psychiques, auxquelles il n’est pas possible de trouver remède tant les souffrances sont terribles quand elles décident de frapper.

Des historiens s’essayent à relater ces souffrances mais rien ni personne ne peut remédier à ce mal.

Je n’en parle quasiment jamais tant c’est difficile, douloureux d’évoquer les terribles traumatismes de guerre.

En 2000, j’ai été l'un des 10 cas exemplaires "choisis" dans le pays, m’a-t-on dit. J’étais donc un de ces dix hommes anéantis par la guerre, laissés sans aide depuis des décennies, a accepter de dire à quoi nous a réduits l’injustice de la nation qui nous avait appelés.

J’ai donc rencontré en aparté une dame, docteur en psychologie qui enseigne aux étudiants et dont la qualité des travaux est reconnue en France et au-delà de la Méditerranée.

Cette personne m’a reçue pendant plus de deux heures. Pour mon expérience personnelle, ce fut très dur d’aborder ce sujet délicat et encore tabou, des décennies après. De ces dix interviews est sortie une brochure de cinquante pages appelée " Dossier pourpre des psychotraumatismes de guerre. Les entretiens que nous avons eu dont certains de mes propos que j’ai reconnu, sont évoqués dans certains journaux sans que ceux-ci ne semblent penser que nous puissions en avoir connaissance.

Il y a quelques mois, je suis tombé sur un de ces articles très véridiques et j’ai reconnu des extraits de mes propos.
Ce fut un choc terrible de voir qu’ainsi des entretiens qui eurent lieu dans un cadre privé étaient jetés en pâture publiquement, tant le sujet évoqué est pénible.


J’ai donc décidé d’écrire à l’auteur de l’article en spécifiant que j’étais l’un de ces dix cas "exemplaires". Je n’ai jamais eu de réponse et pourtant, il s’agit d’un
journal réputé progressiste que nous, internautes engagés, nous citons souvent.

Parmi les commentaires évoqués par la personne citée ci-dessus, je lis notamment :

"Frappante est la constance de la peur chez tous les interviewés. Cette peur, qui persiste aujourd’hui, a ceci de remarquable qu’elle est plus rapportée aux menaces de la hiérarchie qu’à la crainte d’attentats ou d’attaques.

 

Chaque sujet exprime le besoin de parler. Le soulagement lié au fait qu’on l’écoute est d’autant plus grand que la détresse consécutive au traumatisme n’a jamais été vraiment reconnue.

Les troubles ressentis touchent tous au rapport avec la mort : angoisse d’être tué, tortures, cauchemars, ramassage de cadavres, etc." Il faut avoir vécu de tragiques et sanglants événements pour savoir ce dont il s’agit.

Les historiens ne peuvent pas s’exprimer à la place des intéressés, c’est une des raisons qui font que les associations d’ACVG sont très méfiantes à l’égard des historiens qui relatent des faits rapportés sans les avoir eux-mêmes vécus.

Il n’est pas concevable que cette douloureuse page de l’histoire puisse être tournée. Notre présence aux monuments aux morts lors de la journée du Cessez-le-Feu chaque 19 mars, journée du recueillement et du souvenir, servira la cause de la Paix.

Jacques Tourtaux

Appelé Anticolonialiste

 

 
 LETTRE DE MON CAMARADE PIERRE LERAY


 

AVEC SON ACCORD, JE TIENS A PORTER A LA CONNAISSANCE DE TOUS LA TRES BELLE LETTRE QUE M'A ADRESSE MON CAMARADE PIERRE LERAY APRES AVOIR LU MON OUVRAGE CONTRE LA GUERRE COLONIALE MENEE EN ALGERIE PAR LA FRANCE. 

CET ANCIEN PRETRE, AUJOURD'HUI MILITANT COMMUNISTE, ECRIT UN EMOUVANT PLAIDOYER CONTRE LA GUERRE. IL REND UN VIBRANT HOMMAGE AUX SOLDATS ANTICOLONIALISTES ET PACIFISTES.

MERCI PIERRE, MERCI MON CAMARADE, MERCI MON FRER
E !


                                                                                                                                    


                                                                                                                                           Le 13 décembre 2008    


                                              Cher camarade Jacques,

 

 

                                               C'est peu de dire que ton livre m'a intérressé, je l'ai dévoré d'une traite. Tu racontes les choses tellement simplement, avec l'argot qur nous parlions au quotidien, que très vite je me suis retrouvé là-bas.

... A la fin, j'ai même ressorti mes vieilles photos que je n'avais plus touchées depuis longtemps. Moi non plus je n'étais pas grand : 1m59 !

                                                 C'est terrible ce que des groupes humains, bien encadrés, déterminés peuvent entraîner. N'importe quel homme ordinaire, s'il n'a pas été averti, peut se trouver accomplir des méfaits dont il ne se serait jamais cru capable. J'ai vu un brave gars, qui n'aurais pas fait de mal à une mouche, revenir tout fier à la base en brandissant sur le capot du half-tack la jambe d'un fell qui avait sauté sur une mine ... Combien de bidasses sont revenus d'AFN vidés, traumatisés au point de ne plus croire en eux-mêmes.

C'est le pire, à mon avis, qui puisse arriver à quelqu'un :
il paraît vivant, il travaille, il parle, mais il est vide, éteint - et il ne le sait même pas - , il agit par intuition, sans possibilité de réflexion. C'est ainsi, je crois, que notre génération a glissé au fil des années jusqu'à l'impasse où se trouve aujourd'hui toute notre société.

                                                    Sais-tu que nous aurions pu nous rencontrer en AFN sous l'uniforme ? à ceci près que j'étais à l'autre bout du pays, à la frontière marocaine. J'ai débarqué au fond du bled, la veille de Noël 60, dans les montagnes de Tlemcen, à 1400 mètres d'altitude, entre des villages détruits et un camp de regroupement : Sidi Larbi... J'y suis resté jusqu'en octobre 1961. C'est que j'avais eu la chance de faire 18 mois en France, à Blois, au 5ème RI, un vieux régiment à l'histoire glorieuse ( ! )
Après mes classes à la section EOR, j'ai refusé d'aller à Cherchell, à l'école d'officiers, si bien qu'ils m'ont gardé comme instructeur de jeunes recrues, jusqu'aux galons de serpate. Je crois que ma situation de séminariste jouait à mon avantage, l'armée en métropole suivait De Gaulle et croyait plus ou moins à la pacification ; avoir un humaniste dans ses rangs, ça pouvait faire bien ...

                                                     Au séminaire, avec les témoignages des anciens qui étaient revenus de là-bas, nous avions connaissance des exactions, des tortures, du rascisme ... mais nous n'avions qu'une opposition morale et non politique à cette guerre. En conséquence, j'ai revêtu l'uniforme avec un bel idéal personnel de justice et de paix, c'est-à-dire plein de naïveté et d'ambiguité : j'étais contre la guerre mais au point d'être objecteur de conscience ; je ne voulais pas être officier mais j'acceptais d'être sergent ! ... J'avais même résolu de ne tuer personne et au besoin d'enlever la culasse de mon fusil pour ne pas avoir à tirer par réflexe pour me défendre , - tu reconnais le précepte chrétien du " salut individuel " ! ...
Mais en fait quand je me suis retrouvé en bouclage à la frontière, face à l'ennemi, je veillais à ce que toutes mes armes soient en bon état de marche ...

                                                      Tu penses bien qu'il m'est facile d'imaginer ce qui t'animais quand tu as été envoyé en patrouille sans munitions - et quatre fois ! Oui, toi, tu en as vraiment chié ! C'est miraculeux qu'un si petit bonhomme ait pu résister à tant d'épreuves ! - Mais c'est aussi une victoire magnifique d'un coeur humain contre la bêtise et la haine ... Je te félicite d'avoir pu écrire ce livre, parce que non seulement il rapporte des faits réels et méconnus, mais il fait la démonstration que la force de conviction, si elle est humainement juste, est capable de vaincre toute souffrance et la mort. C'est un beau témoignage dont les français, jeunes et vieux, ont besoin pour sortir de l'abattement et la torpeur qui les accablent aujourd'hui. Il n'y a pas de sauveur suprême, il faut payer de sa personne si l'on veut que la vie soit belle.

                                                          Moi aussi, je suis revenu moralement blessé, humilié d'avoir participé à cette sale guerre. Moins tout de même que mon camarade de séminaire que j'ai vu au retour péter les plombs en plein cours de théologie : il délirait, incapable de se remettre d'avoir tué par erreur son meilleur ami au cours d'une embuscade ...

                                                           Pour l'anecdote, je peux ajouter que du fond de notre trou, c'est par les transistors que nous avons suivi le putsch d'avril, - tous solidaires des gars du contingent qui s'opposaient aux factieux. Mais le mardi 25 nous avons vécu une " diversion " de taille. Tout près de notre poste, une section fell a été accrochée ...

                                                            Jusqu'à présent toutes les entreprises de franchissement de la frontière avaient échoué, se brisant contre la haie électrifiée à 5000 vols et les barbelés jonchés de mines. Les nôtres disaient que c'était une barrière infranchissable. Les tentatives avaient toujours lieu au clair de lune, avec un ciel clair. Si bien que lorsque je me retrouve dans la nature au clair de lune, avec cette lumière froide et blafarde si caractéristique, je suis renvoyé immédiatement là-bas, quand nous étions en embuscade à guetter ...

                                                              Depuis quelques mois, circulait la rumeur que les fells étaient entraînés par un certain Tintano. Il y avait en effet des camps d'entraînement du côté d'Oujda, la ville marocaine située au pied de notre montagne que nos artilleurs, quand ils s'énervaient, bombardaient à coups d'obus de 105. Or, disait-on, Tintano avait promis que le jour où il s'y mettrait lui-même, ça passerait et ça ferait mal ...
Cette nuit-là, c'était peut-être ça. En tout cas, j'ai entendu des bruits furtifs dans la broussaille en contre-bas ...
C'est au petit matin qu'ils ont été répérés - derrière notre ligne de bouclage. Je crois bien que quelques gradés ont voulu profiter de l'occasion pour sortir de l'embarras du choix politique à poser en faisant du zêle au feu. Les fells s'étaient solidement retranchés sur un piton, et l'attaque pour les débusquer a été menée dans la confusion, sans concertation suffisante, malgré les roquettes des T6. Résultats : des morts et des blessés, autant d'un côté que de l'autre, y compris un lieutenant. J'ai vu les hélicos emporter les corps, et aussi des algériens de mon âge embarqués vers l'arrière. A la nuit tombée, ça tirait toujours. La rumeur disait après coup que Tintano avait réussi à s'enfuir à la faveur de la nuit.

                                                                Mon cher Jacques, me voilà à t'écrire ce que je n'ai jamais écrit à personne, - je l'ai juste raconté par bribes à mes proches. C'est drôle, mais c'est comme si je te racontais la vie d'un autre, tellement ça me paraît loin. Heureusement, je n'ai jamais eu à tirer sur un autre homme, mais je dois bien reconnaître que c'est dû aux circonstances et non à mon courage, - et donc avouer que j'aurais pu le faire !

                                                                  Tu notes juste le " sentiment de culpabilité " sans développer. Mais je comprends quel travail tu as dû faire sur toi-même  pour te récupérer. Tu es même devenu un témoin émouvant, un combattant infatigable contre la guerre, un exemple d'humanité. Chapeau !
Parce que les sadiques ont fait fort pour t'abattre, jusqu'à te condamner toi le pacifiste, à faire le travail de pourvoyeur d'armes en tous genres. C'est pour moi le comble du sadisme, qui rappelle la méthode des nazis à la Shoah, lorsqu'ils choisissaient des juifs pour être les exterminateurs de leurs frères ...

                                                                   Mais leur acharnement n'a réussi qu'à te fortifier, à transformer ton supplice en victoire, ta faiblesse en force inébranlable, - et à faire de ta vie un formidable encouragement pour tous ceux qui combattent pour un monde meilleur.

                                                                     Merci pour tout, mon frère, je suis content de te connaître. Je suis sûr que quelque part dans le ciel le petit Tourtaux est inscrit dans le livre des Justes.

                                                                       Longue vie à toi !

                                                                                                                      Pierre Leray

 
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Publié dans guerre d'Algérie

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Tourtaux 24/04/2011 00:50


Bonsoir camarade Roquet,
Je ne veux pas remettre d'huile sur le feu mais hier, j'ai du supprimer sept commentaires en raison d'une polémique qui n'avait pas sa place sur mon blog. J'ai donc décidé de supprimer les
commentaires.
Pour ce 50ème anniversaire de l'échec des putschistes, j'avais souhaité un débat serein, digne de communistes mais, j'ai été pris à partie de façon déloyale sur ce sujet qui me tient tant à
coeur.
Une remarque mesquine qui n'avait pas sa place sur ce blog pouvait laisser penser que mon témoignage était faux.
Avec moi camarade, il y a un stade à ne jamais dépasser.
J'ai beaucoup souffert de cette guerre, j'en fait encore des cauchemars. Je ne permettrai jamais que mon témoignage puisse être remis en cause d'une façon ou d'une autre.
Lors de mes procès contre l'Etat, cinq anciens soldats ayant été incorporés en Algérie dont un ancien engagé, ont témoigné en ma faveur lors de mes procès. Qui pourrait croire que ces témoins
auraient relaté des faits précis s'ils étaient mensongers.
Comme je l'ai écrit, les jeunes qui militaient aux jeunesses communistes dans la vie civile, ne furent pas légion dans l'action militante au sein de leur unité. Je ne blâme pas ceux qui n'ont pas
osé se risquer au militantisme clandestin.
Chaque camarade militant avait sa particularité, sa spécificité. C'était la guerre, ne l'oublions pas.
Mon cas fut un cas extrême qui ne peut être comparé, assimilé, amalgamé à celui d'autres camarades.
Dire ou penser que le PCF a imposé ses vues aux jeunes communistes appelés sous les drapeaux est archi faux.
Si tel avait été le cas, pourquoi si peu de camarades communistes ont osé militer contre la guerre au sein de leur unité en Algérie?
Selon ce que m'a rapporté un camarade, nous ne serions pas 300 à avoir milité sur les près de trois millions de soldats ayant été sous les drapeaux en Algérie.
Jamais le parti n'aurait donné pour consigne aux conscrits communistes de refuser massivement de partir pour l'Algérie pour les raisons que tu évoques dans ton commentaire.
Je voudrais rappeler qu'à l'époque, le parti n'était pas en capacité de donner de telles consignes.
Souvenons-nous camarades, la direction du parti n'a même pas soutenu Alban Liechti, le premier soldat communiste qui a refusé d'aller combattre le peuple Algérien. Je crois me souvenir qu'il n'y
eut que 43 soldats qui épousèrent le combat d'Alban.
Dire que "les remords qui les rongent aujourd'hui les empêchent toujours de s'exprimer".
Ainsi nous aurions tous des exactions, des crimes à nous reprocher?
Ce type d'amalgame me met très mal à l'aise. Je n'ai rien à me reprocher dans cette guerre de laquelle je suis rentré meurtri, traumatisé.
Par ailleurs, ce n'est pas avec la direction actuelle du PCF que pourraient être analysées les erreurs du passé.
Militer au sein de son unité nécessitait une énorme prise de risques. C'est sans aucun doute ce qui explique, malgré la présence sous les drapeaux de milliers de membres de l'UJCF, que nous ayons
été si peu nombreux à risquer nos vies.
Tu fais bien de soulever le problème de la censure camarade Roquet. J'ai oublié d'en parler.
Chaque matin en allant à l'usine travailler, j'achetais l'unique Huma que recevait la maison de la presse. Fréquemment, la censure avait des blancs sur des articles censurés, voire une page entière
vierge. Voilà qu'un matin, les gendarmes sont entrés dans le magasin et m'ont pris le journal des mains.Il était censuré.
Camarade Roquet, peux-tu m'envoyer par mail une copie du texte de madame Axelle Brodiez. Comme tu dois t'en douter, ce texte m'intéresse beaucoup.
Merci de ton intervention.
Bien fraternellement
Jacques Tourtaux




On peut poser des questions mais pas asticoter, chercher à blesser comme ce fut le cas hier soir.
Concernant la méfiance des ACVG à l'égard des historiens. Cette méfiance émane des directions nationales d'ACVG qui se sentent écartées, évincées. Les associations d'ACVG ont pour rôle de défendre
les ACVG. Elles ne le diront jamais ouvertement mais je sais qu'elles n'aiment pas trop que les historiens "chassent sur leurs terres.



Tenir un blog comme celui-ci à jour demande beaucoup de travail et de temps.


Roquet 23/04/2011 19:56


Les questions que pose Serge DD dans son commentaire me font beaucoup réfléchir non pour elles-mêmes,mais pour le fait qu'il les pose.Elles me font penser à cette observation de Jacques Tourtaux
sur la méfiance des ACVG "à l'égard des historiens qui relatent des faits rapportés sans les avoir eux-mêmes vécus".Certes ce serait beaucoup demander que d'avoir vécu dans un passé qu'il peut être
utile d'analyser.Mais je me demande quelle représentation peuvent se faire des Français d'aujourd'hui de ce qu'étaient les réalités d'il y a cinquante ans.N'y aurait-il pas une tendance à voir le
PCF d'alors comme un état-major de bataille avec des troupes à qui signifier tel ordre ou tel ordre différent ? Sait-on qu'à l'époque il y avait la censure,que "l'Humanité" était saisie pour une
révélation de trop ? Croit-on que le Bureau Politique aurait pu,au sortir d'une réunion,annoncer un appel au refus massif de l'incorporation,ou même le faire en sous-main sans que soit prononcée
aussitôt la dissolution du PCF ? Car quel était l'état de l'opinion qui venait,en 1958,de donner 80% de oui à la constitution de de Gaulle ? Francis Arzalier,lors d'un colloque récent,rappelait
qu'en France "l'anti-colonialisme a toujours été très minoritaire,y compris au sein de l'électorat communiste,voire du PCF".La question fondamentale à laquelle le PCF se savait en devoir de
répondre était comment faire évoluer le rapport de forces,les réalités étant celles-là.Une question portée en lui par chaque militant communiste,par chaque jeune communiste,y compris face à l'appel
sous les drapeaux.Je viens de trouver à ce propos sur internet un très intéressant texte de Mme Axelle Brodiez sur les rapports entre PCF et Secours Populaire depuis la montée des campagnes de
soutien aux soldats réfractaires jusqu'au soutien des revendications nationales du peuple algérien.Tant il serait faux d'avoir une vue mécaniste de ce qu'était le PCF même avec le centralisme
démocratique ou la discipline de parti.Ce qui aura été décisif,c'est ce qu'Henri Alleg voit si bien chez Jacques Tourtaux,cette "différence avec la majorité des bidasses à qui pourtant il
ressemble: il est communiste". Fraternellement,Roquet


Tourtaux 22/04/2011 19:03


Alors là Xuan, on dirait que toi aussi tu as une dent contre Sarkozy. A l'exception des nantis de sa caste, le gugusse n'a pas beaucoup d'amis


Xuan 22/04/2011 13:40


Merci Jacques pour ce témoignage rare et de première main, surtout en ce moment où l'impérialisme français s'imagine refaire la carte de l'Afrique.
Mais l'époque a changé et c'est trop tard pour lui. On ne court pas le 100m avec un déambulateur.


Tourtaux 22/04/2011 12:10


Très bien XARLO, je n'ai rien à rajouter à ton analyse si ce n'est que Pierre Le Ray n'était pas politisé avant de partir pour l'Algérie puisqu'il était séminariste.
Je crois me souvenir que Pierre m'a dit au téléphone qu'il a été prêtre durant 17 ans. J'essaie de me remémorer ce qu'il m'a dit.
Pierre a soutenu les luttes des ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire et, avec d'autres curés comme lui, il aurait écrit un livre rendant hommage à ces luttes ouvrières.
C'est pour cette raison que ce prêtre s'est fait virer par l'évêque. Je ne sais plus à quelle époque Pierre a adhéré au PCF au sein duquel il milite avec son épouse et leur fils qui, je crois, est
secrétaire de section.
Tout cela est en vrac dans ma tête, je ne puis me souvenir avec précision de tout ce que nous avons parlé.
Merci de ton témoignage XARLO.