JAPON : CATASTROPHE MAJEURE

Publié le par Tourtaux

Monde - le 14 Mars 2011

Séisme au Japon

Le cauchemar des Japonais n’en finit plus

Frappé vendredi par un puissant séisme et un tsunami qui a dévasté les côtes du nord-est, le Japon continue de faire face à une menace d’accident nucléaire. Les derniers bilans font état de plusieurs milliers de morts.

Le cauchemar n’en finit plus au pays du Soleil-Levant. Meurtri, vendredi, par un violent séisme qui a secoué le nord-est du pays, puis par l’impressionnant tsunami qui s’en est suivi faisant probablement plus de 10 000 morts, le Japon continuait de vivre, hier, sous la menace d’un accident nucléaire majeur. « Je considère que la situation actuelle est la plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale », déclarait, hier, le ton grave, le premier ministre, Naoto Kan.

Le réacteur 3 menacé à son tour

Depuis quarante-huit heures, le monde a les yeux rivés sur la centrale de Fukushima 1, durement touchée par le tremblement de terre. Quelque 215 000 personnes ont été évacuées dans un rayon de 20 km autour des bâtiments situés à 250 km de la mégalopole de Tokyo et de ses 35 millions d’habitants.

Samedi, à la suite d’une panne du système de refroidissement, une explosion s’est produite dans le bâtiment abritant le réacteur nº 1. L’accident a été évalué au niveau 4 sur une échelle de 0 à 7 des événements nucléaires et radiologiques (Ines), contre 5 pour celui de Three Mile Island, aux États-Unis, en 1979, et 7 pour celui de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986.

L’explosion serait due à la réaction chimique provoquée par la dégradation des barres de combustible qui, en raison de la panne, étaient en partie « hors d’eau » alors qu’elles doivent toujours rester immergées. « Cela a provoqué une production d’hydrogène qui a vraisemblablement déclenché l’explosion quand il s’est répandu dans l’enceinte de confinement, ont expliqué plusieurs experts interrogés par l’AFP. L’explosion aurait donc des causes chimiques (l’hydrogène) et ne serait pas liée à une réaction nucléaire. »

Le même scénario était susceptible de se reproduire hier dans les réacteurs nº 2 et nº 3 qui ont également connu une panne de leur système de refroidissement. De l’eau de mer y est injectée depuis samedi afin d’éviter toute fusion. Mais le gouvernement semble n’avoir aucune certitude. Il n’exclut pas une explosion dans ce réacteur nº 3 mais juge peu probable que cela touche le caisson renfermant le cœur du réacteur. Il n’exclut pas, non plus, que le cœur du réacteur nº 1, dont un toit s’est effondré samedi, soit déjà en train de fondre.

Une radiation équivalente à celle émise en une année

À l’heure actuelle, les conséquences sanitaires restent encore incertaines. Si l’explosion majeure, type Tchernobyl, a été évitée jusqu’ici, la compagnie d’électricité Tokyo Electric Power, qui gère la centrale de Fukushima, a été contrainte depuis samedi de laisser s’échapper de la vapeur radioactive pour réduire la pression accumulée à l’intérieur de l’enceinte de confinement. Un nuage, véhiculant majoritairement de l’iode et du césium, se déplaçait hier vers le Pacifique poussé par des vents nord-nord-est. Quant aux alentours de la centrale, l’agence japonaise de sécurité nucléaire y a relevé des niveaux de radiation qu’une personne absorbe normalement en un an. Les autorités ont passé au scanner des milliers de personnes afin de déterminer si elles avaient été contaminées ou non. À ce stade, 22 personnes ont été irradiées.

Hier, en fin d’après-midi, un autre problème est apparu dans la centrale de Tokai, dans la préfecture d’Ibaraki, à seulement 120 km au nord de Tokyo. Une pompe du système de refroidissement du réacteur nº 2 a cessé de fonctionner, heureusement relayée, selon l’opérateur, par le système de secours.

Au total, onze des ­cinquante-quatre réacteurs nucléaires du Japon sont arrêtés depuis le séisme. Et le gouvernement japonais a conseillé aux personnes vivant dans les zones à proximité des centrales de se calfeutrer dans leur domicile, en coupant les systèmes d’aération, et de faire des provisions de bouteilles d’eau potable.

Cette menace nucléaire ne facilite pas le travail des autorités qui doivent, en plus, organiser les secours aux victimes et la recherche des milliers de personnes portées disparues après le tsunami provoqué par le séisme de magnitude 8,9, le plus fort dans l’histoire du pays. Le dernier bilan officiel de la police nationale faisait état de 688 morts, 642 disparus et 1 570 blessés. Mais tout le monde s’attend à des pertes bien plus lourdes. Le chef de la police de la province de Miyagi prévoit un bilan au-delà des 10 000 morts dans cette seule région. Hier, le nombre des soldats et des sauveteurs a été porté à 100 000, tandis que les premières équipes de secours envoyées par l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, la Suisse, le Royaume-Uni, la France ou encore les États-Unis sont arrivées au Japon. Selon le gouvernement, plus de 12 000 personnes ont d’ores et déjà été secourues dans les zones sinistrées de la côte Pacifique.

5,6 millions de foyers privés d’électricité

Les scènes de désolation donnent le vertige. « Le raz-de-marée a submergé des villes entières. Même avec des cartes, les sauveteurs en hélicoptère ne reconnaissent pas les lieux », explique Jean-François Sabouret, directeur de recherche au CNRS. Des voitures ont été projetées contre les façades des maisons, et même sur les toits, par la force de vagues déferlantes qui ont pénétré parfois jusqu’à cinq kilomètres à l’intérieur des terres.

Dans le nord-est, au moins 5,6 millions de foyers restaient privés d’électricité hier et un million demeuraient sans eau potable. Les pompes à essence étaient parfois à sec, tandis que les achats de carburant étaient rationnés à 10 litres maximum par passage à la pompe. Dans l’agglomération de Tokyo, les habitants ont aussi commencé à faire des provisions d’eau, de riz et de produits de première nécessité, mais sans mouvement de panique. La Tokyo Electric Power, qui dessert la région est du Japon, va planifier dès aujourd’hui des coupures régionales de courant par rotation de trois heures.

Pour les Japonais, le répit semble encore loin. Hier, la terre a continué de trembler avec des dizaines de répliques. Bien que l’alerte au tsunami ait été levée, l’agence météorologique nationale a averti qu’il y avait 70 % de chance qu’un nouveau séisme de magnitude 7 ou plus se produise dans les trois prochains jours. Le cauchemar n’est pas fini.

Le spectre d’Hiroshima

Il y a eu au moins 70 000 morts à Hiroshima, 40 000 à Nagasaki, sans compter tous les irradiés décédés des suites des bombardements atomiques. Pour les Japonais, la menace d’une catastrophe nucléaire réveille immédiatement la blessure jamais refermée des 6 et 9 août 1945, quand les Américains décidèrent d’utiliser pareille arme contre des civils, alors que le Japon refusait de se rendre. L’empereur Hirohito annonça finalement la reddition du pays dans un discours à sa nation le 15 août 1945.

Laurent Mouloud

 

Publié dans L'Asie en lutte

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