LE PROCES DE L'AMIANTE : L'HEURE DES COMPTES

Publié le par Tourtaux


L'AGEFI

 

L’amiante à l’heure des comptes

 

La justice italienne communiquera lundi un verdict historique dans le dossier de l’amiante. Le Suisse Stephan Schmidheiny (Eternit) risque 20 ans de prison.

Trois mille morts, 6000 plaignants, dix ans d'enquête et 24 mois d'auditions: l'heure de vérité approche pour le scandale de l'amiante. Stephan Schmidheiny aura pourtant tout fait pour que le 13 février 2012 soit un jour comme les autres. En vain. L'héritier du groupe Eternit aura bien rendez-vous - à distance - avec un verdict historique devant la justice italienne. Le procureur de Turin a requis une peine exemplaire de vingt ans d'emprisonnement contre l'homme d'affaires suisse.


C'est exactement un siècle après que l ‘Autrichien Ludwig Hatschek a baptisé son invention d'amiante-ciment «Eternit» que le groupe tombe sous le coup de la justice. L'enquête du procureur Raffaele Guariniello démarre en 2001, sur le chef d'homicide par négligence. Douze anciens ouvriers d'Eternit meurent alors du cancer de la plèvre. Ils étaient rentrés en Italie après avoir collaboré dans une usine suisse du groupe. Le dossier s'épaissit à mesure que les dossiers médicaux affluent. Ce seront des milliers de personnes, anciens salariés d'Eternit ou habitants des villages italiens où l'entreprise était présente, qui s'ajoutent au nombre des victimes.


La mise en examen des dirigeants de l'entreprise en 2009 représente déjà l'aboutissement d'une longue procédure pour la justice...

 

LIBERATION

04/02/2012

Amiante : une ville italienne résiste aux pressions


C’est ce qu’on appelle une victoire morale dans le procès géant qui oppose, depuis deux ans à Turin, des milliers de victimes de l’amiante à deux ex-patrons de l’entreprise Eternit. La commune de Casale Monferrato, où était basée une usine Eternit, a refusé l’offre d’indemnisation du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny. Elle aurait dû en échange se retirer de la liste des parties civiles.
L’exécutif de la commune a rejeté vendredi l’indemnisation de 18,3 millions d’euros qui avait été approuvée le 17 décembre par le conseil communal de cette localité du Piémont.
Le gouvernement de Rome avait fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles reviennent sur cette décision. L’Association des familles des victimes de l’amiante (Afeva) a exprimé sa satisfaction.
«Les souffrances et le tort subis par la ville ont été –et sont encore– trop grands pour pouvoir être réglés simplement par un accord à cactère économique», a déclaré à l’agence AGI un de ses membres, Bruno Pesce. Le jugement sera rendu lundi.

 

L'ILLUSTRE

08.02.2012

 

PROCÈS DE L’AMIANTE

 


STEPHAN SCHMIDHEINY, LE MILLIARDAIRE ET L’HÉRITAGE EMPOISONNÉ

 

L’ancien patron d’Eternit, le Suisse Stephan Schmidheiny, risque vingt ans de prison pour les milliers de morts de l’amiante en Italie. Criminel aux yeux des uns, entrepreneur philanthrope pour les autres. Portrait d’un Machiavel au marketing soigné.


Par Xavier Filliez

 

L’amiante l’a fait roi et esclave à la fois. Stephan Schmidheiny, 65 ans, multi-milliardaire (3 à 4 milliards de fortune selon Bilan), ancien patron et propriétaire de l’entreprise Eternit, a hérité d’un poison. C’est une certitude. La «fibre miraculeuse» portée aux nues à l’âge industriel pour sa résistance à la chaleur et sa solidité a, entre deux miracles, provoqué des milliers de cancers. Le mésothéliome, ou cancer de la plèvre, est une bombe à retardement. Il se déclare trente à quarante ans après l’exposition. Symptômes: difficultés respiratoires et douleurs atroces confinant à l’agonie. Si le scandale de l’amiante-ciment est connu, la responsabilité du milliardaire suisse est, elle, sur le point d’être jugée. L’ex-dirigeant doit répondre de «désastre sanitaire» devant le tribunal de Turin. Tout comme son homologue et dernier patron d’Eternit Italie, le baron belge Louis de Cartier de Marchienne. Trois mille ouvriers des usines italiennes sont décédés. Quelqu’un devra en assumer la responsabilité, s’est juré le très tenace procureur général Raffaele Guariniello. Après une instruction de huit ans et un procès de deux ans qui s’est terminé en décembre, ce dernier a requis vingt ans de prison contre les deux hommes. Verdict le 13 février.

3 MILLIARDS EN JEU

Stephan Schmidheiny se distingue d’abord par son attitude de repli. Il ne s’est jamais présenté aux audiences. Les familles des victimes y voient une méprisante attitude d’esquive face aux accusations. En a-t-il fait assez pour protéger la santé des travailleurs? Etait-ce de sa responsabilité? Ces questions sont au cœur d’une procédure juridique aussi complexe qu’historique. On compte 6000 parties civiles. Et les investigations, qui ont nécessité deux demandes d’entraide judiciaire à la Suisse, remontent aux années 70. Selon un des avocats des victimes, Me Sergio Bonetto, «la sanction sur le plan civil pourrait atteindre 3 milliards d’euros».

Les gros chiffres, Schmidheiny connaît. C’est génétique. L’arrière-grand-père, Jacob, fondateur de la briqueterie à Espenmoos (SG), qui signa le début de l’empire (Eternit et Holcim), fut d’abord tisserand. Payé 1 franc par jour, il gérait si bien son argent qu’en un an et demi il avait économisé 200 francs, selon les archives de la Société d’histoire économique de Zurich que la journaliste Maria Roselli, une des meilleures connaisseuses du scandale de l’amiante, a décortiquées comme tant d’autres documents, des années durant, pour en tirer un livre édifiant1. Stephan Schmidheiny a donc, logiquement, su faire fructifier son patrimoine. C’est précisément un des griefs qui lui sont adressés. «Il a très vite compris les problèmes de l’amiante. Il a mis en place quelques mesures, des systèmes d’aspiration des poussières ou autres. Mais pas partout, et c’était insuffisant. C’était pour se disculper. Il a retardé l’abandon de l’amiante pour ne pas perdre d’argent», charge Me Bonetto. En fait, pour en gagner. Entre 1984 et 1999, la fortune nette de l’homme d’affaires grimpera de 2 à 4,4 milliards, ont calculé Daniel M. Berman et Andreas Knoepfli, deux observateurs de la trajectoire de Stephan Schmidheiny2. Durant la même période, combien d’ouvriers ont-ils contracté un mésothéliome, ou un cancer des poumons, parce qu’ils continuaient d’aspirer des poussières?

RACHAT D’IMAGE

Stephan Schmidheiny ne soigne pas seulement ses affaires. Il soigne son image. Sur son site internet, les autoportraits élogieux et la mise en perspective de ses succès et de sa reconversion dans le business éthique, essentiellement en Amérique latine, contrastent avec les charges du procureur Guariniello. François Iselin, président du Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante (CAOVA) et qui a été pionnier de la lutte contre l’amiante ayant abouti à son interdiction en Suisse en 1989, est sans pitié: «Pour Schmidheiny, l’amiante, c’est juste une erreur de marketing. Il est un financier se croyant intouchable et s’est érigé en rédempteur de l’humanité.» Voici comment le jeune cadre (il a 29 ans quand il prend la direction d’Eternit, en 1975) s’est méthodiquement métamorphosé en un leader philanthrope respecté. A la tête d’Eternit, Stephan Schmidheiny comprend très vite les dangers de l’amiante. Des documents et témoignages l’attestent. Vasco Pedrina, ancien vice-président d’Unia, qui a rencontré le milliardaire à deux reprises et a souvent croisé le fer avec les Schmidheiny, «profondément antisyndicaux», reconnaît qu’à l’époque, «en 1982 ou 1983, il avait clairement pris conscience de la problématique».

1984, première graine plantée dans les terres fertiles de Panamá: il crée Fundes, une fondation d’aide aux petits entrepreneurs d’Amérique latine facilitant leur accès aux crédits, pour lutter contre le chômage. C’est l’heure de jeter des ponts entre les leaders et la société civile, les «premiers pas vers la philanthropie organisée», écrit-il sur son site internet. Parallèlement, Stephan Schmidheiny assouvit son sens des affaires au Chili en rachetant une petite scierie devenue depuis une des plus importantes entreprises de bois d’Amérique du Sud. En 1992, le voilà conseiller de Maurice Strong, Monsieur Environnement à l’ONU et organisateur du Sommet de la Terre à Rio. Dans la foulée, son livre Changing Course (Changer de cap) s’impose comme un mode d’emploi aux entrepreneurs pour traduire dans la réalité des affaires les ambitions environnementales et sociales fixées à Rio.

Schmidheiny crée ensuite le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et devient un leader vert respecté par la communauté internationale. Aux éloges des patrons succèdent les honneurs académiques. L’INCAE Business School, une grande université établie au Costa Rica et au Nicaragua, le consacre docteur honoris causa. Un bâtiment portera son nom. En 1994, il fonde GrupoNueva, une holding qui chapeautera toutes ses activités en Amérique latine, et tourne définitivement le dos à l’amiante. L’homme est discret mais efficace. «Stephan Schmidheiny, le milliardaire qui peut tout se permettre, même le mieux», titre en 1996 Le Nouveau Quotidien, portraiturant un «Janus» mi-«apôtre» mi-«requin», qui vient alors de devenir un des plus gros actionnaires de l’UBS. Plus récemment, en 2009, Forbes fait de lui rien de moins que «The Bill Gates of Switzerland».

Stephan Schmidheiny a mille mérites. Beaucoup pour un seul homme. Il a contribué au sauvetage de l’industrie horlogère en injectant de l’argent dans Swatch avec Nicolas Hayek. Il a réalisé de jolis coups boursiers. Et son obsession pour le développement durable et le business éthique s’est souvent révélée payante pour les populations locales. Le don, finalement, de ses sociétés à VIVA Trust, pour un montant dépassant le milliard de dollars, consacre cette philanthropie. Or, la sincérité de son engagement est violemment contestée aujourd’hui par les victimes de l’amiante, qui voient dans cette lente mue outre-Atlantique une vaste opération de rattrapage par l’écologie, un «greenwashing», selon les termes de Fernanda Giannasi, vérificatrice du travail au Ministère de l’environnement de São Paulo et pionnière de la lutte contre l’amiante au Brésil.

LES ESPIONS D’ETERNIT

Ce sentiment est exacerbé par l’attitude adoptée par Stephan Schmidheiny dans le cadre du procès. Il ne s’est jamais présenté à la barre à Turin, et s’entoure d’une armada d’avocats. Nos demandes d’interview ont été refusées. Son attaché de presse, Peter Schürmann, a néanmoins répondu à quelques questions par e-mail à notre troisième demande. Son client reconnaît-il une part de responsabilité? «Stephan Schmidheiny a toujours fait preuve de compassion envers les personnes concernées. Pour lui, chaque victime de l’amiante est une victime de trop.» Mais sur le fond, en a-t-il fait assez pour éviter le pire? «Quand il a repris la direction générale d’Eternit, (groupe SEG), en 1976, Stephan Schmidheiny a immédiatement lancé un programme visant à développer des produits exempts d’amiante. Parallèlement, il a procédé à des investissements à fonds perdus dans la société italienne pour un montant de 60 millions en dix ans permettant d’augmenter la sécurité dans les usines. A cette époque, la production répond aux standards prescrits par l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail.

Une étude montre que, durant cette période, le nombre de malades a été nettement réduit.»

Sur la forme, pourquoi ne s’est-il jamais montré au procès de Turin? «En Italie, les prévenus ont le droit de ne pas se présenter au tribunal et ne sont pas non plus cités à comparaître», fait savoir l’attaché de presse.

Au-delà de cette posture de repli, le parquet de Turin a découvert, rapportent les procèsverbaux des audiences et l’acte d’accusation que L’illustré a consulté, qu’Eternit avait, depuis la fin des années 80 déjà, mis en place un système d’espionnage en Italie pour tenter de maîtriser sa communication. Une journaliste locale du nom de Maria Cristina Bruno jouait la taupe auprès de la justice et des syndicats. Elle était payée 2500 euros par mois pour établir des rapports à l’intention d’Eternit par l’intermédiaire d’un bureau de communication. La vie privée du procureur Guariniello a également été surveillée, mais les auteurs des rapports n’ont jamais été clairement identifiés. «D’une certaine façon, Stephan Schmidheiny me fait penser à Berlusconi. Vous savez, un personnage à deux faces», s’inquiète Me Bonetto.

«Il a retardé l’abandon de l’amiante pour ne pas perdre d’argent»
Me Sergio Bonetto, avocat de victimes

Stephan Schmidheiny, toujours aussi secret, vivrait aujourd’hui entre Hurden (SZ) et le Costa Rica. Tel un Goliath face à des milliers de David qui attendent réparation, il multiplie les propositions d’indemnisation aux victimes (40 millions à 1600 victimes) dont, en Italie, la moitié a accepté. La municipalité de Casale Monferrato a refusé une offre de 18 millions jeudi dernier. Hors des élogieux classements de magazines économiques, son nom remplira encore les colonnes de la presse italienne. Au nom de l’amiante, un matériau si résistant qu’il sème la mort à travers les époques et semble pouvoir hanter éternellement une dynastie d’entrepreneurs. Sale héritage.

1 Amiante & Eternit. Fortunes et forfaitures, Ed. d’En-bas, 2008.
2 Asbestos Magnate to Environmental Guru: the Morphing of Stephan Schmidheiny, 2000

 

 

 

SWISS.INFO.CH (Suisse)

06. février 2012

 

Mourir à cause de l’amiante et devoir le prouver

Le nombre de malades de l’amiante ne cesse d’augmenter. Dans les années à venir, en Suisse, les décès se compteront par centaines. Et les personnes touchées ont souvent du mal à obtenir des dédommagements.


Les victimes et leurs familles attendent avec impatience un certain 13 février. Ce jour-là, après presque trois ans d’audiences et de procédure, le tribunal de Turin rendra son verdict dans le plus grand procès jamais organisé sur le drame de l’amiante. Le procureur a requis vingt ans de prison contre l’industriel suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis Marie de Cartier de Marchienne, accusés de «désastre sanitaire par omission des mesures de sécurité qui auraient dû protéger les travailleurs et la population» dans et autour des usines de la société Eternit SA à Gênes.

Quel que soit le verdict, le mal est fait, et le désastre se révèle petit à petit dans toute son ampleur. Le nombre de cas identifiés de maladies dues à l’amiante ne cesse d’augmenter.

Cette évolution était amplement prévisible, au vu de la longue période de latence (jusqu’à 40 ans) entre l’exposition aux fibres d’amiante et l’apparition des maladies. Vu qu’en Suisse, l’interdiction générale n’est entrée en vigueur qu’en 1989, et que certains matériaux, dont ceux fabriqués par Eternit, ont même pu être commercialisés jusqu’en 1994, le calcul est vite fait: la courbe des décès ne devrait s’inverser qu’après 2020-2025. D’autant que même après l’entrée en vigueur de l’interdiction, de nombreuses personnes ont encore été exposées à l’amiante, par exemple lors de travaux de réfection ou de démolition des bâtiments.

 

Mésothéliomes en forte hausse
L’augmentation des cas de cancer de la plèvre (ou mésothéliome, provoqué le plus souvent par l’amiante et dont l’issue est mortelle) est significative. Entre 1984 et 1988, le registre suisse des tumeurs enregistre 342 cas. Vingt ans plus tard, le chiffre a plus que doublé: 846 cas entre 2004 et 2008.

Selon les projections de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (Suva), entre 1939, date de l’inscription de l’asbestose (fibrose du tissu pulmonaire qui entraîne une insuffisance respiratoire chronique) sur la liste des maladies professionnelles, et le début de 2030, l’amiante aura tué jusqu’à 4500 personnes en Suisse.

Même si une procédure civile est encore en cours, pour les victimes et leurs familles, obtenir justice en déposant plainte contre les entreprises qui ont utilisé l’amiante ou contre leurs anciens propriétaires semble une cause perdue.

En 2008, le Tribunal fédéral a refusé trois plaintes pour homicide involontaire, homicide volontaire et lésions corporelles déposées par la famille d’une victime, notamment contre les anciens propriétaires d’Eternit Suisse Thomas et Stephan Schmidheiny. Les juges de la Cour suprême ont argué du fait que le délai de prescription de dix ans était dépassé.

 

Des millions de francs en jeu
Pour les victimes, il ne reste plus alors qu’à se tourner vers la Suva, pour essayer au moins de faire reconnaître leur pathologie comme maladie professionnelle, ce qui leur ouvre le droit aux prestations de l’assurance (rente d’invalidité, indemnité pour atteinte à l’intégrité, ou, en cas de décès, rente pour les survivants).

Jusqu’à la fin de 2009, 2779 cas de maladies professionnelles liée à l’amiante ont été reconnus, dont 1347 avec mésothéliome. Les sommes en jeu sont importantes: jusqu’ici, l’amiante a coûté à la Suva près de 650 millions de francs en prestations. Et depuis 2007, la facture annuelle dépasse à chaque fois 50 millions.

François Iselin, ancien professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, fonctionne comme expert auprès du Caova, le Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante, fondé en 2002. Pour lui, ces chiffres masquent une réalité bien pire encore: «Aujourd’hui, les médecins sont généralement sensibilisés au problème du mésothéliome. Ils interrogent donc leurs patients sur leur passé professionnel et peuvent les orienter vers la Suva. Mais s’il s’agit d’un cancer du poumon, le plus souvent on incrimine la fumée ou la fumée passive et on ne cherche pas plus loin. Pour les médecins, il n’existe pas d’obligation de déterminer s’il s’agit d’une maladie professionnelle».

La Suva, qui a souvent été accusée de dresser un écran de fumée entre les victimes et les employeurs, rejette fermement les critiques: «Nous ne cherchons absolument pas à minimiser le nombre de cas», déclare Henri Mathis, en charge des relations publiques de la caisse.

 

Ceux qui sont repartis
Lorsqu’il s’agit de cas de mésothéliome ou d’asbestose, il n’y a en général pas trop de problèmes. «Nous n’avons pas besoin de données ultra précises et d'enquêtes particulières, du style ‘à telle date et à telle heure, je faisais ceci ou cela’. Des données simples (‘j'ai travaillé entre 1957 et 1965 dans la construction’, etc.) nous suffisent», explique Henri Mathis.

Mais de nombreux travailleurs qui ont été exposés à l’amiante ont désormais quitté la Suisse. En 2009, la Suva a lancé une campagne en Italie pour attirer l’attention du corps médical et des victimes sur le fait qu’elles avaient droit à des prestations d’assurance en Suisse, pour autant qu’elles n’aient pas à nouveau travaillé dans des secteurs exposés dans leur pays.

«Plus de 200 personnes domiciliées en Italie se sont annoncées chez nous et nous recevons encore régulièrement des demandes. Le problème crucial, c’est que le médecin traitant italien n'a pas toujours le réflexe de poser la question de l'origine professionnelle de la maladie et de surcroît de l'éventuelle exposition en Suisse», explique le responsable des relations publiques de la Suva.

 

Le tribunal en dernier recours
Et la situation, on l’a vu, est encore plus compliquée lorsqu’il s’agit de cancer du poumon, où les facteurs de risque sont multiples (fumée, amiante, mais également exposition à des substances comme le radon, le cobalt et autres). Dans ces cas, la Suva se base sur les critères dits d’Helsinki: le patient doit être atteint d’une maladie liée à l’amiante et avoir été exposé à une certaine dose de cette substance durant sa vie professionnelle. La preuve est toutefois difficile à produire, vu que les mesures de concentrations effectuées dans le passé sont soit inexistantes, soit peu fiables.

Bien souvent donc, faire reconnaître une maladie professionnelle devient un parcours du combattant pour des personnes déjà physiquement affaiblies ou pour leurs proches. Comme a pu le constater François Iselin, même dans les cas de mésothéliome, les choses sont parfois compliquées. «Nous avons eu le cas d’un typographe à qui la Suva ne voulait pas reconnaître la maladie professionnelle, en soutenant que l’amiante n’est pas utilisée dans cette branche. Mais nous avons retrouvé une facture qui a permis de prouver que le local où il travaillait avait été floqué à l’amiante. Ainsi, il ont dû admettre la maladie professionnelle» raconte l’expert du Caova.

Dans certains cas, il faut en dernier recours aller jusqu’au tribunal. «Depuis le 1er janvier 2009, nous avons enregistré 23 procès concernant l'amiante, indique Henri Mathis. Quatre dossiers sont en attente de jugement. Les tribunaux ont confirmé notre décision dans 11 dossiers. Ils ont tranché en notre défaveur dans 8 dossiers».

 

Daniele Mariani, swissinfo.ch
Traduction de l’italien: Marc-André Miserez

 

 

LA PRESSE DE LA MANCHE

04/02/2012

Journée mondiale de lutte contre le cancer
Un diagnostic accéléré du cancer de la plèvre

Depuis environ trois ans, un dispositif international de diagnostic a été mis en place à l'initiative de professeurs du CHU de Caen. Il permet de diagnostiquer un cancer de la plèvre en vingt minutes lorsqu'il fallait cinq mois auparavant.

On l'appelle aussi mésothéliome pleural. C'est une forme de cancer quise développe dans 80 % des cas chez les hommes exposés à l'amiante. Mais il touche également des femmes qui n'y ont pas été exposées. Pourquoi le développent-elles ? Les spécialistes s'interrogent encore sur ce point. Cela reste malgré tout un cancer assez rare, avec 825 nouveaux cas en France chaque année.


 Il y a en fait plusieurs structures de diagnostic. Dans les années 90, le professeur Françoise Galateau-Sallé, responsable du service anatomopathologie, participe à mise en place de Mésopath, un réseau de quinze experts français. Il permet d'uniformiser les pratiques de prélèvement et les pratiques anatomopathologiques. Le professeur de Caen met également en place une procédure de certification commune à tous les praticiens de France, ce qui facilite les échanges.


En treize ans, 2506 cas ont été diagnostiqués sur le territoire, dont 256 en Basse Normandie.


En 2006, Mésonat est créé par le CHU de Caen. C'est un registre des différentes formes de mésothéliomes pleuraux. Il est rendu possible par les travaux d'unification de références fournis par Mésopath. Rapidement, grâce au large panel de population représentée, ce système devient l'un des plus importants registres des mésothéliomes pleuraux au monde.


Dans cette dynamique, en 2009, le CHU de Caen prend part à la création d'un centre international d'excellence Mésopath-lm@ec. Soutenu par l'INVS et le Collège américain des pathologistes, le centre rassemble 37 experts, dont des Américains, Japonais, Canadiens, Australiens et plusieurs autres de toute l'Europe. C'est une extension internationale du réseau Mésopath français.


C'est sur l'initiative du professeur Françoise Galateau-Sallé qu'est créé le logiciel e@pathologie IM@EC mis en place pendant l'été 2011. Ce système permet de numériser les échantillons de prélèvements des patients. Ce qui donne des lames de tissus virtuelles permettant l'échange rapide d'avis et de diagnostics entre les trente-sept experts.


Selon le professeur Françoise Galateau-Sallé, grâce à ce dispositif « En 2011 près de 1200 personnes qui présentaient un cancer pleurai potentiel ou une forme complexe de cancer ont été soumises au processus de diagnostic international. »


Chaque échantillon doit être diagnostique par trois experts mimum avant de pouvoir donner un agnostic fiable. Les plus courts délais de réponse sont de l'ordre de vingt minutes, les plus longs de trois jours. Une avancée énorme quand on sait qu'il fallait 177 jours auparavant pour parvenir au même résultat.


Marie SCHIEWE

 

 

La DEPECHE.FR
08/02/2012

 

Fumel. Nouvelle mobilisation contre l'amiante

 

L'assemblée générale du CERADER rassemblera près d'un demi-millier d'adhérents au centre culturel fumélois


Forte de plus de 400 adhérents à ce jour, l'association CERADER 47 Bassin Fumélois lutte dans l'action pour éradiquer le fléau de l'amiante, faire avancer la prévention au travail et dans la vie, en informer la population et défendre les exposés et victimes qui, localement, trouvent un support chaque lundi soir à la permanence de l'union CGTiste au 86 de la rue Léon-Jouhaux dans la côte de Fumel. Faire le point

Depuis le début de l'affaire de l'amiante, les métallos fumélois ont réclamé à la Carsat (ex-Cram) le recalcul du montant de leur allocation amiante Acaata devant le Tass (tribunal des affaires de Sécurité sociale) d'Agen où ils ont obtenu gain de cause en première instance mais la Carsat a fait appel de cette décision initiale alors que les camarades habitant dans le Lot, indemnisés pour certains, se voient réclamer les montants perçus.

Parallèlement, une autre procédure, dite d'indemnisation du « préjudice d'anxiété », a été instruite aux prud'hommes par les mêmes plaignants contre l'employeur de la période référencée dans le « plan amiante » (les AGS, par défaut, se substituant à Sadefa, défaillant). Or, à la suite d'un report demandé par la partie adverse, l'affaire est repoussée à une date ultérieure non précisée.

Rien n'est simple et traîne en longueurs procédurières. C'est pour cela que ce vendredi 10 février, à 18 h, au centre culturel Paul-Mauvezin, l'assemblée générale du CERADER aura beaucoup d'importance pour faire le point en présence du cabinet d'avocat Teisonnière et d'un représentant de l'association nationale ANDEVA

 

 

SUD OUEST
10/02/2012

Par Marie Gascon
L'amiante, leur lutte

Des malades soutenus par le Cerader présentaient leur dossier hier à Périgueux


René Vincent, le président du Cerader Dordogne : « Si les chefs d'entreprise voient qu'ils sont poursuivis, ce sera le moyen pour qu'ils organisent enfin la protection des salariés. »


Malgré les conditions météorologiques, les deux bus affrétés par le Cerader (l'association d'aide aux victimes de l'amiante), qui ont relié Bergerac à Périgueux, hier en début d'après-midi, étaient pleins. Des malades et leurs familles ainsi que d'anciens salariés venus en nombre pour soutenir les six victimes de l'amiante qui présentaient leur dossier au tribunal des affaires de Sécurité sociale de Périgueux.

Il y avait le cas d'Alain Boulin. Ce Périgourdin de 61 ans est atteint d'un cancer pulmonaire. Il travaillait pour la société Veritas et sa mission consistait à vérifier les installations électriques. « Il croisait l'amiante un peu partout dans les fonderies, les hauts-fourneaux, les papeteries, les chaufferies de lycées », explique René Vincent, le président du Cerader Dordogne. « Il était en contact direct, et sans protection, avec des cellules de transformateurs où se trouve en quantité importante de l'amiante brûlé, ou encore des chemins de câbles qui en contenaient, assure encore René Vincent. Il n'a reçu aucune information là-dessus. »
Décision en délibéré
Guy Lepitre venait lui demander réparation pour les lésions et épaississements pleuraux dont il est atteint. « De 1965 à 1994, il a travaillé chez ArcelorMittal dans la Loire et a été exposé à l'amiante pendant toute sa carrière », indique le Cerader.
Décisions du tribunal sur ces deux cas ont été mises en délibéré. Quatre nouveaux dossiers ont également été présentés par l'association, mais leur examen a été renvoyé au 10 mai. Il y a ceux de Pascale Bergère et Jean-Jacques Gueguen, deux anciens de la Poudrerie de Bergerac. « Nous avons déjà beaucoup parlé de l'entreprise Sotech/Lescaut, précise-t-on au Cerader, car les salariés avaient la particularité d'aller faire des chantiers dans des sociétés où les matériels et les équipements contenant de l'amiante étaient monnaie courante. » Il y a aussi celui de Gérard Laugier, qui a été exposé, non à l'amiante, mais à la silice, en travaillant pour la Somafer.
82 personnes décédées

Enfin, il y a le dossier du Périgourdin Jean-Louis Chuche. Cet ancien employé d'Eurovia est décédé le 19 mars, à 53 ans, des suites d'un cancer broncho-pulmonaire. Pour toutes ces personnes, le Cerader demande la reconnaissance de leur maladie professionnelle et/ou la reconnaissance de la faute inexcusable.

« Cela permet aux malades ou à leur conjoint, si la personne est décédée, d'obtenir des indemnités financières. Mais en entamant systématiquement des procédures juridiques, notre objectif est de pouvoir un jour obtenir que les responsables, chefs d'entreprise, soient jugés au pénal », explique René Vincent. « Cela n'est encore jamais arrivé en France. »

Autre intérêt selon lui : « Si les chefs d'entreprise voient qu'ils sont poursuivis, ce sera le meilleur moyen pour qu'ils organisent enfin la protection de leurs salariés par rapport à l'amiante. »

En plus de dix ans d'existence, le Cerader Dordogne a constitué 280 dossiers d'anciens travailleurs malades de l'amiante. Parmi eux, 82 sont décédés, pour une moyenne d'âge de 63 ans. « Ces chiffres parlent d'eux-mêmes. La moyenne d'âge est particulièrement peu élevée », constate René Vincent.

 

 

20 MINUTES
07/02/2012

 

Les amiantés du Tripode exigent de l’État qu'il tienne sa promesse

 

« L'attente est l'un des moyens les plus efficaces pour démobiliser les gens. Il y a clairement une volonté de l'Etat d'enterrer les dossiers ». Près de sept ans après la destruction du Tripode à Nantes, les 1500 agents encore en vie et ayant travaillé dans ce bâtiment administratif bourré d'amiante ont réclamé hier le suivi médical qui leur a été promis. « Après s'être battu pour l'avoir, chaque agent a enfin reçu l'an dernier un courrier de son administration leur indiquant une convocation imminente pour une visite médicale suivie d'un scanner. Mais, depuis, plus de nouvelles! Nous voulons qu'un comité de pilotage interministériel se réunisse au plus vite et nous dise concrètement quand vont se dérouler les visites », exige l'intersyndicale des « amiantés ».


Près de 250 agents ont déjà bénéficié d'un scanner sur la base du volontariat. « On y a constaté 5 % de plaques pleurales et des syndromes respiratoires accrus. Ces résultats ont généré des demandes de reconnaissance de maladies professionnelles. Est-ce pour cela que l'Etat garde le silence? » L'intersyndicale réclame aussi le classement symbolique du Tripode en site amianté. « Seul ce classement permettrait aux gens malades de partir en pré-retraite amiante. » F.B

 

 

 

LE TELEGRAMME
10 février 2012

Côtes-d'Armor
Amiante. Deux ex-salariées attaquent Chaffoteaux

Atteintes d'un cancer, deux anciennes salariées de Chaffoteaux ont attaqué leur ex-employeur au tribunal de Saint-Brieuc. Le jugement est attendu début avril. D'ici là, d'autres ouvriers victimes de l'amiante pourraient les imiter.

Les similitudes sont frappantes. Odile et Françoise, 54 ans toutes les deux, sont entrées chez Chaffoteaux à quelques mois d'intervalle, en1976 et1977. Vingt ans plus tard, après avoir travaillé des années au milieu de poussières d'amiante, les deux femmes ont appris qu'elles étaient atteintes de la même maladie: un cancer broncho-pulmonaire. Quant à leur taux d'incapacité permanente, il est strictement identique: 67%. «Et nous avons la même cicatrice», ajoute Françoise qui, comme Odile, s'est fait enlever un «bout du poumon». Désormais obligées de passer un scanner de contrôle tous les six mois, les deux anciennes ouvrières ont décidé d'attaquer leur ancien employeur, «pour faute inexcusable». Hier, elles ont donc passé l'après-midi dans la salle d'audience du tribunal des affaires sanitaires et sociales de Saint-Brieuc. «C'est terrible d'être obligées de se justifier de quelque chose que nous avons subi», déplore Odile.

«Je n'ai pas choisi d'être malade à 50 ans»

À la barre, Me Quinquis, habitué de ce genre de dossier (son cabinet défend les victimes de l'amiante depuis vingt ans), déroule les arguments. Il y a d'abord la Caisse primaire d'assurance-maladie qui a conclu, après enquête, à des maladies professionnelles. Il y a également ces plaques pleurales, «marqueurs incontestables de l'exposition à l'amiante», présentes sur les corps d'Odile et Françoise. Il y a, enfin, la liste des entreprises ouvrant droit à l'allocation amiante, sur laquelle figure Chaffoteaux pour la période 1958-1996. «Ces deux femmes souffrent d'une pathologie gravissime et, aujourd'hui, elles ne sont pas sorties de la maladie», rappelle l'avocat. Sa consoeur de la partie adverse insiste, elle, sur le fait que les deux anciennes ouvrières ont fumé pendant des années et que leur maladie s'est déclarée très tôt. «Alors que les cancers liés à l'amiante apparaissent plutôt vers 60 ans ou 70 ans». «Moi, je n'ai pas choisi d'être malade à 50 ans», riposte, furieuse, Françoise, soutenue par une quinzaine d'anciens collègues.

«Il va y avoir d'autres dossiers»

Vers 17h, après s'être entendus signifier par la présidente du tribunal que le délibéré sera rendu le 5avril prochain, tous ressortent de la salle d'audience. Le moment choisi par Me Quinquis pour glisser un message aux anciens ouvriers. «Il va y avoir d'autres dossiers. Ce qui est important, c'est d'être groupés.Lorsque vous apprenez que vous ou l'un de vos anciens collègues est malade, vous disposez d'un délai de deux ans. Après, il est trop tard pour saisir le tribunal». Et à en croire les bénévoles de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante), les jugements risquent de se multiplier dans les mois et les années à venir dans les Côtes-d'Armor. «Ici, les gens ne sont pas encore autant informés que dans le Finistère. Mais entre Chaffoteaux, le Joint Français et les Forges et Laminoirs, des milliers de salariés ont été exposés à l'amiante».

Julien Vaillant

OUEST FRANCE

 

07 février 2012

 

Les espoirs déçus des « amiantés » du Tripode

 

L'intersyndicale était, lundi matin, devant des agents qui ont travaillé dans les locaux du Tripode.


Le suivi médical des agents exposés à l'amiante ne s'est pas concrétisé.« Veut-on enterrer le dossier ? » interroge l'intersyndicale.

Il y a de l'amertume et de la colère dans le ton des syndicalistes du Trésor public, de l'Insee et des Affaires étrangères. L'impression de ne pas peser bien lourd face à l'inertie de leur administration. Et une interrogation. « Sommes-nous confrontés à un calcul aussi sordide que cynique : pas de suivi médical, pas de pathologies, et donc pas d'indemnisation ? »

 

Lundi matin, l'intersyndicale organise une réunion d'information devant des agents « inquiets ». Ces fonctionnaires ont travaillé dans les bureaux du Tripode, dans l'île Beaulieu. Floqué à l'amiante, l'immeuble a été détruit le 27 février 2005. Actif ou retraités (60 %), 1 500 fonctionnaires restent concernés par les suites éventuelles d'une exposition à l'amiante. Marqué d'avancées et de reculs, leur combat dure depuis plus de trente ans.

 

Interpeller les candidats

 

En septembre, ils ont reçu une lettre du secrétaire général de Bercy annonçant des visites médicales, et les invitant à y répondre. « Nous pouvions espérer, enfin, un déblocage de décisions qui remontent à 2009... Depuis il n'y a eu aucune convocation. Rien, c'est le vide total. Une fois encore, l'affichage n'est pas suivi d'effet. C'est comme si on voulait enterrer le dossier, nous décourager. Faire attendre, c'est le meilleur moyen de démobiliser les gens », affirment les représentants de quatre syndicats (CFDT, CGT, FO, Solidaires).

 

L'intersyndicale demande l'organisation, très rapidement, d'un comité de pilotage interministériel. « Il faut qu'en haut lieu, on arrête de se renvoyer la balle, et qu'on nous dise comment va s'organiser concrètement le suivi médical. »

 

Elle va aussi interpeller candidats à l'élection présidentielle et parlementaires. « Nous voudrions qu'ils s'engagent sur le classement du Tripode comme site amianté. Cela garantirait l'accès à la préretraite amiante, et faciliterait le suivi médical. »

 

Enfin, l'intersyndicale entend bien marquer le septième anniversaire de la destruction de l'immeuble.

 

À sa manière, c'est-à-dire à l'extérieur des locaux, et de façon symbolique.

 

« On ne se bat pas seulement pour les anciens occupants du Tripode, font remarquer les syndicalistes. « Derrière, c'est le dossier de l'amiante en France, une question en recul aujourd'hui. Il n'y a pas de volonté de clore le dossier dans de bonnes conditions. Le Tripode est un symbole. »

 

Marc LE DUC

CORSE MATIN

09 février 2012
 
Amiante: le respect des règles en débat devant la justice

C'est ès qualités qu'un inspecteur du travail a déposé, devant la chambre civile du tribunal de grande instance de Bastia, un recours en référé contre un projet immobilier à Bastia. Un projet de construction de trois immeubles dans le quartier de l'Annonciade sur des terrains amiantifères, ce qui est d'ailleurs le cas de la quasi-totalité de la vallée du Fango.

Cette caractéristique, étant donné les risques que fait peser l'amiante sur la santé, implique de la part des constructeurs qu'ils prennent des mesures de prévention vis-à-vis des ouvriers devant travailler sur le chantier.

L'inspecteur du travail Patricia Burdy a ainsi assigné la SCI (société civile immobilière), maître d'ouvrage du projet de résidence « Mandevilla », dont les travaux, aujourd'hui suspendus, devaient débuter le 1er février, car elle considère qu'il y a, malgré les obligations édictées par le code du travail, des « absences et des insuffisances dans le plan général de coordination ». Un document où doit être évalué le risque amiante et où doivent être inscrites par le maître d'ouvrage les sujétions qui s'appliqueront aux entreprises devant intervenir sur le chantier. Lors de l'audience d'hier, présidée par Françoise Bardoux, et durant laquelle le TGI a examiné cette action au civil, l'inspectrice du travail a expliqué avoir saisi le tribunal au regard de la prévention des maladies professionnelles liées à l'inhalation d'amiante lors des travaux de terrassement qui doivent ici durer au minimum six mois. « Le premier coup de pelle dans les roches va dégager des fibres d'amiante », souligne Patricia Burdy, en montrant à l'appui de son argumentation des photos du site où doit avoir lieu le chantier.

La fonctionnaire de l'unité territoriale de Haute-Corse de la Dirrecte* pointe également du doigt « le non-respect par le maître d'ouvrage de l'obligation qui lui incombe à savoir de prévoir toutes les sujétions liées aux risques encourus par les ouvriers. Il doit ainsi mettre en œuvre un système de prévention qui doit être adapté aux besoins de chaque entreprise et qui doit harmoniser les plans de sécurité des différents intervenants. »
« Or, par exemple, les vestiaires de décontamination sont certes prévus dans le plan mais, en l'état actuel, ils ne répondent pas encore aux caractéristiques nécessaires. »

L'inspecteur du travail demande par ailleurs que le maître d'ouvrage effectue des mesures tests afin d'analyser le taux de fibres d'amiante qui pourront être présentes dans l'air au moment des travaux et qu'il les transmette au tribunal dix jours avant le début du chantier.

Jugement mis en délibéré au 15 février

Patricia Burdy a rappelé que cette procédure judiciaire, fait rare, « vise non pas les entreprises qui vont intervenir sur le chantier mais le maître d'ouvrage ». Et a ainsi « valeur d'exemple car les maîtres d'ouvrage ont trop souvent tendance à transférer leurs responsabilités sur les entreprises ».

« Cette procédure est peu utilisée et si elle l'est ici, c'est parce qu'il y a un danger évident et manifeste et un caractère d'urgence résultant de l'existence de ces risques. »

Le but de ce recours est donc « d'obtenir un maximum de garanties pour que ce chantier se déroule en toute sécurité ».

Représentant les intérêts de la SCI « Mandevilla », Me Jean-Pierre Poletti a fait part, sur la forme, du mea culpa de son client dans la mesure où celui-ci « reconnaît ne pas avoir communiqué les documents requis ». Et affirmé que « le chantier ne débutera pas tant que ces documents n'auront pas été donnés ».

Son démarrage est donc différé pour une durée pour l'instant inconnue mais l'avocat fait remarquer que son client, qui, au regard de cette procédure inhabituelle, fait figure de « promoteur pilote », « aimerait disposer du temps suffisant pour pouvoir s'organiser » et ce, en raison de l'impact financier de ce retard.

Dès lors, Me Poletti a proposé au tribunal d'interdire le démarrage du chantier jusqu'à ce qu'il soit autorisé par une ordonnance de référé lors d'une prochaine audience où l'avocat reviendra avec les documents demandés. Ce qui pourra donner lieu à un débat entre les parties sur « le caractère pertinent ou non » de ce recours de l'inspection du travail dont le positionnement,souligne-t-il,est parfois extrêmement strict ». L'inspecteur du travail a accepté cette proposition tout en émettant des réserves.

Le tribunal de grande instance, dont l'audience a été suivie avec intérêt par une représentante de l'association de protection de l'environnement U Levante, rendra sa décision le 15 février.

* Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.

 

 

L'AISNE NOUVELLE

09 février 2012

Une nouvelle étape dans leur combat

Les anciens salariés de Nexans et Essex qui réclament des indemnités s'étaient rendus une première fois devant le conseil des prud'hommes le 15 septembre dernier.

CHAUNY - Les anciens salariés de Nexans et d’Essex sont ce matin devant le conseil des prud’hommes pour demander des indemnités.

Leur action fait suite à leur licenciement et à leur exposition à l'amiante. L'audience de conciliation ayant échoué le jeudi 15 septembre, ce sont désormais les avocats des trois parties qui vont plaider devant les juges des Prud'hommes de Laon.

L'avocat des ex-salariés de Nexans et Essex Me Philippe Brun va contester les faibles mesures qui ont accompagné les licenciements abusifs des 220 salariés de Nexans - «L'entreprise a manqué à ses obligations en matière d'indemnités et de reclassement interne et externe, elle est très loin du minimum légal » - et des 100 employés d'Essex, il invoquera aussi le « préjudice d'anxiété », compte-tenu que beaucoup d'entre eux ont été exposés à l'amiante durant leur carrière : « là-aussi, les deux entreprises n'ont pas respecté la loi sur le suivi médical et les indemnisations des salariés exposés. »

La bataille des arguments

« Les Essex sont attendus à 9 heures et les Nexans à 10 h 30, ce sera l'heure des plaidoiries. C'est pourquoi je vous demande de me fournir tous les justificatifs et autres attestations de travail ou non et d'exposition à des produits dangereux, comme l'amiante », avait demandé le 15 septembre Me Nathalie Campagnollo, associée de Me Brun. Pour les deux avocats, le dossier ne présente pas de difficultés particulières, mais c'est sans compter la défense des deux puissants groupes industriels, rompus à ce genre d'exercice : « Nexans et Essex ont parfaitement rempli leurs obligations, au-delà des mesures prévus dans le code du travail...»
Le combat ne fait que commencer, le jugement sera vraisemblablement rendu au printemps, avant très certainement un renvoi devant la cour d'appel d'Amiens.

 

ESPACE INFIRMIER.COM

 

Amiante à l’hôpital : l’inquiétude couve toujours à l’AP-HP


Quelques mois après la mise en examen de plusieurs anciens responsables de l’hôpital Saint-Louis pour mise en danger de la vie d’autrui, blessure et homicide involontaires, l’AP-HP a demandé, début janvier, sa mise en examen, afin d’avoir accès au dossier en cours.


Début janvier, l’AP-HP a demandé sa mise en examen en tant que personne morale, dans l'enquête ouverte en 2008 sur les conséquences sanitaires de la présence d'amiante dans les hôpitaux parisiens. Etonnant ? Pas tant que ça. D’une part parce que, si elle est acceptée par la juge d’instruction chargée de l’affaire, cette demande permettra en effet aux Hôpitaux de Paris d’avoir accès au dossier. D’autre part, parce qu’une mise en examen « en tant que personne morale » engagerait la responsabilité éventuelle de l’institution plutôt que celle de ses directeurs. « L’avantage de cette stratégie, c’est que les sanctions pénales des personnes morales sont quasiment inexistantes », remarque Michel Parigot de l’Andeva (Association nationale des victimes de l’amiante), ancien conseil des syndicats dans l’affaire de l’amiante. « Cela ne fait pas l’ombre d’un doute, continue-t-il, à l’AP-HP, il y a eu des retards pour protéger les salariés, comme c’est le cas malheureusement dans beaucoup d’autres bâtiments publics ou privés. » La direction de l’AP-HP estime de son côté qu’elle « a entrepris le maximum de ce qu’elle pouvait faire, dans le respect des contraintes qui s’imposaient à elle », faisant notamment référence au plan d’action visant à garantir la maîtrise du risque, adopté à l’unanimité en 2005 par le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’institution.

Les représentants des salariés dénoncent l’omerta
C’est suite à la plainte déposée en 2007 par la CGT de l’hôpital Saint-Louis pour manquement de la direction à ses obligations de désamiantage qu’une instruction judiciaire a été ouverte en 2008 par le pôle de santé publique du Tribunal de Grande Instance de Paris. Les CHSCT locaux ayant alerté sur la présence d’amiante dans d’autres hôpitaux, la juge a étendu son enquête à l’ensemble des établissements de l’AP-HP. Au début du mois de janvier dernier, d’autres mises en examen de directeurs étaient pressenties. « Mais on ne sait pas qui, quant et comment », déplore Nathalie Marchand, secrétaire général du CHSCT de Saint-Louis. « C’est l’omerta la plus complète dans cette affaire, nous demandons en vain des informations », s’indigne une représentante des salariés au CHSCT central. Le directeur des ressources humaines de l’AP-HP, Christian Poimboeuf, a beau assurer « qu’il n’y a plus aucun risque amiante dans les établissements », l’inquiétude est là. Et l’objectif du lancement par l'AP-HP, à l’automne dernier, d’un vaste audit sur l’amiante, officiellement pour s’assurer du respect du plan d’action de 2005, laisse certains songeurs.

132 victimes de la fibre cancérigène
Une nouvelle enquête de la DGOS est par ailleurs également en cours sur l’ensemble des établissements de la FHP, visant à dénombrer le nombre total de victimes. A l’heure d’aujourd’hui, d’après la direction de l’AP-HP, le nombre de victimes de l’amiante à l’AP-HP se chiffre à 132 personnes. Mais les maladies liées à la fibre cancérigène pouvant apparaître trente à quarante ans après l’exposition, certains craignent que le chiffre ne gonfle dans les années à venir. De nombreux autres hôpitaux français sont d’ailleurs concernés par l’amiante. Selon la dernière enquête de la DGOS sur le sujet, plus de soixante établissements avaient enregistré en 2005 des déclarations de maladies liées à l’amiante. Parmi eux : le CHU de Caen, l’un des hôpitaux alors les plus amiantés du pays. Là encore, une information judiciaire a été ouverte fin juillet 2009 contre x, pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui. Affaire à suivre…

Joëlle Maraschin

 

 

OUEST FRANCE

04 février 2012


Le collectif amiante a décidé de passer à l'action - Dives-sur-Mer

 

Incompréhension, indignation et colère, le collectif amiante de l'ancienne usine Tréfimétaux a décidé de passer à l'action. Jeudi après-midi, le ton est monté à l'occasion de leur assemblée générale .

Connu pour son franc-parler, Jean-Pierre Rocard, le président, n'a pas mâché ses mots. La première salve a été pour reprocher à certains membres du collectif « de ne pas être présents à nos côtés pour continuer l'action. Ils ont été bien contents, pour certains, d'avoir eu gain de cause. »

 

Distributions de tracts

Aux conseillers municipaux de la commune : « Combien étaient-ils à la réunion publique du 18 novembre dernier ? » s'interroge-t-il. Aux élus bas-normands, il apprécie leur signature au bas d'un texte transmit au ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, qui demande que l'établissement divais soit placé sur la liste des établissements ouvrant droit à l'allocation de la cessation anticipée d'activités des travailleurs de l'amiante ainsi que le départ effectif en retraite pour les salariés ayant déposé une demande de départ anticipé en mars 2007 ayant à l'époque reçue une réponse positive. Mais « pourquoi ne sont-ils pas ici cet après-midi ? »

 

Le président s'est montré virulent envers la députée Nicole Ameline. Dans une lettre ouverte, il lui demande de respecter ses engagements oraux et signés.

 

Exemple : le 27 juillet 2009, « l'annulation de l'arrêté prive quelques salariés des droits pourtant acquis. »

 

Quelques propos de la députée font bondir le président. « Je cite Mme Ameline : « Une de mes priorités est le redressement des finances publiques ». Or on lui demande depuis longtemps qu'elle intervienne pour que les sommes versées par le Fonds d'indemnité amiante et la CPAM, aux victimes de l'amiante, effectuées avec des deniers publics, soient récupérées auprès des employeurs. »

 

Le collectif a décidé de passer à l'action : distribution de tracs sur les marchés de la région et au péage de Dozulé ; manifestation à la préfecture et au conseil général, blocage de la permanence de la députée, demande à Nicole Ameline, un face à face médiatisé et annonce « que partout où elle sera en campagne électorale, nous l'interpellerons publiquement ».

 

LE JOURNAL DE L'ENVIRONNEMENT

07 février 2012

 

Déchets

 

2011, année record pour la démolition des navires

 

Stéphanie Senet


Selon le dernier rapport de l’association Robin des bois, qui milite contre l’exportation des déchets dans les pays en voie de développement, 1.020 navires sont partis à la casse en 2011. Un nouveau record pour la démolition des navires, qui avait atteint un premier plafond en 2009 avec 1.006 navires.
Le marché de la démolition est en plein essor au niveau mondial. Par rapport à l’année précédente, il a enregistré une croissance de 7% en nombre de navires et même de 27% en tonnage de métal recyclé.
Cette hausse des volumes s’explique par la taille de plus en plus grande des navires démolis. Selon Robin des bois, on a dénombré 268 navires de plus de 200 mètres en 2011 contre 168 seulement en 2010. 24 navires de plus de 300 mètres sont également partis à la casse, dont une majorité de Very Large Crude Carrier (VLCC) à double coque, des pétroliers géants pouvant transporter entre 150.000 et 320.000 tonnes de pétrole brut.
L’âge moyen d’un navire partant à la déconstruction reste stable: 30 ans. La fourchette s’étend toutefois entre 9 ans pour un transporteur de marchandises accidenté et 70 ans pour le Sperry, un navire d’assistance aux sous-marins de l’US Navy.
En termes d’usage, ce sont les vraquiers qui sont le plus partis à la casse (33%), devant les transporteurs de marchandises diverses (23%), les tankers (20%) et les porte-conteneurs (5%).
Sans grande surprise, la déconstruction se focalise en Asie. L’Inde détient la première place, pour la 4e année consécutive. Ce score concerne aussi bien le nombre d’unités (458 au total) que le tonnage de métal ferraillé (3,5 Mt). Derrière ce géant de la déconstruction, se trouve le Bangladesh, malgré l’interdiction des échouages pour démolition, décrétée pendant la moitié de l’année. La liste se poursuit avec la Chine, le Pakistan, la Turquie et les Etats-Unis.
Outre-Atlantique, le démantèlement touche principalement les vieilles coques des flottes de réserve. Les Etats-Unis continuent d’expédier l’essentiel de leurs vieux navires marchands en Asie. Selon Robin des bois, cette pratique est favorisée par le changement d’autorité de contrôle. En effet, ce n’est plus l’Agence américaine de l’environnement (Environmental Protection Agency) qui surveille l’exportation des matières dangereuses mais l’administration maritime, apparemment plus laxiste.
A l’exception de la Belgique et du Danemark, l’Europe patine quant à elle en matière de déconstruction. Elle est toutefois active dans l’exportation d’épaves puisque 36% des navires déconstruits en 2011 battaient pavillon européen ou appartenaient à des armateurs établis dans l’Union européenne ou dans l’Association européenne de libre-échange (Aele).
Les prix d’achat des vieux navires fluctuent selon les régions: de 475 à 500 dollars (360 à 380 euros) la tonne en Inde, de 400 à 430 $ (300 à 330 €) en Chine, 330 $ en Turquie (250 €), environ 200 $ en Turquie ou aux Etats-Unis (environ 150 €).
Au total, la déconstruction de navires a représenté 8 Mt de métal ferraillé en 2011.

(1) http://www.robindesbois.org/dossiers/demolition_des_navires/a_la_casse_26.pdf

97,3 (Canada)
09/02/12

Mine Jeffrey veut contrer les impacts d'un reportage

jean-Hugo Savard

(RÉGIONAL) Les dirigeants de Mine Jeffrey d’Asbestos ont envoyé une lettre à tous les députés et sénateurs à Ottawa pour contrer l’impact d’un reportage de la CBC, diffusé la semaine dernière. Ce reportage sera d’ailleurs le sujet de l’émission Enquête de Radio-Canada, ce soir (jeudi). Celui-ci comprend plusieurs critiques de spécialistes à l’endroit de l’Université McGill. Selon eux, l’établissement d’enseignement a cautionné des recherches sur l’amiante payées par l’industrie.

Le porte-parole de Mine Jeffrey, Guy Versailles, a indiqué dans une lettre qu’aucun nouveau cas de maladie, liée au chrysotile, n’a été reconnu chez les travailleurs embauchés pour travailler à Asbestos et Thetford Mines depuis 1975. Le Dr Fernand Turcotte s’oppose ouvertement à l’ind
ustrie de l’amiante. Il estime que la lettre de M. Versailles contient une macédoine habilement mélangée de vrai et de faux dont l’objet est d’étourdir le lecteur puis d’engourdir les sentiments de culpabilité.

 

 

LA PRESSE.CA (Canada)

09 février 2012 à

McGill prise à témoin par Mine Jeffrey

La controverse de l'amiante
C'est encore McGill qui est prise à témoin dans le débat sur l'amiante dans la lettre rédigée par Guy Versailles, porte-parole de Mine Jeffrey.

L'entreprise qui veut relancer la mine d'amiante Jeffrey a écrit à tous les députés et sénateurs à Ottawa pour tenter de contrer l'impact d'un reportage diffusé la semaine dernière à la CBC.
Ce reportage est diffusé ce soir en version française à l'émission Enquête. Plusieurs critiques y sont adressées à l'Université McGill pour avoir cautionné des recherches sur l'amiante payées par l'industrie.
Et c'est encore McGill qui est prise à témoin dans le débat sur l'amiante dans la lettre rédigée par Guy Versailles, porte-parole de Mine Jeffrey.
«Les tuyaux de chrysotile-ciment sont utilisés à l'heure actuelle dans plusieurs chantiers, écrit M. Versailles. Ils sont présentement en train d'être installés dans le nouveau Centre universitaire de santé McGill, le mégachantier de construction de l'hôpital universitaire.»
Les tuyaux en amiante-ciment (ou chrysotile-ciment) sont en effet employés au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) pour l'évacuation des eaux de pluie. Cette pratique est dénoncée par les opposants à l'amiante, qui rappellent que l'Organisation mondiale de la santé préconise le remplacement de l'amiante par d'autres produits chaque fois que c'est possible.
En entrevue à La Presse, M. Versailles affirme que l'amiante «n'est pas le produit démoniaque que les opposants aiment décrire».
Il reconnaît que McGill est une bonne carte de visite, mais assure que c'est complètement fortuit. «Je ne savais pas que le CUSM avait des tuyaux en amiante, dit-il. Je l'ai appris dans La Presse. Il n'y a pas de complot là-dedans. C'est un produit que les plombiers connaissent très bien, qui est régi par des normes et qui, une fois qu'il est installé, est parfaitement inoffensif.»
Dans sa lettre, M. Versailles dit que l'industrie réussit à utiliser l'amiante de façon sûre. Il affirme entre autres qu'«aucun nouveau cas de maladie liée au chrysotile n'a été reconnu chez les travailleurs embauchés pour travailler à Asbestos et à Thetford Mines depuis 1975». Il dit tenir cette information de sources dans l'industrie.
«Le problème est que l'information est probablement inaccessible du fait qu'elle appartient [aux entreprises]», rétorque le Dr Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique à l'Université Laval.
Selon le Dr Turcotte, la lettre de M. Versailles contient «une macédoine habilement mélangée de vrai et de faux dont l'objet est d'étourdir le lecteur et d'engourdir les sentiments de culpabilité».
M. Versailles se veut aussi rassurant sur les projets de Mine Jeffrey, qui «ne vendra ses produits qu'à 20 à 25 entreprises responsables qui se conforment aux normes d'utilisation sécuritaires canadiennes».
«Nos collègues de l'Inde, de la Corée et de l'Indonésie nous assurent que ce qu'annonce ce document n'est pas applicable dans leur pays», dit M. Turcotte.
Source Danielle GAUTIER
 

Publié dans AMIANTE

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T
Comme tu as pu le voir Gérard, j'ai repris ton commentaire sous forme d'article.
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T
@Patrice, il est évident que condamner de gros capitalistes dans ces dossiers amiante, aurait un formidable impact parmi les travailleurs qui sont nombreux à être atteints ou risquant de l'être par<br /> ce terrible fléau, qui incombe aux milliardaires qui s'enrichissent toujours plus en mettant en danger la vie des salauds de pauvres qui ne comptent pas pour les truands du patronat.
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G
Un peu hors sujet, mais informations très importantes<br /> <br /> Les Unions Locales FO, CGT, CFDT, CFTC et FSU de Saint-Nazaire et Région se sont rencontrées les 6 et 8 Février 2012. Ensemble, elles constatent les ravages des politiques d’austérité menées au nom<br /> de la « réduction des déficits et de la dette », impulsées et mises en œuvre par tous les gouvernements européens et le patronat. Leur objectif commun est l’abaissement du coût du<br /> travail.<br /> Le recours, par le patronat, à la sous-traitance en provenance de pays à bas coûts salariaux s’inscrit lui aussi dans cette logique destructrice pour les travailleurs, leurs rémunérations et<br /> conditions de travail.<br /> Les Unions Locales FO, CGT, CFDT, CFTC et FSU dénoncent la Direction de STX France qui pratique largement cette politique de sous-traitance. Début 2012, les chiffres parlent d’eux-mêmes :<br /> environ 30% des salariés de la sous-traitance viennent de pays à bas coûts salariaux !<br /> Les conséquences sont désastreuses pour les salariés de la sous-traitance locale et risquent de déstabiliser le Chantier Naval !<br /> Aujourd’hui, 3 entreprises sous-traitantes historiques de la Navale sont dans la tourmente. Ce sont plus de 200 familles concernées :<br /> SMCO : mise en redressement judiciaire, 82 salariés sont menacés de licenciements,<br /> SMCN : 9 licenciements déjà effectués, 42 salariés sont menacés,<br /> BAUDET : mise en redressement judiciaire également, 92 salariés sont menacés de licenciements.<br /> Cela suffit ! C’est scandaleux et intolérable !<br /> Les Unions Locales FO, CGT, CFDT, CFTC et FSU appellent ensemble tous les salarié(e)s de la région nazairienne :<br /> A cesser le travail et à manifester massivement,<br /> le 14 Février 2012 à 10h00<br /> Départ devant le Chantier Naval (Terre plein de Penhoët)<br /> en direction de la Sous-préfecture<br /> Pour exiger tous ensemble : Pas un seul licenciement et suspension immédiate de tous les plans sociaux !<br /> <br /> Saint-Nazaire, le 8 Février 2012
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P
si le tribunal italien va au bout de ce procès, ce sera la première fois que les plus hauts capitalistes et non de simples lampistes (comme en France, où il y a eu quelques condamnations avec<br /> sursis de quelques directeurs) seront condamnés<br /> <br /> l'évènement serait considérable !
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J
Il faut faire connaître ces histoires d'amiante et dénoncer sans cesse le patronat qui est responsable de ces situations dramatiques.
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