LES AMIS DE KARL MARX : LES SCOP : UNE ISSUE A LA CRISE ?

Publié le par Tourtaux

 

Dimanche 23 septembre 2012

 

« Des bateaux, j'en ai vu beaucoup, mais le seul qui ait tenu le coup...c'est celui des copains d'abord » chantait Brassens.

 

Et les arguments ne manquent pas pour s'embarquer sur le même navire : Il vaut mieux être entre copains dans la tempête, y'en a marre des patrons qui licencient, qui cassent, qui spéculent. On va mener nos affaires, nous mêmes. On finance mais on choisit le cap. Et pas question de marner comme à l'usine. Chefaillons, cadences infernales, gâchis, pointeuses...tout ça par dessus bord !

 

Et la propagande quotidienne de la Télé et des journaux de fonctionner « en avant toute ! » : Patrons et ouvriers affrontons la concurrence et la compétitivité. Il y a toujours une issue sous le capitalisme. Ne faites pas de politique, faites votre entreprise, dit la bourgeoisie aux ouvriers.

 

Mais, y a-t-il vraiment de quoi être si enthousiaste ? Qui gagne ? Qui perd ?

 

UN PEU D'HISTOIRE

 

Les SCOP sont nées après la Révolution de 1848. En 1900, la France en compte 250. Le mouvement se développe en 1936 et après la guerre et ces SCOP sont 650 en 1979. Mais c'est surtout l'entrée du capitalisme en crise dans les années 1980 qui voit leur nombre augmenter. En effet dans pas mal de PME en difficulté, faute de repreneur, ce sont les salariés qui poursuivent l'activité de l'entreprise sous forme de SCOP. Certains « restructurés » et jetés sur le pavé, tentent l'aventure de la SCOP : « Faut bien essayer quelque chose pour s'en sortir ! » En 2010, la France en compte 2000, employant plus de 40 000 salariés.

 

LES BEAUX PRINCIPES ET LA REALITES DES CHOSES :

 

Après avoir déclaré vouloir réduire les différences entre les manuels et les intellectuels, s'attaquer à la division du travail dans l'entreprise, donner à tous des possibilités de promotion, de formation, substituer à une discipline de production imposée, une organisation de travail décidée ensemble et adaptée aux besoins du groupe, les coopérateurs ont été contraints de s'auto-exploiter pour naviguer dans la compétitivité

 

Le rafiot des copains a sombré et depuis, ce sont les marins qui rament pour les officiers !....

 

Une couche de gestionnaires a restauré ce qui avait été abandonné sur le port, le temps d'un départ, en imposant le mot d'ordre : Compétition d'abord, coopération ensuite. La pression extérieure l'oblige, comme le rapport aux banques, l'évolution du marché, des produits...

 

Force nous est de constater que dans le cadre du capitalisme, les contraintes du système sontles mêmes pour toutes les entreprises, autogérées ou pas.

 

Les grands groupes industriels cherchent à mettre la main sur les marchés locaux et étranglent la sous traitance, les PME, dont les SCOP.

 

Soumises à une telle concurrence, entièrement dépendante du bon vouloir de ses clients, la SCOP est obligée d'adapter une division du travail poussée à l'extrême et ne laisse aucun moyen en temps pour modifier quoi que ce soit.

 

Sur la marché capitaliste, il y a de multiples produits communs. Le consommateur achète le moins cher possible. Aussi pourvendre pas cher, il faut fabriquer pas cher. Cela veut dire réduire au maximum le coût de production. Chacun sait comment : restructurer, augmenter les cadences, baisser (ou geler) les salaires, précariser les ouvriers et les mettre en concurrence dans une même boite par des augmentations individuelles, employer des auxiliaires...Comme il faut toujours aller plus vite, passer le moins de temps possible pour fabriquer un produit, les ouvriers courent après la montre, rivés à leur machine.

 

Bien qu'elles s'en défendent, les SCOP ne peuvent que recréer des couches aux intérêts différents : Ceux qui exécutent et ceux qui dirigent en se comportant comme n'importe quel patron.

 

A tout cela, il faut ajouter que contrairement au mythe soigneusement entretenu de gouvernance démocratique de la SCOP, la réalité est bien loin de cet idéal, car les SCOP, sauf exception, reproduisent le schéma classique des entreprises avec leurs responsables, certes élus, mais qui au fil des ans deviennent de véritables « managers ».

 

Le syndicalisme y est pratiquement inexistant, voire combattu, sous le faux prétexte que le pouvoir de décision « appartient à tous ! »...Dans la plupart des SCOP, les travailleurs s'isolent de l'organisation et du combat du monde du travail pour l'amélioration de ses conditions de vie. Ils s'imaginent pouvoir ainsi échapper à la crise.

 

Pourtant la SCOP ne les protégera pas de la situation économique et rester seul dans son coin, avec ses propres problèmes n'est pas une solution.

 

FAUT-IL CONDAMNER LES SCOP ?

 

Forme de propriété en système capitaliste qui peut présenter, parfois, quelques avantages pour les salariés, la SCOP est un modèle d'entreprise qui peut parfois marcher surtout pour des petites entités, situées dans des niches commerciales. Des expériences historiques ont illustré comment des salariés pouvaient gérer mieux que des patrons des entreprises et établir d'autres formes de relations au travail.

 

Mais la pression capitaliste ne leur laisse pratiquement plus de place et la logique d'auto-exploitation prévaut sur l'utopie et l'illusion.

 

Les SCOP ne doivent pas constituer un leurre pour esquiver la nécessité de rupture, de remise en cause globale de la propriété privée des moyens de production et d'échange du pouvoir capitaliste.

 

La classe ouvrière ne sortira pas de la crise en contournant les vrais problèmes mais en les attaquant, elle-même, de front !

 

Boucau le 21/09/2012

Cet article est largement inspiré du débat que l'on peut retrouver sur le site "PARTISAN" de VOIE PROLETARIENNE.

Publié dans Lutte des classes

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Tourtaux 24/09/2012 19:40

Txakal, je suis d'accord avec ton analyse. Une coopérative sera toujours l'ennemie du capitalisme donc, il n'y a pas d'autre alternative que celle de se révolter.

Tourtaux 24/09/2012 19:12

Les AKM ont vraiment une superbe bannière avec deux grandes figures légendaires du communisme.

Txakal 24/09/2012 19:09

Il n'y a qu'à voir ce qui est advenu des fameuses coopératives de Mondragon (Arrasate, en basque) qui furent un temps "l'Etoile du Nord" de beaucoup de révolutionnaires.
Dans le système capitaliste, ces coopératives, Fagor en tête, sont devenus des monstres capitalistes,(efficacité, rentabilité, compétition, productivité...) même si ce sont les salariés qui
orientent et commandent..
Dans le capitalisme, point de salut!
dans le capitalisme, ce sera toujours la course à l'inaccessible 'avoir toujours plus', aux dépens de la qualité de vie et des relations humaines.

Babeuf 24/09/2012 13:37

Magnifique illustration d'une classe ouvrière en lutte et des deux prestigieux dirigeants communistes Marx et Lénine.