REACTION DE BAPTISTE TALBOT, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT SERVICE PUBLICS CONTRE LA MONTEE DE LA PRECARITE DANS LA FONCTION PUBLIQUE

Publié le par Tourtaux

Social-Eco - le 31 Août 2010

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CGT services publics. Baptiste Talbot «Il faut pénaliser le recours aux non-titulaires»

Secrétaire général de la CGT services publics, Baptiste Talbot réagit à la montée de la précarité dans la fonction publique.

Les effectifs de la fonction publique stagnent en 2008 pour la première fois depuis trente ans, ceux des collectivités territoriales ont continué de croître (+ 69 000 emplois). Le bilan montre aussi que la fonction publique territoriale affiche la part la plus élevée d’agents non titulaires : plus d’un sur cinq. Quels commentaires cela vous inspire-t-il ?

Baptiste Talbot. On se félicite que la dynamique de l’emploi dans la territoriale se poursuive en 2008, alors que nous étions déjà sur des politiques de l’État visant à restreindre le financement des collectivités. Cela nous semble être un signe de vitalité de la démocratie locale, de reconnaissance des besoins sociaux existants. Cela se comprend aussi au vu de l’augmentation de la population. S’agissant des non-titulaires, ils représentent en effet un taux important et anormal de l’emploi dans la fonction publique territoriale, de l’ordre de 20 %. C’est une situation que la CGT continue de dénoncer. Nous pensons que les possibilités de recours au non-titulariat mises à disposition des élus locaux sont beaucoup trop importantes, et qu’en plus, il y a des abus. Ce qui est frappant, cependant, c’est qu’il y a une stabilité depuis dix ans de la proportion de non-titulaires dans la fonction publique territoriale. La nouveauté, c’est la forte hausse du pourcentage de précaires depuis dix ans dans les fonctions publiques d’État (de 12 % à 14 %) et hospitalière (de 9 % à 14 %). Entre 2007 et 2008, l’État supprime 70 000 postes (dans la fonction publique d’État, NDLR), mais il « réussit » à y créer malgré tout 12 000 emplois supplémentaires d’agents non titulaires ! Alors qu’il se veut un gestionnaire vertueux, l’État est en train de démontrer qu’on peut à la fois baisser les effectifs et développer la précarité. Il faut se rappeler que, pendant toute une période, on nous a expliqué qu’en coupant dans les moyens et en baissant le nombre de postes, on allait améliorer, et la rémunération et la qualité des emplois, et donc éventuellement réduire la précarité.

Être non titulaire, qu’est-ce que cela représente, socialement, pour les agents ?

Baptiste Talbot. Cela signifie généralement qu’on est nettement moins payé, à qualification comparable. L’écart salarial moyen titulaire non titulaire avoisine les 20 %, d’après une étude officielle de l’Insee (Insee Premières n° 1108, 2006).

Le rapport tend à relativiser le problème du non-titulariat, en relevant que, dans la territoriale, ce recrutement répond souvent à des besoins occasionnels ou saisonniers…

Baptiste Talbot. On a du mal à croire qu’un emploi sur cinq corresponde à de telles situations. De toute évidence, il y a une précarité structurelle qui est voulue par les employeurs publics, comme un outil de flexibilité.

Quelle incidence le recours aux non-titulaires a-t-il sur le service rendu ?

Baptiste Talbot. Dans la fonction publique territoriale où il y a un lien très fort entre l’administration et le politique, le fait qu’il y ait un volant de non-titulaires important peut être un danger pour le citoyen en termes d’égalité du service rendu. L’agent non titulaire est, par définition, plus exposé aux pressions politiques et partisanes qu’un titulaire.

Quelles revendications défendez-vous ?

Baptiste Talbot. Il y a nécessité, d’abord, d’un plan de titularisation des non-titulaires en place, et il faut restreindre de manière drastique le robinet. Nous sommes même pour des mécanismes de pénalisation financière au-delà d’un certain taux de non-titulaires dans les collectivités, et plus largement dans les différents établissements publics, y compris dans les fonctions publiques d’État et hospitalière.

Entretien réalisé par Yves Housson

Publié dans Politique

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