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les ameriques

DISCOURS DE RAUL CASTRO AU 3ème SOMMET DE LA CELAC : DEVELOPPER L'UNITE DANS LA COHESION ET LE RESPECT DES DIFFERENCES RESTERA NOTRE PREMIER OBJECTIF ET UNE NECESSITE INCONTOURNABLE

Publié le par Tourtaux

n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 29 Janvier 2015

 

 

Développer l’unité dans la
diversité, l’action dans la cohésion et
le respect des différences restera notre premier objectif et une nécessité incontournable

 • Discours du général d’armée Raul Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste cubain et président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, au 3e Sommet de la CELAC, au Costa Rica, le 28 janvier 2015, « Année 57 de la Révolution »

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)

CHER président Luis Guillermo Solis,

Chers chefs d’État ou de gouvernement d’Amérique latine et des Caraïbes,

Chers chefs de délégations et invités qui nous accompagnez,

Notre Amérique s’est engagée dans une époque nouvelle et a progressé depuis la création de la Communauté des États latino-américains et caribéens, dans ses objectifs d’indépendance, de souveraineté sur les ressources naturelles, d’intégration, de mise en place d’un nouvel ordre mondial, de justice sociale et de démocratie du peuple, par le peuple et pour le peuple. L’engagement envers la justice et le droit des peuples est supérieur aujourd’hui à celui de n’importe quelle autre période historique.

Développer l’unité dans la diversité, l’action dans la cohésion et le respect des différences restera notre premier objectif et une nécessité incontournable

Ensemble, nous sommes la troisième économie mondiale, la zone détenant la deuxième plus grande réserve de pétrole, la plus grande biodiversité de la planète, ainsi qu’une haute concentration des ressources minières mondiales.

Développer l’unité dans la diversité, l’action dans la cohésion et le respect des différences restera notre premier objectif et une nécessité incontournable, car les problèmes du monde s’aggravent, tandis que persistent de grands dangers et de sévères défis qui dépassent les capacités nationales, voire sous-régionales.

Au cours de cette dernière décennie, les politiques économiques et sociales et la croissance soutenue nous ont permis de faire face à la crise économique mondiale et de réduire la pauvreté, le chômage et la distribution inégale des revenus.

LES PROFONDES TRANSFORMATIONS POLITIQUES ET SOCIALES OPÉRÉES DANS PLUSIEURS PAYS DE LA RÉGION ONT APPORTÉ LA DIGNITÉ À DES MILLIONS DE FAMILLES

Les profondes transformations politiques et sociales opérées dans plusieurs pays de la région ont apporté la dignité à des millions de familles, qui sont sorties de la pauvreté.

Cependant, la région de l’Amérique latine et des Caraïbes est encore la plus inégale de la planète. En moyenne, 20 % des foyers aux revenus les plus bas disposent de 5 % des revenus totaux ; 167 millions de personnes souffrent encore de la pauvreté ; un enfant de moins de quinze ans sur cinq vit dans l’indigence, et le nombre d’analphabètes dépasse les 35 millions.

La moitié de nos jeunes n’ont pas accès à l’enseignement secondaire, alors que dans le secteur à plus faible revenu ce chiffre s‘élève à 78 %. Les deux tiers de la nouvelle génération ne parviennent pas à entrer pas à l’université.

Les victimes du crime organisé et de la violence qui menacent la stabilité et le progrès des nations ne cessent d’augmenter.

Que penseront les dizaines de millions de marginaux de la démocratie et des droits de l’Homme ? Quelle vision auront-ils des modèles politiques ? Quelle opinion auront-ils des lois électorales ? Est-ce donc cela la société civile dont tiennent compte les gouvernements et les organisations internationales ? Que diraient-ils des politiques économiques et monétaires si on leur demandait leur avis ?

Sur ces aspects, nombre des États industrialisés, dont la moitié des jeunes sont au chômage, n’ont pas grand-chose à montrer à notre région, alors qu’ils font retomber la crise sur les travailleurs et les étudiants qu’ils répriment tout en protégeant les banquiers, qu’ils entravent la syndicalisation, qu’ils paient des salaires inférieurs aux femmes pour un travail égal, qu’ils appliquent des politiques inhumaines contre les immigrants, où croissent le racisme, la xénophobie, la violence extrémiste et les tendances néofascistes, et où les citoyens ne votent pas parce qu’ils ne voient pas d’alternative à la corruption de la politique ou parce qu’ils savent que les promesses électorales s’oublient très vite.

Pour atteindre ce qu’on appelle l’inclusion sociale et la durabilité environnementale, nous devrons créer notre propre vision des systèmes économiques, des modèles de production et de consommation, du rapport entre la croissance économique et le développement, et aussi de l’efficacité des modèles politiques.

LA SOLIDARITÉ ET LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS DE LA CARAÏBE, EN PARTICULIER ENVERS HAÏTI, CONSTITUENT UN DEVOIR ÉLÉMENTAIRE

Nous devons combler les brèches structurelles, garantir une éducation gratuite et de grande qualité, une couverture de santé universelle et gratuite, la sécurité sociale pour tous, l’égalité des chances, et la jouissance pleine de tous les droits humains à toutes les personnes.

Dans le cadre de ces efforts, la solidarité et la défense des intérêts de la Caraïbe, en particulier envers Haïti, constitueront un devoir élémentaire.

Il faut un nouvel ordre économique, financier et monétaire international, où la priorité sera donnée aux intérêts et aux besoins des pays du Sud et des majorités, où ceux qui imposent la concentration du capital et le néolibéralisme n’auront pas l’avantage.

Le Programme de développement pour l’après-2105 doit offrir des solutions aux problèmes structurels des économies de la région et générer les changements qui conduiront au développement durable.

Il est également indispensable de construire un monde de paix, sans lequel le développement, régi par les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, est impossible.

La signature par les chefs d’État ou de gouvernement de la Proclamation de l’Amérique latine et des Caraïbes comme Zone de paix a constitué un pas historique et sert de référent pour nos relations entre États et avec le reste du monde.

NOUS CONDAMNONS ÉNERGIQUEMENT LES SANCTIONS INACCEPTABLES IMPOSÉES UNILATÉRALEMENT À LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA

La solidarité dans Notre Amérique sera décisive pour faire progresser nos intérêts communs.

Nous condamnons énergiquement les sanctions inacceptables et injustifiées imposées unilatéralement à la République bolivarienne du Venezuela, et l’ingérence extérieure permanente qui vise à créer un climat d’instabilité dans cette nation sœur. Cuba, qui connaît toutes ces histoires en profondeur pour en avoir souffert pendant plus de 50 ans, réitère son soutien le plus résolu à la Révolution bolivarienne et à son gouvernement légitime conduit par le président Nicolas Maduro Moros.

Nous joignons notre voix à celle de la République argentine dans sa revendication sur les îles Malouines, la Georgie du Sud et les îles Sandwich du Sud, ainsi que sur les espaces maritimes environnants. Nous appuyons cette nation sud-américaine et sa présidente Cristina Fernandez qui font face aux attaques de fonds spéculatifs et aux sentences de cours vénales qui violent la souveraineté de ce pays.

Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement équatoriens, que préside Rafael Correa, dans leur demande d’indemnisation à la transnationale Chevron pour les dommages environnementaux provoqués dans l’Amazonie équatorienne.

Comme nous l’avons déclaré en d’autres occasions, notre Communauté sera incomplète tant que Porto Rico, dont la situation coloniale est inadmissible et dont le caractère latino-américain et caribéen ne fait aucun doute, ne sera pas parmi nous.

Concernant les conversations de paix en Colombie, les accords conclus par le gouvernement et les Forces armées révolutionnaire de Colombie­Armée du peuple à La Havane sont significatifs. Jamais auparavant on n’était allé aussi loin sur la voie de la paix. Cuba, en tant de garant et siège de ces conversations, continuera de fournir toutes les facilités requises et de contribuer dans toute la mesure du possible à la cessation du conflit et à la construction d’une paix juste et durable dans cette nation sœur.

Nous continuerons d’appuyer résolument la juste réclamation d’indemnisations par les pays caribéens pour les dommages provoqués par l’esclavage et le colonialisme, et nous nous opposerons fermement à la décision de les priver des ressources financières indispensables sous le prétexte technocratique de prétendre les considérer comme des pays à revenu intermédiaire.

Nous nous félicitons des excellents progrès réalisés au Forum CELAC-Chine et du renforcement des liens de notre région avec le groupe BRICS.

Nous renouvelons notre inquiétude face aux dépenses militaires énormes et croissantes imposées au monde par les États-Unis et l’OTAN, ainsi que face à leur tentative d’étendre leur présence agressive jusqu’aux frontières de la Russie, avec laquelle nous avons des relations historiques, fraternelles et mutuellement avantageuses. Nous nous opposons énergiquement aux sanctions injustes qui lui ont été imposées unilatéralement.

L’agressivité croissante de la doctrine militaire de l’OTAN et le développement de guerres non conventionnelles, qui ont déjà eu des conséquences dévastatrices et de graves séquelles, menacent la paix et la sécurité internationales.

Aux yeux de Cuba, le principe d’égalité souveraine des États et d’autodétermination des peuples est un principe incontournable.

L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies doit faire usage de ses facultés pour préserver la paix et la sécurité internationales face au deux poids deux mesures, aux excès et aux omissions du Conseil de sécurité.

On ne saurait attendre plus longtemps pour reconnaître comme membre de plein droit la Palestine, à laquelle je transmets la solidarité du peuple et du gouvernement cubains. Le veto au Conseil de Sécurité pour garantir l’impunité pour les crimes d’Israël doit cesser.

L’Afrique, où se trouvent aussi nos racines, n’a besoin ni de conseils ni d’ingérence, mais du transfert de ressources financières, de technologie et d’un traitement juste. Nous défendrons toujours les intérêts légitimes des nations avec lesquelles nous avons lutté côte à côte contre le colonialisme et l’apartheid, et avec lesquelles nous avons des relations fraternelles et de coopération. Nous nous souviendrons toujours de leur solidarité et leur soutien invariables.

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA RÉVOLUTION CUBAINE RESTERA FIDÈLE À SES PRINCIPES

La voix de Cuba défendra sans relâche les causes justes et les intérêts des pays du Sud, et sera loyale à leurs objectifs et à leurs positions communes, sachant que la patrie c’est l’Humanité.

La politique extérieure de la Révolution cubaine restera fidèle à ses principes.

Chers collègues,

Le 17 décembre dernier, sont revenus dans leur patrie les combattants antiterroristes cubains Gerardo Hernandez, Ramon Labañino et Antonio Guerrero qui, avec Fernando Gonzalez et René Gonzalez, sont pour nous un motif de fierté et un exemple de fermeté.

Le président des États-Unis a reconnu l’échec de la politique vis-à-vis de Cuba appliquée pendant plus de cinquante ans et l’isolement absolu de son pays que celle-ci a provoqué ; les préjudices causés à notre peuple par le blocus, et il a ordonné de revoir l’inscription de toute évidence injustifiable de l’Île sur la liste des États parrainant le terrorisme international.

Le même jour, il a également annoncé sa décision de rétablir les relations diplomatiques avec notre gouvernement.

Ces changements sont le fruit de presque un siècle et demi de lutte héroïque et de fidélité aux principes du peuple cubain. Mais ils ont été aussi possibles grâce à la nouvelle époque que vit notre région et à la demande résolue et courageuse des gouvernements et des peuples de la CELAC.

Ce fut une revendication de Notre Amérique qui a agi en union étroite avec l’Organisation des Nations unies et dans toutes les instances.

Précédés par le Sommet de l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique), à Cumana (Venezuela) ; les débats soutenus en 2009 au Sommet des Amériques de Port-of-Spain (Trinité-et-Tobago) ont poussé le président Obama, récemment élu, à chercher un nouveau départ avec Cuba.

À Cartagena (Colombie), en 2012, une vive discussion a abouti à une prise de position unanime et catégorique contre le blocus, ce qui a amené un important dirigeant nord-américain à faire référence à celle-ci comme le grand échec de Cartagena ou désastre – ce fut le terme exact – et les débats ont aussi porté sur l’exclusion de Cuba de ces Sommets. L’Équateur, en signe de protestation, avait décidé de ne pas y assister. Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie affirmèrent qu’ils n’assisteraient pas à un autre Sommet si Cuba n’y était pas, une attitude soutenue par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. La Communauté des Caraïbes prit la même attitude. Le Mexique et les autres nations se prononcèrent dans le même sens.

Le président panaméen, Juan Carlos Varela, avant son investiture, a fait savoir  avec détermination qu’il inviterait Cuba, de plein droit et sur un pied d’égalité au 7e Sommet des Amériques. Ce qu’il a fait. Cuba a aussitôt déclaré qu’elle y assisterait.

Marti avait raison quand il écrivit qu’ « depuis le fond d’une grotte, un principe juste peut plus qu’une armée. ».

Au nom de Cuba, je vous exprime à tous ma plus profonde gratitude.

Au nom de la nation, je remercie aussi sincèrement les 188 États qui votent contre le blocus aux Nations Unies, ceux qui ont appuyé cette même demande à l’Assemblée générale, aux Sommets et aux conférences internationales, ainsi que l’ensemble des mouvements populaires, des forces politiques, des parlements et des personnalités qui se sont mobilisés sans relâche dans ce but.

Au peuple des États-Unis, qui a manifesté une opposition croissante à la politique de blocus et d’hostilité, qui dure depuis plus de cinquante ans, je réitère notre gratitude et nos sentiments amicaux.

Ces résultats prouvent que des gouvernements qui ont de profondes différences peuvent trouver une solution aux problèmes, dans l’intérêt de leurs nations respectives, à travers un dialogue respectueux et des échanges fondés sur l’égalité souveraine et la réciprocité.

Comme je l’ai affirmé à plusieurs reprises, Cuba et les États-Unis doivent apprendre l’art de la coexistence civilisée, basé sur le respect des différences entre leurs gouvernements et dans la coopération sur des questions d’intérêt commun, ce qui contribuera à régler les problèmes communs que connaissent le continent et le monde.

Mais l’on ne saurait prétendre que Cuba renonce pour autant à ses idéaux d’indépendance et de justice sociale, ni qu’elle renie un seul de ses principes ni qu’elle cède d’un millimètre dans la défense de sa souveraineté nationale.

Nous ne nous laisserons pas provoquer, mais nous n’accepterons aucune prétention de nous conseiller ou d’exercer des pressions en matière de questions internes. Nous avons gagné ce droit souverain au prix de grands sacrifices et des pires risques.

Les relations diplomatiques seraient-elles possibles sans une reprise des services financiers à la Section des intérêts de Cuba et son Bureau consulaire à Washington, interrompus à cause du blocus financier ? Comment expliquer le rétablissement des relations diplomatiques sans que Cuba ne soit retirée de la liste des États parrainant le terrorisme international ? Quelle sera dorénavant la conduite des diplomates étasuniens à La Havane quant au respect des normes qu’établissent les conventions internationales relatives aux relations diplomatiques et consulaires ? C’est ce que notre délégation a exprimé au Département d’État lors des conversations bilatérales de la semaine dernière, et d’autres réunions seront nécessaires pour aborder ces questions.

Nous avons fait part au président des États-Unis de notre disposition à œuvrer à la normalisation des relations bilatérales, une fois rétablies les relations diplomatiques, ce qui implique l’adoption de mesures réciproques pour améliorer le climat entre nos deux pays, régler d’autres problèmes en suspens et progresser en matière de coopération.

La situation actuelle offre, modestement, une occasion à notre continent de trouver des formes de coopération nouvelles et supérieures qui conviennent aux deux Amériques, ce qui permettrait de régler des problèmes brûlants et de frayer de nouvelles voies.

La Proclamation de l’Amérique latine et des Caraïbes comme Zone de paix constitue dans ce sens une plateforme incontournable, y compris la reconnaissance du droit inaliénable de chaque État à choisir son système politique, économique, social et culturel, sans aucune ingérence de la part d’un autre État, ce qui constitue un principe imprescriptible du Droit international.

LE BLOCUS ÉCONOMIQUE, COMMERCIAL ET FINANCIER, QUI CAUSE DES DOMMAGES HUMAINS ET ÉCONOMIQUES ET QUI VIOLE LE DROIT INTERNATIONAL, DOIT ÊTRE LEVÉ

Le problème principal n’a pas été résolu : le blocus économique, commercial et financier, qui cause d’énormes dommages humains et économiques et qui viole le droit international, doit être levé.

Je rappelle le mémorandum du sous-secrétaire Mallory, d’avril 1960 qui, faute d’une opposition politique réelle, proposait de provoquer à Cuba la faim, le désespoir et des souffrances, ce qui devait aboutir au renversement du gouvernement révolutionnaire. Aujourd’hui, tout semble indiquer que l’objectif est de fomenter une opposition politique artificielle par des moyens économiques, politiques et de communication.

Le rétablissement des relations diplomatiques marque le début d’un processus vers la normalisation des relations bilatérales, mais celle-ci ne sera pas possible tant que le blocus persistera, tant que le territoire occupé illégalement par la base navale de Guantanamo ne nous sera pas rendu, tant que les émissions de radio et de télévision qui violent les normes internationales se poursuivront, tant que des réparations justes ne seront pas accordées à notre peuple pour les dommages humains et économiques qu’il a endurés.

Il ne serait ni moral ni juste ni acceptable qu’on demande quoi que ce soit en échange à Cuba. Si ces questions ne sont pas réglées, ce rapprochement diplomatique entre Cuba et les États-Unis n’aurait pas de sens.

On ne peut pas s’attendre non plus à ce que Cuba accepte de négocier ces points en échange de concessions sur des questions internes qui relèvent de notre souveraineté absolue.

Si nous avons pu progresser lors des récentes négociations, c’est parce que nous nous sommes traités réciproquement avec respect, sur un pied d’égalité. Pour continuer d’avancer, il faudra qu’il en soit ainsi.

Nous avons suivi avec attention l’annonce que le président des États-Unis adoptera des décisions exécutives à même de modifier certains aspects de l’application du blocus.

Les mesures annoncées sont très limitées. L’interdiction d’octroyer des crédits et d’utiliser le dollar dans nos transactions financières internationales persiste ; les voyages individuels d’Étasuniens dans le cadre de la permission relative aux « échanges de peuple à peuple» restent interdits, ces derniers visant des fins subversives, tout comme sont interdits les voyages par voie maritime. L’achat sur des marchés tiers d’équipements et de technologies contenant plus de 10% de composants étasuniens reste interdite, ainsi que les importations par les États-Unis de marchandises contenant des matières premières cubaines, parmi bien d’autres prohibitions.

Le président Barack Obama pourrait utiliser avec détermination ses vastes prérogatives exécutives pour modifier en profondeur l’application du blocus, ce qui est en son pouvoir, même sans l’accord du Congrès.

Il pourrait autoriser dans d’autres secteurs de l’économie tout ce qu’il a autorisé en matière de télécommunications, avec des objectifs évidents d’exercer une influence politique à Cuba.

Il est important qu’il ait décidé d’engager un débat avec le Congrès en vue de supprimer le blocus.

Les porte-parole de l’administration étasunienne n’ont pas caché que les méthodes changent, mais non les objectifs de cette politique, et que l’ingérence dans nos affaires internes se poursuivra, ce que nous n’accepterons pas. Les contreparties étasuniennes ne devraient pas se proposer d’entrer en relations avec la société cubaine comme s’il n’y avait pas de gouvernement souverain à Cuba.

Nul ne pourrait imaginer que la nouvelle politique annoncée accepte l’existence d’une Révolution socialiste à 150 kilomètres de la Floride ?

On veut que la société civile soit présente au Sommet du Panama, et Cuba a toujours été d’accord. Nous condamnons ce qui s’est passé à la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, aux Sommets des Amériques de Miami et de Québec, ou au Sommet sur les changements climatiques à Copenhague, ou lors des réunions du G-7 ou du FMI, où celle-ci a été reléguée derrière des clôtures d’acier, soumise à la répression brutale des forces de police, confinée à des dizaines de kilomètres des réunions.

La société civile cubaine assistera, bien entendu, et j’espère qu’il n’y aura pas de restrictions à l’encontre des organisations non gouvernementales cubaines qui n’ont aucun statut auprès de l’OEA et qui ne tiennent pas à en avoir un, mais qui ont la reconnaissance de l’ONU.

J’espère voir au Panama les mouvements populaires et les ONG qui prônent le désarmement nucléaire, les écologistes, les adversaires du néolibéralisme, les Occupy Wall Street et les Indignés de notre région, les étudiants et les lycéens, les paysans, les syndicats, les communautés autochtones, les organisations qui s’opposent à la pollution par les gaz de schiste, les défenseurs des droits des immigrants, les associations qui dénoncent la torture, les exécutions extrajudiciaires, les brutalités policières, les pratiques racistes, celles qui réclament un salaire égal à travail égal pour les femmes, celles qui demandent des réparations aux transnationales pour les dommages causés.

Néanmoins, la communauté internationale s’est félicitée de ces annonces du 17 décembre. Aux États-Unis mêmes, le président Obama a reçu un très vaste soutien.

Certaines forces aux États-Unis tenteront de faire avorter ce processus qui ne fait que commencer. Ce sont les mêmes ennemis d’une relation juste entre les États-Unis et l’Amérique latine et les Caraïbes, ceux qui entravent les relations bilatérales de nombreux pays de notre région avec cette nation. Ce sont ceux qui ne cessent de faire du chantage et d’exercer des pressions.

Nous savons que la levée du blocus sera un processus long et difficile qui exigera le soutien, la mobilisation et l’action résolue de tous les gens de bonne volonté aux États-Unis et dans le monde, ainsi que l’adoption, à la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations Unies, de la résolution qui en demande la levée et, tout particulièrement, l’action concertée de Notre Amérique.

Chers chefs d’État et de gouvernement,

Chers amis,

Je félicite le Costa Rica, le président Solis et son gouvernement pour le travail qu’ils ont réalisé à la tête de la CELAC. Nous souhaitons la bienvenue à l’Équateur et au président Correa qui présidera la Communauté en 2015, et les assurons de notre plein appui.

Je vous remercie.


 

  

Publié dans Les Amériques

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CUBA INTERVENTION DE RAUL CASTRO AU IIIème SOMMET DE LA CELAC

Publié le par Tourtaux

 

Cuba INTERVENTION DE Raùl Castro AU III° SOMMET DE LA CELAC


 

San José, Costa Rica - 28/01/2015

 

Cher président Luis Guillermo Solís ;

 

Chers chefs d’État ou de gouvernement d’Amérique latine et des Caraïbes ;

 

Chers chefs de délégations et invités qui nous accompagnez,

 

Notre Amérique, qui s’est engagée dans une époque nouvelle, a, depuis la création de la Communauté des États latino-américains et caribéens, progressé vers ses objectifs : indépendance, souveraineté sur les ressources naturelles, intégration, mise en place d’un nouvel ordre mondial, justice sociale et démocratie du peuple, par le peuple et pour le peuple. L’attachement à la justice et au droit des peuples est supérieur à celui de n’importe quelle autre période historique.

 

Ensemble, nous sommes la troisième économie mondiale, nous possédons les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole, la plus grande biodiversité de la planète, et concentrons une bonne part des ressources minières mondiales.

 

Développer l’unité dans la diversité, agir à l’unisson, respecter nos différences restera notre premier objectif et une nécessité incontournable, car les problèmes du monde s’aggravent, tandis que persistent de grands dangers et de terribles problèmes qui dépassent les capacités nationales, voire sous-régionales.

 

Les politiques économiques et sociales et la croissance soutenue de notre région nous ont permis cette dernière décennie de faire face à la crise économique mondiale et de réduire la pauvreté, le chômage et la distribution inéquitable de la richesse.

 

Les profondes transformations politiques et sociales opérées dans plusieurs pays de la région ont apporté la dignité à des millions de familles, enfin sorties de la pauvreté.

 

Pourtant, l’Amérique latine et les Caraïbes restent la région la plus inéquitable de la planète. Ainsi, 20 p. 100 des foyers à plus bas revenu possèdent 5 p. 100 des revenus totaux ; 167 millions de personnes souffrent encore de la pauvreté ; 1 enfant de moins de quinze ans sur 5 vit dans l’indigence, et plus de 35 millions de personnes sont analphabètes.

 

La moitié de nos jeunes ne conclut pas le deuxième cycle du second degré, ce chiffre se montant à 78 p. 100 dans le secteur à plus bas revenu. Les deux tiers de la nouvelle génération n’entrent pas à l’université.

 

Les victimes de la criminalité organisée et de la violence, lesquelles menacent la stabilité et le progrès des nations, ne cessent de croître.

 

Que penseront les dizaines de millions de marginaux de la démocratie et des droits de l’homme ? Comment jugeront-ils les modèles politiques ? Que penseront-ils des lois électorales ? Est-ce donc cela la société civile dont tiennent compte les gouvernements et les organisations internationales ? Que diraient-ils des politiques économiques et monétaires si on leur demandait leur avis ?

 

Dans ce domaine, nombre des États industrialisés n’ont pas grand-chose à montrer à notre région, eux dont la moitié des jeunes sont au chômage, qui font retomber la crise sur les travailleurs et les étudiants qu’ils répriment tout en protégeant les banquiers, qui entravent la syndicalisation, qui paient des salaires inférieurs aux femmes pour un travail égal, qui recourent à des politiques inhumaines contre les immigrants, où croissent le racisme, la xénophobie, la violence extrémiste et les tendances néofascistes, et dont les citoyens ne votent pas parce qu’ils ne voient pas de solution à la corruption des politiciens ou parce qu’ils savent que ceux-ci oublient très vite leurs promesses électorales.

 

Pour instaurer ce qu’on appelle l’inclusion sociale et la durabilité environnementale, nous devrons créer notre vision à nous des systèmes économiques, des modèles de production et de consommation, du rapport entre croissance économique et développement et des modèles politiques efficaces.

 

Nous devons combler les écarts structurels, garantir une éducation gratuite et de grande qualité, une couverture de santé universelle et complète, la sécurité sociale pour tous, des chances égales, et la jouissance de tous les droits humains à toutes les personnes.

 

Dans le cadre de ces efforts, la solidarité avec les pays caribéens, en particulier avec Haïti, et la défense de leurs intérêts constitueront un devoir élémentaire.

 

Il faut instaurer un nouvel ordre économique, financier et monétaire international, qui tienne compte, en priorité, des intérêts et des besoins des pays du Sud et des majorités, et où ceux qui imposent la concentration du capital et le néolibéralisme ne l’emporteront pas.

 

Le Programme de développement pour l’après-2105 doit offrir des solutions aux problèmes structurels des économies de notre région et engendrer des changements qui conduiront au développement durable.

 

Il est tout aussi indispensable de bâtir un monde de paix, sans lequel le développement sera impossible et où régiront les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international.

 

La signature par les chefs d’État ou de gouvernement de la Proclamation de l’Amérique latine et des Caraïbes comme Zone de paix a constitué un pas historique et nous sert de référent pour nos relations entre nos pays et avec le reste du monde.

 

La solidarité dans Notre Amérique sera décisive pour faire progresser nos intérêts communs.

 

Nous condamnons énergiquement les sanctions inacceptables et injustifiables imposées unilatéralement à la République bolivarienne du Venezuela, et l’ingérence extérieure permanente qui vise à créer un climat d’instabilité dans cette nation sœur. Cuba, qui connaît par cœur toutes ces histoires parce qu’elle en a souffert pendant plus de cinquante ans, réitère son appui le plus résolu à la Révolution bolivarienne et à son gouvernement légitime conduit par le président Nicolás Maduro Moros.

 

Nous joignons notre voix à celle de la République argentine quand elle réclame la restitution des îles Malvinas, Georgia du Sud et Sandwich du Sud, et des espaces maritimes environnants. Nous appuyons cette nation sud-américaine et sa présidente Cristina Fernández quand elles font face aux attaques de fonds spéculatifs et aux sentences de cours vénales qui violent sa souveraineté.

 

Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement équatoriens, que préside Rafael Correa, quand ils réclament des indemnisations à la transnationale Chevron pour les dommages environnementaux qu’elle a provoqués dans l’Amazonie équatorienne.

 

Notre Communauté sera incomplète, je l’ai déjà dit, tant qu’il lui manquera Porto Rico dont la situation coloniale est inadmissible, et dont le caractère latino-américain et caribéen ne fait aucun doute.

 

En ce qui concerne les conversations visant à instaurer la paix en Colombie, les accords obtenus par le gouvernement et les Forces armées révolutionnaire de Colombie/Armée du peuple à La Havane sont significatifs : jamais on n’était allé sur loin sur la voie de la paix. Cuba, en tant de garant et siège de ces conversations, continuera de fournir toutes les facilités requises et de contribuer dans toute la mesure du possible à la cessation du conflit et à l’édification d’une paix juste et durable dans cette nation sœur.

 

Nous continuerons d’appuyer résolument la juste réclamation des pays caribéens qui demandent de réparations pour les dommages que leur ont causés l’esclavage et le colonialisme, et nous opposerons tout aussi fermement à la décision de les priver de ressources financières indispensables sous le prétexte technocratique qu’il s’agirait censément de pays à revenu intermédiaire.

 

Nous nous félicitons des excellents progrès faits au Forum CELAC-Chine et du renforcement des liens de notre région avec le groupe BRICS.

 

Nous redisons notre inquiétude devant les dépenses militaires énormes et croissantes imposées au monde par les États-Unis et l’OTAN, ainsi que devant leur tentative d’étendre leur présence agressive jusqu’aux frontières de la Russie, un pays avec lequel nous avons des relations historiques, fraternelles et mutuellement avantageuses. Nous nous opposons résolument aux sanctions injustes qui lui ont été imposées unilatéralement.

 

L’agressivité croissante de la doctrine militaire de l’OTAN et le déroulement de guerres non classiques, qui ont déjà eu des conséquences dévastatrices et de graves séquelles, menacent la paix et la sécurité internationales.

 

Aux yeux de Cuba, l’égalité souveraine des États-Unis et l’autodétermination des peuples sont des principes incontournables.

 

L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies doit utiliser ses facultés pour préserver la paix et la sécurité internationales face au deux poids deux mesures, aux excès et aux omissions du Conseil de sécurité.

 

On ne saurait attendre plus longtemps pour reconnaître comme membre de plein droit la Palestine à laquelle je transmets la solidarité du peuple et du gouvernement cubains. C’en est assez de recourir au veto pour garantir que les crimes d’Israël restent impunis.

 

L’Afrique, où se trouvent aussi nos racines, n’a pas besoin de conseils ni d’ingérence, mais du transfert de ressources financières, de technologie et d’un traitement juste. Nous défendrons toujours les intérêts légitimes des nations avec lesquelles nous avons lutté coude à coude contre le colonialisme et l’apartheid et avec lesquelles nous avons des relations de coopération fraternelles. Nous nous rappellerons toujours leur solidarité et leur appui invariables.

 

Cuba défendra sans relâche les causes justes et les intérêts des pays du Sud et sera loyale à leurs objectifs et à leurs positions communes, car elle sait que la patrie est l’humanité. La politique extérieure de la Révolution cubaine reste fidèle à ses principes.

 

Chers collègues,

 

Le 17 décembre dernier, les militants antiterroristes cubains Gerardo Hernández, Ramón Labañino et Antonio Guerrero, qui sont pour nous un motif de fierté et un exemple de fermeté, sont rentrés dans leur patrie.

 

Le président des États-Unis a reconnu l’échec de la politique cubaine appliquée pendant plus de cinquante ans et l’isolement absolu qu’elle a provoquée pour son pays, ainsi que les préjudices que le blocus a causés à notre peuple, et il a ordonné de revoir l’inscription de toute évidence injustifiable de notre pays sur la liste des États parrainant le terrorisme international.

 

Il a également annoncé, ce même jour, sa décision de renouer les relations diplomatiques avec notre pays.

 

Ces changements sont le fruit de presque un demi-siècle de lutte héroïque du peuple cubain et de fidélité à ses principes. Mais ils ont été aussi possibles grâce à la nouvelle époque que vit notre région et à la demande résolue et courageuse des gouvernements et des peuples de la CELAC.

 

Notre Amérique l’a réclamé en union étroite à l’Organisation des Nations unies et dans toutes les instances.

 

Précédés par le Sommet de l’Alliance bolivarienne de Notre Amérique (ALBA) à Cumaná (Venezuela), les débats soutenus en 2009 au Sommet des Amériques de Port-of-Spain (Trinité-et-Tobago) ont poussé le président Obama, récemment élu, à parler de repartir du bon pied avec Cuba.

 

À Cartagena (Colombie), en 2012, de vives discussions ont conduit à une prise de position unanime et catégorique contre le blocus – ce qui poussa un important dirigeant étasunien à parler du gros échec ou, plus exactement, du grand « désastre » de Cartagena. Les débats ont aussi porté sur l’exclusion de Cuba de ces Sommets. L’Équateur avait déjà exprimé sa protestation en n’y assistant pas. Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie ont fait savoir qu’ils n’assisteraient pas au prochain si Cuba n’y était pas, attitude soutenue par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. La Communauté des Caraïbes a adopté la même attitude. Le Mexique et les autres nations ont fait le même genre de déclarations.

 

Le président panaméen, Juan Carlos Varela, a fait savoir, dès avant son investiture, qu’il inviterait Cuba sur un pied d’égalité au Septième Sommet des Amériques. Ce qu’il a fait. Cuba a aussitôt déclaré qu’elle y assisterait.

 

Martí avait vu juste en disant qu’ « un principe juste du fond d’une caverne peut plus qu’une armée ». (Applaudissements.)

 

Au nom de Cuba, je vous exprime à tous ma plus profonde gratitude.

 

Je remercie aussi sincèrement, au nom de la nation, les cent quatre-vingt-huit États qui votent contre le blocus aux Nations Unies, à ceux qui ont appuyé cette même demande à l’Assemblée générale, aux Sommet et aux conférences internationales, et à l’ensemble des mouvements populaires, des forces politiques, des parlements et des personnalités qui se sont mobilisés sans relâche dans ce but.

 

Je réitère notre gratitude et nos sentiments amicaux au peuple étasunien qui n’a cessé de s’opposer toujours plus à une politique de blocus et d’hostilité datant de plus de cinquante ans.

 

Ces résultats prouvent que, malgré leurs profondes différences, des gouvernements peuvent, au profit de leurs nations respectives, trouver une solution à des problèmes grâce à un dialogue respectueux et à des échanges fondés sur l’égalité souveraine et sur la réciprocité.

 

Comme je n’ai cessé de le dire, Cuba et les États-Unis doivent apprendre l’art de coexister d’une manière civilisée, en respectant les différences entre leurs gouvernements et en coopérant sur des points d’intérêt commun, ce qui contribuera à régler les problèmes communs que connaissent le continent et le monde.

 

Mais qu’on ne prétende pas que Cuba renonce pour autant à ses idéaux d’indépendance et de justice sociale, ni qu’elle renie un seul de ses principes ni qu’elle cède d’un iota dans la défense de sa souveraineté nationale.

 

Nous ne nous laisserons pas provoquer, mais nous n’accepterons pas non plus qu’on prétende, en opportunistes, nous conseiller ou exercer des pressions sur nous en matière de questions intérieures. Nous avons gagné ce droit souverain au prix de grands sacrifices et des pires risques.

 

Imagine-t-on que les relations diplomatiques puissent se rétablir sans que la Section des intérêts de Cuba et son office consulaire à Washington retrouvent leurs services financiers coupés à cause du blocus financier ? Comment rétablir des relations diplomatiques sans que Cuba soit ôtée de la liste des États parrainant le terrorisme international ? Quelle sera la conduite des diplomates étasuniens à La Havane quant au respect des normes qu’établissent les conventions internationales relatives aux relations diplomatiques et consulaires ? C’est ce que notre délégation a dit au département d’État lors des conversations bilatérales de la semaine dernière, et d’autres réunions à venir devront aborder ces points.

 

Nous avons affirmé au président des États-Unis notre disposition de travailler à la normalisation des relations bilatérales, une fois rétablies les relations diplomatiques, ce qui implique l’adoption de mesures réciproques pour améliorer le climat entre nos deux pays, régler d’autres problèmes en souffrance et progresser en matière de coopération.

 

La situation actuelle offre une modeste occasion à notre continent de trouver des formes de coopération nouvelles et supérieures qui conviennent aux deux Amériques, ce qui permettrait de régler des problèmes brûlants et de frayer de nouvelles voies.

 

La Proclamation de l’Amérique latine et des Caraïbes comme Zone de paix constitue dans ce sens une plateforme incontournable, y compris la reconnaissance que chaque État a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans ingérence, de quelque sorte qu’elle soit, d’un autre État, ce qui est là un principe imprescriptible du droit international.

 

Toutefois, le problème principal se maintient : le blocus économique, commercial et financier, qui cause d’énormes dommages humains et économiques et qui viole le droit international, doit être levé.

 

Je me rappelle le mémorandum du sous-secrétaire Mallory, d’avril 1960, qui, faute d’une opposition politique réelle, proposait de provoquer à Cuba de la faim et des souffrances pour liquider le Gouvernement révolutionnaire. Tout semble indiquer maintenant que l’objectif est de fomenter artificiellement une opposition politique par des moyens économiques, politiques et de communication.

 

Le rétablissement des relations diplomatiques marque le début d’un acheminent vers la normalisation des relations bilatérales, mais ce ne sera pas possible tant que le blocus persistera, tant que le territoire occupé illégalement par la base navale dans la baie de Guantánamo ne nous sera pas rendu (applaudissements), tant que les émissions de radio et de télévision qui violent les normes internationales se poursuivront, tant que des réparations justes ne seront pas accordées à notre peuple pour les dommages humains et économiques qu’il a endurés.

 

Il ne serait ni moral ni juste ni acceptable qu’on demande quoi que ce soit en échange à Cuba. Si ces questions n’étaient pas réglées, ce rapprochement diplomatique entre Cuba et les États-Unis n’aurait pas de sens.

 

Qu’on n’attende donc pas que Cuba négocie ces points en échange de questions internes qui relèvent de notre souveraineté absolue.

 

Si nous avons pu progresser lors des récentes négociations, c’est parce que nous nous sommes traités réciproquement avec respect, sur un pied d’égalité. Pour continuer d’avancer, il faudra qu’il en soit ainsi.

 

Nous avons suivi avec attention l’annonce que le président des États-Unis adoptera des décisions exécutives à même de modifier certains aspects pratiques du blocus.

 

Pour le moment, les mesures annoncées à ce sujet sont très limitées. L’interdiction d’octroyer des crédits et d’utiliser le dollar dans nos transactions financières internationales persiste ; les voyages individuels d’Étatsuniens dans le cadre de la permission relative aux « échanges interpersonnels » restent interdits, car ces derniers visent des fins subversives, tout comme sont interdits les voyages par voie maritime ; il nous est toujours interdit d’acheter sur des marchés tiers des équipements et des technologies contenant plus de 10 p. 100 de composants étasuniens, tandis que les importations par des Étatsuniens de marchandises contenant des matières premières cubaines le restent aussi, parmi bien d’autres prohibitions.

 

Le président Barack Obama pourrait utiliser avec détermination ses vastes prérogatives exécutives pour modifier en profondeur l’application du blocus, puisque cela est entre ses mains sans avoir à passer par le Congrès.

 

Tout ce qu’il a autorisé en matière de télécommunications, dans un but évident d’exercer une influence politique à Cuba, il pourrait l’autoriser dans d’autres secteurs de l’économie.

 

Il est important qu’il ait décidé d’engager un débat au Congrès en vue de supprimer le blocus.

 

Les porte-parole de l’administration étasunienne n’ont pas caché que les méthodes changent, mais non les objectifs de cette politique, et que l’ingérence dans nos affaires intérieures se poursuivra, ce que nous n’accepterons pas. Les contreparties étasuniennes ne devraient pas se proposer d’entrer en relations avec la société cubaine comme s’il n’existait pas de gouvernement souverain à Cuba ! (Applaudissements.)

 

Peut-on imaginer que malgré cette nouvelle politique annoncée, les États-Unis acceptent l’existence d’une révolution socialiste à cent quarante kilomètres de la Floride ?

 

On veut que la société civile soit présente au Sommet du Panama, et Cuba a toujours été d’accord. Mais pas comme à la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, pas comme aux Sommets des Amériques de Miami et de Québec, ou au Sommet sur les changements climatiques à Copenhague, ou lors des réunions du G-7 ou du FMI, autrement dit derrière des palissades d’acier, soumise à la répression brutale des forces antiémeutes, confinée à des dizaines de kilomètres des réunions !

 

La société civile cubaine assistera, bien entendu, et j’espère qu’il n’y aura pas de restrictions à l’encontre des organisations non gouvernementales cubaines qui n’ont aucun statut auprès de l’OEA et qui ne tiennent pas à en avoir un, mais qui l’ont auprès de l’ONU.

 

J’espère voir au Panama les mouvements populaires et les ONG qui prônent le désarmement nucléaire, les écologistes, les anti-néo-libéralisme, les Occupy Wall Street et les Indignés de notre région, les étudiants et les lycéens, les paysans, les syndicats, les communautés autochtones, les organisations qui s’opposent à la fracturation hydraulique, les défenseurs des droits des immigrants, les associations qui dénoncent la torture, les exécutions extrajudiciaires, les brutalités de la police, les pratiques racistes, celles qui réclament un salaire égal à travail égal pour les femmes, celles qui demandent des réparations aux transnationales.

 

Néanmoins, la communauté internationale s’est félicitée de ces annonces du 17 décembre. Aux États-Unis mêmes, le président Obama a reçu un très vaste soutien.

 

Mais de puissantes forces aux États-Unis s’efforceront de faire avorter ce processus qui vient de s’enclencher. Ce sont ces mêmes ennemis qui s’opposent à des relations justes entre les États-Unis et l’Amérique latine et les Caraïbes, qui entravent les relations bilatérales de nombreux pays de notre région avec cette nation-là. Ce sont ceux qui ne cessent de faire du chantage et d’exercer des pressions.

 

Nous savons que la levée du blocus sera un processus long et difficile qui exigera le soutien, la mobilisation et l’action résolue de tous les gens de bonne volonté aux États-Unis et dans le monde, ainsi que l’adoption à la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution qui en demande la levée et, tout particulièrement, l’action concertée de Notre Amérique.

 

Chers chefs d’État ou de gouvernement ;

 

Chers amis,

 

Je félicite le Costa Rica, le président Solís et son gouvernement pour le travail qu’ils ont réalisé à la tête de la CELAC. Nous souhaitons la bienvenue à l’Équateur et au président Correa qui présidera notre Communauté en 2015, et les assurons de notre plein appui.

 

Je vous remercie. (Applaudissements.)

 

Raul Castro Ruiz

 

Publié dans Les Amériques

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JULIE LEVEQUE : HAÏTI, CINQ ANS APRES LE TREMBLEMENT DE TERRE : RECONSTRUCTION FRAUDULEUSE SOUS OCCUPATION MILITAIRE

Publié le par Tourtaux

Haïti, cinq ans après le tremblement de terre: reconstruction frauduleuse sous occupation militaire

 

Au cours de l’année 2014, presque cinq ans après le tremblement de terre dévastateur, de nombreuses et importantes manifestations ont eu lieu en Haïti demandant à la fois la fin de l’occupation de l’ONU (MINUSTAH), le départ du président haïtien Michel Martelly et celui du premier ministre Laurent Lamothe. Ce dernier a finalement démissionné en décembre 2014.

Ces manifestations n’ont pas été couvertes par les grands médias.

Pourquoi?

Lorsque des manifestations anti-gouvernementales se produisent dans un pays qui n’est pas dirigé par un allié des États-Unis, elles ont droit à une vaste couverture médiatique. Les actuels dirigeants d’Haïti sont « convenables » pour les dirigeants occidentaux, surtout pour les États-Unis, car, en réalité, ce sont eux qui choisissent les dirigeants du pays, et non pas le peuple haïtien.

Le 12 janvier, on a couvert le 5e anniversaire du terrible séisme sans toutefois aborder les grandes questions et les problèmes structurels. Ces questions sont au mieux présentées de façon à appuyer la notion trompeuse du fardeau de l’homme blanc. « Haïti a besoin de notre aide. » Est-ce vraiment le cas? Et de quel genre d’aide parlons-nous?

« L’aide internationale » n’est qu’un outil capitaliste et impérial conçu pour garder le Sud captif des désastreuses politiques néolibérales du Nord, lesquelles entravent un véritable développement et empêchent la souveraineté économique et politique du Sud.

Où va l’argent de l’aide? Dans les poches mêmes de ceux qui prétendent donner.

Haïti est probablement le meilleur exemple de la véritable escroquerie qu’est l’aide internationale.

Bush et Clinton les sauveurs

Comme tout bon néolibéral sachant profiter d’une crise grave, Bill Clinton, a vu le séisme de 2010 comme une grande opportunité. Comme le note Dady Chery:

[Au début de l'occupation étasunienne en 1915] on a imposé à Haïti un traité créant le poste de Haut Commissaire des États-Unis pour diriger le pays aux côtés de son président « haïtien » sélectionné [...] Le contrôle des finances du pays, les travaux publics et les services de santé publique ont été transférés aux démocrates étasuniens du Sud qui avaient soutenu la campagne de Wilson, de la même façon que ceux-ci sont transférés aujourd’hui à l’USAID et aux organisations non-gouvernementales (ONG). Le but à l’époque était le même qu’aujourd’hui : toute l’économie d’Haïti doit servir aux États-Unis et presque tous les dollars étasuniens servant à payer des salaires en Haïti doivent retourner aux États-Unis.

Clinton a vu dans le tremblement de terre de 2010 sa chance de devenir le nouveau Haut Commissaire étasunien d’Haïti [...] Dans les quatre mois suivant le tremblement de terre, il a formé la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), un club select où il faut « payer pour jouer », à savoir un groupe de fonctionnaires et de riches hommes d’affaires en provenance des pays de la MINUSTAH et d’ailleurs, ayant accepté de fournir des troupes nationales ou de l’argent [...] en échange d’un peu d’action en Haïti. Après quelques pressions et un peu de corruption, le parlement haïtien a été contraint de déclarer un état d’urgence de 18 mois au cours desquels Clinton et sa bande du CIRH pouvaient diriger la reconstruction à leur guise, sans risquer d’être poursuivi. Un an et demi plus tard, lorsque le Sénat haïtien a fait remarquer que très peu avait été accompli, il a accusé la CIRH d’être une fraude et l’état d’urgence n’a pas été renouvelé.v(Dady Chery,Haiti: Time for Clinton and Co to Pack and Go, Nouvelles Junkie Post, 15 décembre, 2014)

L’influence néfaste de Bill Clinton sur Haïti ne date pas d’hier. Une étude des stratégies de libéralisation économique imposées à Haïti par les États-Unis dans les années 1980 et 1990 a démontré que « le président Clinton et d’autres récents locataires de la Maison Blanche ont condamn[é] Haïti à un avenir de pauvreté endémique par le biais d’une politique étasunienne égoïste d’exportation de riz »:

L’Agence étasunienne pour le développement international (USAID), entre autres organismes, a encouragé Haïti à commencer à exporter des produits agricoles préparés et transformés, tout en soulignant la nécessité d’importer des céréales de base sur le marché international [...] Les experts étasuniens ont œuvré au démantèlement de l’économie rurale d’Haïti, même si les responsables de l’USAID reconnaissaient qu’une telle démarche pourrait augmenter la pauvreté et contribuer à une baisse du revenu moyen des Haïtiens et aux normes sanitaires. En 2003, environ 80 % du riz consommé en Haïti était importé des États-Unis. » (Leah Chavla, Bill Clinton’s Heavy Hand on Haiti’s Vulnerable Agricultural Economy: The American Rice Scandal,Council on Hemispheric Affairs, 13 avril, 2010)

Le commerce du secours aux sinistrés et l’aide internationale

Le tremblement de terre d’Haïti a été une occasion d’affaires et plusieurs industries ont profité de la catastrophe, notamment les minières, l’industrie du vêtement et le tourisme. Les dons ont favorisé les entreprises des pays donateurs plus que les Haïtiens, plusieurs projets ont connu des dépassements de coûts et d’autres se sont avérés inutiles en raison du manque critique d’infrastructure.

Il s’agit d’un fait bien connu et documenté dans le cercle des médias indépendants que l’aide internationale n’est qu’une entreprise lucrative déguisée en œuvre de charité. Environ 80 % des fonds de l’aide internationale consacrée aux pays en développement aboutit dans les coffres des entreprises et des organisations non-gouvernementales (ONG) des pays donateurs. Loin d’aider, cette dynamique crée une relation de dépendance entravant, voire empêchant les pays « bénéficiaires » de développer les structures mêmes qui pourraient les libérer de cette relation coloniale.

Alors que la plupart des gens travaillant pour des organisations humanitaires occidentales sont bien intentionnés, les politiques « humanitaires » occidentales envers les pays comme Haïti sont délibérément conçues pour maintenir la supériorité financière du Nord sur le Sud. Cela a été démontré

par les effets désastreux des tristement célèbres programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI). Axés sur une privatisation massive et le libre-échange, ces mesures détruisent l’économie et l’agriculture locales des pays visés et, par conséquent, leur souveraineté alimentaire, les rendant dépendants de « l’aide alimentaire ». C’est ce qui s’est passé en Haïti :

Alors que certaines agences gouvernementales étasuniennes affirment que leurs programmes sont destinés à enrayer la famine et promouvoir la production agricole, d’autres programmes ont forcé l’ouverture du marché haïtien, créant ainsi des millions de nouveaux consommateurs pour les produits agricoles étasuniens comme le riz, la volaille, le porc et autres, tout en sapant la production agricole locale et en transformant les habitudes alimentaires haïtiennes.

Puisque 50 % à 60 % de la population gagne toujours sa vie dans le secteur agricole, ces politiques ont eu des effets très négatifs sur l’économie dans son ensemble.Par exemple, une étude de Christian Aid de 2006 estime que 831 900 personnes ont été directement touchées par la baisse des tarifs en 1995, lesquels protégeaient autrefois le sucre, le riz et le poulet haïtiens.

Haïti importe maintenant au moins 50 % de sa nourriture, principalement des États-Unis, et est devenu le deuxième plus important importateur de riz étasunien sur la planète. (HAITI: Aid or Trade? The Nefarious Effects of U.S. Policies, Ayiti Kale Je, 6 novembre 2013)

Les ONG occidentales sont un outil impérial, écrit Ezili Dantò:

Les ONG mettent en œuvre des politiques impériales en Haïti en échange de « financement caritatif » – ce qui signifie qu’ils blanchissent l’argent des contribuables étasuniens et l’argent des donateurs et le mette dans leurs poches. Les politiques impériales des États-Unis visent à détruire l’économie de transformation et l’économie locale d’Haïti en expropriant les ressources naturelles du pays et en élargissant le marché haïtien pour leurs monopoles subventionnés de Wall Street.(Ezili Dantò,Haiti: US to Re-Write Haiti Constitution to Better Service the One Percent, Black Agenda Report, 2 juillet 2013)

Selon les données du gouvernement étasunien, les cinq principaux entrepreneurs ayant reçu des fonds liés à Haïti dans les 5 dernières années sont, en effet, au États-Unis :

1. Chemonics International Inc, (société de développement international, États-Unis) : 118 961 374$

2. Development Alternatives INC, (cabinet de consultants, États-Unis) : 67 703 366$

3. Cce / DFS Inc (cabinet de consultants États-Unis) : 20 551 722$

4. Tetra Tech INC (cabinet de consultants, d’ingénieurs, etc., États-Unis) : 16 294 596 $

 5. Pathfinder International (ONG, États-Unis) : 16 036 859$

Les cinq principaux bénéficiaires de fonds fédéraux pour Haïti pour la même période ont été :

1. Ministère de la Santé, Haïti : 137 751 752$

2. Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (Minustah) : 117 111 216$

3. Bureau de gestion des urgences, New York City : 36 912 020$

4. Ville de Miami : 35 270 000$

5. Miami- service d’incendie Dade : 34 070 000$

Financement de l’occupation

Après le ministère haïtien de la Santé, l’occupation militaire a reçu le plus important financement de la part des États-Unis. En 2013, 117 111 216 dollars ont été alloués par le département d’État étasunien à la soi-disant Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), pour des « activités de maintien de la paix ».

La MINUSTAH a été mise sur pied le 1er juin 2004 après un coup d’État mené par les États-Unis, la France et le Canada et ayant démis de ses fonctions Jean-Bertrand Aristide, élu démocratiquement sous la bannière de Fanmi Lavalas, le parti politique le plus populaire du pays. Ayant largement dominé les suffrages lors des deux élections auxquelles il avait participé, le parti Fanmi Lavalas a été banni des élections de 2010, « remportées » par le candidat favori des États-Unis, Michel Martelly. Dady Chery explique :

« Clinton et ses copains avaient commencé à chercher un autre moyen de continuer leur mainmise économique sur le pays et cela passait par un président haïtien convenable, qui, plus précisément, serait populaire auprès des jeunes, mais dépourvu de patriotisme. Ils ont trouvé leur homme dans le vulgaire musicien Michel Martelly. Son élection est devenue une simple formalité après qu’une commission électorale eut exclu la participation du parti Fanmi Lavalas, qui attirait 80 pour cent de l’électorat. Des observateurs de la Caricom et de l’Organisation des États américains (OEA) ont légitimé les résultats malgré d’innombrables irrégularités et des bulletins d’environ 20 pour cent de l’électorat seulement. Telles étaient les conditions des (s)élections qui ont fait de Michel Martelly le président d’Haïti. » (Chery, op., cit.)

Le mandat de la MINUSTAH a été prolongé le 15 octobre 2014. On devrait l’appeler force d’occupation afin de refléter sa vraie nature. Dès le début, ses opérations de « maintien de la paix » impliquaient la répression politique des partisans de Fanmi Lavalas. Elle a récemment tiré de vraies balles sur des manifestants :

Au cours de ces dix années, la MINUSTAH a compilé un horrible dossier de violations des droits humains, comprenant entre autres des exécutions extrajudiciaires, une épidémie d’agression sexuelle contre des hommes, femmes et enfants haïtiens, la répression des manifestations politiques pacifiques, en plus d’avoir déclenché par négligence criminelle une épidémie de choléra ayant causé la mort de plus de 9.000 personnes et l’infection de près d’un million de personnes de plus. (Dr Ajamu Nangwaya et Kevin Edmonds, On October 15, the United Nations Will Fail Haiti Once Again, Global Research, 14 octobre 2014)

La police haïtienne est également formée par l’entreprise privée militaire et de sécurité étasunienne (EPMS) DynCorp.

En avril 2013, DynCorp a reçu un contrat 48,6 millions de dollars du Bureau of International Narcotics and Law Enforcement Affairs du département d’État US pour une période de base d’un an, avec trois options d’un an pour l’insertion de ses stagiaires dans les forces policières des Nations Unies en Haïti. (Dady Chery,  Tontons Macoutes Reconstitution d’Haïti et de leur fusion avec la MINUSTAH , Haïti Chery 24 décembre 2014)

Des dons humanitaires pour construire des hôtels de luxe et de nouveaux bidonvilles

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 80 000 personnesvivaient encore dans des camps en décembre 2014, une diminution de 92 pour cent depuis le début de la crise alors que 1,5 millions de personnes étaient sans abri. L’organisation ne dit cependant pas où sont allés ceux qui ont quitté les camps.

Il y a un an, Ayiti Kale Je (Haïti Grassroots Watch) écrivait que 200 000 victimes du séisme avaient quitté les camps de fortune pour « trois grands nouveaux bidonvilles appelés Canaan, Onaville et Jérusalem ». Qu’en est-il des projets de construction de logements payés par de généreux dons ?

Qui occupe ces logements? Qui contrôle les projets ? Les résidents peuvent-ils payer les loyers ? Et sont-ils de véritables victimes du tremblement de terre ? […]

Au total, les projets ont permis de construire pas moins de 3588 maisons ou appartements, pour un coût total avoisinant 88 millions de dollars US, selon les chiffres du gouvernement. (Il convient de noter, en revanche, que les bailleurs de fonds internationaux et les agences humanitaires privées ont dépensé plus de cinq fois ce montant – environ 500 millions de dollars US – pour des « abris provisoires », appelés « T Shelters » […]

Le 21 juillet 2011, le président Martelly, l’ex-président des États-Unis Bill Clinton et le premier ministre de l’époque Jean Max Bellerive inaugurent l’Expo Habitat : une exposition d’à peu près 60 prototypes d’habitats à Zoranje [...]

Tous considèrent l’Expo comme un échec. Peu de gens l’ont visitée et encore moins de gens ont choisi un modèle pour leur projet de reconstruction. De nombreux modèles présentés coûtaient très cher par rapport aux normes haïtiennes. (Questionnements sur les projets de logements de la reconstruction, Ayiti Kale Je, 8 janvier, 2013)

Alors que des centaines de milliers de personnes vivaient encore dans des camps de fortune, d’importantes sommes provenant des dons ont été consacrées à la construction d’hôtels de luxe. Comme nous l’indiquions en 2013 :

Aujourd’hui, alors que 300 000 Haïtiens vivent toujours dans des camps, un « nouvel hôtel Marriott s’élevant parmi les décombres en Haïti vient de recevoir un appui financier considérable de 26,5 millions de l’International Financial Corporation (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale […]

L’IFC fait partie du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale a été la cible de critiques pour des initiatives comme le Projet national de développement communautaire participatif (PRODEP). À la suite d’une enquête de huit mois, Haiti Grassroots Watch a conclu que PRODEP « a contribué à miner un État déjà faible, a endommagé le « tissu social » haïtien, a mis en œuvre ce que l’on pourrait appeler une « réingénierie politique et sociale », a soulevé des questions de gaspillage et de corruption […] a contribué à renforcer le statut de « république d’ONG » d’Haïti […] a abîmé les systèmes de solidarité traditionnels et a même, dans certains cas, accru le pouvoir des élites locales. (Julie Lévesque, « Reconstruction » en Haïti: Luxueux hôtels, ateliers de misère et dérèglementation pour l’élite étrangère du monde des affaires, 5 septembre 2013)

Et en 2012:

Dans le cadre de la « reconstruction » du pays, le Clinton Bush Haiti Fund a récemment investi 2 millions de dollars dans l’hôtel Royal Oasis, un complexe de luxe construit dans une zone métropolitaine frappée par la pauvreté et « pleine de camps de déplacés abritant des centaines de milliers de personnes ». (Julie Lévesque, HAITI: Les dons aux victimes du séisme investis dans un hôtel cinq étoiles , Mondialisation.ca, 10 juillet 2012)

L’hôtel  5 étoiles. Royal Oasis

En 2013 on signalait que « les Haïtiens gagnent moins d’argent aujourd’hui que sous la dictature des Duvalier » À moins qu’il n’y ait eu des changements au cours de la dernière année, les Haïtiens qui travaillent dans le gigantesque parc industriel Caracol, inauguré en mars 2013, finissent leur journée de travail avec un maigre 1,36 dollars US après avoir payé pour leurs repas et leur transport. Comme s’il ne suffisait pas d’exploiter les Haïtiens, la construction du géant atelier de misère a chassé les agriculteurs de l’un des greniers d’Haïti alors que le pays a grandement besoin de nourriture:

[Haiti Grassroots Watch] a également appris que la plupart des agriculteurs chassés de leurs parcelles pour faire place au parc industriel sont toujours sans terre.

« Avant, Caracol était le grenier du département du Nord », a déclaré Breüs Wilcien, l’un des fermiers expulsés de la zone de 250 hectares.« Il y a actuellement une pénurie de certains produits dans les marchés locaux. Nous sommes plantés là, dans la misère. » (The Caracol Industrial Park: Worth the risk? Ayiti Kale Je, 7 mars 2013)

Le principal locataire de Caracol est le fabricant de vêtements coréen Sae-A, fournisseur de grands distributeurs comme Wal-Mart, et des marques Ralph Lauren, Donna Karen New York, Gap, Zara, Old Navy, H & M et autres.

Les Haïtiens ont une fois encore été trahis par la communauté internationale :

En 2015, les Haïtiens se trouvent dans une lutte acharnée et au cœur de nouvelles mobilisations politiques visant à créer le projet de construction nationale promis par les grands gouvernements et les organismes humanitaire qui les ont cruellement trahis [...]

Les promesses d’aide humanitaire de plusieurs milliards de dollars qui devaient rejoindre les masses se sont avérées largement illusoire.

Dans les mois qui ont suivi le séisme, l’un des aveux clés était que la gouvernance démocratique et la souveraineté nationale sont des outils essentiels pour la construction d’Haïti sur une base nouvelle et progressiste. Aujourd’hui, l’absence de démocratie et de souveraineté sont à l’épicentre de la tempête politique qui balaie le pays. (Travis Ross et Roger Annis,  La reconstruction d’Haïti est promise Unfulfilled que les Haïtiens Défi régime autoritaire , Haïti Liberté, 7 janvier, 2015)

Julie Lévesque

Visitez notre dossier sur Haïti pour plus d’informations.

Article initialement publié en anglais: Haiti, Five Years After the Earthquake: Fraudulent Reconstruction Under Military Occupation, 12 janvier 2015

Julie Lévesque est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation

 


Publié dans Les Amériques

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CUBA, NICARAGUA, PANAMA : VERS UNE NOUVELLE ARCHITECTURE GEOPOLITIQUE DE L'AMERIQUE LATINE

Publié le par Tourtaux

Cuba, Nicaragua, Panama : vers une nouvelle architecture géopolitique de l’Amérique latine

 

dimanche 25 janvier 2015
par  RG

Article publié sur le dite MEMOIRE DES LUTTES

 

Transformations du paysage international

 

Il a suffi qu’intervienne la normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis – qui laisse entrevoir la fin de l’embargo imposé par Washington à La Havane – pour que bougent les pièces sur l’échiquier commercial et géopolitique de l’Amérique latine. Dans ce contexte, le port de Mariel, rénové et élargi, ainsi que sa « zone spéciale de développement » [1], sont appelés à jouer un rôle stratégique majeur. Mariel sera l’un des nœuds par lesquels passeront les nouveaux flux commerciaux qui s’intensifient dans le monde et qui comptent parmi leurs acteurs les plus importants la Chine et l’Amérique latine.

Toutefois, d’autres dynamiques régionales contribuent à façonner la nouvelle configuration de la géopolitique mondiale. Le canal de Panama avait changé celle du monde lorsqu’il fut inauguré il y a un peu plus d’un siècle. A cette époque, les États-Unis avaient repris le projet, qui avait échoué et avorté, de construction du canal par la France. Cela mettait fin à une étape du commerce mondial, pour en ouvrir une nouvelle.

Avant l’ouverture du canal de Panama, la totalité du commerce et de la circulation entre l’Atlantique et le Pacifique se réalisait en effet par le Cône Sud, avec tout ce que cela représentait de perte de temps et de ressources. En reprenant en main le projet en 1903 après son abandon par la France, Washington a poussé à la séparation du Panama avec la Colombie pour donner naissance à un pays qui existerait autour du canal, placé sous tutelle nord-américaine. C’est ainsi que le canal devint la chasse gardée des Etats-Unis durant cent ans.

C’est également de cette manière que surgit ce que les Panaméens appellent « l’avenue du monde », la seule voie de communication entre les deux océans les plus importants de la planète, entre les deux plus importantes régions du monde. Malgré la volonté manifestée par les États-Unis de faire avec la zone du canal ce qu’ils font encore aujourd’hui avec la base de Guantanamo à Cuba, c’est-à-dire en prolonger indéfiniment l’occupation, le dirigeant nationaliste panaméen Omar Torrijos avait exigé le respect de l’accord (Carter- Torrijos- [2]) et obtenu que le canal passe sous contrôle du gouvernement panaméen le 31 décembre 1999. Ce qui n’empêche nullement Washington de continuer à jouer un rôle de surveillance militaire de la zone.

A mesure que le commerce maritime s’est accru, de même que la taille des bateaux, le canal de Panama s’est révélé insuffisant pour assurer les communications maritimes entre les deux océans. Le 22 octobre 2006, le pays approuvait, par référendum national, un projet de modernisation du canal (conclu avec une entreprise espagnole), soit pratiquement la construction d’un autre canal dont l’inauguration est prévue fin 2015. La date initiale a dû être repoussée suite à de difficiles renégociations liées à l’augmentation des coûts des travaux.

Parallèlement à ce projet, s’en développe un autre, beaucoup plus ambitieux en termes de communication maritime et de redistribution des cartes stratégiques. Il s’agit de la construction par le Nicaragua d’un nouveau canal entre les deux océans. Le projet, encouragé depuis longtemps par la géographie même du Nicaragua – un pays qui dispose de grands lacs pouvant être utilisés pour la construction d’un tel ouvrage – va finalement se concrétiser [3].

La responsabilité de sa construction et de son financement a été confiée à un milliardaire chinois et à sa société de travaux publics. Le projet a été élaboré en peu de temps et a recueilli l’approbation du gouvernement du président Daniel Ortega, mais il est confronté à des difficultés dans sa mise en œuvre.

D’une part, la construction de ce canal changera l’avenir du Nicaragua. Avec lui, le pays disposera de son principal instrument de développement économique grâce à son important trafic, d’autant que s’y ajouteront d’autres constructions annexes, entre autres un nouvel aéroport, et une zone franche. D’autre part, des mouvements populaires se sont organisés contre le projet pour protester contre les conséquences qu’entraînera sa réalisation. Il a en effet été conçu sans élaboration d’un plan de réglementation des dommages environnementaux et sans réelles négociations avec les quelque trente mille paysans qui seront déplacés de leurs terres. Le gouvernement et l’entreprise chinoise ont simplement indiqué qu’ils recevront une juste indemnisation. Au moment où devaient commencer les travaux, se sont produites de grandes mobilisations, non seulement dans les zones concernées, mais aussi dans la capitale, Managua, donnant lieu à des affrontements avec la police et à des dizaines d’arrestations.

Un projet de cette envergure, avec toutes ses retombées potentielles, est mis en œuvre avec une absence quasi totale de mesures de prévention des effets que sa construction va entraîner, et il provoque l’hostilité au lieu de susciter la fierté de posséder une telle infrastructure. Le gouvernement peut continuer à répondre aux mobilisations en les faisant réprimer par la police, mais l’occupation par une partie des paysans des territoires sur lesquels devraient commencer les travaux en rend concrètement l’ouverture difficile. Cette situation oblige le gouvernement à d’épineuses négociations de dernière minute avec les paysans qui disent refuser les indemnisations et vouloir rester sur leurs terres.

La construction du canal du Nicaragua aura de nombreuses conséquences, à commencer par la fin du monopole du canal de Panama et de la tutelle des États-Unis sur la circulation maritime interocéanique. En synergie avec le port de Mariel, il va faciliter les flux impliquant des pays qui connaissent une expansion à la fois de leur commerce et de leur influence politique, comme c’est le cas de la Chine et du Brésil.

Les transformations du paysage international, qui seront accélérées par les très importants accords des BRICS signés à Fortaleza au Brésil en juillet 2014 [4], trouvent une expression régionale avec l’inauguration du port de Mariel et les travaux de construction du canal du Nicaragua.

Traduction et annotations : Mireille Azzoug

Edition et annotations : Mémoire des luttes

Source : Página 12

Illustration : Port de Mariel – Cuba


http://www.medelu.org/Cuba-Nicaragu...

NOTES

[1] Situé à 40 kilomètres de La Havane, ce port est destiné à recevoir les porte-conteneurs « post-panamax » qui peuvent transporter jusqu’à 13 000 conteneurs (ou boîtes). Il vise à placer Cuba au cœur des nouvelles routes commerciales maritimes Atlantique/Pacifique.

[2] Signé en 1977 entre Omar Torrijos et Jimmy Carter, cet accord a organisé la restitution du canal au 31 décembre 1999. Il est désormais placé sous la responsabilité exclusive de l’Autorité du canal de Panama, agence du gouvernement panaméen.

[3] Le projet de canal interocéanique du Nicaragua (278 kilomètres de long) reliera l’océan Atlantique à l’océan Pacifique en utilisant le lac du Nicaragua (ou lac Cocibolca). Il devrait permettre le transit des « post-post-panamax » de 250 000 tonnes mesurant jusqu’à 450 mètres de long et pouvant transporter plus de 14 000 boîtes. Pour la réalisation des ces travaux, le gouvernement de Daniel Ortega a octroyé, en juin 2013, une concession de cinquante ans (renouvelable une fois) à Hongkong Nicaragua Development Investment (HKND), une société dirigée par l’homme d’affaires chinois Wang Jing.
Sur l’ensemble du sujet, lire François Musseau, « Fièvre des canaux en Amérique centrale », Le Monde diplomatique, septembre 2014 (http://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/MUSSEAU/50759 ).

[4] Lire « Les BRICS passent à la vitesse supérieure », Mémoire des luttes (http://www.medelu.org/Les-BRICS-passent-a-la-vitesse ).

http://s147752339.onlinehome.fr/cubacoop/spip.php?page=article&id_article=1972

 

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BRESIL : IL FAUDRA 1000 ANS POUR QUE LES CONTRIBUABLES DE CE PAYS TRES PEUPLE REMBOURSENT LE COUT DU STADE DE BRASILIA !

Publié le par Tourtaux

Il faudra 1 000 ans aux contribuables brésiliens pour rembourser le stade de Brasilia !
( Source: le Quotidien du Peuple en ligne )
21.01.2015 08h37
Le Stade Mane Garrincha de Brasilia.

D'après les autorités locales, les contribuables brésiliens qui espèrent voir le stade Mane Garrincha, rénové à grands frais dans la capitale Brasilia pour la Coupe du Monde de l'année dernière, rentabilisé, ont tout leur temps car il ne sera pas remboursé avant… 3014 ! Selon les comptes publics du bureau de la capitale (TCDF) en effet, payer la facture pour le stade financé par l'État, remis en état d'une structure originale construite en 1974 pour environ 1,9 milliards de reais (900 millions de Dollars US), prendra des siècles plutôt que des décennies.

Le quotidien O Globo a rapporté que le stade a gagné seulement 1,3 millions de reais de revenus locatifs dans la première année suivant la rénovation achevée pour un budget environ trois fois supérieur à ce qui était prévu avant la Coupe des Confédérations de la FIFA 2013. Ces coûts qui sont montés en flèche fait de ce lieu le deuxième stade de football le plus cher du monde après sanctuaire sportif britannique de Wembley.

Quand on lui a demandé de commenter un article du journal Globo signalant qu'à ce taux la facture globale ne serait pas payée avant les 1000 prochaines années, le Tribunal a confirmé lundi à l'AFP la fraction minuscule des fonds amassés au cours de l'année passée. Le stade, baptisé d'après la superstar des années 1960 Garrincha et aussi connu sous le nom de Stade national, est en passe de devenir un gouffre financier compte tenu de l'absence d'une équipe de ligue supérieure dans la ville.

Gil Castelo Branco, porte-parole du groupe de pression Contas Abertas, a déclaré à l'AFP qu'il était pessimiste. « Le Brésil a fait une erreur en insistant pour avoir de trop nombreux sites pour la Coupe du Monde. Il n'y pas d'équipes dans des lieux comme Brasilia - il a donc toutes les chances de devenir, comme nous n'avons cessé de le dire, une véritable usine à gaz. Il n'y a presque aucune chance de le voir rentable », a déclaré Castelo Branco à l'AFP.

« Vous pourrez peut-être y voir une fois un Paul McCartney - mais la plupart du temps, ce sera Rio ou Sao Paulo », a ajouté Gastelo Branco, bien que de fait l'ancien Beatle a bien joué au Mane Garrincha l'année dernière lors de sa dernière tournée. En attendant, les autorités locales espèrent que des clubs d'autres villes utiliseront le terrain –comme le club de Flamengo l'a fait sporadiquement la saison dernière- pour lui fournir une source de revenus.

 


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