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les ameriques

BRESIL : C'EST CELUI QUI POSSEDE LA TERRE QUI TUE

Publié le par Tourtaux

Transmis par Michel Peyret


BRESIL, C'EST CELUI QUI POSSEDE LA TERRE QUI TUE

« Ce modèle (de développement), disent les auteurs, n’est pas soutenable. Les pays émergents ont besoin de nouveaux procédés de production. Actuellement on n’investit avant tout dans la technologie destinée à la production de biodiésel. Nous sommes en train de perdre la souveraineté alimentaire ; les paysans migrent vers les villes et les grands capitalistes veulent exploiter l’Amazonie pour en extraire le fer et d’autres ressources minérales et « biologiques ». Nous allons avoir d’énormes problèmes sociaux et écologiques. »

Ces quelques lignes ne se veulent pas expliquer tout ce qui se passe actuellement au Brésil, mais elles sont un élément de compréhension des réalités complexes auxquelles le peuple brésilien est confronté.

Michel Peyret

Brésil. Entretien avec Joao Pablo Rodriguez Chaves, dirigeant du MST

21 mai 2013

par Gerardo Elorriaga, Joao Pablo Rodriguez Chaves

A côté des immenses routes brésiliennes campent plus 150 000 familles paysannes qui aspirent devenir propriétaires d’une petite exploitation. Le Mouvement de Travailleurs Ruraux sans Terre (MST) soutient cette revendication des travailleurs agricoles (journaliers, précaires, saisonniers, etc.) depuis sa création il y a trois décennies. Aujourd’hui, cette organisation est devenue un des mouvements sociaux les plus importants de l’Amérique « latine ». Il poursuit sa lutte dans un contexte encore plus complexe et mondialisé, dans lequel convergent d’énormes intérêts économiques et des affrontements sociaux d’ampleur.

Joao Pablo Rodrigues Chaves, membre de la Coordination nationale du MST, vient de recevoir le prix Paix et Réconciliation 2013 de la mairie de Guernica [ville bombardée le 26 avril 1937 par les troupes franquistes et nazies et dont Picasso a peint un tableau entre mai et juin 1937], pour récompenser une lutte qui s’est vue entravée par la répression étatique et des assassinats « clandestins », par des malfrats au service des grands propriétaires.

 

Le conflit social se poursuit dans la campagne brésilienne. Au cours de ces trente dernières années, les progrès se sont-ils consolidés ou la situation s’est-elle aggravée ?

Le MST a été fondé au cours d’une période de dictature [1964-1985 ; le MST a vu le jour officiellement en 1984 mais s’est développé au cours des années 1970], et pour nous, la consolidation d’un processus démocratique et les conquêtes économiques, tout comme la politique de crédits agricoles, l’introduction de l’énergie électrique ou l’éducation, constituent des avancées importantes pour les paysans.

Pourtant, la concentration de la propriété s’est accentuée au cours de ces dernières décennies ?

Les transnationales, qui achètent des terres pour les affecter à la monoculture d’exportation, constituent un nouveau facteur. Elles cultivent de la canne à sucre pour la production d’éthanol dans l’Etat de São Paulo ou dans le Nordeste du pays ; ou plantent des eucalyptus pour faire de la pâte de cellulose à l’aide de capitaux finlandais ou de l’Asie du sud ; ou encore se consacrent au marché du soya dans le centre ouest du pays.

Monsanto [un des deux grands groupes, avec Syngenta, des « sciences du vivant » dans l’agro], Bunge [transnationale du grain d’origine bréslienne, Bill Gates [fondateur de Microsoft], George Soros [fonds Quantum] et beaucoup d’autres sont entrés dans ce marché.

L’agriculture brésilienne est-elle un exemple de mondialisation commerciale ?

Le capital transnational a pénétré dans notre pays à la recherche de possibilités d’investissements sûrs et rentables au cours d’une période de crise économique récurrente. Toute l’exportation de grains (blé, maïs, etc.) – sans mentionner le soja, cette légumineuse – est répartie entre cinq ou six firmes. La production de viande est captée par trois chaînes frigorifiques. Ce phénomène nous met dans une situation très compliquée, car nous devons faire face non plus à un latifundiste local, mais à une grande entreprise transnationale dont le siège se trouve à New York ou à Helsinki.

Les gouvernements « progressistes » de Lula da Silva et de Dilma Rousseff soutiennent-ils ce développement ?

Dans la mesure où le modèle de développement brésilien est fondé sur le soutien à l’investisseur étranger, on peut dire que Lula a été le père des pauvres et la mère des riches. Le Brésil consacre en effet 2’000 millions de dollars (1’535 millions d’euros) à des prêts, des subsides pour des infrastructures ou des incitations pour les paysans, alors que les entreprises agro-industrielles disposent de 120’000 millions. Par exemple, le soya destiné à la consommation interne est soumis à l’impôt alors que celui destiné à l’exportation en est exempté.

Il y a une année trois de vos représentants ont été assassinés. Qui tue au Brésil ?

C’est celui qui possède la terre qui tue. Les grandes entreprises sont très modernes, leurs plantations de São Paulo disposent de la technologie la plus récente, mais le même groupe peut posséder une exploitation tout à fait archaïque, avec un système d’esclavage et des milices armées à Maranhao, au nord-est du pays. Nous avons également des problèmes avec la police locale qui est dressée contre nous. Nous sommes persécutés et criminalisés parce que l’agro-négoce est aujourd’hui hégémonique. Ils considèrent les paysans sans terre, les indigènes, les syndicalistes et les écologistes comme étant les « méchants », les ennemis.

Est-ce que des fléaux comme l’esclavage et le travail des enfants persistent ?

Ils persistent parce que l’agriculture est mixte. Il y a celle qui est moderne et celle qui est fondée sur le travail bon marché d’une main d’œuvre privée de droits. Cette agriculture détruit aussi les forêts et fait pression sur les petits propriétaires [ou ceux qui ont occupé des terres et les ont défrichées : posseiros] pour qu’ils vendent leurs terres. Dans leurs exploitations isolées, les travailleurs sont obligés de payer le logement, la nourriture et les vêtements. L’année passée, 2’000 personnes qui se trouvaient dans cette situation [de travail forcé et de « consommation » contrainte] ont été libérées.

Est-ce que le pays est conscient des risques que pose cette monoculture intensive, non seulement sur le plan économique mais également sur le plan sanitaire, à cause de l’utilisation massive de pesticides qu’elle exige ?

Non. Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agro-toxiques du monde, avec une moyenne de 5 kg par personne, soit presque cinq millions de kilos annuels. Le phénomène est très grave, car ces produits sont répandus par avion, ce qui affecte la santé des êtres humains. On fumige les pâturages et les cultures de soya, de maïs, d’eucalyptus, mais la production de haricots, de manioc ou de fruits comme la mangue stagne. Les prix des aliments sont les plus hauts d’Amérique latine, celui des tomates a augmenté de 150%, les rendant plus chers que la viande.

Ce modèle de développement est-il viable ?

Ce modèle n’est pas soutenable. Les pays émergents ont besoin de nouveaux procédés de production]. Actuellement on n’investit avant tout dans la technologie destinée à la production de biodiésel. Nous sommes en train de perdre la souveraineté alimentaire ; les paysans migrent vers les villes et les grands capitalistes veulent exploiter l’Amazonie pour en extraire le fer et d’autres ressources minérales et « biologiques ». Nous allons avoir d’énormes problèmes sociaux et écologiques.

La classe politique ne semble pas avoir conscience des risques encourus, mais qu’en est-il de la société ?

On est conscient du fait que le pays s’enrichit face à un monde en grande partie en crise, qu’une dite classe moyenne réclame de bons logements, des voitures, des télévisions et des frigos… à crédit. La population brésilienne se concentre en cinq grandes villes : São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Fortaleza et Salvador. Elle se soucie bien peu de ce qui peut arriver au Mato Grosso ou dans l’Amazone, même si la production agricole, au sens large, reste le grand moteur économique du pays. Actuellement l’augmentation des cas de cancer préoccupe beaucoup, mais il n’y a pas de débat sur les causes de cet accroissement [liés à de nombreux facteurs dans le monde rural comme dans l’enfer urbain à la São Paulo]. « On » pense en termes de croissance économique mais non en termes développement social ; les risques encourus ne sont pas appréhendés ou alors ils sont niés.

*****

Le contexte socio-économique du Brésil de la terre

Exportations agricoles : le Brésil occupe la troisième place à niveau mondial, après les Etats-Unis et l’Union européenne [la France en particulier].

Contrôle des terres : 50% de ses 65 millions d’hectares labourés se trouvent entre les mains de grands groupes économiques, et 54% des cultures sont transgéniques.

Superficie cultivée : les exploitations dépassant les 100 000 hectares ont passé de 22 en 2003 à 2008 en 2011.

Membres du MST : le MST compte 2,5 millions d’affiliés et a été [et est] le principal bras de levier pour l’établissement de 500 000 familles sur des terres.

Les victimes : depuis 1985, 1566 personnes ont été assassinées au Brésil, simplement pour avoir défendu leur droit à la terre. Seuls 8% de ces crimes ont été jugés.

Gerardo Elorriaga, Joao Pablo Rodriguez Chaves

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EQUATEUR : LE PRESIDENT RAFAEL CORREA APPELLE A AVANCER VERS LA SECONDE ET DEFINITIVE INDEPENDANCE - FIDEL CASTRO FELICITE RAFAEL POUR SON DISCOURS COURAGEUX

Publié le par Tourtaux

 

ourra jamais démontrer que les grossiers intérêts matériaux pourront créer des citoyens plus vertueux et honnêtes.

Rafael Correa appelle à avancer vers la seconde et définitive indépendance


• Cuba et l’Équateur renforcent leur coopération


QUITO.— LE président équatorien Rafael Correa a souligné les progrès enregistrés par son gouvernement dans les sphères sociale et économique dans son discours d’investiture pour son second mandat, devant l’Assemblée nationale.


Réélu en février avec 57,17% des voix, Correa a signalé dans son allocution de près de deux heures que l’Équateur a besoin d’une « seconde indépendance contre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion. C’est pour cette seconde et définitive indépendance que nous luttons aujourd’hui et que nous avançons, le pays vit des changements profonds et positifs sur les plans économique, politique et social ».


Prenant la parole avant la cérémonie de prestation de serment de Rafael Correa pour la période 2013-2017, la présidente de l’Assemblée nationale Gabriela Rivadeneira a déclaré que « nous comprenons qu’il ne peut y avoir et qu’on ne saurait parler d’une véritable indépendance économique et politique sans justice sociale, et qu’il ne peut y avoir de société juste et égalitaire si la patrie demeure sous le joug du colonialisme ».


Pour sa part, le président équatorien, s’appuyant sur les statistiques de la Commission économique pour l’Amérique latine, a souligné que l’Équateur est l’un des trois pays ayant le plus réduit la pauvreté, qui constitue « la plus grave atteinte aux droits, aux libertés et à la dignité humaine ».


Correa a critiqué le double standard des États-Unis en matière de droits de l’Homme, qu’il a fustigé de « néocolonialisme », rappelant que « cette Amérique digne n’est plus l’arrière-cour de personne ».


Il a renouvelé ses critiques contre le fonctionnement de l’Organisation des États américains. « Le siège de ce mécanisme se trouve aux États-Unis, le pays qui impose un criminel blocus économique, commercial et financier à Cuba, une mesure qui constitue une violation de la Charte de cet organisme », a-t-il dit. Et d’ajouter : « Il s’agit de la plus grave atteinte au droit international et aux droits de l’Homme ».


Il a également évoqué la question des Îles Malouines, « arrachées par la force à l’Argentine au XIXe siècle, des colonies britanniques situées à plus de 11 000 kilomètres du Royaume Uni, au large des côtes argentines ».


Sur le plan interne, le président Rafael Correa a salué les progrès accomplis par son pays avec la Révolution citoyenne qu’il dirige depuis sont arrivée au Palais de Carondelet, en 2007. « Le capital financier, les bureaucraties internationales et les oligarchies ne font plus la loi chez nous. C’est le peuple équatorien qui commande. Tel est le changement le plus important pour nous », a-t-il dit.


Rafael Correa a prêté serment en compagnie de son vice-président Jorge Glas au cours d’une cérémonie à laquelle assistaient des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique latine et d’ailleurs, ainsi que des délégations diplomatiques et des invités.


CUBA-ÉQUATEUR : ÉLARGISSEMENT DE LA COOPÉRATION


Miguel Diaz-Canel Premier vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres de Cuba, a exprimé la volonté de son pays de continuer d’œuvrer au renforcement des liens d’amitié et de solidarité avec l’Équateur, et à l’élargissement de la coopération et de l’intégration entre les deux gouvernements et les deux peuples.


Dans ses déclarations à l’agence Prensa Latina, Diaz-Canel a transmis les salutations de Fidel, de Raul et de tous les Cubains au président Correa, qui entamait un nouveau mandat de quatre ans.


Le dirigeant cubain a signalé qu’il était venu accompagner le président Correa, son gouvernement et le peuple équatorien à l’occasion de la prestation de serment, et pour appuyer la Révolution citoyenne au nom du gouvernement et du peuple cubains.


Diaz-Canel a souligné la convergence de vues entre Cuba et l’Équateur à toutes les parties d’intégration régionale, en faveur de l’unité dans la diversité, rappelant que Cuba fera tous les efforts possibles en faveur de la consolidation de la Communauté des États latino-américains et caribéens. « Cette organisation constitue la tribune la plus importante d’intégration pour l’inclusion des 33 pays de la région, et le soutien de l’Équateur est important en raison du prestige de son président et de la Révolution citoyenne », a-t-il indiqué.


« Cuba continuera d’apporter son soutien à l’Équateur dans la mise en œuvre de ses programmes sociaux », a souligné Diaz-Canel, avant de préciser que les deux pays peuvent procéder à des échanges d’expériences, de technologie et mener des projets conjoints dans de nombreuses sphères.


Le dirigeant cubain a rappelé qu’historiquement l’Équateur a soutenu notre pays dans ses luttes pour l’indépendance, et est rallié à notre cause en faveur de la levée du blocus et de la libération des Cinq.


« La prestation de serment de Rafael Correa et de son vice-président assure la continuité de la Révolution citoyenne en Équateur, et constitue une contribution de l’Alternative bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA) à l’intégration et à la consolidation de l’exemple que nous construisons », a conclu Miguel Diaz-Canel


http://www.granma.cu/frances/notre-amerique/30may-Rafael%20Correa.html

 

 


 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 30 Mai 2013

Félicitations de Fidel au président Rafael Correa


Cher Rafael :


Je te félicite pour ton discours courageux d’aujourd’hui et pour la grande autorité morale et politique avec laquelle tu assumes à nouveau la présidence de l’Équateur.


J’ai perçu la fermeté de ta voix lorsque, de façon irréfutable, tu as condamné le blocus économique exercé contre Cuba.


Quelle que soit la durée de la malheureuse histoire de notre espèce, nul ne pourra jamais démontrer que les grossiers intérêts matériaux pourront créer des citoyens plus vertueux et honnêtes.


La fillette qui aujourd’hui a agrafé l’insigne présidentielle sur ta poitrine démontre le contraire.


« Une idée juste du fond d’une grotte est plus forte qu’une armée », nous a appris l’Apôtre de notre indépendance.


Je te félicite également pour l’hommage juste et émouvant rendu à Hugo Chavez, qui a tant aimé l’Équateur.


Une forte accolade.

Fidel Castro Ruz

Le 24 mai 2013

20h 32.

20h 32.

 

http://www.granma.cu/frances/notre-amerique/30may-Felicitations%20de.html

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LA COMMUNAUTE DES ETATS LATINO-AMERICAINS ET DES CARAÏBES (CELAC) SOUHAITE COOPERER AVEC LES BRICS, A DECLARE SERGUEÏ LAVROV, MINISTRE RUSSE DES AFFAIRES ETRANGERES

Publié le par Tourtaux

Groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud)
14:34 29/05/2013
MOSCOU, 29 mai - RIA Novosti

La Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC) souhaite coopérer avec les pays du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), a déclaré mercredi à Moscou le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue d'entretiens avec la "troïka élargie" de la CELAC (Cuba, Costa Rica, Chili et Haïti).

"Nos amis ont souhaité établir des contacts entre la CELAC et les pays BRICS, notamment dans le cadre de rencontres internationales. Nous saluons cette idée. Nous en discuterons avec les autres pays de la zone BRICS", a indiqué M.Lavrov.


La rencontre a en outre porté sur la coopération économique entre la Russie et l'Amérique latine, l'augmentation du nombre des projets hautement technologiques, la création d'alliances technologiques et de coentreprises.


"Nous avons évoqué le désir de nos peuples d'intensifier les échanges culturels, éducatifs et scientifiques réciproques. Le régime sans visa que la Russie a établi avec la plupart des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes contribue au développement de ces liens. Nous comptons créer prochainement un espace sans visas Russie-CELAC qui renforcera nos relations et créera des conditions favorables pour les communications entre les gens", a ajouté M.Lavrov.


La CELAC compte 33 Etats membres, elle regroupe des pays du continent américain, à l'exception du Canada et des États-Unis.

 

http://fr.rian.ru/world/20130529/198419863.html


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ARGENTINE : VIDELA, LE GENERAL TORTIONNAIRE EST MORT. CE DICTATEUR EST RESPONSABLE DE LA MORT DE 30 000 PERSONNES ET DE TORTURES SUR AU MOINS 100 000 AUTRES

Publié le par Tourtaux

Argentine : Le général Videla et la «guerre contre le terrorisme»

Mondialisation.ca, 23 mai 2013
videla

Le général Jorge Rafael Videla est mort le 17 mai à l’âge de 87 ans des suites d’une chute dans la douche de la prison où il croupit. C’était le dirigeant d’une dictature militaire brutale qui, entre 1976 et 1983 a tué et fait disparaître en Argentine quelque 30 000 travailleurs, militants socialistes, enseignants, étudiants et d’autres perçus comme étant «subversifs», tout en torturant au moins 100 000 autres. Dans son propre pays, les journaux qui jadis soutenaient son régime l’ont condamné en le qualifiant de dictateur et de praticien du terrorisme d’État.


Et pourtant on ne peut s’empêcher de soupçonner qu’au sein de l’appareil militaire et du renseignement aux États-Unis et en Amérique latine, sans parler des cercles financiers dirigeants dont il servait les intérêts, la mort du vieux général a été déplorée.


Il était après tout un pionnier de la «guerre contre le terrorisme», écrivant les manuels sur les méthodes de gouvernance extra-constitutionnelles, la répression et la violence d’État et qui ont été largement adoptées par les cercles dirigeants à Washington et ailleurs. Il ne fait pas de doute qu’il y a des gens engagés dans ce secteur de travail aujourd’hui qui le considèrent en quelque sorte comme un visionnaire.


Trois jours avant sa mort, l’ex-dictateur comparaissait comme principal accusé devant un tribunal argentin pour des chefs d’accusation liés à l’Opération Condor, entreprise conjointe de dictateurs au pouvoir en Amérique latine dans les années 1970, visant à traquer et assassiner leurs opposants, où qu’ils se trouvent.


Comme lors des précédents procès, Videla avait prétendu avoir perdu la mémoire sur les événements de cette époque tout en défendant inconditionnellement les actions entreprises par son régime et l’armée comme étant nécessaires dans le cadre d’une «guerre anti-terroriste.»


L’Opération Condor impliquait les efforts combinés des régimes militaires de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, du Paraguay et de l’Uruguay et le soutien logistique et l’aide militaire indispensables du Pentagone et de la CIA.


Cette Opération a eu pour conséquence l’enlèvement et le meurtre d’un certain nombre de personnes considérées comme des opposants aux régimes dictatoriaux. Il y a eu le meurtre à la voiture piégée à Washington DC de Orlando Letelier, ancien ministre chilien des Affaires étrangères du gouvernement Allende, l’assassinat de l’ancien président bolivien Juan José Torres et des députés uruguayens Héctor Gutiérrez et Zelmar Michelini à Buenos Aires et l’assassinat des anciens présidents brésiliens Joao Goulart et Juscelino Kubitschek, dont la mort avait été présentée comme suite à une crise cardiaque pour l’un et à un accident de voiture pour l’autre.


Dans le langage officiel américain, les méthodes utilisées sous Condor sont connues sous le nom de «rendition» (extradition) et d’«assassinat ciblé». Ces méthodes seraient aisément comprises par le personnel de la CIA et des opérations spéciales d’aujourd’hui.


Tous les régimes du Condor étaient constitués de personnels militaires haut gradés, formés à l’École militaire des Amériques (Army’s School of the Americas) du Panama et dans d’autres institutions militaires américaines qui toutes disposaient de conseillers militaires américains, recevaient une aide militaire américaine substantielle et hébergeaient des bureaux de la CIA bien dotés en personnel.


Des documents du département d’État, précédemment secrets, montrent clairement que Washington avait compris dès le début les intentions de Videla et qu’il les soutenait entièrement. Un de ces documents comporte un échange entre le secrétaire d’État de l’époque Henry Kissinger et son secrétaire d’État adjoint à l’Amérique latine, William Rogers, deux jours après la prise de pouvoir de Videla.


Rogers dit à Kissinger que Washington doit «s’attendre à pas mal de répression et à probablement pas mal de sang, en Argentine, sous peu. Je crois qu’ils vont devoir s’attaquer non seulement aux terroristes, mais aux dissidents des syndicats et leurs partis.»

Alors que Rogers suggérait d’attendre un peu avant de reconnaître officiellement la junte pour des questions de relations publiques, Kissinger ordonna le soutien plein et entier des États-Unis. «Quelles que soient leurs chances,» insista-t-il, «Ils auront besoin d’un peu d’encouragement de notre part.»


Parmi les personnes impliquées dans l’application de cette politique en 1976, il y avait Richard Cheney, alors chef de cabinet de la Maison-Blanche et Donald Rumsfeld qui était ministre de la Défense. Vingt-cinq ans plus tard, tous deux allaient réémerger comme principaux architectes de «la guerre mondiale contre le terrorisme» menée par les États-Unis.


Avec la bénédiction de Washington, Videla et ses collègues officiers se lancèrent dans ce qu’ils appelèrent «El Processo», le processus de réorganisation nationale.


Parmi les premières mesures de ce processus, il y eut la suspension des droits démocratiques fondamentaux, dont les garanties de l‘habeas corpuscontre l’emprisonnement sans chef d’accusation ou procès. La dictature rendit les syndicats et les partis politiques illégaux et dissout la législature. Les grèves et manifestations furent transformées en crimes graves contre «la sécurité nationale».


Un réseau de prisons clandestines fut mis en place, dont les tristement célèbres cachots d’ESMA (École de mécanique de la Marine), le Campo de Mayo de l’armée et des dizaines et des dizaines d’autres éparpillées à travers le pays. Là, les détenus étaient soumis à des formes de torture d’une extrême brutalité tels les passages à tabac, les décharges électriques, l’immersion prolongée dans des eaux souillées, l’interdiction de dormir, les températures et les bruits extrêmes, les attaques par chiens spécialement dressés à cet effet, les simulations d’exécution et les tortures et humiliations sexuelles.


Quasiment toutes ces méthodes ont été communément utilisées à Guantanamo, Abu Ghraib et les prisons secrètes dites «sites noirs» de la CIA de par le monde, un quart de siècle plus tard.


Après avoir été soumis à la torture, la grande majorité de ces victimes étaient tuées, bon nombre d’entre elles droguées puis embarquées à bord d’avions militaires d’où on les jetait nus pour les noyer dans le Rio de la Plata ou l’océan Atlantique.


L’attitude positive de l’armée américaine envers la junte se reflète dans un article qui fut publié en juin 1978 dans la publication Parameters, magazine de l’ US Army War College qui fit remarquer avec approbation que «Le général Jorge Rafael Videla, qui dirige la junte militaire argentine, a permis aux autorités d’adopter des mesures plus rigoureuses» contre le «terrorisme.» On y fait l’apologie de Videla, le décrivant comme «un modéré engagé à faire revenir la démocratie dans le pays une fois que seront rétablies les fondations pour la stabilité.»


Entre temps, comme le révèle un des documents déclassifiés du Département d’État, l’estimation officielle du nombre d’Argentins assassinés dans cette croisade pour la «stabilité» était de 22 000.


En tout 40 pour cent des victimes de la junte étaient des travailleurs et des syndicalistes militants. Les centres de torture étaient installés à l’intérieur des principales usines du pays, y compris à l’usine automobile Ford. La bureaucratie syndicale péroniste collabora à cette campagne d’extermination en aidant à former des escadrons de la mort avant même que les militaires ne prennent le pouvoir.


Cette répression avait des objectifs économiques et de classe clairement définis. La dictature réussit à diminuer de moitié les salaires dès la première année de sa prise de pouvoir, faisant passer la part des travailleurs dans le revenu national de 48,5 à tout juste 29 pour cent. L’accès universel à la santé fut aboli en faveur de compagnies d’assurances à but lucratif et les autres formes d’aide sociale furent supprimées ou drastiquement diminuées. En substance, la junte opéra un vaste transfert de richesse sociale des travailleurs argentins à la classe dirigeante du pays, aux multinationales et au capital financier international.


Tout ceci n’est pas juste une question d’intérêt historique. Confrontée à la crise économique la plus grave depuis la Grande Dépression des années 1930, la classe dirigeante aux États-Unis et internationalement cherche à effectuer un transfert similaire de richesse sociale aujourd’hui. Et sous couvert d’une «guerre contre le terrorisme», la même justification que celle donnée par Videla, le gouvernement américain, d’abord sous le gouvernement Bush puis en accélérant le rythme sous Obama, a déjà mis en place le cadre juridique et institutionnel pour une répression du style de celle qui s’est produite en Argentine.


Le gouvernement Obama s’est arrogé le pouvoir de soumettre des citoyens américains à la détention militaire indéfinie sans chef d’accusation ni procès, c’est-à-dire à procéder à des «disparitions» Une Maison-Blanche qui compose régulièrement des «listes de gens à abattre» pour des assassinats et des massacres à l’étranger a spécifiquement précisé qu’il peut ordonner des meurtres similaires de citoyens américains résidant aux États-Unis mêmes s’il estime qu’il s’agit d’ennemis «terroristes» de l’État.


Ceux qui regardent les horreurs de l’Argentine sous la junte de Videla et pensent que «cela ne peut pas arriver ici» se trompent vraiment.


Bill Van Auken


Article original, WSWS, paru le 22 mai 2013


http://www.mondialisation.ca/argentine-le-general-videla-et-la-guerre-contre-le-terrorisme/5336116

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GUADELOUPE : PETITION CONTRE L'EPANDAGE AERIEN DANS L'ILE

Publié le par Tourtaux

23 mai 2013 

Le Tribunal Administratif de Basse-Terre a annulé les arrêtés préfectoraux des 13 juillet et 15 octobre 2012 autorisant l’épandage aérien. Ni le LPG [1] ni le Ministre de l’Agriculture n’ont cru devoir faire appel de ce jugement.


Le Collectif est atterré par la désinvolture avec laquelle le LPG vient de demander une nouvelle dérogation pour reprendre l’épandage aérien, marquant ainsi sa volonté de contourner la loi en s’appuyant sur la force de leur lobbying et leurs soutiens politiques.


Si les planteurs ont jusqu’à présent réussi à maîtriser la cercosporiose jaune, au prix de multiples épandages aériens, et en utilisant abondamment comme adjuvant une huile paraffinique, dérivée du pétrole, (banole) bien loin d’être inoffensive, il n’en va pas de même avec la cercosporiose noire apparue en Guadeloupe début 2012, bien plus redoutable. Cette nouvelle maladie, à laquelle est très sensible la variété Cavendish, demande en effet plus d’interventions d’épandage de fongicides, ce qui est actuellement loin d’être possible, compte tenu du « panel » de produits phytopharmaceutiques autorisés.


Nous rappelons que les produits utilisés sont très dangereux pour la santé de la population et de la faune. Ils peuvent générer des cancers, de graves perturbations endocriniennes, et sont très toxiques pour les organismes aquatiques. Si certains ont reçu un avis favorable de l’ANSES [2], on ne peut admettre que cette agence, qui restreint son étude aux effets d’un seul produit à la fois, se contente de juger le risque comme « acceptable », sans en particulier tenir compte des effets « cocktail » de l’accumulation de produits différents dans les organismes vivants, ni des effets des faibles concentrations à long terme, ni des conditions climatiques des zones tropicales.


On ne peut d’autre part admettre que cette agence ne tienne compte que des données fournies par les industriels, pratique qui laisse planer un fort doute légitime sur l’impartialité de ses analyses. Dans ce contexte, le principe de précaution inscrit dans la constitution en février 2005 est bafoué.


La nouvelle demande de dérogation est particulièrement imprécise quant aux produits à utiliser, puisqu’il est question de : « tous produits évalués et autorisés à être utilisés par voie d’épandage aérienne pour lutter contre les organismes nuisibles susmentionnés ».


Doit-on dans ces conditions délivrer un blanc-seing aux planteurs leur permettant d’utiliser sans préavis toute nouvelle substance mise sur le marché ? Ils s’inscrivent ainsi dans une course en avant pour au moins huit ans encore, car la disponibilité de variétés Cavendish résistantes aux cercosporioses ne pourra (théoriquement) être effective qu’à cet horizon.


Alors qu’une dérogation ne peut avoir qu’un caractère exceptionnel et limité dans le temps, la démarche à nouveau engagée risque de devenir générale et permanente.


L’exploitation productiviste de la variété « Cavendish », très fragile aux maladies, fait de plus en plus face à la concurrence internationale au fur et à mesure de l’abaissement programmé des barrières douanières.


Cette culture n’a pu être maintenue jusqu’à présent que grâce aux subventions généreuses du programme POSEI [3]. Elle a ainsi bénéficié entre 2007 et 2011 d’une aide d’un montant annuel moyen de plus de trente millions d’euros, ce qui représente 15 000 euros/ha ou 100 000 euros par emploi direct ou indirect.


Cette manne financière a été « détournée » au détriment des autres activités agricoles qui permettraient d’atteindre une meilleure autonomie alimentaire de la Guadeloupe.


Aux subventions cumulées depuis 2006 (188,67 millions d’euros), il est indispensable d’ajouter les 64 millions d’euros des plans Chlordécone I et II, suite à la tragédie que tout guadeloupéen connait et qui a conduit, après deux dérogations criminelles accordées pour « épuiser les stocks », aux conséquences que l’on connait.


Comme le souligne la Cour des Comptes en 2011, ces sommes auraient été mieux employées à soutenir des alternatives agricoles utiles au développement économique de la Guadeloupe, et créatrices d’emploi.


Le Collectif Vigilance Citoyenne n’est pas contre la culture de la banane, mais contre des pratiques culturales sans avenir qui obèrent les autres activités agricoles.


Le Collectif s’oppose à ces pratiques et logiques qui arrivent à leur terme, parce qu’elles ne sont motivées que par des intérêts particuliers, qui, sous prétexte de préserver un capital économique, compromettent durablement la Santé et l’Environnement de la Guadeloupe.


CECI NE PEUT PLUS DURER !


Le Collectif Vigilance Citoyenne, au nom :

• Du principe de précaution inscrit dans la Constitution, et qui permet d’empêcher que d’autres pesticides ne viennent aggraver les dégâts dévastateurs occasionnés par la Chlordécone.

• De la préservation de la qualité de notre production vivrière, de l’eau, de la faune et de la flore, et par voie de conséquences celle de tout un secteur touristique se tournant de plus en plus vers notre patrimoine naturel.

• De l’urgente nécessité de mener une réflexion sur l’orientation de notre agriculture et sur une meilleure utilisation des aides à ce secteur.


S’oppose fermement à toute reprise de l’épandage aérien. Appelle à la mobilisation de chacun pour signer et faire signer cette pétition.


Ces signatures [4] seront adressées à Madame la Préfète pour consignation dans le registre des observations de la consultation publique.

 

Le Collectif Vigilance Citoyenne


PS: n’hésitez pas à laisser un message à l’aide du formulaire ci-dessous ou à l’adresse

petition@collectifvigilancecitoyenne.org afin de compléter votre pétition avec un témoignage, un texte, des informations ou pour ajouter des renseignements vous concernant (notament attester de vos qualités – citoyen, militant associatif, fonctions électives ou politiques, … ).

 

POUR SIGNER, CLIQUER SUR LE LIEN ET REMPLIR LE FORMULAIRE EN BAS DE PAGE:

 

Publié dans Les Amériques

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