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politique

MANLIO DINUCCI : LA POLITIQUE DU (DES)ARMEMENT

Publié le par Tourtaux

 

Transmis par Marie-Ange Patrizio

 

 

L’art de la guerre

 

La politique du (dés)armement

 

Manlio Dinucci

 

Un chargement d’armes chimiques syriennes va être transbordé demain à Gioia Tauroi (Calabre), du navire danois Ark Futura au navire étasunien Cape Ray. C’est le dernier envoi, par lequel la Syrie a terminé le désarmement chimique, sous le contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Damas a ainsi tenu son engagement pris dans le cadre de l’accord établi avec la médiation de Moscou, qui en échange avait obtenu de Washington la promesse de ne pas attaquer la Syrie. Le transfert et la destruction successive des armes chimiques syriennes –déclare la ministre des Affaires étrangères Mogherini- « pourrait ouvrir d’ultérieurs scénarios de désarmement et de non prolifération dans la région ». Elle tait par contre le fait que, alors que la Syrie a renoncé aux armes chimiques, Israël a construit un arsenal chimique sophistiqué, qui reste secret puisqu’Israël a signé mais non ratifié la Convention sur les armes chimiques. Comme il l’a fait avec son arsenal nucléaire, qui reste secret puisqu’Israël n’a pas signé le Traité de non-prolifération. Mogherini tait surtout la façon dont les Etats-Unis contribuent au « désarmement » dans la région : au moment précisément où Damas termine le désarmement chimique, en montrant sa propension à la négociation, le président Obama demande au Congrès 500 millions de dollars pour armer et entraîner des « membres contrôlés de l’opposition syrienne ». Comme ceux en majorité non Syriens – recrutés en Libye, Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie et autres pays, que la Cia a pendant des années armés et entraînés en Turquie et Jordanie pour les infiltrer en Syrie. Parmi eux, de nombreux militants de l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (Isis, ou EIIL) entraînés par des instructeurs dans une base secrète en Jordanie. Bien que Damas ait réalisé le désarmement chimique, et qu’émergent d’autres preuves que ce sont les « rebelles » qui ont utilisé des armes chimiques en Syrie, Washington continue à les armer et à les entraîner pour renverser le gouvernement syrien. Emblématique est la déclaration du Sommet G7 à Bruxelles, reflet de la politique de Washington. Sans dire un mot sur le désarmement chimique syrien, le G7 « condamne la brutalité du régime d’Assad, qui mène un conflit qui a tué plus de 160mille personnes et en a laissé 9,3 millions dans une nécessité d’assistance humanitaire ». Et, qualifiant de fausses les élections présidentielles du 3 juin, sentencie qu’ « il n’y a pas d’avenir pour Assad en Syrie ». Il fait en même temps l’éloge de « l’engagement de la Coalition nationale et de l’Armée syrienne libre à soutenir le droit international », tandis qu’il « déplore » le fait que la Russie et la Chine ont bloqué au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution qui demandait de déférer les gouvernants syriens à la Cour pénale internationale de La Haye. Les objectifs de Washington sont donc clairs : abattre le gouvernement de Damas, soutenu notamment par Moscou, et, en même temps (y compris par l’intermédiaire de l’offensive de l’EIIL, fonctionnelle à la stratégie étasunienne), déposer le gouvernement de Bagdad, qui avait pris ses distances des USA et s’était rapproché de la Chine et de la Russie. Ou, en alternative, « balkaniser » l’Irak en favorisant sa division en trois morceaux. Dans ce but Washington envoie en Irak, en plus de drones armés qui opèrent depuis le Koweït, 300 conseillers militaires avec la mission de constituer deux « centres d’opérations conjointes », un à Bagdad et l’autre au Kurdistan. Pour conduire ces opérations et d’autres, définies officiellement de « contre-terrorisme », la Maison Blanche demande au Congrès des fonds additionnels : 4 milliards de dollars pour le Pentagone (surtout pour ses forces spéciales), un milliard pour le Département d’Etat, 500 millions pour des « situations imprévisibles ». En réalité facilement prévisibles.

 

Edition de mardi 1er juillet 2014 de il manifesto


http://ilmanifesto.info/la-politica-del-disarmo/


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


i Le port calabrais de Gioia Tauro (province de Reggio Calabria) est le plus grand port méditerranéen de transfert de chargement (transhipment). NdT.

 

Publié dans Politique

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ALLEMAGNE : " DIE LINKE " QUI A DU PLOMB DANS L'AILE, EST PRETE A TOUT, Y COMPRIS A SACRIFIER LE COMBAT POUR LA PAIX, CONTRE L'OTAN POUR S'ALLIER AVEC LE SPD

Publié le par Tourtaux

vernunft-die-linke.png Fractures internes à « Die Linke » prête à sacrifier le combat pour la paix, contre l'OTAN ... pour s'allier avec le SPD !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ex-vitrine du PGE, Die Linke, a du plomb dans l'aile. Non seulement il n'arrive toujours pas à incarner une alternative à la social-démocratie traditionnelle, mais sa glissade droitière est de plus en plus manifeste, même sur un point central de son identité : la lutte pour la paix.

 

Au-delà des communistes, pour les progressistes, les militants de gauche allemands, le combat pour la paix est fondamental dans un pays où le militarisme, l'impérialisme, a toujours accompagné les pires formes de domination du capital, avec le nazisme comme forme suprême.

 

« Die Linke » a bien liquidé la majeure partie de l'héritage du mouvement communiste en Allemagne au profit d'une conception institutionnelle, réformiste, prompte aux alliances avec la social-démocratie, à l'adhésion à l'UE capitaliste.

 

Mais le combat contre la guerre, contre l'impérialisme, il semblait avoir subsisté jusque-là.

 

Or, quand le gouvernement allemand prend un tournant militariste, les interventions de la Bundeswehr (armée allemande) se multiplient en Afrique, que la chancellerie allemande se fait active sur le Front de l'est ukrainien, les résistances de « Die Linke » à l'appel du clairon tombent.

 

Certes, « Die Linke » n'est pas strictement homogène sur cette question identitaire. Des fractions – essentiellement liés à des députés, dans ce parti étroitement parlementaire – se dessinent.

 

Un député de Linke au cœur de la reformulation de la politique étrangère militariste allemande

 

Le jeune loup Stefan Liebich fait partie du courant « réformateur », l'aile-droite favorable à une ré-orientation de la politique de Linke vers un accompagnement du tournant militariste de la RFA. Député, il est membre pour Linke de la Commission aux Affaires étrangères du Bundestag.

 

Il est par ailleurs un membre éminent de diverses ONG spécialisées dans « l'aide au développement », « les missions humanitaires », comme l'ONG « Help », liée indirectement à la chancellerie allemande mais aussi « Atlantik-Brücke » (Pont de l'Atlantique) favorisant le développement de l’atlantisme à travers les échanges entre élites américaines et allemandes.

 

Il y a deux semaines de cela, Liebich, a participé avec le député vert Jurgen Trittin et la SPD Hildegaard Buhlman à une rencontre visant à dresser « les perspectives d'une politique commune pour la paix », dont est sorti selon Liebich la « plausibilité » d'un accord entre les trois parti(e)s, dans l'optique d'un futur accord gouvernemental.

 

Liebich avait déjà contribué à la rédaction d'un texte à l'automne « Politique étrangère de Gauche : perspectives de réforme » qui avançait l'idée dans le parti de gauche de « nouvelles responsabilités internationales » pour l'Allemagne, avec un soutien à des « interventions humanitaires » à l'étranger et renforcement du « partenariat trans-atlantique » avec les États-Unis.

 

En janvier encore, Liebich a signé un document avec la députée verte Brugger, encourageant le développement de missions militaires allemandes à l'étranger « sous mandat international » dans une optique « humanitaire ». L'humain d'abord, à coup de bombes !

 

Liebich avait également soutenu le déploiement de la Bundeswehr en Méditerranée en avril dernier.

 

Une fraction des députés de Linke prête à soutenir une mission de la Bundeswehr à l'étranger, en Syrie !

 

Car les « réformateurs » ne se sont pas arrêtés aux discours, ils sont passés aux actes en avril dernier, levant un tabou de Die Linke : la question du soutien à des interventions de la Bundeswehr à l'étranger.

 

Ces derniers mois, l'armée allemande a accéléré la mise en œuvre de sa weltpolitik, sa politique mondiale, en venant en soutien de la France au Mali, en Centrafrique.

 

Elle a également acté le déploiement d'une mission militaire en Méditerranée. Une frégate avec à son bord 300 soldats censée assurer le désarmement des armes chimiques de la Syrie, en collaboration avec les États-Unis.

 

Usant du prétexte fallacieux de la menace des « armes chimiques », la nécessité d'une intervention humanitaire, Gregor Gysi – figure des « réformateurs », leader du PGE – avait tenté le coup de force en reniant un mot d'ordre fondateur de l'identité de Linke : « Pas de mission à l'étranger ».

 

Ce soutien déclaré aux manœuvres impérialistes en Syrie, à la politique belliciste de l'Allemagne, n'a pas emporté l'adhésion de la majorité des députés de « Die Linke » : 35 ont voté contre, 18 se sont abstenus et 5 ont voté pour cette mission à l'étranger, révélant une fracture à la tête du parti.

 

Ce n'est pas la première fois que sur la question de la paix, le parti se déchire.

 

Sur le soutien de la « flottille de la liberté » de solidarité avec Gaza en juin 2011, plusieurs députés de Linke avaient soutenu activement l'initiative … alors que Gysi, et une forte minorité de parlementaires dénonçaient une campagne anti-sémite, des agissements violents.

 

La direction de Linke avait alors proposé une motion interdisant la participation d'élus de Linke à la Flotille de la Liberté pour Gaza au nom de la lutte contre l' « anti-sémitisme ». 19 députés avaient refusé d'obéir à une telle résolution, 57 l'ont tout de même accepté

 

On se souvient que Gysi avait, lors du 60 ème anniversaire de l’État d’Israël, déclaré : « L’antisionisme ne peut, ou du moins ne peut plus, être une position défendable pour la gauche en général et pour le parti Die Linke en particulier ».

 

En mars 2012, die Linke a même osé soutenir aux élections présidentielles Beate Klarsfeld, amie personnelle de Nicolas Sarkozy, connue pour sa défense zélée du sionisme, dans sa version la plus droitière, la plus brutalement colonialiste.

 

Divisions sur l'Ukraine : les « réformateurs » et Gysi en difficulté

 

Sur l'Ukraine, toutes les ambiguïtés délibérées, les renoncements patents, les calculs subtils de la ligne « réformatrice » sont apparus, mais n'ont pu être menés jusqu'au bout.

 

En effet, dans un premier temps, la direction de Linke sous la plume des centristes (de droite) Bernd Reixinger, Katja Kipping ainsi que Gregor Gysi a signé un communiqué, le 2 mars, avec une prise de position semblable à celle adoptée par le PGE.

 

Feignant de renvoyer dos à dos les deux belligérants, ce document lance un appel au gouvernement allemand, aux dirigeants de l'UE qui ont « un bon rôle à jouer » en faisant le pari de la diplomatie, tout en appelant le gouvernement de Kiev à « la désescalade », sans référence à la présence massive de fascistes à sa tête.

 

Cette position fut rapidement contestée par plusieurs députés, fidèles à certaines positions historiques « critiques » sur la paix de la formation de gauche.

 

Ce fut le cas notamment de Sevim Dagdelen et Sarah Wagenknecht qui ont pointé du doigt la présence de fascistes au gouvernement ukrainien, entrant en conflit violent notamment avec les députés Verts.

 

Cette fronde de l' « aile-gauche » de la fraction parlementaire de Linke a contraint le chef de groupe, Gregor Gysi, à ajuster le tir, révélant des interventions parlementaires, des sorties médiatiques plus critiques sur la politique occidentale, l'évolution du gouvernement ukrainien.

 

Son intervention au Parlement, le 13 juin, se révèle beaucoup plus équilibrée, critique envers le rôle de l'UE et de l'OTAN bien qu'il regrette surtout, dans une inspiration gorbatchevienne, qu'on n'intègre pas la Russie et l'Ukraine à une « maison commune européenne » (sic).

 

Cela n'a pas empêché Gysi, ainsi que la direction bi-céphale Rexinger/Kipping, à prendre publiquement leurs distances avec le député Linke Sevim Dagdelen qui avait osé dénoncer le 4 juin avec force l'hypocrisie des députés verts ainsi que du ministre social-démocrate des Affaires étrangères.

 

Il avait alors emprunté à Bertolt Brecht une citation fort à propos : « Celui qui ne connaît pas la vérité, celui-là n'est qu'un imbécile. Mais celui qui la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel ».

 

Car si Gysi est prêt à tout pour préserver l'unité du parti, c'est sur une ligne de « réforme de l'UE » et de l' « OTAN », ainsi que dans la perspective d'un gouvernement « rouge-rose-vert » auquel il aspire pour 2017.

 

Réformer l'OTAN ? La nouvelle marotte de Linke !

 

Ces derniers mois, Gregor Gysi a ferraillé dans le parti pour édulcorer au maximum les positions anti-impérialistes traditionnelles de la gauche allemande.

 

Le combat a porté sur le programme aux élections européennes. Deux objectifs atteints pour Gysi : (1) enlever l'exigence de retrait de l'Allemagne de l'OTAN ; (2) enlever l'identification de l'UE comme un « bloc militariste, néo-libéral et fondamentalement anti-démocratique ».

 

Ces positions supposément portées par l'aile-gauche du parti ont en réalité été effacées du programme du parti sans susciter de réel combat interne, révélant un consensus de fond derrière les postures publiques.

 

On se souvient que Gregor Gysi avait été pris la main dans le sac il y a cinq ans lorsque Wikileaks a révélé ses entretiens secrets avec l'ambassadeur américain à Berlin en 2009 où il le rassurait sur le caractère inoffensif des mots d'ordre de Linke, sacrifiant le concret retrait de l'Allemagne de l'OTAN à l'abstraite et irréaliste dissolution de l'OTAN.

 

En octobre 2013, la dirigeante du parti Katja Kipping était même allée plus loin en plein scandale des écoutes téléphoniques américaines. Elle avait alors dénoncé l'attitude des Etats-unis « qui porte des dommages irréparables à l'architecture de sécurité de l'Atlantique nord ».

 

Elle regrettait ensuite que Merkel se soit rendue compte trop tard que « les Etats-unis ne veulent pas d'une Europe forte » (sic) avant d'appeler de ses vœux à une transformation de l'OTAN en « un partenariat trans-atlantique pour la paix ».

 

L'alliance avec le SPD en 2017 : l'objectif avoué des « réformateurs » de Linke

 

C'est l'idée derrière les manœuvres de Gysi visant à re-centrer la politique étrangère vers le consensus militariste dominant : préparer une coalition de « gauche plurielle », « rouge-rouge-verte » pour 2017.

 

Selon les observateurs, la pierre d'achoppement majeure reste la politique étrangère allemande : entre le SPD et les Verts, partisans d'une politique d'adhésion pleine et entière à l'OTAN, l'UE, aux missions à l'étranger, au réarmement allemand, et Linke, supposée critique face à cette politique.

 

Gysi, dans un entretien récent à « Deutschlandfunk », a tenu à insister sur ce point : « nous voulons un accord sur la politique étrangère, comme sur la défense, avec nos partenaires de gauche ».

 

A cette fin, Gysi est prêt à voir des mirages : « Je crois que le SPD a compris que les interventions en Afghanistan, en Yougoslavie, Irak, Libye n'ont rien résolu, qu'elles ont au contraire exacerbé les tensions ».

 

Au moment où le ministre des Affaires étrangères SPD Steinmeier mène la politique extérieure la plus belliciste depuis un demi-siècle, où le SPD dans la « Grande coalition » avec la CDU soutient les interventions au Mali, en Syrie, en Centrafrique, c'est fort de café !

 

Mais dans toutes ces interviews, une question surgit inévitablement : celle de la coalition de gauche pour 2017. Gysi est toujours prudent mais pour lui,« ce n'est pas sur la question de la politique étrangère qu'il y aura le plus de désaccords ».

 

Une façon habile de dire qu'il suffira d'un pas réciproque (enfin un pas de Linke vers le consensus atlantiste, belliciste, surtout!) pour arriver à un accord.

 

Tous les yeux sont désormais tournés vers Thuringe où les élections régionales à l'automne pourraient voir l'élection d'un président de région de « Die Linke », Bodo Ramelow, élu grâce au soutien du SPD et des Verts. Une préfiguration de la « gauche plurielle » pour 2017.

 

Selon Gysi, ce fait « serait un moment fort pour la gauche en Allemagne ». La dirigeante verte locale, Katrin Goring-Eckardt d'un côté, a salué le travail de Gysi, évoquant un « parti qui a liquidé l'héritage du SED »pour devenir un « parti social-démocrate assumé ».

 

De l'autre, elle s'est dite inquiète de la position de certains députés Linke adoptant une « position pro-russe », obstacle pour elle à une coalition de gauche au niveau régional comme national.

 

Il convient de rappeler que le SPD gouverne actuellement le Land de Thuringe … avec les conservateurs de la CDU !

 

On comprend le jeu d'équilibriste de Gysi, qui se voit déjà ministre des Affaires étrangères de la RFA après avoir été apparatchik de la veille et dissident du lendemain en RDA, ajustant ses positions au gré des oppositions internes, lançant des ballons d'essai, pour orienter sa politique extérieure vers la convergence sur des positions européistes, atlantistes, militaristes du SPD et des Verts.

 

Mais le peuple allemand mérite beaucoup mieux que ses calculs politiciens, il a besoin d'une organisation politique révolutionnaire, de lutte qui affirme haut et fort : Plus jamais la guerre, plus jamais la renaissance du militarisme et de l'impérialisme allemands !


Lundi 30 juin 2014

Publié dans Politique

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MANLIO DINUCCI : LE LIVRE NOIR DE LA GUERRE

Publié le par Tourtaux

 

Transmis par Marie-Ange Patrizio

 

 

L’art de la guerre

 

Le livre noir de la guerre

 

Manlio Dinucci

 

Après avoir reçu l’imprimatur du Conseil suprême de défense, convoqué par le président Napolitano, le ministre Roberta Pinotti (ministre de la défense du gouvernement Renzi, ndt) a publié les lignes directrices du futur « Livre blanc pour la sécurité internationale et la défense », qui tracera « la stratégie évolutive des Forces armées à l’horizon des 15 prochaines années ». Stratégie qui, comme l’indiquent les lignes directrices, continuera à suivre le sillon ouvert en 1991, immédiatement après que la République italienne avait combattu dans le Golfe, sous commandement étasunien, sa première guerre. Sur le modèle de la réorientation stratégique du Pentagone, le Ministre de la défense du gouvernement Andreotti annonça alors un « nouveau modèle de défense ». Violant la Constitutioni, il établissait que le devoir des Forces armées est « la tutelle des intérêts nationaux, dans l’acception la plus vaste de ces termes, partout où c’est nécessaire » et définissait l’Italie comme « élément central de la zone qui s’étend du Détroit de Gibraltar à la Mer Noire, en se raccordant, à travers Suez, avec la mer Rouge, la Corne d’Afrique et le Golfe Persique ». Ce « modèle de défense » est passé d’un gouvernement à l’autre, d’une guerre à l’autre toujours sous commandement USA (Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Libye), sans jamais être discuté en tant que tel au parlement. Il ne le sera pas plus à présent : le ministre de la Défense –a décidé le Conseil suprême de la défense présidé par Napolitano- enverra les lignes directrices aux présidents des commissions Affaires étrangères et Défense des deux branches du parlement, « afin qu’en puissent éventuellement venir des évaluations et des suggestions utiles à la définition du Livre blanc, dont le gouvernement assume l’initiative et la responsabilité ».

Reste donc inchangé l’orientation de fond, qui ne peut être mise en discussion. Le devoir des forces armées –rappelle-t-on dans les lignes directrices- est non pas tant la défense du territoire national, aujourd’hui beaucoup moins sujet à des menaces militaires traditionnelles, que la défense des « intérêts nationaux », surtout les « intérêts vitaux », en particulier la « sécurité économique ». Sécurité qui consiste dans la « possibilité d’avoir l’usufruit des espaces et des ressources communes mondiales sans limitations », avec une « référence particulière aux ressources énergétiques ». A cet effet l’Italie devra opérer dans le « voisinage oriental et méridional de l’Union européenne, jusqu’aux pays du dit voisinage étendu » (y compris le Golfe Persique). Pour la sauvegarde des « intérêts vitaux » -explique-t-on –« le pays est prêt à avoir recours à toutes les énergies disponibles et à tout moyen nécessaire, y compris l’utilisation de la force ou la menace de son emploi ».

Dans le proche avenir les Forces armées seront appelées à opérer pour la poursuite d’objectifs toujours plus complexes, puisque « des risques et des menaces se développeront à l’intérieur d’aires géographiques étendues et fragmentées, soit proches soit éloignées du territoire national ». Se référant en particulier à l’Irak, la Libye et la Syrie, le Conseil suprême de défense souligne que « tout Etat en faillite devient inévitablement un pole d’accumulation et de diffusion mondial de l’extrémisme et de l’illégalité ». En ignorant que la « faillite » de ces Etats dérive du fait qu’ils ont été démolis par la guerre de l’OTAN, avec la participation active des Forces armées italiennes. Selon les lignes directrices, ces forces doivent de plus en plus être transformées en « un instrument ayant un ample spectre de capacité, intégrable dans des dispositifs multinationaux », à employer « dans toute phase d’un conflit et sur une période prolongée ».

Les ressources énergétiques à destiner à cet objectif, indique le Conseil suprême de défense, « ne devront pas descendre au-dessous de niveaux minimaux infranchissables » (qui seront de plus en plus hauts) car –souligne-t-on dans la ligne guide- «l’instrument militaire représente pour le pays une assurance et une garantie pour son propre avenir ». À cette fin on annonce une loi de budget quinquennal pour les plus grands investissements de la Défense (comme l’acquisition du nouveau chasseur F-35), de manière à fournir « l’indispensable stabilité de ressources ».

Il convient en outre de « pousser l’industrie à évoluer selon des trajectoires technologiques et industrielles qui puissent répondre aux exigences des Forces armées ».

En d’autres termes, il faut donner une impulsion à l’industrie guerrière, en misant sur l’innovation technologique, « rendue nécessaire par l’exigence d’une adéquation continue des systèmes », c’est-à-dire du fait que les systèmes d’arme doivent continuellement être modernisés. En même temps, est nécessaire non seulement un meilleur entraînement militaire, mais un rehaussement général de la «condition sociale du personnel militaire », à travers des ajustements juridiques et légaux.

Comme elle naît de l’ « exigence de protéger les intérêts légitimes de la communauté », affirme-t-on dans les lignes directrices, « la Défense ne peut pas être considérée comme un thème d’intérêt essentiellement des militaires, mais de toute la communauté ». Le ministre Pinotti invite ainsi tous les Italiens à envoyer d’ « éventuelles suggestions » à la boîte aux lettres électronique librobianco@difesa.it. Espérons que les lecteurs du manifesto soient nombreux à le faire.

 

Edition de mardi 24 juin 2014 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La rubrique hebdomadaire L’art de la guerre étant généralement traduite en 5 langues (en anglais, directement de l’italien, puis à partir de la version française en arabe, espagnol et portugais), nous espérons que des lecteurs appartenant à « toute la communauté » désirant « protéger [ses] intérêts légitimes », y compris hors du territoire italien, feront parvenir au ministre Pinotti, pour le futur « Livre blanc pour la sécurité internationale et la défense », d’« éventuelles suggestions » compatibles avec l’art. 11 de la Constitution de la République italienne de 1947, que nous encourageons le lecteur à lire intégralement. NdT.


i Article 11 de la Constitution de la République italienne :

L’Italie répudie la guerre en tant qu’instrument d’atteinte à la liberté des autres peuples et comme mode de solution des conflits internationaux; elle consent, dans des conditions de réciprocité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires à un ordre qui assure la paix et la justice entre les Nations; elle aide et favorise les organisations internationales poursuivant ce but. https://www.senato.it/documenti/repository/istituzione/costituzione_francese.pdf

 

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KEN LOACH : LA TELEVISION FAIT PARTIE DE L'APPAREIL D'ETAT

Publié le par Tourtaux

20 juin 2014

Article en PDF : Enregistrer au format PDF

« Aujourd’hui, faire de la télé c’est comme fabriquer n’importe quel produit. C’est le management, prétendant interpréter le marché, qui décide. Tout doit satisfaire le marché et c’est l’économie qui façonne le produit. » Investig'Action a le plaisir de présenter à ses lecteurs un extrait du livre d'entretiens avec Ken Loach, concocté par Frank Barat et publié par Indigène Éditions. Dans cet extrait percutant, Ken Loach a le mérite de souligner la croissante perte de pouvoir des travailleurs des médias face à la pression des puissants, se répercutant sur la qualité des informations accessibles à tous.

 

J’ai eu la chance de travailler à la BBC dans les années 60. La télévision était alors un jeune média est l’état d’esprit de l’époque permettait, dans une certaine limite, d’ouvrir la culture et l’antenne aux classes populaires. Avec le temps, ça a été de plus en plus contrôlé. Plus les années ont passé, plus le format de ce qui marchait, en terme d’audience, a été développé et s’est rigidifié. Tout s’est bureaucratisé, hiérarchisé et, comme dans toute industrie, la pression sur la production s’est énormément intensifiée.


La tendance est à la réduction des équipes et à la multiplication des « managers » qui, pour justifier leurs positions, doivent intervenir dans tous les domaines, du scénario au casting. Dans les années soixante, ils ne vous disaient pas quel acteur vous deviez engager. Aujourd’hui, l’équipe de comédiens doit être approuvée par les représentants des maisons de production, par ceux de la BBC ou de ITV, par le responsable du département, par le responsable de la chaine,… toutes ces personnes que vous n’avez jamais rencontrées doivent donner leur accord. Du coup, le réalisateur, à qui l’on impose des comédiens, qui ne peut plus travailler sur le scénario sans supervision, n’a que très peu de pouvoir. Alors, bien sûr, il ne peut pas être original. Cette pression et cette dépossession annihilent l’originalité.


C’est cela que les syndicats doivent dénoncer et combattre avec force. Autrement, c’est presque impossible pour les réalisateurs. L’utilisation qui est faite de la télévision n’est pas acceptable. Ce médium a un potentiel énorme mais ce qu’on voit sur les écrans est si limité. Les mêmes célébrités, les mêmes films diffusés en boucle, la même vision politique restreinte, les émissions de cuisine, de décoration de maisons, les radio-crochets, ... c’est tellement ennuyeux !

Aujourd’hui, faire de la télé c’est comme fabriquer n’importe quel produit. C’est le management, prétendant interpréter le marché, qui décide. Tout doit satisfaire le marché et c’est l’économie qui façonne le produit.


Il est difficile de résister individuellement.


En Europe, nous avons la chance d’avoir encore une niche qui nous permet, si nous sommes raisonnables, de faire les films que nous voulons. Cela dit, le montant dont nous pouvons disposer est limité. L’audience génère un revenu qui va définir combien vous pouvez dépenser sur un film. On dépend donc du public, il faut être rentable.


 

Parvenir à changer cela s’inscrit dans la perspective d’un changement politique beaucoup plus vaste. Les grands groupes de télévision font partie de l’appareil étatique, c’est un fait. Ils sont administrés par des personnes nommées par l’État selon un système hiérarchique très vertical. C’est le gouvernement qui octroie les concessions aux sociétés commerciales et nomme les dirigeants de la BBC, qui est, avec la presse de droite, le principal fournisseur d’idéologie et d’information de notre époque. L’influence de la télévision sur la population est énorme. C’est une institution étatique dont la mission première est de relayer l’idéologie du pouvoir en place. Ces nominations sont donc cruciales car il serait désastreux pour l’État que cet outil tombe entre ce qu'il considère comme de mauvaises mains. C’est encore plus vrai pour la presse. Il faudrait qu’elle soit gérée par des coopératives et qu’aucune société ne puisse posséder plus d’un journal. Ce sont des revendications révolutionnaires que l’État, tel qu’il est organisé en ce moment, n’acceptera jamais.


Page facebook du livre :  https://www.facebook.com/defierreci...


Lien pour acheter le livre en ligne :  http://www.lalibrairie.com/tous-les...


 

Publié chez Indigene Editions : http://www.indigene-editions.fr/ceu...

 

 

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JACQUES LACAZE : BONNES VACANCES .....

Publié le par Tourtaux

Samedi 21 juin 2014  

Hollande jpeg

....

EN ATTENDANT LA RENTREE 

QUI RISQUE D'ÊTRE QUELQUE PEU DIFFICILE....

Jugez:

Selon une information de l'AFP, François Hollande a signé mardi le décret convoquant le Parlement en session extraordinaire en juillet.

La communication de ce décret à l'Assemblée et sa parution mercredi au Journal officiel ont été annoncés officiellement mardi soir par l'un de ses vice-présidents, Marc Le Fur (UMP). 


De quoi vont débattre les députés, qui rappelons le, ne représente plus le peuple ne serait ce que par le chiffre colossal de l'abstention?.

 - le projet de loi "relatif à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral", présenté mercredi 18/06 en conseil des ministres. Bref, la réforme territoriale.

 - par ailleurs, députés et sénateurs continueront à débattre de la réforme ferroviaire, dont l'examen a commencé mardi 17/06, au septième jour de la grève des cheminots du printemps 2014.

- pour être complet, ils poursuivront encore, l'examen, de plusieurs projets de loi, sur l'économie sociale et solidaire, l'égalité entre les femmes et les hommes, l'agriculture, la réforme pénale, les emprunts toxiques souscrits par les collectivités locales et les infrastructures de recharge des véhicules électriques.

- et ce n'est pas tout, sont aussi prévus le projet de loi de règlement budgétaire 2013, le débat d'orientation des finances publiques pour 2015, la ratification de plusieurs traités internationaux, deux propositions de loi sur "la zone d'aménagement concerté du quartier de Gerland (Lyon)" et un débat sur l'énergie qui n'avait pu se tenir lors de la session ordinaire.

 

 Comme dit Alain Badiou,  le pire (du pire) est à prévoir. Alors profitons de cet été pour reprendre des forces et de l'énergie pour affronter une rentrée totalement .... prévisible dans sa banalité.

 

Publié dans Politique

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