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COMMUNIQUE DE LA FEDERATION DES CHEMINOTS CGT : HALTE A LA REPRESSION SYNDICALE A EURO CARGO RAIL

Publié le par Tourtaux

 

HALTE

àLA REPRESSION SYNDICALE

àECR !

 

 

La Direction d’Euro Cargo Rail (ECR) s’acharne contre Dominique JACQUET, élu DP et délégué syndical CGT.

 

Depuis l’ouverture à la concurrence du Fret ferroviaire, ECR, filiale française de la DB Schenker, est un nouvel opérateur ferroviaire qui ne s’embarrasse pas du fait syndical, pas plus de la situation du personnel avec des plannings incohérents, des bulletins de service dérogeant à l’accord de branche 2008 et plusieurs constats avec mises en demeure réalisés par l’Inspection du Travail.

 

C’est au moment où ces faits sont dénoncés que la direction d’ECR convoque notre camarade, le lundi 26 juillet 2010, à un entretien préalable à sanction pouvant aller jusqu’au licenciement.

 

Après deuxtentatives infructueuses en juin (non respect des délais pour la 1èreconvocation et en congés annuels pour la 2e), la direction s’entête et profite de l’été pour orchestrer ce mauvais coup.

 

Cette situation est inadmissible et inacceptable !

 

Selon nos informations, la direction ECR lui reproche d’être intervenu avec détermination et fermeté pour défendre les revendications des salariés lors des dernières négociations annuelles obligatoires (NAO).

 

La direction applique des mesures conservatoires contre notre camarade qui se trouve aujourd’hui sans aucune rémunération !

 

A l’image de l’attitude de la direction d’ECR à l’encontre de notre camarade, cette dernière bafoue le droit syndical en omettant volontairement d’organiser les élections professionnelles avant la fin juin 2010. De ce fait, les salariés se retrouvent en situation de carence en absence d’élus DP et CE.

 

La Fédération CGT des Cheminots ne laissera pas la répression syndicale s’installer à ECR comme dans aucune autre entreprise.

 

D’ores et déjà, elle appelle les cheminots à se rassembler le lundi 26 juillet à partir de 12h30 devant le siège d’ECR – 25/29 place de la Madeleine – Paris 8e (métro « Madeleine »)pour soutenir notre camarade Dominique JACQUET.

 

Montreuil20 juillet 2010

Les motions de soutien sont à envoyer par Fax à la direction ECR au 09.77.40.02.00 ou par mail à emmanuel.delachambre@eurocargorail.com

Publié dans Lutte des classes

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PARIS : EXILES AFGHANS : HYPOCRISIE GOUVERNEMENTALE ET MUNICIPALE

Publié le par Tourtaux

 Exilés afghans : hypocrisie gouvernementale et municipale.

Le collectif de soutien des exilés du dixième arrondissement de Paris a appris ce matin à 8 heures l’évacuation matinale du "campement" afghan du canal Saint Martin. Dans la matinée trois communiqués - la Mairie de Paris, l'association France terre d’Asile et le Ministre Besson se sont félicités de cette opération.

Le collectif dénonce depuis longtemps le non respect de la réglementation par l’Etat en ce qui concerne l’hébergement/logement obligatoire des demandeurs d’asile, comme il est rappelé dans le communiqué FTDA. En ce qui concerne les exilés en procédure Dublin nombre de ceux pour qui obligation avait été faite à l'Etat de les loger suite aux référés faits, sont restés à la rue.

Malgré les affirmations d’usage de FTDA, de la Mairie et du ministère quand au relogement et à l’hébergement de tous les "déplacés", qu’ils soient en situation régulière de demande d’asile ou en situation irrégulière, le collectif s’inquiète du sort réel et final qui sera fait à chaque catégorie.

Il s'étonne qu'aucune mention n'ait été faite des mineurs présents, devant dormir chaque soir sous les tentes faute de place dans le dispositif d'accueil au mépris de la réglementation obligatoire de l’Aide Sociale à l’enfance dont Monsieur le maire de Paris est président.

Le collectif ne comprend surtout pas pourquoi il n’a pas tout simplement été proposé des logements aux jeunes demandeurs d’asile, logements qu’ils auraient évidemment troqués avec empressement contre leurs tentes de fortunes sur le canal. Rappelons ici qu'un logement décent, c'est ce qu'attendent aujourd'hui des milliers de demandeurs d’asile en France.

Il n'était pas besoin d'amener les CRS, pour convaincre de se rendre dans un lieu d'hébergement tous ceux qui, depuis des mois, réclament à FTDA le logement auquel ils ont droit.

Le collectif souligne par ailleurs que de nombreux exilés ont "perdu" leurs documents et autres affaires personnelles précipitamment embarqués et jetés par les agents municipaux au mépris de la loi.

Le collectif dénonce cette sordide opération politique d’été, nouvelle tentative de dissuasion à l’asile et visant à impressionner les exilés mais qui n'apporte pas plus de solution que l'évacuation du square Villemin le 18 août 2009. D'ici quelques semaines autant sinon plus d'exilés, mineurs comme majeurs, dormiront la nuit dans les rues du dixième arrondissement. Tel est le cycle infernal de ce lieu : campement/expulsions, re-campement/ré-expulsions sans cesse.

Paris le 20 juillet 2010

Le collectif de soutien des exilés du dixième arrondissement de Parise

http://www.fischer02003.over-blog.com/article-paris-plage-54210504.html

http://www.convergencedesluttes.fr/index.php?post/2010/07/20/PARIS-PLAGE

Publié dans Politique

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AFFAIRE BETTENCOURT : MEDIAPART DE NOUVEAU ASSIGNE EN JUSTICE

Publié le par Tourtaux

Affaire Bettencourt : Mediapart de nouveau assigné en justice

Mercredi 21 juillet, à 14 heures, au palais de justice de Paris, les avocats de Liliane Bettencourt et de Patrice de Maistre vont tenter d'obtenir en appel ce qui leur a été refusé en référé : le retrait de nos premières informations sur l'affaire Bettencourt. Nos avocats, Mes Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, défendront le droit légitime à l'information face à une demande de censure qui évoque la « loi bâillon » italienne contre laquelle les journalistes de la péninsule se mobilisent.

 

L'offensive judiciaire contre Mediapart continue. Mme Liliane Bettencourt, représentée par son avocat Me Georges Kiejman, et son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, représenté par son avocat Me Pascal Wilhelm, ont assigné Mediapart, son président Edwy Plenel et ses journalistes Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme devant la cour d'appel de Paris. L'audience se tient mercredi 21 juillet, à 14 heures, au palais de justice, devant la chambre des référés statuant dans les locaux de la première chambre de la cour d'appel.

On se souvient que, fin juin, les mêmes nous avaient assignés en référé d'heure à heure. Invoquant « un trouble manifestement illicite », ils demandaient à la justice d'ordonner le retrait immédiat de notre site de toutes les retranscriptions des enregistrements réalisés au domicile de Liliane Bettencourt et de nous interdire d'en publier d'autres à l'avenir. Ils accompagnaient leurs demandes d'importantes pénalités financières à notre endroit. Leur argumentation se plaçait sur le seul terrain de l'atteinte à l'intimité de la vie privée. Mediapart s'est défendu en se plaçant sur le terrain du droit fondamental à l'information et, par conséquent, de la légitimité à publier des informations d'intérêt public. De façon constante, la jurisprudence de la Cour de cassation, comme celle de la Cour européenne de Strasbourg, ont défendu ce droit fondamental, au nom de l'intérêt du public à savoir, à être informé de façon indépendante, pluraliste et rigoureuse.

Comme nous l'avons expliqué constamment depuis notre premier article, mis en ligne le mercredi 16 juin, nous avons donc toujours veillé, dans cette affaire, à ne jamais porter atteinte à la vie privée de ses protagonistes. Ni les confidences intimes de Liliane Bettencourt, ni son différend familial avec sa fille, Françoise, ni ses relations privées avec son protégé François-Marie Banier, n'ont fait l'objet de nos curiosités, encore moins de nos révélations. Après avoir pris connaissance de l'intégralité de ces enregistrements, Mediapart a fait son travail, dans les règles professionnelles de la « bonne foi » journalistique, dont les cinq critères sont au cœur de la jurisprudence du droit de la presse: légitimité du but poursuivi, sérieux de l'enquête, respect du contradictoire, modération dans l'expression, absence d'animosité personnelle.

Nous n'avons donc retenu, dans les enregistrements clandestins réalisés par le maître d'hôtel de Mme Bettencourt, que les informations qu'il était légitime de rendre publiques parce qu'elles concernaient le fonctionnement de la République, le respect de sa loi commune et l'éthique de ses fonctions gouvernementales. Par conséquent, ne figurent dans les verbatims publiés ou les extraits diffusés par Mediapart que les seuls passages présentant un enjeu public: le respect de la loi fiscale, l'indépendance de la justice, le rôle du pouvoir exécutif, la déontologie des fonctions publiques, l'actionnariat d'une entreprise française mondialement connue. Enfin, dans les jours précédant la mise en ligne de nos révélations, Mediapart a évidemment pris soin de contacter l'ensemble des personnes concernées ou citées.

Notre argumentation a convaincu le juge des référés qui, dans ses ordonnances rendues le 1er juillet, a jugé «légitimes » et «d'intérêt public » les informations de Mediapart. Vice-présidente du tribunal de Paris, Dominique Lefebvre-Ligneul a jugé que les révélations faites par Mediapart relevaient « de la publication d'informations légitimes et intéressant l'intérêt général ». En conséquence, vouloir ordonner le retrait des documents tirés des enregistrements clandestins réalisés chez Mme Bettencourt «reviendrait à exercer une censure contraire à l'intérêt public, sauf à ce que soit contesté le sérieux de la reproduction des enregistrements – ce qui n'est pas le cas en l'espèce ». C'est pourquoi la justice a rejeté toutes les demandes formulées contre Mediapart et ses journalistes, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme.

Telle est la décision, favorable à la liberté de l'information, dont Mme Bettencourt et M. de Maistre font aujourd'hui appel. Dans leurs requêtes (télécharger en format PDF ici celle déposée par Me Georges Kiejman, là celle déposée par Me Pascal Wilhelm), ils ne se placent plus sur le seul terrain de l'atteinte à la vie privée, mais aussi sur celui du droit à l'information en contestant une vision « singulièrement extensive », selon les termes de Me Kiejman, « de ce que les journalistes considèrent comme relevant du droit de l'information et de l'intérêt général ».

« Le libre exercice du droit à l'information, poursuit la requête déposée au nom de Liliane Bettencourt, ne justifie aucunement que l'opinion publique soit prise à partie et appelée à prendre position sur les péripéties d'une affaire soumise à l'appréciation d'une instance judiciaire qui n'a pas encore statué. Il doit être souligné ici que le retentissement donné à ce que l'on nomme aujourd'hui "l'affaire Bettencourt", devenue aujourd'hui une "affaire d'Etat", ne résulte aucunement des attentes légitimes que le public aurait lui-même éprouvées mais de la seule divulgation des propos aujourd'hui poursuivie. Le droit à l'information ne saurait, à cet égard, autoriser les journalistes à venir déplacer des débats, appelés à se tenir dans une enceinte judiciaire, dans l'arène de l'opinion publique. »

Au nom de cette argumentation, Mme Bettencourt et M. de Maistre réclament l'infirmation de l'ordonnance du 1er juillet. Ils demandent à la justice d'ordonner le retrait de Mediapart, dans les quatre heures suivant le prononcé de la décision et sous astreinte de 10.000 euros par heure de retard et par article concerné, « de toute publication de tout ou partie de la retranscription des enregistrements illicites réalisés au domicile de Mme Bettencourt ». Ils demandent, sous la même astreinte, que soit fait injonction à Mediapart « de ne plus publier tout ou partie des retranscription des enregistrements illicites, sur tous supports, électronique, papier ou autre ».

A titre de réparation, ils demandent enfin le versement par Mediapart d'une somme de 50.000 euros à Liliane Bettencourt et de 20.000 euros à Patrice de Maistre. Le tout est complété par l'exigence de publication sur Mediapart d'un communiqué faisant état de notre condamnation, « pendant une durée équivalente à celle de la mise en ligne des articles en cause », précise l'avocat de Mme Bettencourt, « en caractères jaunes sur fond noir dans un bandeau qui devra recouvrir au moins 25% de la page d'accueil », précise celui de M. de Maistre.

En défense, par les voix de Me Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, nous défendrons pied à pied la légitimité de nos informations, totalement confirmée par l'ampleur du débat public qu'elles ont provoqué et par la diversité des révélations et vérifications apportées depuis, non seulement par Mediapart mais aussi par plusieurs autres organes de presse. L'authenticité des enregistrements clandestins dont nous avons publié des extraits a été confirmée par la police judiciaire ; leur auteur, Pascal Bonnefoy, ancien majordome au service des Bettencourt, n'est aucunement anonyme et assume son acte ; leur contenu est public depuis qu'il a été versé, par Françoise Meyers-Bettencourt, aux débats du procès du protégé de sa mère, François-Marie Banier, soupçonné d'avoir abusé de sa faiblesse ; les faits d'intérêt public ainsi dévoilés sont si consistants qu'ils font l'objet d'au moins trois enquêtes préliminaires sous le contrôle du parquet de Nanterre ; parmi les faits retenus par Mediapart, chacun a pu relever des questions aussi importantes que le blanchiment d'évasion et de fraude fiscale, de possibles conflit d'intérêts et/ou trafic d'influence ainsi que d'éventuels financements illicites de partis et/ou de personnalités politiques; enfin, nos révélations ont nourri un débat démocratique essentiel sur l'équilibre et la séparation des pouvoirs, aucun juge indépendant du pouvoir exécutif n'ayant pu, jusqu'à aujourd'hui, mener librement ses investigations sur les faits révélés, toutes les enquêtes préliminaires en cours étant dirigées par le seul procureur de la République de Nanterre.

Mais nous plaiderons aussi que cet appel relève d'un détournement manifeste de procédure, tant nous sommes désormais bien loin de l'urgence propre aux référés en matière de presse. L'enjeu véritable n'est pas un péril qu'il y aurait urgence à faire cesser, mais plutôt une liberté fondamentale que l'on aimerait faire régresser. « La censure sollicitée est contraire à l'ordre public tant il était de l'intérêt général que ces informations soient connues du plus grand nombre », martèleront les avocats de Mediapart, Mes Mignard et Tordjman. Ils souligneront, par exemple, que certains des propos révélés par les enregistrements « seraient même susceptibles de constituer des faits tels que ceux qui sont rangés sous le titre III du Code Pénal relatif "aux atteintes à l'autorité de l'Etat", et plus exactement au chapitre II relatif aux "atteintes à l'administration publique commise par des personnes exerçant une fonction publique" et encore plus précisément de la section III du Code pénal "des manquements aux devoirs de probité" ».

« L'argument invoqué par Mme Bettencourt, précisent enfin nos avocats, d'une possible atteinte à la sérénité des débats devrait faire sourire si le sujet n'était pas aussi grave et inquiétant pour le fonctionnement des institutions politiques dans la République française, la demande présentée par son avocat manifestant un souci évident de restreindre la liberté de la presse. Cet argument n'est en tout état de cause pas recevable. Il signifierait que lorsque les questions sont d'intérêt général ou que des intérêts importants ou des personnalités dirigeantes dans les milieux politiques économiques ou simplement notoires ou éminentes seraient concernées, elles ne mériteraient pas d'être portées à la connaissance du public.»

Pour Mes Mignard et Tordjman, l'offensive dont Mediapart fait actuellement l'objet évoque clairement la situation italienne, où la presse s'est enfin mobilisée contre la tentative du gouvernement Berlusconi de la museler, notamment dans son travail de compte-rendu des enquêtes judiciaires mettant en cause le pouvoir italien, au prétexte de légiférer sur la publication d'écoutes téléphoniques (lire ici l'article de notre rédaction et là le billet de blog d'une abonnée). « En Italie, expliquent-ils, un mouvement législatif vise à interdire la publication d'écoutes téléphoniques en se parant du principe de la protection de la vie privée. La conception extensive de ce principe nourrit la solution liberticide dénoncée, bien tardivement, par la totalité de la presse italienne, toute tendance et corporation réunies, à l'exception du journal Il Giornale, quotidien appartenant au frère de M. Berlusconi. Tant l'expert de l'ONU pour le droit à l'expression que le rapporteur spécial sur la liberté d'expression de l'OSCE ont demandé le retrait de ce texte. Si le Parlement italien est critiqué pour ce projet de loi, dit loi "bâillon", c'est bien une jurisprudence "bâillon" que sollicite l'avocat de Mme Bettencourt. La requérante milite peut-être, sans le savoir, pour une démocratie réservée où l'information serait limitée à un cercle d'initiés dès lors que les intérêts d'une "gentry" serait seule impliquée. »

Tous nos lecteurs auront compris que, mercredi 21 juillet, devant la cour d'appel de Paris, ce n'est pas seulement Mediapart qui est attaqué mais, plus essentiellement, une liberté fondamentale des citoyens, de tous les citoyens : leur droit à l'information.

Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel/200710/affaire-bettencourt-mediapart-de-nouveau-assigne-en-justice

Publié dans Politique

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MICHEL PEYRET (Entretien avec André GORZ) : LA PELLE ET LA PIOCHE

Publié le par Tourtaux

 

LA PELLE ET LA PIOCHE



Oser l’exode” de la société du travail (Entretien avec André Gorz)

Posté par admin le 19/7/10

Nous sommes tombés par hasard sur un entretien avec André Gorz, sur le site www.lesperipheriques.org . Il y est question du travail salarié qui aliène, du temps libre non marchand et des espaces d’autonomie qui émancipent, et, aussi, de la possibilité d’une nouvelle gauche, qui « ne peut être qu’une nouvelle extrême gauche, mais plurielle, non dogmatique, transnationale, écologique, porteuse d’un projet de civilisation »…



Les périphériques vous parlent : Dans votre dernier ouvrage Misères du Présent, Richesses du Possible faisant allusion au livre de J. Rifkin La Fin du Travail, vous affirmez quant à vous : « Il ne s’agit pas du travail au sens anthropologique ou au sens philosophique. (…) Il s’agit sans équivoque du travail spécifique propre au capitalisme industriel » Pouvez-vous développer pour nous cet argument ?



André Gorz : Au sens anthropologique, on appelle habituellement « travail » l’activité par laquelle les humains façonnent et transforment leur milieu de vie. C’est d’abord la malédiction biblique : le monde n’est pas naturellement propice à la survie des humains, il n’est pas « un jardin planté pour eux » , disait Hegel.

La vie humaine est « improbable » , écrivait Sartre, elle rencontre cette improbabilité comme un ensemble d’adversités, de maladies, de raretés.

Au sens philosophique, le concept de travail englobe les dimensions multiples de l’activité humaine. La philosophie grecque distinguait le travail-corvée - ponos - qu’il faut accomplir jour après jour pour entretenir le milieu de vie et produire sa subsistance. C’est aussi bien le travail ménager que le travail agricole, dont les hommes, dans les sociétés traditionnelles, se déchargent sur les femmes et les esclaves.

Après le ponos , il y a la poiesis : le travail de l’artisan, de l’artiste, du « producteur ». Le travail comme poiesis n’est plus, à la différence du ponos , asservi complètement aux nécessités et aux contraintes matérielles de la subsistance. Il peut s’en émanciper en devenant création, invention, expression, réalisation de soi. C’est cette dimension du travail qui intéresse avant tout Hegel et ensuite Marx : le travail par lequel je m’individualise, me fais personne, inscris dans la matérialité du monde l’idée que je me fais de ce qui doit être.

Enfin, il y a le travail comme praxis , que Hannah Arendt appelle « l’agir » (Handeln). La praxis est essentiellement l’activité non utilitaire qui tend à définir les conditions et les normes de la « bonne vie ». Cela comprend le débat politique et philosophique, la réflexion, l’enseignement, une grande partie de ce qu’on appelle aujourd’hui le « relationnel » et la « production de sens », l’Eros.

Il peut sans doute y avoir des chevauchements et des interpénétrations entre ces dimensions de l’activité humaine. Elles se distinguent par leur sens, leur intentionnalité beaucoup plus que par leur contenu. Élever un ou des enfants par exemple comporte du ponos - des besognes fastidieuses continuellement à refaire - mais n’est pas réductible à cela ; ou alors la finalité, le sens du travail éducatif en tant que praxis a été perdu.

L’important, c’est que, dans ces définitions, le travail est quelque chose qu’on fait dans un but dont on est conscient.

Or le capitalisme n’a pu se développer qu’en abstrayant le travail de la personne qui le fait, de son intention, de ses besoins, pour le définir en soi comme une dépense d’énergie mesurable, échangeable contre n’importe quelle autre et dont les prestataires, les « travailleurs », sont à beaucoup d’égards interchangeables. Le « travail abstrait », « travail sans plus », inventé par le capitalisme, est une marchandise que le patron achète et dont il détermine souverainement la finalité, le contenu, les heures et le prix. C’est un travail qu’il donne à faire à un travailleur qu’il paie.

Le salariat est donc la complète dépossession de la personne active : elle est dépossédée du résultat ou produit de son activité, de son emploi du temps, du choix des finalités et contenus du travail, et des moyens de travail que les employeurs, à la fin du 18ème siècle, ont commencé à monopoliser pour pouvoir contraindre les gens - les tisserands en premier - à travailler pour un patron et pour tuer toute possibilité d’auto-production, d’auto-activité.

C’est en ce sens que le travail dont nous parlons quand nous disons que nous « avons » et « n’avons pas » un travail, est une invention du capitalisme. Longtemps, le salariat a été perçu comme une forme d’esclavage, et « l’abolition du salariat » était encore au programme de la CGT il y a une trentaine d’années. Pendant le récent mouvement des chômeurs, j’ai entendu un militant CGT dire : « C’est vrai, demander du travail, c’est aussi demander à être exploité. »

Si nous prenons « travail » au sens propre de faire, réaliser, agir, créer, peiner, le travail ne peut jamais manquer.

Contre le chômage, ce qu’il faut alors exiger, c’est non pas qu’on nous « donne » du travail à faire, mais qu’on abolisse la monopolisation des moyens de travail, des moyens de production par le capital, en sorte que nous puissions nous rapproprier le travail, ses moyens et son résultat. Nous les rapproprier collectivement et aussi, pour partie, individuellement.

C’est de cette réappropriation qu’il est question chez le jeune Marx quand il écrit que le communisme, c’est l’élimination du travail (salarié) et sa « transformation en auto-activité » .

Cette réappropriation a été pratiquement impossible jusqu’ici en raison de la subdivision du travail productif en spécialités cloisonnées. Elle devient techniquement possible avec l’informatisation et l’automatisation.

Par celles-ci, la création de richesses demande de moins en moins de travail (salarié), distribue de moins en moins de salaires. Ce qui est produit de manière pleinement automatique ne pourra finalement être distribué, vendu, acheté, que si le pouvoir d’achat distribué n’est plus le salaire d’un travail. L’idée d’un « revenu social » ou de minima sociaux garantis inconditionnellement va dans ce sens. La revendication par le mouvement des chômeurs et précaires d’un minimum garanti égal aux trois quarts du SMIC est un pas très important dans cette direction.



P.V.P. : La lutte contre un chômage endémique aboutit au contraire à renforcer la place du travail-emploi dans la société. Bien plus qu’un paradoxe, il s’agit d’une contradiction que vous soulignez lorsque vous écrivez qu’un nouveau système se met en place « contraignant tous à se battre pour obtenir ce travail que par ailleurs il abolit ». Selon vous quel est le sens de cette contradiction : la peur de décrocher d’un avenir qui s’éternise - vous dites « oser l’exode » - ou bien une résignation générale à une nouvelle organisation mondiale du travail, vouée à sacrifier des pans entiers de populations dans le cadre d’incessantes restructurations industrielles ?

A.G. : Je ne vois pas les choses de cette façon.

Je pense que dans une société où l’emploi devient de plus en plus précaire, de plus en plus discontinu, où le travail salarié stable et à plein temps cesse d’être la norme - ce qui est le cas pour 45 % des Allemands, pour 55 % des Britanniques et des Italiens, pour environ 40 % des Français - et où, à l’échelle d’une vie, le travail ne représente plus qu’un septième ou un huitième du temps de vie éveillé après l’âge de 18 ans, les détenteurs du pouvoir économique et politique craignent par-dessus tout une chose : que le temps hors travail salarié puisse devenir le temps dominant du point de vue social et culturel ; que les gens puissent s’aviser de s’emparer de ce temps pour « s’employer » à y faire eux-mêmes ce qu’eux-mêmes jugent bon et utile de faire. Avec le recul du poids du travail salarié dans la vie de tous et de chacun, le capital risque de perdre le pouvoir sur les orientations culturelles de la société.

Il fait donc tout pour que les gens, et principalement les plus ou moins jeunes, demeurent culturellement incapables d’imaginer qu’ils pourraient s’approprier le temps libéré du travail, les intermittences de plus en plus fréquentes et étendues de l’emploi pour déployer des auto-activités qui n’ont pas besoin du capital et ne le valorisent pas.

Nous avons donc affaire, en France plus encore que dans les pays voisins, à une campagne idéologique très soutenue pour verrouiller, pour tuer l’imagination sociale, pour accréditer l’idée que le travail salarié est la seule base possible de la société et de la « cohésion sociale », que sans emploi, on ne peut rien faire, ne peut disposer d’aucun moyen de vivre « dignement » et activement.

Nos minima sociaux sont misérables. On accrédite l’idée qu’un droit à un revenu découplé d’un emploi est de l’assistanat, comme si les centaines de milliers d’emplois partiels à salaire partiel, créés tout exprès pour « insérer » des chômeurs - les insérer dans quoi ? s’il vous plaît - n’étaient pas de l’assistanat sous une autre forme tout aussi humiliante, puisqu’on dit en quelque sorte aux plus ou moins jeunes chômeurs : « En vérité, on n’a aucun besoin de vous, de votre force de travail ; on va vous rendre service, on va vous occuper un peu en vous payant un peu. » C’est quoi, un travail qu’on vous donne à faire pour vous rendre service ?

En réalité, c’est le capitalisme qui se rend service de cette façon. Il fait subventionner des employeurs pour qu’ils aient la bonté d’employer des gens au rabais. Il veille à ce que les gens se conçoivent comme ne pouvant être que de la force de travail sur un marché de l’emploi, et que, s’ils ne trouvent pas d’employeur, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes, c’est-à-dire au fait qu’ils ne sont pas assez « employables ». Tout le discours dominant fait comme s’il n’y avait pas des causes systémiques, structurelles à la contraction du volume de travail rémunéré, comme si les stages formation, les stages en entreprise etc. allaient, en rendant les gens plus employables, leur assurer un emploi.

En réalité, ces stages ont une fonction idéologique inavouée : ils consolident et développent l’aptitude à l’emploi au détriment de l’aptitude au temps libre, et cela dans un contexte où il y a de moins en moins de travail-emploi et de plus en plus de temps libéré. On fabrique méthodiquement des gens incapables de se concevoir comme les sujets de leur existence, de leur activité et de leurs liens sociaux, des gens qui dépendent totalement de ce que des employeurs privés ou publics leur donnent à faire. Et puis on ne leur donne rien à faire de consistant, rien que des boulots d’assistés. Il y a de quoi les rendre enragés.

« Oser l’exode », ça veut dire d’abord percer à jour cette stratégie de domination qui jette les gens dans une dépendance à l’égard de l’emploi plus totale que jamais, alors que l’emploi devient totalement aléatoire ; et qui veut dire ensuite exiger non pas de l’emploi - « du travail » - mais la possibilité de vivre en l’absence d’un emploi, pendant les intermittences de l’emploi, grâce à un revenu de base inconditionnellement garanti. J’ajoute : ce revenu de base doit être compris non pas comme ce qui vous dispense de rien faire, mais au contraire comme ce qui vous permet de faire plein de choses bonnes, belles et utiles qui ne sont pas rentables du point de vue de l’économie capitaliste de marché, ni susceptibles d’être homologuées, standardisées, professionnalisées.



P.V.P. : Il s’agit aujourd’hui de sortir d’une notion du travail dont la norme est celle du salariat, unique source de statut social. Vous proposez le projet d’une société où « la production de soi » occuperait une place prépondérante. Le passage du travail « aliéné » à une réappropriation par l’homme de son propre travail dans un cadre social, implique donc un changement de mentalité radical. Ce dernier nécessite pour les individus l’apprentissage d’un savoir-être alors que dans le cadre du taylorisme, l’homme en tant que simple utilité de la production, était réduit à son savoir-faire. À votre avis, ce changement se fera-t-il « naturellement », au prix d’une adaptation peut-être douloureuse ou, au contraire, dépend-il d’une volonté politique, d’une réflexion très large à l’échelle de la société, voire encore de la mise en œuvre par les citoyens eux-mêmes d’une pédagogie adaptée ?



A.G. : Ce ne peut pas être l’un ou l’autre ; ce ne peut être que l’un et l’autre. Le changement de mentalité, la mutation culturelle s’opèrent déjà depuis pas mal de temps. C’est un cheminement d’abord souterrain sur lequel il existe des enquêtes et témoignages passionnants chez les Anglais, les Allemands, les Nord-Américains.

Le retrait vis-à-vis du travail-emploi, le refus de s’y investir, l’aspiration à d’autres modes de vie d’activité, de rapports sociaux, de priorités dans la vie, tout ça est très répandu en France aussi, chez les plus ou moins jeunes surtout, mais il n’y a pas chez nous un journal comme The Idler en Angleterre qui reflète l’énorme mouvement multiforme des gens qui refusent de « s’insérer » dans une société qu’ils vomissent et qui (avec la devise “fuck work”) refusent le « travail de merde ».

Ceux qu’on appelle « les exclus » ne sont pas tous des victimes qui ne demandent qu’à être « réinsérées », ce sont aussi des gens qui choisissent une vie alternative, en marge de la société.

Mais s’ils sont marginaux, c’est parce qu’ils sont condamnés à n’être que des individus, donc impuissants à rien changer. Si vous avez cinq millions de personnes qui refusent cette société à titre individuel, ça ne va pas la changer. Mais si vous avez un mouvement qui regroupe tous ceux qui entendent travailler moins et consommer et vivre autrement, et qui les regroupe dans le but politique de militer pratiquement pour un changement de la façon de vivre, de produire et d’être ensemble, alors vous avez une traduction des choix individuels en choix collectifs dont l’énoncé va déclencher des débats, des conflits, s’inscrire dans l’espace public, obliger à la prise en compte de questions jusque-là négligées et faire évoluer le niveau de conscience.

Notre tâche, la vôtre, la mienne, celle des intellectuels, c’est de proposer cette traduction en projet collectif d’une multiplicité de choix, de rébellions, de tâtonnements, d’expérimentations, et de stimuler par cette traduction la prise de conscience de ce qu’un autre monde, une autre société sont possibles et désirables.

C’est ce que Guattari, les Italiens, appellent « la production de subjectivité ». Il s’agit de faire prendre conscience de possibilités que le discours dominant cache. Il s’agit de libérer l’imagination, le désir. La parole, l’écrit, les activités culturelles, la musique, le théâtre, le cinéma sont essentiels à cette libération, à cette fécondation. Si nous ne savons pas exprimer ce que nous sentons, nous sommes incapables aussi de vouloir et d’agir en conséquence.

Cette libération de l’imagination et du désir est à la fois nécessaire au capitalisme dans l’actuelle phase de mutation et potentiellement mortelle pour lui. Son problème, c’est de stimuler l’autonomie, la créativité des gens et, en même temps, de la contrôler, de se l’asservir. En somme, d’obtenir que les gens se produisent librement mais qu’ils effectuent cette libre production d’eux-mêmes sur ordre, dans les limites qui leur sont tracées, pour maximiser le profit de « leur » entreprise.

Nous entrons dans une ère où le savoir, la connaissance sont les principales forces productives et la forme principale du capital fixe. L’accumulation, la concurrence sur les marchés, se font principalement par le capital-savoir. À l’échelle de la société, nous passons beaucoup plus de temps à produire du savoir qu’à le mettre en œuvre de façon productive. Nous passons beaucoup plus de temps à nous produire, c’est-à-dire à développer nos capacités et compétences, qu’à produire nos productions.

Ce sont les capacités communicationnelles, relationnelles, cognitives, affectives, imaginatives que nous développons en dehors de notre temps de travail immédiat qui nous permettent de réaliser en deux heures de travail direct davantage que nos grands-parents en 20 ou 40 heures.

Il devient donc de plus en plus absurde de ne payer les gens que pour le temps passé à mettre en œuvre leurs compétences. Et si les détenteurs du savoir - virtuellement nous tous - s’apercevaient finalement que la forme principale du capital, c’est eux qui la détiennent, mieux : qu’ils sont le capital, la nécessité de rentabiliser ce capital au maximum n’aura plus aucun sens. En effet rien ne m’oblige à m’exploiter, à « m’auto-valoriser » au maximum. La production de soi pourra cesser d’être le moyen de l’accumulation et de l’enrichissement monétaire pour devenir fin en elle-même.



P.V.P. : Le consommateur est aujourd’hui le sujet-objet du marché. Parler du temps libre, du loisir, c’est faire référence le plus souvent à un temps vide consacré à la réparation de la force de travail ou au divertissement. Aussi le citoyen est-il la plupart du temps « programmé » pour se conduire avant tout en consommateur dans un espace de vie complètement cloisonné. La transformation du temps libre en temps libéré, c’est-à-dire en un temps employé à autre chose qu’à perdre sa vie à la gagner, exprime donc un changement qualitatif au plan culturel. Chaque citoyen pourrait disposer de ce temps libéré comme d’une opportunité pour construire un nouvel espace de vie. Mais, la plupart du temps ce temps libre est ressenti comme une source d’angoisse et de dénuement, en premier lieu par les chômeurs eux-mêmes.



A.G. : Oui, en effet, parce que la construction de nouveaux espaces de vie serait, dans les conditions politiques actuelles, une aventure solitaire, une soustraction de soi à la collectivité, et non une entreprise collective à mener tous ensemble.

Rien ne valide socialement le projet d’une telle construction ; par aucun signe la société ne dit aux gens : faites-le, la collectivité met des lieux, des espaces, des moyens à votre disposition, dans les quartiers, dans les communes.

Cette société refuse d’envisager l’existence de chômeurs qui ne soient pas malheureux, qui ne soient pas demandeurs d’emploi, qui ne vivent pas comme une privation d’emploi le fait d’être ne serait-ce que temporairement sans un job.



P.V.P. : Pierre Gilles de Gennes affirme : « Si nous arrivons à un enseignement qui ne présente pas aux jeunes le monde comme construit mais comme à construire, à ce moment nous marquerons un point considérable ». Selon vous, l’éducation publique a-t-elle un rôle à jouer par rapport à cette perspective ? Nous pensons par exemple à une transformation de la vocation de l’université, surtout préoccupée actuellement de « coller aux besoins des marchés. »



A.G. : Cette transformation est de toute évidence nécessaire.

La chose a été parfaitement exprimée par les étudiants allemands au cours de leur grève de novembre-décembre 1997. Au départ, cette grève était motivée par la misère croissante des universités, dont les moyens ne cessent d’être rognés sous prétexte qu’elles produisent bon an mal an des centaines de milliers de diplômés « inemployables », au lieu de dispenser du « savoir utile ».

Du savoir utile à qui ? À quoi ? À qui ferait-on croire qu’il suffit de fabriquer des masses de gens immédiatement « employables » pour que tout le monde trouve un emploi ? Le problème à résoudre n’est pas celui de l’inadaptation des diplômés au marché du travail, mais comme l’écrit une étudiante berlinoise, Sandra Janssen, celui de « la contraction du marché du travail ».

Comment la société doit-elle préparer les jeunes à cette « contraction continuelle du marché du travail » ? En faisant exactement le contraire de ce que font les gouvernements : c’est-à-dire en acceptant que les études, les diplômes ne peuvent déboucher sur des carrières ni garantir un emploi, que leur but ne peut plus être utilitaire et fonctionnel. Leur but doit être de donner aux gens un accès libre inconditionnel, illimité à la « culture » (Bildung, en allemand), c’est-à-dire de leur permettre d’acquérir les moyens qui les rendent capables de s’orienter dans ce monde éclaté, d’y produire et inventer eux-mêmes les repères, les règles, les buts, les liens qui leur soient propres et leur soient communs.

Selon la formule du président des étudiants de Bonn, Oliver Schilling : « Nous ne voulons pas être des individus fonctionnellement programmés. Nous devons combattre la réduction des gens en outils aux mains du capital. » Le droit de tous d’accéder « sans restrictions à la culture la plus large possible » est indispensable « à la survie d’une société démocratique à l’ère du sous-emploi permanent. Il faut préparer le citoyen à assumer de façon créative son inutilité économique » . Tout cela implique évidemment aussi un revenu de base garanti inconditionnellement à tout citoyen.



P.V.P. : Cette remarque à notre sens pose la question de la « créativité citoyenne » face aux déjà-là s’incarnant aussi bien à travers la gestion bureaucratisée des affaires publiques qu’à travers un cadre de vie obsolète promu par les idéologies du marché. Quelle consistance donneriez-vous à cette créativité citoyenne, c’est-à-dire à une recherche fondamentale à engager par tous les citoyens pour concevoir un autre cadre de société ? Ne pensez-vous pas que des lieux, des espaces devraient être fondés pour permettre une auto-formation des citoyens sur tous les terrains de la vie sociale, de la production de la culture ? Si, oui, comment les voyez-vous ?



A.G. : Les universités ne sont pas un espace suffisant ni l’espace idéal pour développer une culture qui permette aux gens de s’émanciper de la logique de l’emploi.

L’éducation à l’auto-activité, à l’autonomie, l’épanouissement des facultés artistiques, sensorielles, manuelles, intellectuelles, affectives, communicationnelles doit commencer beaucoup plus tôt - elle commence, en fait, dans les écoles maternelles françaises mais ne continue pas dans la suite de la scolarité.

Il y a une coupure de plus en plus profonde entre la culture scolaire et la vie quotidienne. Je veux dire : nous n’avons plus de culture du quotidien, de culture du vivre, faite d’un ensemble de compétences communes à tous et qui permettent à tous de faire face aux situations de la vie de tous les jours.

La quasi-totalité des compétences sont monopolisées par des professionnels, par les « professions invalidantes », comme les appelle Ivan Illich, et le dernier truc inventé pour créer de l’emploi consiste, selon un ministre, à inciter les gens qui gagnent convenablement leur vie à ne plus « perdre leur temps » à chercher leurs enfants à l’école, à changer un fusible, à laver leur linge à domicile ou à préparer leur petit déjeuner : il y a des services professionnels pour ça.

La révolution informationnelle porte en elle la mort programmée des spécialisations professionnelles et de la transmission de savoir formalisés.

Elle ouvre sur l’auto-formation, l’auto-apprentissage, sur « l’apprendre en faisant », sur la déprofessionnalisation, sur la possibilité pour tous d’acquérir les compétences communes qui vous permettent de vous prendre en charge, de vous auto-produire dans le contexte matériel, technique, social, politique où vous vivez, et même de subvertir ce contexte. Elle ouvre sur la possibilité d’une culture commune beaucoup plus intuitive que les cultures professionnelles homologuées, sur la possibilité de ne pas dépendre des marchands et des spécialistes pour la satisfaction de vos besoins et désirs.

Pour que ces possibilités deviennent réalité, il faut que l’éducation sorte des écoles et lieux d’apprentissage, que la ville, le quartier, le bloc d’immeuble soient un espace éducatif parsemé de lieux pour l’auto-activité, l’auto-production, l’auto-apprentissage. Un germano-américain, Bergmann, est en train de créer ce genre de lieux aux États-Unis et en Allemagne. Il les conçoit comme des espaces où les gens sont sollicités, entraînés par l’offre d’une gamme qui devra être illimitée d’activités épanouissantes, des lieux qui donnent envie, avec des gens qui vous incitent à vous demander ce que vous rêvez depuis toujours de pouvoir faire mais n’avez jamais eu le temps, l’occasion, le courage de commencer.

En même temps, ces espaces, les « centres pour le nouveau travail » offrent une gamme aussi étendue que possible de moyens d’auto-production à technologie avancée. N’importe qui peut apprendre en très peu de temps à y fabriquer ses vêtements, ses chaussures, ses meubles, à produire des aliments selon les méthodes mises au point il y a vingt ans dans les « maisons autonomes » nord-américaines.

Bergmann estime que 70 à 80 % des besoins peuvent être couverts en deux jours de travail d’auto-production par semaine et que la multiplication de ces centres devrait faire naître une économie populaire parallèle, émancipée de la logique de l’emploi et de la domination des rapports d’argent.

L’intérêt de la chose, c’est que ce projet est tout aussi valable et réalisable à Madagascar ou au Bangla Desh qu’à Berlin ou à Saint-Denis. Les Centres pour le Nouveau Travail permettent à une population à la fois de résister à la dictature du marché et au pouvoir du capital et à anticiper l’au-delà d’un capitalisme de plus en plus fragile, incapable d’assurer la survie d’une société et l’appartenance citoyenne des gens.



P.V.P. : L’année prochaine nous co-organisons avec la ville de Saint-Denis les premiers Fora des Villages du Monde. Il s’agit de voir comment, au plan mondial, une culture plurielle peut constituer une alternative à la pensée unique, un « faire mouvement » que nous plaçons sous le signe du cum petere, « chercher ensemble », qui est le sens étymologique du mot compétition. Vous dites quant à vous : « seuls seront finalement entendus ceux qui veulent changer la face du monde ». À votre avis quel rôle les citoyens ont-ils à jouer dans ce changement ? Quelles sont, d’autre part, les contraintes qu’ils devraient se donner pour ne pas retomber ni dans une autre pensée unique, ni dans de vieilles manières de faire de la politique.



A.G. : Je trouve très remarquable vos propositions pour la création d’Espaces Publics Citoyens, dans votre n° 9. Je pense comme vous. La « créativité citoyenne » s’épanouira plus ou moins vite selon le nombre, la visibilité, la qualité, l’accessibilité des espaces publics offerts aux expérimentations sociales, artistiques, culturelles, techniques à grande échelle.

La garantie à tout résident d’un revenu social de base, dont il est de plus en plus question dans toute l’Europe, n’a de sens qu’accompagnée d’une prolifération des lieux d’auto-activité. Il faudra que chacun, chacune, soit sollicité et entraîné dans le foisonnement tout autour de lui de groupes, groupements, équipes, clubs, ateliers qui cherchent à le gagner à leurs activités écosophiques, politiques, artisanales, éducatives, etc. ; des espaces où se côtoient des ateliers de danse, des salles de musique, des gymnases, des « boutiques d’enfants », des « boutiques de santé » etc..

La ville comme laboratoire social, comme vous dites, et les espaces sociaux comme formes de la compétition coopérative (votre cum petere) que vous trouvez par exemple dans les clubs de judo, les orchestres, les troupes théâtrales : l’excellence de chacun est le but et le souci de tous - et inversement. « Le plein épanouissement de chacun est la condition du plein épanouissement de tous » , disait le Manifeste du Parti Communiste . Vous retrouvez dans le concept d’intelligence collective, chez Pierre Lévy, une actualisation de la même idée.



P.V.P. : Patrick Braouezec, dans une interview accordée aux Périphériques dans le dernier numéro affirmait : « Si les partis politiques ne réussissent pas à faire leur révolution interne, alors cela veut dire que la forme parti est dépassée. » Comment voyez-vous l’émergence d’une nouvelle gauche aujourd’hui capable de se tourner résolument vers le devenir et « oser l’exode » ?



A.G. : Qu’est-ce qui peut agréger en un grand mouvement et dans une perspective commune les « révolutions moléculaires », comme les appelait Guattari, qui sont en cours dans tous les domaines ?

Je vois trois aspects :

1° La compréhension théorique de la mutation que nous vivons, de sa portée à long terme, des impasses et des crises vers lesquelles elle se dirige.

2° Une vision des contours de la société post-capitaliste et post-marchande susceptible de succéder aux débris de la société salariale dont nous sortons.

3° La capacité de concrétiser cette vision par des actions, des exigences, des propositions politiques à la fois anticipatrices et plausibles, réalisables actuellement par des objectifs intermédiaires.

Il y a un quatrième facteur : les pannes, les échecs, les risques d’implosion de plus en plus évidents auxquels conduit la mise en œuvre de l’idéologie économiste dominante. Les États-Unis et la Grande-Bretagne sont à la veille d’une récession, l’Extrême-Orient est en état de collapsus, en Europe le rejet de la « pensée unique » et de la politique unique imposée par le pouvoir financier mondialisé a gagné beaucoup de terrain en deux ans.

Je crois qu’une nouvelle gauche ne peut être qu’une nouvelle extrême gauche, mais plurielle, non dogmatique, transnationale, écologique, porteuse d’un projet de civilisation.

Source : http://www.lesperipheriques.org/article.php3?id_artic

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LA DESTRUCTION DE L'ETAT PALESTINIEN AVEC LA COMPLICITE DES USA ET DE L'OCCIDENT

Publié le par Tourtaux

 

PROCHE ORIENT

La destruction de l’Etat palestinien


Pendant que le reste du monde papote sur le processus de paix, et que le président Barack Obama suscite de faux espoirs d’une résolution du conflit israélo-palestinien, Israël travaille à marche forcée pour créer des faits accomplis à Jérusalem Est occupée ainsi que dans toute la Cisjordanie. Ces faits, qui prennent la forme de dizaines de milliers de logements pour les colons juifs construits partout dans la ville occupée et au-delà, sont en train de changer les caractéristiques démographiques et le panorama d’ensemble de Jérusalem Est.


Khaled Amayreh
Lundi 19 Juillet 2010


Des officiers de la police israélienne et de la police des frontières empêchent une Palestinienne d’entrer chez des proches dont la maison doit être démolie à Jérusalem Est.
Des officiers de la police israélienne et de la police des frontières empêchent une Palestinienne d’entrer chez des proches dont la maison doit être démolie à Jérusalem Est.
Jérusalem n’est pas juste une autre ville. Elle est extrêmement sacrée pour plus de 1,5 milliards de musulmans à travers le monde, abrite quelques-uns des lieux les plus saints de l’Islam. Par conséquent, la judaïsation progressive de la ville par Israël est susceptible de compliquer considérablement tout effort futur pour trouver un règlement pacifique au conflit.

Un intellectuel palestinien disait de la situation à Jérusalem que « c’est maintenant un conflit ouvert similaire à la lutte des musulmans pour débarrasser la ville des Francs aux 11ème et 12ème siècles. » « Cette lutte peut prendre plusieurs décennies, voire un siècle ou plus, mais elle se terminera par le démantèlement ou la destruction de quelque chose appelé Israël, » a déclaré un habitant d’Hébron, au sud de la Cisjordanie.

Dans un entretien approfondi avec Al-Ahram Weekly, le cartographe et expert en démographie Khalil Tufakji soutient de manière convaincante que la situation à Jérusalem Est a déjà atteint le point de non retour. « Si quelqu’un vous dit que c’est toujours possible d’avoir un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale, ne le croyez pas. C’est plus un fantasme qu’une vision réaliste. C’est un mantra totalement détaché de la réalité. »

Tufakji expliquait qu’Israël a déjà confisqué 87% de Jérusalem Est, ne laissant que la partie bâtie, qui n’excède pas 13% de la ville saisie par Israël en 1967. « Même ce petit secteur est soumis au harcèlement quotidien incessant d’Israël dans le but de nous obliger à abandonner nos biens pour les intérêts des colons juifs. »

Tufakji soulignait qu’Israël a adopté deux plans visant à finaliser le processus qui consiste à faire de Jérusalem la capitale éternelle et indivisible d’Israël. Le premier plan est appelé Jérusalem 2020 et projette la construction de plus de 58.000 logements coloniaux dans les limites de Jérusalem Est d’ici 2020. Le second plan, connu sous le nom de Jérusalem 30/A, envisage une croissance de la population juive par dizaines de milliers pour faire des Palestiniens une petite minorité rétrécie dans leur propre ville.

« Ils ont l’intention de faire de Jérusalem une ville privilégiée, une ville qui attirera les juifs de partout. Et pour mettre en œuvre cette vision, ils offrent de nombreuses incitations, dont de grosses réductions d’impôt, des conditions de logement facilitées, des prêts hypothécaires ainsi qu’une infrastructure renforcée et des possibilités d’emploi intéressantes. »

Tufakji dit qu’Israël projette aussi de repousser les limites de la ville dans toutes les directions au point que la population arabe n’excèdera pas 12%, tandis que la population juive attendra un 88% sans précédent. La réalisation de ce plan provocant prendra la forme d’une campagne de nettoyage ethnique de la démographie arabe à Jérusalem.

« Leur tactique consiste à confiner le plus d’habitants arabes possible sur la plus petite surface de terre possible. En plus, ils accélèreront considérablement les démolitions des maisons arabes et retireront leurs droits de résidence à autant de Jérusalémites de l’est que possible pour vider la ville de ses citoyens arabes et gommer son identité arabo-musulmane. »

Israël a déjà privé de leurs droits à la résidence 70.000 résidents arabes, en concoctant toute une flopée de prétextes et de justifications, comme le fait d’avoir voyagé à l’étranger ou d’être impliqué dans de vagues violations de la sécurité. Depuis 1994, Israël a démoli près de 1.000 grands immeubles à Jérusalem Est.

Tufakji a souligné que la pression israélienne continue, couplée avec la politique israélienne de rétrécissement des horizons arabes, a provoqué la diminution de la population arabe de la ville intra-muros à 175.000 habitants, alors que la population juive a grimpé à plus de 200.000. Al Ahram Weekly a demandé à Tufakji s’il pensait que l’Autorité palestinienne jouait sur le temps en ce qui concerne le sauvetage de Jérusalem.

« Malheureusement, il est trop tard pour Jérusalem à l’heure actuelle. D’autres disent que c’est la même chose pour la Cisjordanie. En dernière analyse, nous parlons de faits objectifs, sur le terrain. Pour simplifier les choses pour vos lecteurs, je peux dire qu’Israël a tué la possibilité d’un véritable Etat palestinien. Et si quelqu’un vous dit que Jérusalem sera la capitale d’un futur Etat palestinien, ne le croyez pas. »

Tufakji a ajouté qu’Israël, sous couvert de pourparlers de paix malhonnêtes avec une direction palestinienne faible et démoralisée, était en train de changer la face des territoires palestiniens occupés à un point tel que toute entité palestinienne qui pourrait être établie serait « gravement déformée » et « serait très, très laide. » « Il est vrai que je ne suis pas un homme politique, mais nul besoin d’être un grand politicien pour voir les faits et la situation scandaleuse ici. »

Cette semaine, des sources israéliennes ont rapporté que le président des Etats-Unis Barack Obama et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont convenu qu’Israël pourrait continuer son expansion coloniale mais sans en faire d’annonces publiques.

Le 12 juillet, le quotidien israélien Haaretz a rapporté que le Comité de planification municipale de Jérusalem a approuvé la construction de 32 nouveaux logements coloniaux à Jérusalem Est. L’article cite un membre du comité : « Nous continuerons à construire partout, et dans chaque quartier de Jérusalem. »

Netanyahu, qui vient juste de terminer une « visite fructueuse à Washington, » a assuré ses partenaires pro-colonies de la coalition qu’il ne prolongerait pas le moratoire sur l’expansion de la construction coloniale qui doit expirer le 27 septembre. Selon les médias israéliens, Netanyahu a dit qu’ « une promesse est une promesse, une date est une date et un objectif est un objectif. »

Pendant ce temps, la direction palestinienne à Ramallah continue de tergiverser sur l’opportunité de reprendre des pourparlers directs avec Israël, comme réclamé par Netanyahu et exigé par Obama.

Avec des pourparlers directs qui ont duré des années sans aucun résultat, on peut se demander ce qui maintenant pourrait convaincre les Palestiniens d’accorder une nouvelle chance aux négociations.

Source : Al Ahram  
  Traduction : MR pour ISM


Lundi 19 Juillet 2010
Source : http://www.alterinfo.net/la-destruction-de-l-Etat-palestinien_a48281.html

Publié dans Palestine

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